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Dominique Trouvé (Éditeur scientifique)
ISBN : 2035844452
Éditeur : Larousse (09/09/2009)

Note moyenne : 4.09/5 (sur 844 notes)
Résumé :
Un collier de diamants qui change une vie en cauchemar...
Un lâche terrorisé par un duel qu'il a lui-même provoqué... Un vieux cheval maltraité par un domestique...Un couple qui n'hésite pas à acheter un enfant...Un viellard qui ne se décide pas à mourir... Cinq destins cruels, racontés avec noirceur et drôlerie par l'in de nos plus grands conteurs.
Folio Junior




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Critiques, Analyses & Avis (70) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  23 mai 2013
Quelle bonne idée de publier Maupassant de façon thématique plutôt que par recueils ou exhaustivement.
Voici un sublime volume, une sorte de " best of " Maupassant avec un choix de textes judicieux.
Vous êtes également entre de bonnes mains car la collection est présentée par une des plus grandes spécialistes de l'auteur, Maris-Claire Bancquart, et vous y retrouvez presque toutes les perles (à mon goût) comme : Boule de suif, la maison Tellier, Mademoiselle Fifi, le père Milon, Miss Harriet, mon oncle Jules, la ficelle, le petit fût, l'ivrogne, Toine, Boitelle, une vente... bref, 66 contes et nouvelles en tout, plus un glossaire et des illustrations d'époque.
Si vous ne connaissez pas Maupassant, n'hésitez pas, plutôt que de vous lancer dans un recueil particulier ou l'immense Pléiade, choisissez plutôt cette collection vraiment bien faite, vous ne serez pas déçu(e).
Commencez par ce volume plutôt que par les deux autres, bien qu'il y ait aussi des perles dans les autres, car ici, c'est du roc, c'est de la valeur sûre et surtout, ce régionalisme normand est du niveau de celui de Pagnol pour la région marseillaise, or toutes les régions n'ont pas leur Maupassant ou leur Pagnol, malheureusement.
Vous l'aurez compris, ce recueil est une mine d'or à mon avis, mais ce n'est que mon avis, donc, pas grand-chose.
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Nastasia-B
  23 octobre 2013
Ce livre est un recueil thématique très bien fait qui regroupe 12 nouvelles elles-mêmes issues de différents recueils, soit publiés du vivant de l'auteur, soit regroupés plus tard par des éditeurs, sachant que toutes avaient déjà eu leur vie propre car publiées à l'époque au compte-gouttes dans des journaux.
Le thème retenu ici est celui de la parentalité non assumée, suite à un adultère ou pour des raisons financières, donc du sentiment d'abandon, ressenti tant par l'enfant que par le parent. Il y a aussi la crainte de voir ce qu'est devenu un parent fantasmé qui s'avère, bien souvent, très différent de comme on l'a rêvé.
1) le Donneur D'Eau Bénite (parue dans le recueil Misti) est une nouvelle potentiellement hyper riche mais qui, en raison du fait qu'elle est une des toutes premières nouvelles écrite par l'auteur, souffre un peu de sa jeunesse et de son manque de maniement du genre propre qu'est la nouvelle. La langue est déjà impeccable, telle qu'on la connaît par ailleurs, mais pas forcément l'organisation de la narration. Les enchaînements sont un peu téléphonés et le suspense pas suffisamment maintenu à mon goût. Mais c'est très dommage car cette histoire de kidnapping d'un enfant de cinq ans chez un brave couple d'artisans qui va tout abandonner pour se lancer à la recherche de son enfant, coûte que coûte, aurait vraiment tout pour plaire et pour faire du super Maupassant.
2) le Papa de Simon (parue dans le recueil La Maison Tellier) est quant à elle parfaitement al dente, l'une de mes toutes favorites. Il s'agit d'une excellente nouvelle, acide et émouvante, sur le fardeau posé sur les épaules d'un enfant naturel, risée de ses petits camarades parce qu'il n'a pas de papa. Sublime, 5 étoiles + + +.
3) Un fils, la nouvelle titre (parue dans Les Contes de la Bécasse) n'est pas du tout ma préférée du recueil mais son titre allait bien pour chapeauter l'ensemble, je suppose. Il s'agit d'une Xième variation terrible et terrifiante sur l'adultère et ses conséquences.
4) L'Enfant (parue dans Clair de Lune) est une émouvante nouvelle où un mari, naguère volage, apprend que son ex-maîtresse expire en lui laissant un enfant. Les réactions, tant du mari que de son épouse, sont poignantes.
5) Un Parricide (parue dans Les Contes du Jour Et de la Nuit) évoque, comme son nom l'indique, la vengeance meurtrière d'un fils abandonné par ses parents qu'il accuse d'avoir gâché sa vie.
6) Aux Champs (parue dans Les Contes de la Bécasse) est une magnifique nouvelle, très typique des histoires rurales que l'auteur savait si bien ourdir, et flotte sur les thème favoris de l'auteur : pauvreté, mesquinerie et immoralité. du grand art.
7) le Testament (également parue dans Les Contes de la Bécasse) nous amène sur le terrain des règlements de compte posthumes... Tout un programme !
8) M. Jocaste (parue dans Misti), comme son nom l'indique, est une référence au personnage féminin de la mythologie grecque, Jocaste, à la fois mère et épouse d'Oedipe. Ici, l'auteur nous dresse la fable d'un cas limite, plus théorique que crédible (vous constaterez que je n'ai pas adoré), où un père ayant perdu celle qu'il aimait s'éprend de sa fille qui est aussi la sienne. le seul côté (un peu) intéressant de cette petite nouvelle malgré tout d'une lecture agréable c'est le parti pris osé de ne pas condamner l'acte d'inceste.
9) le Petit (parue dans Les Contes du Jour Et de la Nuit) est une X+1 ème évocation de l'adultère et ses conséquences. C'est, à mon sens, l'une des faiblesses de ce recueil, à savoir qu'il cible spécifiquement un sujet souvent traité par Guy de Maupassant et qui peut s'avérer un peu lassant à la longue.
10) le Père (parue elle aussi dans Les Contes du Jour Et de la Nuit), idem que pour la n°9 mais avec un petit supplément d'âme qui me la rend très agréable et à laquelle je donne ma préférence.
11) L'Abandonné (parue dans Yvette) même chose, revisite le thème souvent exploité par Maupassant (voir entre autres le Donneur D'Eau Bénite, Un Parricide et Duchoux) de l'enfant illégitime abandonné puis rencontré par ses parents bien des années plus tard, pour le meilleur ou pour le pire...
Enfin l'on termine par une nouvelle bien écrite et plus consistante quant à la longueur, la très désillusionnée 12) Duchoux (parue dans La Main Gauche) où un père s'en vient retrouver son fils mais qui n'est pas devenu ce qu'il espérait.
Un bon recueil donc, avec une très bonne préface de Laure Helms, mais qui souffre un peu, à mon goût, de la redondance du thème principal et de ses multiples variations, car on y perd la diversité des thèmes qu'on rencontre d'ordinaire dans les recueils constitués par Maupassant lui-même. Il me reste encore à vous livrer mes quelques favorites, qui sont au nombre de cinq.
Je place en tête le Papa de Simon, puis à égalité L'Enfant, Aux Champs, le Père et Duchoux.
Mais ce n'est là bien sûr que mon avis, enfant illégitime d'un cerveau souvent dans l'erreur, c'est-à-dire, bien peu de chose.
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Nastasia-B
  26 novembre 2012
Maupassant reprend le flambeau de la nouvelle au XIXème siècle, en digne successeur De Balzac (eh ! oui, Balzac est aussi un grand nouvelliste, voir par exemple le livre de nouvelles publié chez GF, où je vous conseille notamment " La Messe de L'Athée ", bien que cette partie de son oeuvre soit souvent mésestimée).
À l'image de ce qu'il a été pour Zola, l'influence De Balzac semble indéniable également chez Guy de Maupassant, du moins pour le côté corrosif et désabusé, et n'oublions pas qu'il utilisait très fréquemment le surnom de " Maufrigneuse ", l'un des personnages créés par l'auteur de la comédie humaine, clin d'oeil à peine masqué donc au grand génie de la première moitié du XIXème siècle.
Néanmoins, Guy de Maupassant va y apporter une dimension supplémentaire et y imprimer sa patte de façon irréversible. À l'exception notable de Mérimée, l'art de la nouvelle est encore considéré au XIXème comme un sous produit du roman, un format pratique pour les auteurs momentanément désargentés et qui convient bien aux journaux et revues. Maupassant, sans réellement s'ériger contre ce système rentable et à rotation rapide, va créer une sorte de nouveau canon pour le genre.
Premièrement de par le style, en fervent élève de la Bruyère, celui-ci est limpide, enlevé, tout en étant accessible et populaire.
Ensuite par la forme, la structure très construite et ne laissant pas grand chose au hasard.
Et enfin, par le nombre impressionnant (plus de trois cents) de ses contributions au patrimoine littéraire français.
Après lui, on ne pourra jamais plus écrire des nouvelles comme si de rien n'était. On en fait un "spécialiste", alors qu'il semble que Maupassant se percevait surtout comme un écrivain romancier.
L'édition de la Pléiade, concernant les contes et nouvellesDe Maupassant, présente de nombreuses qualités que certains pourraient considérer comme son inconvénient: énorme, exhaustive, monumentale.
Outre les recueils en eux-mêmes, vous aurez donc accès à toutes les nouvelles qui ne figurent pas dans les recueils (mais qui ne sont pas forcément les meilleures, à l'exception de quelques unes dont " Alexandre " ou " L'Endormeuse " par exemple).
N'espérez pas vous en sortir en achetant un seul des 2 volumes Pléiade "contes et nouvelles " car vu qu'elles sont classées par ordre chronologique de première parution, vous risquez fort de n'avoir qu'un bout de tel ou tel recueil, la suite étant dans l'autre tome (ainsi les recueils " La maison Tellier ", " Clair de lune ", " Miss Harriet ", " Les soeurs Rondoli ", " Contes du jour et de la nuit ", " Toine ", " Monsieur Parent " et " le rosier de Madame Husson " sont à cheval sur les 2 tomes).
Pour le reste, rien à redire, belle édition, commentaires de Louis Forestier ni trop ni trop peu présents et les textes De Maupassant sont eux aussi, évidemment à la hauteur.
L'ensemble peut constituer un beau cadeau pour les amateurs, néanmoins, ayant tendance à trouver les contes normands légèrement au-dessus des autres (jugement tout personnel, à mon avis, Maupassant est le Pagnol normand, et en sa qualité de régionaliste, lorsqu'il parle de sa région s'est toujours un ton plus savoureux que quand il se fait l'interprète d'autres réalités régionales), je me permets de vous conseiller une très belle collection chez La Pochothèque, et bien évidemment le volume intitulé " Contes normands ".
Pour le contenu lui-même, j'ai apporté des commentaires plus spécifiques pour l'essentiel des recueils auxquels vous pouvez vous reporter. J'en terminerai simplement en vous livrant recueil par recueil (hormis la lumineuse et hors catégorie "Boule de suif") celles qui m'ont particulièrement séduites :
Dans La Maison Tellier : Histoire d'une fille de ferme, En famille, le papa de Simon, Une partie de campagne & bien sûr, La maison Tellier.
Dans Mademoiselle Fifi : Madame Baptiste, A cheval, Deux amis & Mademoiselle Fifi.
Dans Contes de la bécasse : Pierrot, La rempailleuse, En mer, Un Normand, Aux champs & Saint-Antoine.
Dans Clair de lune : L'enfant, La reine Hortense, le pardon, Les bijoux & Moiron.
Dans Miss Harriet : L'âne, La ficelle, Mon oncle Jules, La mère sauvage & Miss Harriet.
Dans Les soeurs Rondoli : le petit fût, Mon oncle Sosthène & le parapluie.
Dans Yvette : le retour, Mohammed-fripouille & Yvette.
Dans Contes du jour et de la nuit : le père, La parure, le vieux, L'ivrogne & le gueux.
Dans Toine : La dot, le lit 29, Bombard, le père Mongilet, Nos anglais, La confession & bien sûr Toine.
Dans Monsieur Parent : La bête à Maît' Belhomme, le baptême, Tribunaux rustique & Petit soldat.
Dans La petite Roque : Mademoiselle Perle, le père Amable & La petite Roque.
Dans le Horla : Amour, le Diable, le Vagabond & le Horla.
Dans le rosier de Madame Husson : Une vente, L'assassin & La Martine.
Dans La main gauche : Hautot père et fils, Boitelle, le lapin, Duchoux & La morte.
Dans L'inutile beauté : le noyé.
Dans le père Milon : La veillée, le père Milon & L'orphelin.
Dans le colporteur : Jadis, La serre, Fini & Après.
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missmolko1
  18 août 2014
Zola est un auteur que j'aime beaucoup et j'ai vraiment adoré ce recueil de nouvelles. C'est vraiment très intéressant de le découvrir autrement a travers de courts textes.
Toutes les nouvelles ont un fil conducteur : on y découvre la vie parisienne avec "La semaine d'une parisienne", ou les parisiens qui partent a la campagne dans "Les parisiens en villégiature". La vie politique a également un place importante comme dans "Madame Nigeon" mais aussi le paraitre et les moeurs de la bourgeoisie avec "Nantas" ou encore "Les coquillages de M. Chabre".
On passe un vrai bon moment et l'on savoure l'écriture magnifique de l'auteur. C'est un voyage dans le temps mais aussi dans différents lieux en France que nous propose ici Zola.
Chaque nouvelle s'accompagne en plus de quelques pages d'analyses et d'explications qui sont vraiment très intéressantes.Je vous recommande donc cette lecture qui est pour moi un vrai coup de coeur. J'ai dans ma PAL, l'autre volume qui s'intitule Nouvelles Noires, je pense que je ne vais pas tarder a m'y plonger !!!
Lien : http://missmolko1.blogspot.i..
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LydiaB
  21 avril 2013
Je m'intéresse ici à une nouvelle en particulier : Jadis.
D'abord publiée dans le journal le Gaulois du 13 septembre 1880 sous le titre Conseil d'une grand-mère, elle fut ensuite imprimée une nouvelle fois le 30 octobre 1883 dans le journal Gil Blas. Cette fois, Maupassant le fit passer sous une signature différente (pour ne pas être reconnu puisqu'il était en contrat avec le Gaulois) : Maufrigneuse.
Il n'y a que très peu d'actions dans Jadis. Une jeune fille, Berthe, fait la lecture du journal à sa grand-mère. Celle-ci est friande d'histoires d'amour. Berthe s'arrête alors sur une chronique intitulée "Drame d'amour". "C'était une histoire de vitriol. Une dame, pour se venger de la maîtresse de son mari, lui avait brûlé les deux yeux. Elle était sortie des assises acquittée, innocentée, félicitée, aux applaudissements de la foule." La grand-mère est atterrée. S'ensuit alors une conversation sur ce que peut être l'amour.
Cette très courte nouvelle, pouvant paraître anodine au premier abord, est riche d'enseignement. Elle tendrait d'ailleurs vers la philosophie. On assiste ici à une confrontation entre la jeune génération et l'ancienne, les deux évoquant l'évolution des moeurs, bonne ou mauvaise d'ailleurs.

Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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Les critiques presse (1)
LaPresse   01 septembre 2014
Son style précis, cruel et drôle, sa narration fluide ponctuée de fines observations psychologiques et ses chutes imprévisibles en général nourrissent le plaisir de le lire, qui ne s'est pas tari plus d'un siècle après sa mort.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Citations & extraits (94) Voir plus Ajouter une citation
LydiaBLydiaB   21 avril 2013
- Mais vous êtes donc fous aujourd'hui, vous êtes fous. Le bon Dieu vous a donné l'amour, la seule séduction de la vie ; l'homme y a mêlé la galanterie, la seule distraction de nos heures, et voilà que vous y mettez du vitriol et du revolver, comme on mettrait de la boue dans un flacon de vin d'Espagne !

Berthe ne paraissait pas comprendre l'indignation de son aïeule.

- Mais, grand-mère, cette femme s'est vengée. Songe donc, elle était mariée, et son mari la trompait.

La grand-mère eut un soubresaut.

- Quelles idées vous donne-t-on, à vous autres, jeunes filles d'aujourd'hui ?

Berthe répondit :

- Mais le mariage, c'est sacré, grand-mère.

L'aïeule tressaillit en son cœur de femme née encore au grand siècle galant.

- C'est l'amour qui est sacré, dit-elle. Écoute, fillette, une vieille qui a vécu trois générations et qui en sait long, bien long sur les hommes et sur les femmes. Le mariage et l'amour n'ont rien à voir ensemble. On se marie pour fonder une famille, et on forme une famille pour constituer la société. La société ne peut pas se passer du mariage. Si la société est une chaîne, chaque famille en est un anneau.

Pour souder ces anneaux-là, on cherche toujours les métaux pareils. Quand on se marie, il faut unir les convenances, combiner les fortunes, joindre les races semblables, travailler pour l'intérêt commun qui est la richesse et les enfants. On ne se marie qu'une fois, fillette, et parce que le monde l'exige ; mais on peut aimer vingt fois dans sa vie, parce que la nature nous a faits ainsi. Le mariage ! c'est une loi, vois-tu, et l'amour, c'est un instinct qui nous pousse tantôt à droite, tantôt à gauche. On a fait des lois qui combattent nos instincts, il le fallait ; mais les instincts toujours sont les plus forts, et on a tort de leur résister, puisqu'ils viennent de Dieu, tandis que les lois ne viennent que des hommes.

(Extrait de la nouvelle "Jadis")
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Nastasia-BNastasia-B   29 octobre 2012
On me remit les journaux que le facteur venait d'apporter et je m'en allai sur la rive, à pas tranquilles, pour les lire.
Dans le premier que j'ouvris, j'aperçus ces mots : "Statistique des suicides" et j'appris que, cette année, plus de huit mille cinq cents êtres humains se sont tués.
Instantanément, je les vis ! Je vis ce massacre, hideux et volontaire des désespérés las de vivre. Je vis des gens qui saignaient, la mâchoire brisée, le crâne crevé, la poitrine trouée par une balle, agonisant lentement, seuls dans une petite chambre d'hôtel, et sans penser à leur blessure, pensant toujours à leur malheur.
J'en vis d'autres, la gorge ouverte ou le ventre fendu, tenant encore dans leur main le couteau de cuisine ou le rasoir.
J'en vis d'autres, assis tantôt devant un verre où trempaient des allumettes, tantôt devant une petite bouteille qui portait une étiquette rouge.
Ils regardaient cela avec des yeux fixes, sans bouger ; puis ils buvaient, puis ils attendaient ; puis une grimace passait sur leurs joues, crispait leurs lèvres ; une épouvante égarait leurs yeux, car ils ne savaient pas qu'on souffrait tant avant la fin.
Ils se levaient, s'arrêtaient, tombaient et, les deux mains sur le ventre, ils sentaient leurs organes brûlés, leurs entrailles rongées par le feu du liquide, avant que leur pensée fût seulement obscurcie.
J'en vis d'autres pendus au clou du mur, à l'espagnolette de la fenêtre, au crochet du plafond, à la poutre du grenier, à la branche d'arbre, sous la pluie du soir. Et je devinais tout ce qu'ils avaient fait avant de rester là, la langue tirée, immobiles. Je devinais l'angoisse de leur cœur, leurs hésitations dernières, leurs mouvements pour attacher la corde, constater qu'elle tenait bien, se la passer au cou et se laisser tomber.
J'en vis d'autres couchés sur des lits misérables, des mères avec leurs petits enfants, des vieillards crevant la faim, des jeunes filles déchirées par des angoisses d'amour, tous rigides, étouffés, asphyxiés, tandis qu'au milieu de la chambre fumait encore le réchaud de charbon.
Et j'en aperçus qui se promenaient dans la nuit sur les ponts déserts. C'étaient les plus sinistres. L'eau coulait sous les arches avec un bruit mou. Ils ne la voyaient pas..., ils la devinaient en aspirant son odeur froide ! Ils en avaient envie et ils en avaient peur. Ils n'osaient point ! Pourtant, il le fallait. L'heure sonnait au loin à quelque clocher, et soudain, dans le large silence des ténèbres, passaient, vite étouffés, le claquement d'un corps tombant dans la rivière, quelques cris, un clapotement d'eau battue avec des mains. Ce n'était parfois aussi que le clouf de leur chute, quand ils s'étaient lié les bras ou attaché une pierre aux pieds.
Oh ! les pauvres gens, les pauvres gens, les pauvres gens, comme j'ai senti leurs angoisses, comme je suis mort de leur mort !

L'ENDORMEUSE
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Nastasia-BNastasia-B   03 mars 2015
J’ai donc vu brûler un homme sur un bûcher et cela m’a donné le désir de disparaître de la même façon. Ainsi, tout est fini tout de suite. L’homme hâte l’œuvre lente de la nature, au lieu de la retarder encore par le hideux cercueil où l’on se décompose pendant des mois. La chair est morte, l’esprit a fui. Le feu qui purifie disperse en quelques heures ce qui fut un être, il le jette au vent, il en fait de l’air et de la cendre, et non point de la pourriture infâme.
Cela est propre et sain. La putréfaction sous terre, dans cette boîte close où le corps devient bouillie, une bouillie noire et puante, a quelque chose de répugnant et d’atroce. Le cercueil qui descend dans ce trou fangeux; serre le cœur d’angoisse; mais le bûcher qui flambe sous le ciel a quelque chose de grand, de beau et de solennel.

LE BÛCHER.
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PiatkaPiatka   03 décembre 2013
J'aime la nuit avec passion. Je l'aime comme on aime son pays ou sa maîtresse, d'un amour instinctif, profond, invincible. Je l'aime avec tous mes sens, avec mes yeux qui la voient, avec mon odorat qui la respire, avec mes oreilles qui en écoutent le silence, avec toute ma chair que les ténèbres caressent. Les alouettes chantent dans le soleil, dans l'air bleu, dans l'air chaud, dans l'air léger des matinées claires. Le hibou fuit dans la nuit, tache noire qui passe à travers l'espace noir, et, réjoui, grisé par la noire immensité, il pousse son cri vibrant et sinistre.
Le jour me fatigue et m'ennuie. Il est brutal et bruyant. Je me lève avec peine, je m'habille avec lassitude, je sors avec regret, et chaque pas, chaque mouvement, chaque geste, chaque parole, chaque pensée me fatigue comme si je soulevais un écrasant fardeau.
Mais quand le soleil baisse, une joie confuse, une joie de tout mon corps m'envahit. Je m'éveille, je m'anime. A mesure que l'ombre grandit, je me sens tout autre, plus jeune, plus fort, plus alerte, plus heureux.

LA NUIT
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MalauraMalaura   07 janvier 2012
Je ne l’entendais pas, tant je la regardais
Par sa robe entr’ouverte, au loin je me perdais,
Devinant les dessous et brûlé d’ardeurs folles:
Elle se débattait, mais je trouvai ses lèvres!
Ce fut un baiser long comme une éternité
Qui tendit nos deux corps dans l’immobilité
Elle se renversa, râlant sous ma caresse;
Sa poitrine oppressée et dure de tendresse
Haletait fortement avec de longs sanglots.
Sa joie était brûlante et ses yeux demi-clos;
Et nos bouches, et nos sens, nos soupirs se mêlèrent
Puis, dans la nuit tranquille où la campagne dort,
Un cri d’amour monta, si terrible et si fort
Que des oiseaux dans l’ombre effarés s’envolèrent
Ainsi que deux forçats rivés aux mêmes fers
Un lien nous tenait…l’affinité des chairs.
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Voici la bande annonce du Horla d'après la nouvelle de Guy De Maupassant
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