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Citations sur À chacun de nos souffles (6)

levri
levri   24 avril 2020
Un jour, la vie était normale. Je vivais à New York avec mon pompier de père. Le jour suivant, tout avait explosé. Dans mon esprit, il y avait eu autant de gravats que dans les rues. Et je m’y étais enfoncé, paumé et hagard. Les médecins avaient un nom pour ça. Syndrome de stress post-traumatique. Ils m’avaient collé cette étiquette, une jolie estampille à ma folie. Ça m’avait valu plus d’une crise à me taper la tête contre les murs, ça m’avait valu plus d’un séjour dans le service de psychiatrie d’un hôpital, ça m’avait valu tellement de hurlements, de nuits à vouloir m’arracher la peau pour m’assurer que j’étais bien vivant. Que j’existais ! J’en étais venu à en douter tellement souvent… J’en doutais encore parfois, lorsque je me réveillais, encore persuadé que j’avais perdu quelqu’un d’autre, ce jour-là. Et peu importait le nombre de fois où mes thérapeutes m’avaient répété que je m’étais inventé ce garçon pour supporter la perte de mon père et les horreurs auxquelles j’avais assisté ; il continuait de me manquer. À quel point étais-je dément pour me persuader qu’un inconnu me manquait ? Et que cet inconnu m’avait volé une part de moi-même ? C’était aussi absurde que ces courses que j’écoutais, à longueur de nuit, lorsque plus rien n’avait de sens. Le bruit des motos avait toujours su me calmer. Me stabiliser.
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levri
levri   24 avril 2020
Elle ne le disait pas, mais ça pesait entre nous.

Tu es fou, Kalli. Simplement fou.

Tous les traumatisés qui souffraient d’un syndrome de stress post-traumatique auraient pu le dire. Parfois, ils croyaient être dans un endroit et en fait, ils se trouvaient ailleurs. Parfois, ils ressentaient ce qu’ils n’auraient plus jamais dû ressentir, parfois ils croyaient voir des choses qui n’existaient pas. Leur cerveau était sans cesse en alerte, et le mien passait son temps à tout mélanger, tel un pot-pourri dans lequel on avait tout accumulé. Je pouvais décrire à la perfection les traits de mon père. Si j’avais été bon dessinateur, j’aurais même pu tracer la moindre de ses expressions. Je pouvais parler des heures des tableaux que nous avions achetés pour l’appartement, des couloirs de sa caserne, de mes salles de classe. Mais si j’essayais de me rappeler de l’épicier au bout de la rue, je ne voyais qu’une porte floue et des rangées de boîtes de conserve. Si j’essayais de me souvenir de mes camarades de lycée, je ne visualisais que de vagues silhouettes perdues dans les dédales d’un établissement dont je n’avais mémorisé que le nom. J’avais longtemps regardé les photos ramenées de New York, parfois frénétiquement, essayant de remettre dans l’ordre les événements. J’avais le vague souvenir d’un immense gâteau, mais quel âge avais-je ? Et ce modèle réduit de moto, pour quel Noël l’avais-je eu ?
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levri
levri   24 avril 2020
Je raccrochai sans dire au revoir. La seconde suivante, je balançai mon portable un étage plus bas, vers la rue. Avec toute la force dont j’étais capable. Je l’entendis s’écraser sur le bitume et ne pris même pas la peine de regarder. Je me détournai même et frottai mes yeux. Ils me brûlaient, à croire que j’avais oublié de cligner des paupières. Ou alors j’avais tellement froid que ça faisait monter les larmes. Pourtant, je restai là de longues minutes. Je n’arrivais plus à bouger. Peut-être que le froid s’occuperait de figer ces pensées absurdes qui avaient toujours pris trop de place dans ma tête. Je finis par avancer, lorsque mes tremblements devinrent incontrôlés. Mes pieds étaient si congelés que je les sentis à peine lorsque je rentrai. La chaleur fut tellement violente que ça me fit l’effet de plonger dans un brasier.
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levri   24 avril 2020
Ça faisait des jours que je l’évitais, ce n’était certainement pas pour en parler ce soir. Surtout pas ce soir ! Merde ! Mais qu’est-ce qui m’avait pris de l’embrasser ? Et pourquoi étais-je encore là ? J’aurais déjà dû être loin d’ici et me foutre des explications que j’aurais pu lui donner. Qu’est-ce qu’il voulait que je lui explique, d’ailleurs ?

Pardon d’avoir collé ma bouche sur la tienne, d’avoir enroulé ma langue autour de la tienne et d’avoir adoré te prendre de court, te sentir si indécis, à ne plus savoir comment me repousser…

Pardon d’avoir cru que j’en avais le droit !

— Kalli, commença-t-il.

Exactement comme il l’avait fait à l’instant où il m’avait repoussé. Il avait prononcé mon prénom – Kalli. La pire sentence qui soit.

— Écoute-moi…
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levri   24 avril 2020
Je contractai les poings. Yaël les observa, comme s’il savait que j’allais les enfoncer dans le mur. Et je les enfonçai si fort que je grimaçai de douleur.

— Foutu connard de menteur !

Qui ?

Lui ?

Ou moi ?

Je continuai de taper. De plus en plus vite et de plus en plus fort. Exactement de la même façon que lorsque je me retrouvais devant un sac de boxe et que j’enchaînais les coups. Il fallait seulement que je m’essouffle, que je fasse monter l’adrénaline, fonctionner mon cœur. Ensuite, il y aurait un peu de sang sur mes phalanges, un peu de souffrance, un peu de frustration que ça se termine. Mais ça se calmerait. Alors il fallait que je m’épuise. Tant pis s’il me regardait. Tant pis s’il faisait demi-tour. Tant pis si, lorsque je finis par me reculer, l’enduit était par terre, l’entrée déserte. Tant pis si, en reculant, cherchant à retrouver un semblant de souffle, je me rendis enfin compte de ce que j’avais dit. Tant pis… Je n’aurais qu’à prendre mes deux sacs et quitter cet endroit, comme tant d’autres auparavant.
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levri   24 avril 2020
Alors même que je le rapprochais de moi, si brusquement que j’aurais pu m’apprêter à le frapper. Et ce fut d’ailleurs ce que je fis. J’écrasai mes lèvres si violemment sur les siennes que ce fut douloureux. Si douloureux… Tant de rage et de culpabilité. Tant d’incompréhension. Et toutes ces choses qui me traversaient depuis des semaines, depuis que je l’avais vu devant moi.

Et ce goût qui m’envahit.

Et cette chaleur qui me rendit fou.

Et ce grondement rauque qui vint briser mes retenues.

— Non, articulai-je contre ses lèvres.

— Kalli…

Il y avait tant de choses cachées dans ce simple mot que je posai fermement mes mains sur ses reins pour le rapprocher de moi. Je remontai pour m’accrocher fermement à ses épaules, je m’y agrippai pour ne pas m’emparer de lui.

— Laisse-moi juste… murmura-t-il. Juste…

Je me mordis la lèvre jusqu’au sang lorsqu’il déboutonna mon pantalon.

— Yaël, le prévins-je.
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