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EAN : 9782070347384
240 pages
Éditeur : Gallimard (11/10/2007)

Note moyenne : 3.78/5 (sur 27 notes)
Résumé :
" Jadis, enfant, lorsque l'Été résonne et sent et palpite de partout, mon corps en même temps que mon moi commence de s'y circonscrire et donc de le former : le "bonheur" de vivre, d'éprouver, de prévoir déjà, le démembre, tout ce corps éclate, les neurones vont vers ce qui les sollicite, les zones de sensation se détachent presque en blocs qui se posent aux quatre coins du paysage, aux quatre coins de la Création.
Ou bien, c'est la fusion avec le monde, ma d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
colimasson
  27 octobre 2014
Le langage a créé une faille ? le langage doit pouvoir y remédier. La dépression vécue par Pierre Guyotat est abordée de côté, avec la prudence de celui qui sait qu'une grande quantité de malheurs n'existerait pas si les mots ne les avaient pas précédés. On ne peut pas parler de dépression en général et Coma nous montre bien qu'il existe peut-être autant de dépressions qu'il y a de dépressifs. La dépression de Pierre Guyotat est d'ordre esthétique : il se meurt de ne pouvoir atteindre l'absolu.

« Tous les absolues créés par l'homme, auxquels j'ai souscrit, sont dépouillés par moi de leur valeur d'absolu en regard d'autres qui ne nous sont pas encore connus. »

L'absolu... le point de discorde de chaque homme… Si l'on demandait à Pierre Guyotat ce qu'il entend par là, il ne saurait rien répondre précisément. Il croit d'abord qu'il s'agit d'une quête de liberté, un peu facilement réduite à la liberté de mouvement :

« L'angoisse est pour moi attachée à ce qui est fixe, à l'habitation, aux fondations, aux meubles. La révolution aussi, non violente, que j'espère alors, je la ressens comme incompatible avec la fixation des peuples et des individus sur le sol où ils sont nés. »

Mais on se rend rapidement compte que la liberté maladroitement décrite par Pierre Guyotat est d'ordre métaphysique. Pierre Guyotat veut revivre le parcours de sacrifice christique : mourir aux autres pour devenir soi et tous les autres, dans tous les espaces et tous les âges possibles !

« Quelle douleur aussi de ne pouvoir se partager, être, soi, partagé, comme un festin par tout ce qu'on désire manger, par toutes les sensations, par tous les êtres : cette dépouille déchiquetée de petit animal par terre c'est moi… si ce pouvait être moi ! »

Cette volonté vire bientôt à la complaisance... Pierre Guyotat se trompe sans doute : la dépression, constat d'un échec, ne peut pas corriger l'échec et le conforte au contraire. de même, il se trompe dans un récit aux tournures empruntées, chaotiques, trop préoccupées de l'insignifiant pour parvenir à l'absolu tant recherché. Effectivement, Pierre Guyotat ne s'étend ni dans le temps, ni dans l'espace, suscitera peut-être la faim et le désir de quelques lecteurs partageant son esthétique du détail, mais laissant de côté les autres.

Et pourtant, malgré l'écueil esthétique, certaines bribes qui ressemblent à de la vérité parviennent à émerger. Lorsque Pierre Guyotat baisse les armes de l'écriture hyper-stylisée, abandonnant momentanément sa quête perdue d'une expression sophistiquée, il se rapproche de tous les dépressifs multiformes de ce monde. Son dernier paragraphe ne peut que susciter l'unanimité des enragés d'absolu qui ont dû se résoudre à faire des concessions à la réalité. Ces concessions sont celles du quotidien : dormir, manger, marcher, parler. Il faut perdre beaucoup de soi pour revenir à ces actes. On croit alors n'avoir rien gagné : une plaine, une dépression, une plaine. Pierre Guyotat essaie de s'élever au-dessus de son niveau initial en extirpant ce Coma de son voyage guttural.
Lien : http://colimasson.blogspot.f..
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oiseaulire
  13 décembre 2019
"Coma" est le roman autobiographique des affres d'une création littéraire. L'auteur nomade vit dans son véhicule aménagé à bord duquel il sillonne les routes de France et écrit la vie d'un jeune prostitué, Samora Mâchel. Entre de fréquentes périodes de dépression, pour lesquelles il est hospitalisé, il vit dans une transe littéraire permanente et oublie de s'alimenter, se bourrant d'une sorte de paracétamol codéiné qui peu à peu le fait sombrer dans un délire où se mêlent une religiosité mystique mâtiné d'animisme et de réminiscences mythologiques. Cela se manifeste par une immense empathie envers l'univers entier et tous les êtres qui le composent : planètes, animaux, végétaux, objets manufacturés usés tels que vieux stylos, outils mis au rebut. Le monde devient Un, l'homme n'y est plus le roi de l'univers ni le lion le roi des animaux. Chaque existant est remis à sa place, tous, animés ou non, sont pourvus de leur relation au monde particulière. Ainsi se multiplient des réalités au-delà du concevable. On touche là aux caractères essentiels de l'oeuvre de Pierre Guyotat : sculpture de la langue, pour laquelle il n'existe pas de meilleur atelier que sa demeure sur roues ; vision religieuse empreinte d'amour pour tout ce qui dure et se transforme : l'étendue n'est plus dissociable du temps.
Le régime sévère d'exaltation artistique, d'extase presque, auquel il se soumet, transforme en l'espace de quelques mois le corps du mystique de la langue en épave anémiée. Quasiment mourant, il est transporté dans une unité hospitalière où soins intensifs et perfusions le rappellent aux nécessité d'un quotidien plus gris, mais moins dévorateur. Juste au moment, heureusement, où son livre a pris forme et densité. Car nous ne doutons pas qu'il aurait été prêt à payer de sa vie l'achèvement de sa mission.
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NMTB
  01 octobre 2015
Un récit très dur sur une déchéance physique et spirituelle poussée à son paroxysme puisqu'elle aboutit à un coma. Sans trop de considérations intellectualisées mais sans rien occulter non plus, le récit reste en grande partie factuel et parfois cru. Pierre Guyotat raconte sa vie au tournant des années 1970/80, tout en abordant de loin en loin quelques évènements marquants de son histoire comme la mort de sa mère ou la guerre d'Algérie. Il était déjà à cette époque un écrivain reconnu, très entouré - des frères et soeurs, des amis -, ce qui ne l'empêchait pas de vivre dans la précarité et un quasi nomadisme. Même si lui n'emploie jamais, je crois, le mot de solitude, et qu'il fait grand cas, au contraire, de ses relations avec le monde extérieur - il s'agirait, en effet, plutôt d'une fusion ou d'une dissolution dans ce monde -, on devine le paradoxe d'une grande solitude. Et ce n'est pas le moindre des paradoxes, car on a aussi l'impression d'une forme d'accomplissement quand il raconte cette descente aux enfers.
Il est surtout question de l'écriture d'un livre lié à cette période et encore inédit : « Histoires de Samora Mâchel ». Je ne sais pas si Guyotat le juge bon ou mauvais mais, de toute évidence, il le trouve exceptionnel dans son oeuvre, le pas ultime d'un mouvement, celui d'une dépersonnalisation.
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brigetoun
  11 novembre 2009
Retrouver » Coma » de Guyotat, avec la distance que donnent le plaisir admiratif devant le style, l'étrangeté et la différence grande des expériences, la radicalité, et suivre en témoin, hors d'atteinte, la tentation terriblement forte de la douleur.
Il y a les amis hospitaliers, la famille, la beauté de paysage, ou des rues sales, et lui et son corps - il y a les amours (avec un plaisir dans une tentative de dégradation), les médicaments, leur recherche, et l'usage qu'on en fait, il y a surtout l'écriture
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PhC
  21 septembre 2009
Sans doute l'ouvrage le plus accessible de Guyotat, qui tente ici de lancer une corde aux lecteurs qui voudraient le suivre au sommet / au fond de l'abîme du langage qu'il explore depuis des années. La langue est minérale et brute, comme dépouillée de tout accessoire et ouverte à tous les possibles. On suit Guyotat dans la souffrance de son travail de création, dans sa douleur de ne pas être complètement au monde, dans sa libération par l'écriture.
On ne sort jamais indemne d'un livre de Guyotat. Celui-ci, bien qu'évidemment beaucoup moins violent et brutal que ses chefs-d'oeuvre ("Eden, eden, eden", "Tombeau pour cinq cent mille soldats") laisse une trace profonde, une sorte de blessure au fond de la langue qui n'est pas prête de cicatriser.
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Citations et extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
NMTBNMTB   01 octobre 2015
Ou bien, c’est la fusion avec le monde, ma disparition dans tout ce qui me touche, que je vois, et dans tout ce que je ne vois pas encore. Sans doute ne puis-je alors supporter de n’être qu’un seul moi, devant tous ces autres moi et d’être immobile malgré l’effervescence de mes sens, d’être immobile dans cet espace où l’on saute, s’élance, s’envole…
Plutôt mourir (comme peut « mourir » un enfant) que de ne pas être multiple, voire multiple jusqu’à l’infini.
Quelle douleur aussi de ne pouvoir se partager, être, soi, partagé, comme un festin par tout ce qu’on désire manger, par toutes les sensations, par tous les êtres : cette dépouille déchiquetée de petit animal par terre c’est moi… si ce pouvait être moi !
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colimassoncolimasson   06 novembre 2014
[La veille de son anesthésie générale]
« Malgré mon enjouement –la douleur ou l’avant-douleur provoque toujours en moi une euphorie de verbe et d’empathie-, d’être ainsi marqué, même aux jambes, pris entre l’âge avancé des onze patients et l’obscurité carrelée, vétuste, du lieu dans lequel je vois et sens aussi les espaces du passé : infirmerie de collège, boiseries d’hospice, en quelque sorte mon commencement dans la collectivité humain, j’éprouve –mais à partir de quel « je » déjà ?- et tais à mes proches une sensation, dont j’attends que l’opération me délivre, d’inexistence entre deux vieilleries, de dépouillement, d’échec, d’abandon par la Lumière, d’humiliation froide, d’oubli.
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NMTBNMTB   01 octobre 2015
Je ne suis bien que lorsque je ne suis que ce qui est nécessaire pour être l’autre.

Du peu que je suis en train de devenir - et ce peu, mangé ici -, mon besoin – la raison mène alors le cœur – d’entrer dans le moi de celui surtout auquel la parole est adressée et qui peut toucher un secret de sa vie, la hantise, alors, ici et partout, que l’autre soit blessé, même infimement, me tire l’âme, de l’âme enfin, de la volonté pure. De l’âme à cru la vie.

De cette fin d’été date la fin de mon être affectif, la disparition de toute blessure d’amour-propre, de tout ce qui fait le tourment, le plaisir de la vie dite privée. L’autre, quel qu’il soit, devient mon seul souci.
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colimassoncolimasson   21 novembre 2014
Qui me frappe ? De quelle autorité ? […] Je n’en éprouve aucune colère. Seuls mes os réclament justice ; je suis ainsi fait que ce n’est jamais « moi » qui suis insulté, battu, repoussé, mais, dans ma personne, quelque chose du dessus, une réalité organique, solidaire ou une solidarité historique, voire métaphysique : je ne me suis toujours ressenti, pensé, qu’en tant que médium, intermédiaire, messager. Et l’on m’a toujours beaucoup aimé comme tel, celui qui apporte la lumière ou celui qui la rétablit dans le cœur de l’autre.
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colimassoncolimasson   02 novembre 2014
Ma recherche de l’absolu aboutit à ceci que j’en espère toujours de plus absolu encore. Tous les absolus créés par l’homme, auxquels j’ai souscrit, sont dépouillés par moi de leur valeur d’absolu en regard d’autres qui ne nous sont pas encore connus.
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Vidéo de Pierre Guyotat
Écrivain ardent, cru, radical, sulfureux, Pierre Guyotat expliquait en 2006 le lien profond qu'il voyait entre son écriture et sa vie.
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