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Sylvette Gleize (Traducteur)
EAN : 9782351760659
384 pages
Editions Galaade (20/08/2009)
3.77/5   13 notes
Résumé :
Adieu Zanzibar raconte les amours et les illusions de Martin et de Rehana, d'Amin et de Jamila, de Rashid et de Barbara. Ils sont noirs ou blancs, indiens ou arabes, chrétiens ou musulmans et tissent, de Zanzibar à Londres, autant d'histoires d'amour, d'interdit, de mémoire et d'exil. Portée par la force d'évocation et la poésie d'Abdulrazak Gurnah, cette fable désenchantée, dans laquelle résonne le destin légendaire des Atrides, a le souffle des grandes histoires.
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
nadejda
  04 août 2011
Nous sommes en 1899. Hassanali marchand du quartier indigène de Zanzibar en est aussi le muezzin. Comme tous les matins il va lancer ses appels à la prière quand il reste en arrêt devant un homme prostré malade et dépouillé de tout. Cet homme «qu'il prend pour un spectre dans la lumière naissante» est un blanc. Que fait-il dans ce quartier ?
«Le destin est partout, comme il était dans cette première rencontre, mais le destin n'est pas le hasard, et les événements même les plus inattendus répondent à un plan. Ainsi la suite a-t-elle laissé paraître moins qu'accidentel le fait qu'Hassanali ait été celui qui a découvert l'homme.» p10
Cette découverte, contée de façon cocasse, débute la première partie de «Adieu Zanzibar». Elle pose un profond dilemme à Hassalani le marchand et va transformer sa vie et surtout celle de sa soeur Rehana que son mari a abandonnée et qui va aimer Pearce, l'homme que recueille Hassalani.
Abdulrazak Gurnah nous relate ce récit comme il le ferait d'un conte oriental, tout en douceur sans toutefois éluder les répercussions de cette histoire d'amour dans la société coloniale et ancestrale de l'époque, histoire qui se poursuivra avec Jamila, la descendante du couple Pearce-Rehana, dont on fait la connaissance dans la deuxième partie du roman.
Le titre de Adieu Zanzibar est, en anglais, «Désertion» et effectivement on assiste à une suite d'abandons. La désertion de ceux qui accompagnent Pearce l'anglais abandonné dans la brousse, celle du mari de Rehana qui part en Inde en la laissant seule dans l'incertitude de son retour. Elle sera suivie pour elle d'une nouvelle désertion, celle de Pearce dont elle est devenue l'amante en prenant tous les risques face au code traditionnel de la société dans laquelle elle vit. Il repartira en Angleterre en la laissant enceinte d'une fille Bi Asmah mère de Jamila.
Le narrateur principal, Rashid, va lui-aussi déserter en quittant l'île de Zanzibar pour l'Angleterre comme Abdulrazak Gurnah qui enseigne la littérature et la théorie postcoloniale à l'université du Kent.
«Il y a, vous le voyez, un je dans cette histoire, mais je n'en suis pas le sujet. C'est une histoire sur nous tous, Farida et Amin, nos parents, Jamila. Elle dit que chaque histoire en contient beaucoup d'autres, et qu'elle ne nous appartiennent pas mais se confondent avec les aléas de notre époque, qu'elles s'emparent de nous et nous lient à jamais.» p135
Ce roman nous plonge dans l'atmosphère des quartiers indigènes de cette ville de Zanzibar avec ses odeurs, ses bruits, ses voix qui se croisent, ses croyances. Il nous met aussi face à la confrontation entre l'intolérance et le mépris des colonisateurs et cette vie chatoyante de l'Afrique orientale où se mêlent légendes swahilies et code des traditions ancestrales et familiales.
Cette découverte d'Abdulrazak Gurnah m'a agréablement surprise et transportée dans un monde étranger et proche à la fois. Car il sait raconter et rendre vivant et coloré le quotidien même le plus banal. Il analyse finement les réactions des blancs, eux-mêmes déracinés et inadaptés à cette Afrique qu'il colonisent, le courage des femmes qui prennent le risque de briser le carcan familial et, en bravant les interdits, se retrouvent exilées dans leur propre pays pour avoir voulu vivre leur vie comme les hommes le sont en s'éloignant d'un pays qui est celui qui garde la magie de leur enfance.
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Sachenka
  04 juin 2021
Adieu Zanzibar est un roman qui me laisse ambigu. Pourtant, il contenait plusieurs éléments intéressants ou qui, du moins, m'intéressent en temps normal. Un petit peu de dépaysement et d'exotisme. Zanzibar, l'Afrique orientale, la capitale Dar-es-Salem pas très loin, les Britanniques, les communautés de Noirs et d'Arabes, et même quelques Indiens. J'étais plus que disposé à découvrir ce monde cosmopolite, hétérogène, aux portes des métropoles régionales comme Nairobi et Mombasa. Et puis il y a Londres, lointaine mais dont la présence se fait sentir.
Les premières pages du roman ont continué à m'intéresser. Un Blanc presque perdu dans le quartier, des histoires d'amour, des histoires d'ambition… Bref, des destins qui s'entrecroisent. Toutefois, très peu de personnages me semblaient attachants. Ou auxquels je n'ai pas réussi à m'attacher.
Aussi, j'ai éprouvé beaucoup de difficulté à accrocher au roman, à suivre cette histoire. La jeune Rehana et ses efforts pour accéder à une bonne école, à une instruction de qualité, les frères Amin et Rashid, leurs propres histoires d'amour, leurs pérégrinations jusqu'à Londres, etc. Parfois, je me sentais très investi dans ma lecture, dans les aventures de quelques uns de ces personnages (la narration alterne entre eux), cela durait quelques dizaines de pages puis je me sentais à nouveau perdu. C'est très étrange et je n'arrive pas à me l'expliquer.
Un des trucs qui m'a déstabilisé est que cela m'a pris longtemps à situer l'action dans le temps. Fin 19e siècle (à un moment, passé le tiers du roman, j'ai glané la date 1899) ou plutôt milieu du 20e siècle (il était beaucoup question du mouvement de décolonisation)? Ce genre d'information manquante, quand ça n'ajoute pas un mystère intentionnel, une intrigue, m'agace beaucoup.
Adieu Zanzibar était peut-être un rendez-vous manqué. Parfois, il y a de ces lectures qui ne sont pas lues au bon moment ou dans un climat favorable. Je devrai lire autre chose d'Abdulrazak Gurnah pour m'en faire une meilleure tête des talents de cet auteur.
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Isacom
  29 mai 2022
En octobre 2021 lors de l'annonce du prix Nobel, je me suis ruée sur le site de la médiathèque pour réserver l'unique oeuvre disponible de Gurnah : Adieu Zanzibar. Je n'étais pas la première : ma réservation n'est arrivée qu'en... mai 2022.
Entre temps, j'ai lu Près de la mer. Ce roman m'a émerveillée.
Puis j'ai lu Paradis : encore meilleur que le précédent.
Et maintenant, Adieu Zanzibar : encore supérieur aux deux autres.
Car, si on y retrouve la description d'une société cosmopolite, tournée vers la mer et le commerce, dans la même écriture envoûtante propre à Gurnah, cette fois-ci pour parfaire la narration, on y rencontre des femmes (absentes ou presque des deux autres romans).
Leurs vies ne sont pas faciles ; elles sont les premières victimes des convenances religieuses et sociales.
Mais quels portraits fascinants !
Il y a d'abord Rehana, qui à l'aube du 20ème siècle va vivre pleinement une histoire d'amour interdite.
Puis il y a sa descendante, Jamila, qui dans les années 50 va porter le poids de la rébellion de sa grand-mère.
Car c'est encore une histoire de familles que nous conte Gurnah, familles dont il entremêle les destins, les époques, les narrations ; pour terminer avec ces deux frères, l'un resté en Tanzanie affronter les périls de l'indépendance, l'autre parti étudier et faire sa vie au Royaume-Uni (dans une partie qui semble très autobiographique).
Un roman déchirant, une oeuvre exceptionnelle.
Traduction parfaite de Sylvette Gleize.
Challenge Nobel
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Flodopas78
  19 décembre 2021
Un homme blanc, à bout de force, fait irruption sur la place d'une petite ville de Zanzibar, alors sous protectorat anglais. Il est recueilli par Hassanali, boutiquier indo-africain et soigné par Rehana, la soeur de celui-ci. Cet homme s'appelle Martin Pearce. C'est un explorateur anglais et un orientaliste. Son court séjour va perturber à jamais l'équilibre de cette modeste famille et de ses descendants, avec des répercussions tragiques que l'auteur nous conte habilement en nouant les fils de plusieurs destins infléchis par la rencontre de Martin Pearce et de Rehana et leur amour impossible.
A travers ce récit où s'entremêlent plusieurs thèmes, l'auteur évoque la situation politique de Zanzibar avant et après l'indépendance, les conséquences du colonialisme sur les rapports humains et la difficulté pour les jeunes africains issus des anciennes colonies à s'intégrer dans une société européenne où le sentiment de supériorité est tellement ancré dans les mentalités qu'il n'est jamais remis en cause. Ces questions sont traitées à travers les différents destins des personnages de ce roman complexe et riche en émotions. S'inspirant de sa propre expérience d'exilé, Abdulrazak Gurnah a insufflé dans son roman un réalisme puissant qui nous éclaire sur un passé qui n'en finit pas de nous hanter. Un écrivain à découvrir.
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Mermed
  13 juillet 2022
Le livre commence par son seul incident dramatique, la découverte par Hassanali, un commerçant d'origine indienne, alors qu'il se rendait tôt un matin à l'ouverture de la mosquée locale, d'un Anglais débraillé et à moitié affamé. le choc des cultures est bien géré : les Britanniques à leur arrivée tiennent pour acquis que ce malheureux a été volé par les indigènes, alors qu'en fait, l'islam impose des obligations d'hospitalité.
Le nouveau venu, Martin Pearce, s'avère être un pont entre les cultures. Historien et linguiste, il parle arabe et ne considère pas l'empire comme une faveur faite à ses sujets. Sa présence dans la région est expliquée : il a été invité à se joindre à une partie de chasse en Somalie, mais rendu malade par l'absurde massacre de quatre ou cinq lions par jour, ainsi que de dizaines de léopards, de rhinocéros et d'antilopes, il est parti vers la côte est.
Lorsque Pearce retourne dans la maison où il a été accueilli et soigné, il remarque la beauté de la soeur d'Hassali. Bien entendu ils deviennenet amants.
Le livre saute alors vers les années 50, et le livre se débarasse sans ménagement ses personnages., pour faire place à d'autres qui n'ont aucun lien avec la première partie du livre.
Il faudra être un lecteur exceptionnellement sensible pour se soucier de cette deuxième partie, alors que la première partie a été si chimériquement balayée.
Malgré sa récompense suprême,
le grand écrivain du Mozambique est Mia Couto.
Lien : http://holophernes.over-blog..
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critiques presse (3)
LaCroix   02 août 2022
Le Prix Nobel de littérature 2021 explore la profondeur du continent africain et l'infinité de son espace océanique oriental, tout en les délivrant des douleurs de la domination. Une lecture capitale.

Lire la critique sur le site : LaCroix
LeDevoir   01 août 2022
Dans Adieu Zanzibar, l’adieu est double, nourri à la fois de la culpabilité d’avoir abandonné son monde et sa famille — Desertion, le titre original de ce livre paru en 2005, est plus éloquent — et de la déchirante impossibilité d’un retour en arrière.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
LeMonde   25 juillet 2022
Il s’appelle Pearce, Martin Pearce. Mais cela, on ne le saura qu’au bout d’une trentaine de pages. Car l’auteur, Abdulrazak Gurnah, a l’art de ménager ses effets. Qui donc est cet homme – ou plutôt cette loque humaine – qu’Hassanali, le muezzin de la mosquée locale, découvre un matin quasi inanimé et tellement maigre qu’il le prend pour un mort vivant ? Un Européen ? Peut-être.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
nadejdanadejda   04 août 2011
Il savait que les vieux sages reviendraient plus tard dans la matinée s’asseoir sur le banc qu’il avait installé devant sa boutique à leur intention, lorsque le soleil aurait disparu derrière les maisons les plus proches. ils migreraient ensuite nonchalamment au cours de la journée vers un autre coin d’ombre, ou bien retourneraient au café, puis à la mosquée, avant de réapparaître en fin d’après-midi du côté de la boutique. A la fraîche les bavardages seraient plus amènes, les récits plus longs et plus anciens. Il en allait ainsi depuis l’époque de son père. Les vieillards se succédaient, qui allaient et venaient en traînant les pieds au gré des événements, mais le banc restait à sa place, et ne manquait jamais d’occupants. p35
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SachenkaSachenka   31 mai 2021
Suis-je un? Je suis l'étang où elle se mêle à moi. Je n'ai jamais connu pareil manque ni pareil désir, comme si j'allais mourir de soif ou de folie si je ne la tenais pas entre mes bras, si je ne m'étendais pas à côté d'elle. Pourtant je ne meurs pas et je ne la tiens pas entre mes bras. Mais je n'ai jamais su grand-chose, et peut-être en est-il ainsi de tout amour tôt ou tard.
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nadejdanadejda   04 août 2011
Et puis c’était lui qui avait vu l’homme émerger de l’ombre au petit jour et l’avait pris pour un spectre égaré dans la lumière naissante. Lui que ce regard gris dans la grisaille du matin avait cherché et poursuivi. C’était le hasard de Dieu qui avait fait que les choses s’étaient passées ainsi, et Dieu ne laisse rien au hasard. Ce fardeau avait été choisi à son intention, peut-être pour l’éprouver, ou le punir, ou bien l’évaluer, il répondait à une logique qui ne lui était pas encore lisible. p31
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nadejdanadejda   04 août 2011
Il y a, vous le voyez, un je dans cette histoire, mais je n’en suis pas le sujet. C’est une histoire sur nous tous, Farida et Amin, nos parents, Jamila. Elle dit que chaque histoire en contient beaucoup d’autres, et qu’elle ne nous appartiennent pas mais se confondent avec les aléas de notre époque, qu’elles s’emparent de nous et nous lient à jamais. p135
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nadejdanadejda   04 août 2011
Le destin est partout, comme il était dans cette première rencontre, mais le destin n’est pas le hasard, et les événements même les plus inattendus répondent à un plan. Ainsi la suite a-t-elle laissé paraître moins qu’accidentel le fait qu’Hassanali ait été celui qui a découvert l’homme. p10
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Vidéo de Abdulrazak Gurnah
Entretien complet avec le lauréat du prix Nobel de littérature 2021, le professeur Abdulrazak Gurnah Université du Kent Version traduite en français
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