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Geneviève Johannet (Traducteur)
EAN : 9782020064200
Éditeur : Seuil (01/03/1983)

Note moyenne : 4.53/5 (sur 49 notes)
Résumé :
Le premier tome de ce récit autobiographique fut publié en Occident sous le titre le Vertige en 1967.
Il provoqua une émotion d'autant plus profonde que l'auteur se contentait d'y énoncer des faits. Par les portraits, les anecdotes qu'il contient, ce second tome demeure comme l'un des témoignages les plus hauts, et les plus bouleversants, sur la vie du Goulag.
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Apikrus
  02 novembre 2018
Née en 1904, l'universitaire Evguenia S. Guinzbourg fut arrêtée en février 1937 pour ne pas avoir dénoncé un collègue trotskyste. Trois mois plus tard, après un procès « à la soviétique » (la réalité des faits reprochés y importe peu), elle fût condamnée à dix ans d'emprisonnement en cellule d'isolement, peine ensuite commuée en autant d'années de travaux forcés sur le territoire de la Kolyma.
Ce territoire du nord-ouest de la Sibérie orientale est traversé par le fleuve du même nom qui se jette dans l'Océan glacial arctique. Séparé du reste du pays par de vastes étendues de taïga et par des montagnes, on y accédait alors par bateaux via la mer du Japon et la mer d'Okhotsk, ou par les airs, d'où l'une de ses appellations : l'« île de la Kolyma ». Un autre nom donné à la Kolyma était « territoire de la mort blanche », et une maxime de l'époque soviétique énonçait : « Колыма значит смерть » (se dit « Kolyma znatchit smiert » et signifie : « Kolyma veut dire mort »). Ce territoire est riche en gisements d'or. A l'époque soviétique, des camps de travaux forcés y furent implantés, précisément pour extraire de l'or. Staline (re)peuplait intensément ces camps (mais ils furent créés dès le début des années 1920 selon Alexandre Soljénytsine - 1918-2008 - dans l'Archipel du Goulag). Ce territoire et ses camps de travail sont célèbres grâce aux "Récits de la Kolyma" de Varlam Chalamov (1907 - 1982), autre écrivain interné par le Goulag, cité par Guinzbourg (chapitre "mea culpa").
"Le ciel de la Kolyma" fait suite à un premier récit autobiographique d'Evguenia S. Guinzbourg ("Le vertige"), dans lequel elle relate son arrestation et sa condamnation. Dans ce second tome, elle raconte sa vie à la Kolyma, et la vie de ceux qu'elle y croise (pour certains c'est leur mort qu'elle décrit, son poste d'infirmière l'y confrontant souvent). Ce témoignage confirme de nombreux propos d'Alexandre Soljénytsine dans «l'Archipel du Goulag».
Faim, cadences de travail infernales, froid, et maladie (scorbut et épidémies de dysentrie), font partie du quotidien des internés, même si certaines places ou travaux sont moins contraignants et préservent des chances de survie. L'affectation de l'auteure dans un élevage de volailles (lui permettant d'accéder à de la nourriture) et sur des postes d'infirmière lui sauva la vie. Dans ces camps, fraternité, solidarité, et amour, peuvent côtoyer indifférence, sadisme, et haine, et ce aussi bien chez les gardiens que chez les prisonniers. L'arbitraire règne, comme il avait régné lors des arrestations et des procès. Ainsi, à l'achèvement de ses dix années d'internement, l'auteure ne sait pas si elle va être libérée ou si sa peine sera prolongée "jusqu'à nouvelle ordre" comme pour beaucoup d'autres. Les prisonniers ignoraient les règles dictant ce choix à l'administration des camps. Sans que l'auteure ne le dise, il me semble que la gestion de cette population d'esclaves en économie planifiée était alors un critère important de décision des autorités soviétiques. Et pour les zeks (mot formé à partir des abréviations ZK qui désignaient les « zaklioutchenny », ou détenus) qui sortaient à l'issue de leur peine, le retour à la « liberté » (les guillemets s'imposent ici …) était compliqué, leur statut d'ancien détenu figurant sur leurs documents officiels et certains déplacements leur étant interdits. Difficile aussi de faire semblant de révérer un régime qui vous a traité en esclave pendant des années ! Les nouvelles fonctions d'éducatrice décrochées par l'auteure à Magadan - par chance, et grâce à sa maîtrise du piano - étaient psychologiquement éprouvantes pour elle, les messages de propagande à inculquer aux enfants lui donnant l'impression de devenir complice du régime.
Guinzbourg est une remarquable observatrice du monde qui l'entoure. Elle s'interroge sur la nature humaine. Les camps sont un champ d'observation et d'analyse propice. Là-bas les conventions sociales s'effacent et un humain peut montrer son vrai visage. La peur et l'instinct de survie peuvent cependant aussi l'amener à commettre des actes a priori contre ses principes. Son regard et ses descriptions sont toujours pleins de finesse, souvent bienveillants.
Bien que le cadre et les circonstances du récit soient glauques, celui-ci reste optimiste et sa lecture passionnante. Je n'avais pas lu la première partie de l'autobiographie de l'auteure, et n'en ai pas ressenti le besoin pour comprendre cette suite. Je ne manquerai cependant pas de corriger cette lacune. Me reste aussi à découvrir l'oeuvre de Vassili Axionov, l'un des fils d'Evguenia S. Guinzbourg.
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Chasto
  16 avril 2017
L'ile de la Kolyma, seule île absente d'étendues d'eaux.
Son nom lui a été donné par son isolement et sa difficulté d'accès, autre particularité, pas de clôtures, pas de barrière.
Les grillages existants sont ceux que la météorologie de l'endroit, pose.
Froid extrême, nature austère sans arbres ni plantations, la température annihilant toute source de vie.
De Magadan à Elguen en passant par l'île de la Kolyma, toute l'horreur humaine se fait corps et cris.
Traversée d'un enfer que même Satan n'aurait osé imaginé.
De haillons en force de convictions, témoignage d'âme qui a su traverser et survire de cette décadence dans laquelle l'Homme s'est échoué.
Témoignage à connaître et diffuser comme ce "vertige" et ces "mains coupées de la Taïga".
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isamoi
  13 janvier 2016
goulag russe
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
ApikrusApikrus   08 novembre 2018
Pendant plusieurs années il n’eut plus à la place de l’ulcère béant qu’un petit bleu opiniâtre. Mais peu avant le début de 1960, à la suite du surmenage moral et du choc physique représenté par la réhabilitation et le retour sur le continent, cet ulcère trophique se rouvrit en vertu de mystérieuses lois naturelles et s’étala à nouveau, béant, sur sa jambe. Comme un sceau, le sceau avec lequel tant et tant de détenus étaient morts à la Kolyma. A la fin de 1959, deux jours avant sa mort, Anton, hospitalisé à l’Institut thérapeutique de Moscou, disait avec un sourire amer : « On reconnait les anciens d’Auschwitz, et de Dachau à leur numéro tatoué sur le bras. Les anciens de la Kolyma, on peut les reconnaître à cette marque tatouée par la faim ». (Extrait du Chapitre « L’ire et l’amour de nos seigneurs… »)
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ApikrusApikrus   08 novembre 2018
Toutes les autres éducatrices étaient des contractuelles, arrivées souvent depuis très peu de temps. Il y avait parmi elles des femmes charmantes, et je leur était reconnaissante du tact avec lequel elles évitaient de souligner ma qualité de paria. Mais je ne pouvais me lier d’amitié avec elles. Elles me paraissaient plus enfants que nos pupilles. Certes, elles avaient vécu la guerre, l’évacuation, la famine, mais sorties de là, elles ne savaient rien. Leur naïve confiance à l’égard de la propagande officielle était si forte que ce que leurs yeux voyaient à la Kolyma, elles ne le croyaient pas. Les phrases imprimées dans le journal faisaient sur elles plus d’effet que ce qu’elles voyaient dans la rue. C’est avec une extase quasi religieuse qu’elles apprenaient aux enfants la chanson si répandue à l’époque : « Le premier faucon est Lénine, le second est Staline. » En tout cas elles avaient un sentiment de la réalité nettement moins développé que, disons, la petite Lida Tchachetchkina, née à Elguen, qui avait déjà été par deux fois séparée brutalement de sa mère et qui, depuis six ans qu’elle était sur terre, avait vu je ne sais combien de mètres de barbelés, des dizaines de chiens-loups et autant de miradors. (Extrait du chapitre « Noble labeur », dans lequel l’auteure raconte son retour au monde « libre » et son travail d’éducatrice).
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ApikrusApikrus   08 novembre 2018
Alors venaient des « pourquoi ? » et des « comment ? » sans fin, auxquels il était presque toujours délicat de répondre. C’est qu’il était diablement observateur, ce gamin ! La discordance entre les principes qu’on lui inculquait et ce qu’il voyait dans la vie réelle l’entretenait dans une inquiétude perpétuelle.
« Les éducatrices disent toujours qu’il ne faut pas s’assoir par terre, qu’on peut attraper du mal et se salir…
- Bien sûr. », acquiescé-je tout en pressentant vaguement un piège derrière cette phrase innocente. En effet, la voici. Comment se fait-il donc qu’Edik ait vu de ses yeux dans la rue, un soldat-escorteur qui criait : « Assis ! » à une colonne de zeks nouvellement débarqués et que tous se soient assis par terre ? Justement il venait de pleuvoir. Certains zeks se sont retrouvés le derrière dans des flaques. « Ils vont avoir attrapé du mal, n’est-ce pas ? C’était un mauvais homme, cet escorteur, n’est-ce pas ? » Le plus souvent j’élude ce genre de questions. Je détourne la conversation vers d’autres sujets. (…). Mais cette fois, il insiste : « C’était un mauvais homme, cet escorteur, n’est-ce pas ? » (Extrait du chapitre « Noble labeur », dans lequel l’auteure raconte son retour au monde « livre » et son travail d’éducatrice, ici à propos d’un enfant de six ans)
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ApikrusApikrus   08 novembre 2018
J’ai gardé un souvenir particulièrement net de mon étude des « jeux créatifs ». Une heure était réservée, entre le goûter et le dîner, aux activités que l’on appelait ainsi. Les enfants avaient le droit de jouer à ce qu’ils voulaient et comme ils voulaient. Les éducateurs se tenaient à l’écart et devaient seulement éventuellement ramener le calme, veiller au bon usage des jouets communs, et surtout noter ensuite sur leur cahier, dans la colonne « bilan », à quoi avaient joué les enfants et comment s’étaient manifestés dans leurs jeux l’attachement à la patrie soviétique, la haine envers nos ennemis, etc. (Extrait du chapitre « Noble labeur » dans lequel l’auteure raconte son expérience d’éducatrice à Magadan peu après sa libération des camps de travaux forcés).
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MacabeaMacabea   16 janvier 2017
Cette femme de lettres de Leningrad, douée d'une grande élévation d'âme et totalement perdue dans la vie courante, avait constamment besoin d'une tutelle. Les jeunes, dont nous faisions partie à l'époque, étaient nombreusesà accepter avec joie de la prendre en charge. Elle nous rendait de son côté un service incomparablement plus précieux: celui d'entretenir, les braises presque éteintes de la vie de l'esprit. Jusque très tard dans la nuit, elle nous racontait, juchéee en haut des châlits, ses rencontres avec Bloc, Akhmatova, avec Mandelstam.
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