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EAN : 9782072863295
336 pages
Éditeur : Gallimard (20/08/2020)

Note moyenne : 3.84/5 (sur 48 notes)
Résumé :
Dans un bel essai plongeant dans la vie du Caravage, Yannick Haenel interroge l’intériorité du plus grand des peintres. Comment peignait-il ? Que cherchait-il à travers ces scènes de crime, ces têtes coupées, cette couleur noire qui envahit peu à peu tous ses tableaux ?
« Vers 15 ans, j'ai rencontré l'objet de mon désir. C'était dans un livre consacré à la peinture italienne : une femme vêtue d'un corsage blanc se dressait sur un fond noir ; elle avait d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
Sylviegeo
  28 février 2019
Il y a quelques années déjà, j'ai visité à Ottawa la superbe exposition "Caravaggio et les peintres caravagesques à Rome". J'ai été séduite. Puis, un passage à Malte m'a permis d'admirer "La Décollation de saint Jean-Baptiste" à la cathédrale Saint-jean de la Valette. Encore une fois j'étais éblouie.
Alors quand #NetGalley proposa le titre "La solitude Caravage", j'ai levé la main, j'étais curieuse.
Je ne connais pas du tout l'auteur, Yannick Haenel et je dois vous avouer que les premières pages ...ouf...me portaient plutôt à laisser tomber la lecture. le ton, pour moi était verbeux, introspection, analyses qui n'en finissaient plus. Ça ne me disait rien de bon. Jusqu'à ce que l'on entre dans le vif du sujet: Caravage.
Ado, l'auteur découvre le peintre , la sensualité, la sexualité avec le portrait de Judith avant de savoir que c'était Judith décapitant Holopherne. Mais c'est ainsi que le Caravage et l'érotisme se sont présentés à lui.
On nous raconte Caravage presque tableau par tableau. Il nous présente un peintre plus contemporain que ses contemporains, actuel, immensément talentueux et tout autant controversé. Il nous explique toute cette lumière dans le noir, la relation du peintre avec Dieu, l'irrévérence présente dans ses toiles malgré le sujet. C'est érudit, c'est détaillé, c'est bien commenté. On sent l'auteur de ce livre amoureux du Caravage.
On y explique aussi toute la liberté qui caractérise sa peinture et le naturel avec lequel il s'exprime et liberté, puissance et solitude semblent aller de pair chez le Caravage.
Une vie tourmentée, l'exil, une mort venue trop tôt, mais il nous lègue toutefois "le monde entier qui scintille sur ses toiles" .
Merci à #NetGalley pour cette lecture.
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Wyoming
  21 mai 2020
En sortant de l'église Saint-Louis-des-Français, après avoir admiré encore une fois, les tableaux de la chapelle Contarelli, une petite étape à la librairie française me fait découvrir ce livre de Yannick Haenel, avec en première de couverture un détail de Judith et Holopherne, la belle Fillide Melandroni, modèle de Judith et de Madeleine. Comment résister?
Il faut lire lentement cette magnifique vision caravagesque qu'offre à ses lecteurs Yannick Haenel, partant de ses fantasmes d'adolescent devant le visage et la poitrine tendus de Judith -- mais il ignorait alors à quelle action mystérieuse elle se livrait -- pour trouver son aboutissement à Malte devant la Décollation de Saint-Jean Baptiste, avec cette unique signature de sang que laisse le Caravage, au temps proche de la fin de sa trop courte vie.
Et tout au long de ce livre, le lecteur découvrira la densité de la vie de cet artiste extraordinaire, en cheminant en compagnie de Yannick Haenel à la recherche de la vérité, celle qu'il trouve entre ombre et lumière, entre le rouge et le noir des tableaux du Caravage.
Bien plus qu'une énième biographie du peintre, Yannick Haenel entraîne ses lecteurs dans une méditation où l'érotisme, le profane, le dissolu côtoient le mystère, le sacré, dans une quête mystique de l'auteur pour atteindre Dieu, comme il pense que le Caravage l'a fait à travers ses peintures de Lazare, de la Vierge, de Sainte-Catherine, Saint-Matthieu, sur le chemin d'Emmaüs ou dans les bas-fonds de Rome, Naples, Malte.
Idéalement lu avec à proximité un autre livre permettant de visualiser les tableaux cités, le texte de Yannick Haenel permet au lecteur de sentir le parfum des corbeilles de fruits caravagesques, de percevoir l'érotisme des angelots et surtout de la troublante Judith qui vous fait courir aussitôt au Palazzo Barberini afin de s'imprégner encore de cette lecture que l'on voudrait ne jamais terminer et qui reste en mémoire pour être parcourue encore à la première occasion de voir ou revoir une ou plusieurs des oeuvres de l'immense Caravage.
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thomassandorf
  23 mars 2019
Caravagio ! Caravagio ! Caravagio !
Son seul nom évoque le voyage, le croisement des épées, la rue, les prostitués et les voyous de Rome. le Caravage est tout cela, mais il est aussi un cri ; celui d'un marginal, artiste maudit avant Baudelaire, Van Gogh ou Camille Claudel, dont le regard nous plonge dans les ténèbres pour y trouver le salut. C'est cela que nous raconte Yannick Haenel dans son ouvrage publié chez Fayard.
La plume subtile et riche de Yannick Haenel nous livre l'histoire du peintre italien né à la fin du XVIème siècle. L'intérêt de la vie est d'aller au-delà de ce qui est lisible ; la recherche de la vérité. Ainsi, lancé dans cette quête, Haenel passe d'un tableau à l'autre, les inscrit dans la vie de l'artiste et livre son interprétation avec passion.
« Il y avait un fauve là-dedans. »
Tout commence par un Caravage équivoque, passionné et incontrôlable, tel un feu follet emporté par son propre génie et qui se ressource à force de beuveries dans les tavernes et les mauvaises fréquentations des ruelles les plus sombres.
Qu'a-t-il de si extraordinaire, ce jeune arrogant ? C'est qu'il peint autrement ces sujets que tant d'autres artistes ont produit avant lui. le Caravage détourne et se moque. Il présente des corps dont « l'éclat sauvage » crée une tension nouvelle et inégalée. Son trait est brillant, révolutionnaire.
« L'ivresse est une éthique. »
Pour obtenir un tel résultat, son travail est intense. Aussi le peintre, consommé de l'intérieur, brûle la nuit son existence dans la débauche, jusqu'à un crime qui l'entraînera dans l'exil jusqu'à La Valette.
Incapable de rentrer dans le rang, malgré ses efforts, il dérape. Poursuivant ses frasques, Caravage continuera de peindre et devra échapper aux émissaires des Chevaliers de Malte. Son travail devient plus profond et sombre jusqu'à sa mort en 1610. L'artiste génial consumé par son oeuvre (soixante tableaux) et son humanité déchirée est jeté dans une fosse commune, loin de ses mécènes et admirateurs, misérable et paria.
« En usant mes yeux la nuit sur ce corps désiré, je mettais le feu à ma vie — ça s'était allumé, ça n'en finirait plus. »
Ce livre raconte aussi la manière dont Haenel a découvert et vécu avec Caravage. Comment, adolescent, il découvre un visage, celui d'une femme et elle devient l'objet ses fantasmes sans qu'il connaisse l'identité du peintre ni le tableau d'où ce beau visage était tiré. Quel malentendu ; plusieurs années après, il tombe sur un tableau du peintre, où il reconnait sa belle. Elle se nomme Judith. La voilà qui trucide froidement et tranche la chair d'Holopherne. Son amour de jeunesse est donc une tueuse ! Il apprendra plus tard que le modèle est une courtisane pour laquelle le peintre commettra (peut-être) son crime.
Qui aime Caravage l'aime absolument. Ses toiles sont comme des cailloux blancs qui traversent la vie de Haenel. Ce livre est aussi celui de son obsession pour le peintre italien. Sa fascination est telle qu'il est capable de parcourir l'Europe sur un coup de tête pour une exposition pour contempler les toiles originales. Il déchiffre, compare, organise un dialogue entre toutes ces oeuvres, analyse chaque coup de pinceau, chaque ride, tel détail sur un fruit, l'agencement des corps, la draperie rouge, la transparence d'un vase, la forme d'un noeud.
« On était invité brutalement entre Dieu et le néant. »
Mais que peut trouver Haenel dans ces tableaux de Caravage qui mérite autant d'attention ?
C'est que ces oeuvres ne sont pas une simple représentation de la vie à travers telle ou telle scène fameuse ou tel portrait. Non, Haenel y trouve une réalité plus authentique que la vie elle-même, un message dont la nature va changer au fil des tribulations d'un Caravage de plus en plus violent, en quête d'anéantissement. le noir dans son oeuvre n'est pas une fin en soi, ou juste une esthétique, mais plutôt il dévoile un itinéraire, une quête du spirituel et de vérité. La révélation de l'invisible.
« Dieu n'est pas puritain. »
Caravage n'est pas qu'un peintre, il est sa peinture. Et quand il plonge dans les ténèbres de la débauche et du crime, le noir profond de ses tableaux espère cette lumière du Christ qui vient trancher comme une épée de feu. La bouche ouverte du Caravage, sujet de ses tableaux, est l'effarement de l'homme devant ses failles.
Sa peinture se nourrit d'une vie pleine, dangereuse et inconvenante. Elle sait la violence de notre humanité et tout son tourment. Elle nous révèle que l'homme est à la fois bourreau, témoin et martyr et que toute existence est dramatique, tout autant qu'elle peut être sublime.
Hors la nuit, la peinture est factice. En quête de sens et d'absolu, Caravage transgresse les conventions. Il rejette la morale. Il emploie son feu intérieur, hanté par son crime, pour mieux s'abandonner au rédempteur, ce Christ qui en premier a traversé l'obscurité de la mort.
Voilà pourquoi un autre titre aurait pu tout aussi bien aller à ce splendide ouvrage et hommage de Yannick Haenel : La passion Caravage.
Thomas Sandorf
Merci à Netgalley et aux Editions Fayard qui m'ont permis de découvrir cet auteur et ce très précieux livre.
Lien : https://thomassandorf.wordpr..
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Nadouch
  17 août 2019
Un ouvrage très érudit qui prend pour point de départ une passion nouvelle pour un tableau du Caravage. Ensuite, les chapitres alternent entre histoires de la vie du peintre et descriptions commentées de ses tableaux.
Un texte extrêmement bien écrit, d'une érudition fine et agréable, qui donne très envie de (re)voir ces tableaux. Par contre c'est une lecture très intellectuelle que j'ai trouvée un peu longuette par moments...
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annelyon
  03 avril 2019
Très gros coup de coeur ! La passion de Yannick Haenel pour Caravage est touchante. Je suis moi aussi allée à l'expo du Jacquemart André et à Milan pour l'expo Dentro Caravagio, je ne peux que regretter de ne pas y avoir croisé Yannick Haenel, pour partager cette passion commune. Sa fabuleuse écriture nous emporte dans son émotion. On en redemande !
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critiques presse (5)
LaLibreBelgique   29 avril 2019
L’écrivain français Yannick Haenel publie un remarquable livre sur la vie du Caravage et l’impact que son oeuvre peut avoir sur lui et sur nous.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeFigaro   29 mars 2019
Entre biographie et autobiographie, l’écrivain livre un somptueux tableau sur le maître du clair-obscur et sa toile Judith décapitant Holopherne.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Lexpress   25 mars 2019
Très loin de la biographie ou de la monographie classique, voilà une chevauchée enfiévrée sur les traces du Caravage, dont la courte vie (il est mort en 1610, à 38 ans), on le sait, regorge de zones d'ombre et de violence - pas seulement sur la toile.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LaCroix   15 mars 2019
Quête esthétique et spirituelle, le très beau texte de Yannick Haenel sur la peinture du Caravage est le récit d’un chemin vers la beauté et le désir d’absolu.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeMonde   11 mars 2019
Avec La Solitude Caravage, l’écrivain livre une belle variation sur la vie de l’artiste (1571-1610), d’où sa subjectivité et ses préoccupations ne sont jamais absentes.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (187) Voir plus Ajouter une citation
WyomingWyoming   16 mai 2020
Ouvrir sa bouche, étancher sa soif, chercher Dieu : je ne sais dans quel ordre le mystère s'ouvre, ni comment il nous gratifie, mais la goutte d'eau n'est pas seulement ce qui rassasie, elle est une rosée qui double en filigrane le passage des jours; et même si le fond de l'existence est noir, la fraîcheur d'un ruissellement secret nous fait tendre les lèvres : à chaque seconde, un psaume réclame en silence une rivière pour notre gorge asséchée; la détresse connaît bien cette espérance, elle en discerne même la lumière, car à travers une goutte d'eau c'est le monde entier qui se donne, et c'est précisément ce monde entier qui scintille sur la toile d'un peintre où la nacre rejoue à l'infini le mouvement des couleurs et la variété des formes.
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WyomingWyoming   20 mai 2020
Je ne sais si quelque chose de nouveau se dévoile alors, si la mort de la Vierge baignée de draperies rouges livre enfin le mystère de tous les chagrins, si Judith en fixant la tête d'Holopherne réussit sa transparence, si la nudité des anges effrontés nous dit que jouir n'est pas un péché, si le doigt de Thomas qui s'enfonce dans la plaie du Christ rencontre autre chose qu'un trou, et si même le pinceau du peintre plonge dans toute blessure afin d'y rencontrer ce qui échappe à la matière, si les ragazzi aux têtes couronnées de raisins vous donnent autre chose que du plaisir, si la chasse qui hurle en continu autour des affaires humaine rencontre un jour son contraire, si le rouge dans les manteaux vous transmet, par-delà le malheur, à la joie d'aimer, si le duveté d'un fruit pâle ou la pulpe d'une gorge de courtisane vous ouvrent à une espérance sans fin -- sans doute est-il impossible de savoir cela, mais une chose est sûre : la lumière arrose mieux la peinture, le soir, quand mon coeur devient clair.
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WyomingWyoming   19 mai 2020
Le Caravage est mort à 39 ans, il n'a jamais été vieux. Mais il est parvenu à voir ce qu'on voit dans le temps intérieur du grand âge : ce petit rectangle luisant, au fond de l'oeil, qui dissout les bordures, ce grand mur épais, qu'il a peint dans Les Funérailles de sainte Lucie, où les couleurs cessent de se différencier, cette pâleur qui récuse toute ressemblance, comme dans La Résurrection de Lazare, où l'on ne discerne plus que la fragile texture des choses finies, une peau, un cri étouffé, un battement de coeur, une bouche qui s'ouvre pour boire, sans aucun regard qui puisse s'en emparer.
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WyomingWyoming   15 mai 2020
Il était le contemporain de Shakespeare, de Cervantes et de Monteverdi; il peignait sans dessiner au préalable (et lui seul procédait ainsi); son atelier était entièrement noir, et ses modèles, trouvés dans la rue, se tenaient dans la pénombre; il aimait les couteaux, les poignards, les épées : se vouer aux formes qui se disputent les ténèbres et la lumière implique d'être tranchant.
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WyomingWyoming   15 mai 2020
Et comme j'observais ce tableau de biais, j'eus la chance de remarquer, en un éclair, que le visage du Caravage dans le Martyre et celui du Christ dans la Vocation se faisaient face : ils étaient disposés en miroir l'un de l'autre. Je compris que la chapelle Contarelli avait été secrètement pensée par le Caravage comme le lieu de son dialogue personnel avec le Christ; et que peut-être il avait choisi d'incarner son rapport avec celui-ci par la distance même qui sépare un tableau de l'autre : dans le vide de la chapelle, qui se remplit aussi bien de notre proximité avec le Christ que de notre éloignement.
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