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Maud Sissung (Traducteur)
ISBN : 2290053937
Éditeur : J'ai Lu (15/03/2000)

Note moyenne : 4.45/5 (sur 399 notes)
Résumé :
"Sous la lune et les étoiles, seul avec son fils, Omoro procéda au dernier rite de l'imposition du nom. Il marcha jusqu'aux confins du village, et là, élevant le petit en lui tournant le visage vers le ciel, il murmura tout doucement : "Regarde, cela seul est plus grand que toi". "Alors qu'il ramassait du bois pour en faire un tambour, le fier Kinté, fils d'Omoro, est capturé par des toubabs qui l'envoient récolter le coton de l'autre côté de l'Océan, en Virginie. <... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (46) Voir plus Ajouter une critique
Arakasi
17 février 2014
A seize ans, Kounta Kinté est fier d'appartenir à la tribu des Mandingues d'Afrique Occidentale, fier d'être le fils du courageux Omoro et de la belle Binta, fier d'être le descendant d'une longue lignée de voyageurs et de guerriers remontant jusqu'au temps du Prophète. Jamais il n'a douté de sa destinée : devenir un homme respecté, se marier, avoir de nombreux petits garçons et apporter gloire et prospérité à son petit village natal, Djouffouré. Mais une terrible nuit de l'année 1766, la fatalité va réduire tous ses espoirs en cendres. Alors que Kounta marchait dans la forêt pour aller tailler un tambour à son petit frère Lamine, il se fait capturer par une tribu ennemie et vendre à un équipage de « toubabs », ces diables blancs venus d'au-delà des mers pour y faire commerce de vies humaines. Brutalisé, fouetté, affamé, Kounta est ensuite jeté au fond de la cale d'un navire avec cent cinquante autres malheureux captifs. Après plusieurs semaines de voyage terrifiant dans l'obscurité et l'odeur infecte des déjections, il reverra enfin la lumière du jour, mais ce sera pour découvrir un monde complètement différent de tout ce qu'il a pu connaître auparavant.
Kounta ne sera jamais un guerrier comme son père, ni un grand voyageur comme ses oncles, il ne verra jamais le Mali, Tombouctou et tous les lieux qu'il avait maintes fois visités en rêve. Esclave dans une vaste plantation de Virginie aux Etats-Unis, il parviendra à fonder une famille, mais ses enfants naitront dans les fers et ne connaitront jamais les merveilleuses forêts et les larges fleuves de la Gambie. Pourtant, décennie après décennie, Kounta saura conserver au fond de son coeur un peu de sa fierté d'antan et un désir ardent d'indépendance qu'il parviendra à transmettre à sa descendance. Enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants, tous se rappelleront qu'ils eurent un ancêtre nommé Kounta Kinté, fils d'Omoro Kinté et de Binta Kinté, que cet homme naquit libre et qu'il ne cessa jamais de l'être totalement. Jusqu'à que, deux siècles plus tard, l'arrière-arrière-arrière-arrière-petit-fils de Kounta « L'Africain », Alex Hauley, journaliste et écrivain américain reconnu, ne prenne la plume pour retracer la douloureuse histoire de sa famille.
Boudoudiou… C'est qu'il était sacrément éprouvant à lire, ce bouquin ! Je serai bien incapable de compter le nombre où j'ai dû temporairement interrompre ma lecture, le temps de ravaler la grosse boule d'émotion qui m'encombrait la gorge. Ecrit dans une langue simple mais terriblement efficace, « Racines » est un magnifique roman historique comme on voudrait en lire plus souvent, un très touchant pèlerinage au coeur d'un des pans les plus noirs de l'Histoire de l'Etats-Unis. C'est également le type de récit qui nous pousse à réfléchir sur nos propres racines et leurs liens avec notre mémoire nationale. En effet, au-delà des évidentes qualités littéraires du roman, comment ne pas être remué par l'ardeur, la passion et le long travail d'investigation d'Alex Hauley pour remonter le fil de ses origines familiales et faire ressurgir ainsi du néant les spectres de milliers d'autres familles très semblables, sacrifiées elles aussi sur l'autel de l'esclavage ?
Dans un monde où l'Histoire est généralement écrite par les vainqueurs, « Racines » nous rappelle que, parfois, la littérature permet aux vaincus de prendre leur revanche. Un chef d'oeuvre assurément.
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Mimeko
08 mars 2017
Kounta Kinté, après une enfance heureuse en Gambie, est capturé à l'âge de dix-sept pluies...Au terme d'un voyage de plusieurs mois, il se retrouve esclave en Virginie, où il finira par accepter son sort, après quatre tentatives d'évasion infructueuses, la dernière l'ayant laissé mutilé.
Au delà du destin de Kounta, c'est l'évolution de l'esclavage que l'on découvre au travers de sa descendance, jusqu'à l'abolition de la pratique, après une guerre entre états confédérés et unionistes.
J'ai beaucoup aimé Racines , avec tout de même deux bémols que je développe à la fin de ma chronique.
j'ai aimé le récit concernant les grandes étapes dans la vie de Kounta qui représente pratiquement les deux-tiers du roman, la description de son enfance heureuse en Gambie, l'éducation par des parents sévères mais justes, à l'africaine avec la badine toujours à proximité, les rites d'initiation suivant l'âge des enfants, les liens entre les habitants, les souffrances quant à la survie dans des contrées où sécheresses et inondations sont synonymes de famines ou d'abondance.
La deuxième partie relate son enlèvement et son voyage épouvantable dans un navire négrier, un récit poignant, dont j'avais lu également une relation dans Noir négoce d'Olivier Merle. La troisième partie s'attache à ses tentatives d'évasion et son renoncement en acceptant sa vie d'esclave...
Le dernier tiers évoque la descendance et surtout les évolutions politiques et leurs conséquences sur la vie dans les propriétés du Sud des Etats unis, le long chemin vers l'abolition qui ne va pas se faire sans heurts. Cette partie est intéressante pour son aspect politique et historique, puisque référence est faite aux personnages historiques, la grande histoire se mêlant à la petite.
Les deux bémols concernent d'abord la forme avec une traduction qui était souvent approximative avec un recours systématique au mot "bizarre" au lieu d'étranges : de" bizarres visiteurs" ou "il lui faudra apprendre leur bizarre langue" par exemple ou des adjectifs avant le sujet "les fleurs devenaient de dures petites boules vertes qui éclataient en devenant de blancs flocons", ce qui a perturbé ma lecture.
Le deuxième bémol concerne le fonds, quand j'ai lu qu'Alex Haley avait dû recourir à une transaction financière pour éviter le procès intenté par Harold Courlander pour le plagiat de nombreux extraits de son roman "The african", à tel point que des discussions ont eu lieu pour retirer éventuellement son prix Pulitzer à Alex Haley ...
Racines est une lecture très intéressante, très instructive et émouvante dans un contexte moins glorieux en ce qui concerne l'auteur.
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litolff
23 mars 2012
La lecture d' Autant en emporte le vent quand on est adolescente, prépare assez peu à la réalité de l'esclavage…( !!!) Et je me rappelle l'incrédulité avec laquelle j'ai lu Racines à sa parution en 1993 : récit magistral issu de la tradition orale qui s'est perpétuée grâce aux aïeux de l'auteur, Racines est un chef d'oeuvre qui décrit avec force l'insoutenable institution esclavagiste
Lorsque Alex Haley était enfant, sa grand-mère lui racontait des histoires sur sa famille, des histoires qui remontaient à travers les générations jusqu'à « l'Africain ». Elle disait que cet homme avait vécu de l'autre côté de l'océan et qu'il avait été arraché à son village natal pour être traîné jusqu'à un bateau d'esclaves en partance pour l'Amérique.
Il a ainsi reconstitué l'histoire de sa famille, depuis le village natal de Djouffouré en Gambie et ce jour de 1767 où son ancêtre fut débarqué sur le quai d'Annapolis : deux siècles et six générations d'hommes, des esclaves et des affranchis, des fermiers et des forgerons, des avocats et des architectes et enfin un écrivain.
Le résultat : un livre puissant qui raconte de façon poignante l'inhumanité du commerce triangulaire -le récit du voyage à travers l'Atlantique est épouvantable, et les ventes aux enchères humiliantes et dégradantes
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steppe
22 mars 2012
Je m'étonne qu'il y ait si peu de critiques concernant cette oeuvre magistrale et ô combien nécessaire....
En démarrant ma lecture je n'avais qu'un vague souvenir de l'adaptation télé...
Le travail d'enquête effectué par Alex Haley est colossal et donne toute sa valeur à cette plongée dans l'histoire des esclaves Africains.
Toute la première partie du livre nous détaille les moeurs et coutumes de ces peuples de Gambie, principalement cultivateurs et éleveurs... Leur mode de vie, leurs rites, leurs croyances, leur quotidien.
Un vrai travail d'ethnologue et d'anthropologue....
Puis vient l'enlèvement.... Et avec lui l'horreur et la désolation d'un pan de l'histoire des États-Unis.
L'écriture est fluide, la langue simple mais l'émotion nous étreint à chaque ligne, chaque détail des tortures subies nous soulève le coeur, tout comme chaque petit moment de bonheur grappillé par les protagonistes nous emplit de joie. On ne lit pas Racines, on le dévore... Parce qu'on veut savoir si ce Kounta Kinté, ancêtre d'Alex Haley, va finalement parvenir à retourner chez lui bien qu'au fond de soi on connaisse déjà la triste réponse... Et à mesure qu'on a la certitude du dénouement, la gorge se noue et la lecture devient embuée de larmes.
L'auteur, entre témoignage et roman, livre une saga terriblement crédible.
Et puis, au delà de l'Histoire, du document et de l'hommage, il y a cette résonance universelle de la quête de nos origines, nos racines... Qui n'a pas pensé un jour à aller chercher à la source d'où il vient et pourquoi il est là, aujourd'hui, ici et depuis quand ? Pour beaucoup d'entre nous ça ne reste qu'une vague interrogation, une quête jamais entamée mais pour Alex Haley, et pour notre plus grand plaisir,ce fut l'oeuvre de sa vie....
A lire absolument....
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Ari
21 décembre 2012
Lorsque Alex Haley était enfant, sa grand-mère avait coutume de lui raconter des histoires sur sa famille, des histoires qui remontaient à travers les générations jusqu'à l'"Africain". Elle disait que cet homme avait vécu de l'autre côté de l'Océan et qu'un jour où il était allé couper un tronc dans la foret, quatre hommes l'avaient assailli, battu, enchaîné et trainé jusqu'à un bateau d'esclaves en partance pour l'Amérique.
Devenu écrivain, Alex Haley n'avait rien oublié de ces récits. Douze ans et 800 000 kilomètres furent nécessaires pour reconstituer deux siècles d'histoire de sa famille, depuis le village natal de Djouffouré en Gambie et ce 29 septembre 1767 où son ancêtre fut débarqué sur le quai d'Annapolis. Deux siècles et sept générations. Avec des esclaves et des affranchis, des fermiers et des forgerons, des avocats et des architectes - et un écrivain.
Il s'agit pour moi d'une relecture. J'avais en effet déjà lu ce livre il y a une vingtaine d'années. Cette lecture m'avait beaucoup marquée.
Les 200 premières pages nous instruisent sur la vie, les coutumes, le ressenti d'un jeune Gambien, Kounta qui vit, heureux parmi les siens à Douffouré, village d'Afrique.
Kounta est enlevé de force par des américains. le livre décrit avec des détails horribles la traversée en mer de ces pauvres africains arrachés à leur terre natale pour être vendus comme esclaves en Amérique.
Tentative d'évasion, tortures, mauvais traitements, Kounta doit subir sa nouvelle vie tout en gardant l'espoir de revoir l'Afrique.
Un très beau livre racontant les conditions des esclaves depuis le 18e siècles. Un livre pour se souvenir de la cruauté des hommes.
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Citations & extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
MimekoMimeko05 mars 2017
Il y en avait toujours un pour dire que la première chose, avec les esclaves, était de bien comprendre ce que leur passé africain, cette vie dans la jungle au milieu des bêtes, leur avait légué : stupidité, paresse, saleté. Le devoir du chrétien, à qui Dieu avait donné la supériorité, était d'inculquer à ces créatures le sens de la discipline, la morale et le sens du travail - en leur montrant l'exemple, bien entendu, mais aussi au moyen de lois et de châtiments adéquats, sans négliger pour autant d'encourager et de récompenser les méritants.
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AriAri19 décembre 2012
- T'étais enragé, hein ? Une veine qu'ils t'ont pas tué. Z'auraient très bien pu, avec la loi pour eux. Comme quand c'Blanc m'a cassé la main pasque j'en avais assez d'violoner. La loi, elle dit que çui qui t'rattrape il peut te tuer, et il s'ra pas puni. Cette loi-là, tous les six mois on la lit dans les églises des Blancs. Moi, quand j'commence sur la loi des Blancs, j'arrête plus. Z'ont qu'à s'installer quèq'part, pour faire encore plus de lois; et après ça c'est l'temple, pour prouver quc'est des chrétiens. Pour moi, cette Chambre des Bourgeois de Virginie, elle fait rien d'autre que d'passer encore plus de lois contre les négros. La loi, elle dit que l'négro il doit pas porter un fusil, il doit même pas porter un gourdin. La loi, pour toi, c'est vingt coups d'fouet s'ils t'attrapent sans papiers de route, dix coups si t'as r'gardé un Blanc dans les yeux, trente si t'as l'vé la main sur un chrétien blanc. La loi, elle dit que l'négro il peut prêcher que si un Blanc est là pour l'écouter; qu'ils prennent seulement l'enterrement d'un négro pour un rassemblement, et l'négro il ira en terre tout seul - c'est la loi. La loi, elle te coupe une oreille si un Blanc jure que t'as menti; les deux oreilles s'il jure que t'as fait deux mensonges. Tu tues un Blanc, et tu t'balances au bout d'une corde; mais va tuer un négro et tu s'ras fouetté, rien de plus. La loi, elle donne à l'Indien qu'a rattrapé un négro qui s'ensauve tout l'tabac que c't Indien-là peut emporter. La loi,elle défend d'apprendre à lire et à écrire aux négros et aussi d'leur donner des livres. Y a même une loi qui défend aux négros d'frapper des tambours - tout c'qu'est africain, quoi.
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iarseneaiarsenea14 août 2011
Et ils m'apprirent alors quelque chose dont je n'aurais jamais osé rêver : dans les villages les plus reculés, on trouvait encore des hommes de très grand âge, les griots, qui étaient véritablement des archives vivantes de la tradition orale. Le griot émérite, celui que l'on sollicitait dans les grandes occasions pour raconter l'histoire séculaire des villages, des clans, des familles, des héros, avait largement dépassé la soixantaine; en dessous de lui venaient des griots dont le savoir décroissait avec l'âge, jusqu'aux garçons débutants- ainsi était-ce après avoir entendu répéter les mêmes récits pendant quarante à cinquante ans que l'on devenait griot émérite. Dans toute l'Afrique noire, des chroniques orales s'étaient transmises depuis les ancêtres. Quelques griots légendaires avaient emmagasiné un tel trésor d'événements historiques qu'ils pouvaient littéralement parler trois jours dans s'arrêter- et sans jamais se répéter.
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iarseneaiarsenea14 août 2011
Je me représentais- ou plutôt je « voyais », comme une brumeuse projection- cette déportation de millions de nos ancêtres dont j'avais lu les descriptions. Des milliers d'entre eux avaient été enlevés individuellement, comme Kounta, mais il y avait eu aussi pour des milliers d'autres l'horrible réveil nocturne, les hurlements, le tumulte et la terreur des villages attaqués, souvent livrés aux flammes. Les survivants valides étaient alors encordés par le cou en longs «convois» - s'étirant parfois sur un mille. Et je les voyais, ces chaînes de captifs, dans leur torturante marche vers la mer. Combien étaient morts en chemin ou, pire encore, avaient été abandonnés, à bout de forces ? Quel sort, pourtant, attendrait ceux qui atteignaient la côte ! Rasés, frottés d'huile, inspectés jusque dans leurs plus intimes orifices, souvent marqués au fer rouge, ils étaient enfournés dans les grands canots sous le cinglement des fouets. Certains résistaient en hurlant, enfonçaient leurs ongles dans le sable de la plage, s'en emplissaient la bouche, essayant désespérément de rester encore un instant accrochés à leur sol natal. Je voyais les captifs roués de coups, jetés dans les cales puantes et ténébreuses des vaisseaux négriers, enchaînés sur des planches, souvent si à l'étroit qu'ils devaient se tenir étendus sur le côté...
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iarseneaiarsenea14 août 2011
Je repris l'avion à Dakar. Et ce fut pendant ce vol de retour que je décidai d'écrire un livre. L'histoire de mes ancêtres serait, symboliquement, le geste de tous les descendants d'Africains- tous issus, comme nous de Kounta, d'un homme ou d'une femme né dans un village d'Afrique noire et puis un jour capturé et enchaîné au fond d'un de ces vaisseaux négriers qui l'avait emmené de l'autre côté de l'Océan. Ces descendants d'Africains pour qui, après la succession des plantations, était venue la lutte pour l'émancipation.
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