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EAN : 9782221123904
440 pages
Éditeur : Robert Laffont (26/01/2012)

Note moyenne : 3.97/5 (sur 132 notes)
Résumé :
1950, New York.
Après Orson Welles et Arthur Miller, McCarthy et son équipe interrogent une certaine Maria Apron, 37 ans, actrice. Elle est accusée d'être entrée en Amérique avec un faux passeport et d'avoir assassiné un agent secret de l'OSS en Union sovétique. Pour se défendre, Maria Apron n'a que ses souvenirs. En actrice consommée, elle va, telle Shéhérazade, les distiller à ses accusateurs au cours des cinq journées que dure son interrogatoire.
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Critiques, Analyses et Avis (42) Voir plus Ajouter une critique
LoloKiLi
  09 janvier 2015
Bon d'accord, voilà un ouvrage au titre fâcheusement harlequinesque, avec une belle histoire d'amuur à l'intérieur.
Mais au-delà de cette approche primaire, ami lecteur, tu apprécieras l'édifiant destin d'une fière héroïne tolstoïenne malmenée par l'Histoire. Histoire de son pays d'origine, la riante Union Soviétique de Staline, Histoire de l'Amérique des années cinquante en pleine crise de la guerre froide.
Plus instructif encore, tu découvriras la naissance d'un authentique état autonome juif en Sibérie orientale, le Birobidjan, dont pour ma part j'ignorais tout, personne n'est parfait.
Hommage à la diversité religieuse, au théâtre et à la langue yiddish, à la littérature russe, ce roman riche et séduisant est en outre animé par la plume particulièrement harmonieuse de Marek Halter que je redécouvre ici avec un plaisir tout neuf.
Alors tu oublies Harlequin, et à travers les vastes étendues sibériennes ou les méandres sournois du maccarthysme, suis donc les traces peu orthodoxes de cette énigmatique inconnue, tu ne seras pas déçu.

Lien : http://minimalyks.tumblr.com/
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finitysend
  26 novembre 2012
J'AVAIS PAR ERREUR PUBLE CETTE CRITIQUE DANS LA RUBRIQUE CITATION ...
Je la soumet donc à nouveau à votre sagacité . désolé.
La littérature et l'histoire ne font souvent pas bon ménage....
Dans ce roman l'auteur décortique subtilement le destin tragiquement ambiguë du monde juif soviétique ...
Il semble pourtant que l'approche de l'auteur soit trop subtile . Alors deux éclaircissements :
Les juifs s'investirent massivement dans la révolution bolchevique et de ce fait, ils furent une des cibles principales des purges staliniennes ...
L'exil ne leur fut souvent pas profitable car leurs convictions communistes réelles ou phantasmes , ne furent pas une carte de visite reluisante en occident dans le contexte de la guerre froide .
L'auteur déploie cette paradoxale destinée tragique dans ce roman brillant .
Les seuls juifs russes qui eurent jamais la paix , furent ceux qui firent la guerre pour avoir la paix , en rejoignant le yishouv devenu entretemps l'état d'Israël ...
Le Birobidjan juif est un mythe communiste .
De juif, il n'eût que le nom . Que lui confèrent les circulaires et la propagande soviétique . Mais par nature les mythes sont tenaces .
Sa population juive ne dépassant jamais plus de quelques milliers de juifs russes . À ces maigres effectifs , il faut ajouter le personnel d'un théâtre yiddish qui possède d'ailleurs aujourd'hui , toutes les caractéristiques d'une maison de retraite ...
De nos jours , je crains que 90 pour cent des juifs n'aient quitté la Russie pour aller construire le capitalisme en galouth (diaspora ) et en Israël .
Ce roman est une tragédie sur un mode narratif yddisher avec un ton légèrement hagadique ( c'est un euphémisme ) .
Ironie et ambiguïté des situations et des gens , couplées aux effets du temps et des temps qui passent et transforment les âmes , les valeurs et les peuples ...
Ignorer les bases historiques du naufrage que représente le stalinisme messianique conduirait le lecteur à ne rien comprendre à ce texte et aux destins collectifs dont il est le mémorial tragiquement souriant .
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GeorgesSmiley
  03 janvier 2020
Comment évoquer des sujets tragiques (le sort des Juifs européens au XXème siècle, les meurtres de masse du stalinisme, les procédés répugnants du McCarthysme) sans (trop) tomber dans le pathos ? Marek Halter réussit brillamment l'exercice en composant, à travers l'histoire de Marina, jeune et jolie comédienne dont le destin bascule le soir où elle croise la route et l'obscène brutalité d'un des plus grands assassins de l'histoire. Elle fuit le Kremlin, résiste aux terribles années de guerre, à la terreur des polices politiques, au mensonge élevé à un art et au désespoir qui borne le quotidien, pour finir entre les griffes du sénateur McCarthy et de ses acolytes l'accusant d'être une des espionnes ayant dérobé le secret de la bombe au profit de Staline. Au-delà de l'intrigue consistant à savoir si elle échappera ou non à la chaise électrique, le lecteur fasciné découvre l'univers cauchemardesque de l'Union soviétique des années 30-50 et comment la perversité du monstre régnant par la terreur le conduisit à déporter dans une contrée désertique au climat sibérien la majorité des Juifs d'Union soviétique avec leur quasi-assentiment.
Ca se lit comme un polar mais, hormis les deux personnages principaux et leur belle histoire d'amour, tout le reste est (malheureusement) vrai, tragiquement vrai à un point tel qu'on finit par se dire que, si certains ont pu écrire que la France était, par le nombre de ses habitants et la longueur de son histoire, le plus grand ossuaire du monde, la Russie et ses satellites soviétiques constituent sans doute le plus grand déversoir de larmes et de désespoir de la Terre.
« Parfois, un enfant qui était allé faire une course revenait et ne retrouvait plus sa famille. Tous disparaissaient du jour au lendemain, accusés de trotskisme, de défaitisme, d'insulte au bolchevisme. Une parole, une phrase, un rire vieux de vingt ans suffisait à vous condamner. Parfois, tous les ouvriers d'une usine étaient arrêtés au prétexte de sabotage. Des deux mille délégués au XXVIIème congrès du Parti de janvier 1934, mille huit cents ont été assassinés dans les deux années qui ont suivi. Même Kirov, le puissant maire de Leningrad qui s'y était fait applaudir, a été assassiné. Staline est allé pleurer sur son cercueil. Ensuite, selon sa volonté, le NKVD s'en est pris à l'Armée rouge. Soixante-dix mille officiers, capitaines, commandants et généraux ont été exterminés... La pire des pestes nous rongeait : la peur. Certains ne pouvaient plus voir leur reflet dans un miroir. Ceux qui ne supportaient pas se suicidaient. Cela semblait si apaisant, de mourir. C'était mieux que de vivre avec cette peur. Les suicides, on ne les comptait plus. Chaque fois que j'apprenais un nouveau suicide, je pensais à Nadedja Allilouïeva.
Mais quand on n'avait pas le courage du suicide, il était difficile de ne pas devenir un monstre. La peur vous pourrit l'âme. On ne ressent plus rien d'autre. L'envie vous vient de caresser vos bourreaux... »
Et au fin fond de la Sibérie, dans ce Birobidjan perdu au milieu de nulle part, où règnent, comme partout dans l'immense pays, le mensonge, la peur, les rancoeurs et les haines ordinaires qui se payent au prix fort, on trouve aussi un peu de chaleur humaine, d'entraide, de mains tendues qui allègent un tout petit peu le poids du malheur.
Un roman passionnant, bien écrit et très émouvant. Une construction habile pour rendre hommage, à travers l'histoire d'amour de cette héroïne bien résiliente, à cette page d'histoire méconnue du Birobidjan, premier état juif du XXème siècle, et à ces millions de victimes silencieuses qui méritent vraiment qu'on ne les efface pas de nos mémoires.
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fee-tish
  15 février 2012
Depuis fin janvier 2012, le dernier né de Marek Halter, L'inconnue de Birobidjan, trône dans les librairies. Cet auteur connu et reconnu, écrivain du judaïsme, est attendu à chaque parution.
Je découvre son écriture pour la troisième fois. Et pour la troisième fois, c'est un bonheur de se laisser porter par son talent de conteur.

Dans ce livre, Marek Halter nous entraîne dans deux univers. le premier est l'URSS de Staline, de 1932 à 1945, en plein conflit mondial ; le second est le Washington des années 1950. Au sortir de la guerre, un autre affrontement débute : la Guerre Froide, entre les États-Unis et l'URSS.
Maria Apron, alias Marina Andreïeva Gousseïev, comparaît devant la Commission de l'HUAC (commission des activités anti-américaine) : elle est accusée d'espionnage et d'assassinat sur la personne de Michael Apron, espion à la solde de l'OSS (future CIA). Nous sommes en juin 1950 ; c'est l'époque de la loi sur la sécurité intérieure aux États-Unis et de nombreux acteurs hollywoodiens sont entendus. Sur fond de politique américaine, les procureurs et attorneys dirigeants la Commission ne souhaitent pas connaître la vérité. Ils veulent condamner. Marina le comprend et n'a d'autre arme que de raconter son histoire, depuis sa soirée avec Staline en 1932 jusqu'à son arrestation en 1943 avec Michael, en passant par son arrivée fortuite au Birobidjan.
Dans le huis-clos du « procès », un homme va la croire. C'est un journaliste, il est juif, il s'appelle al Koenigsman. Dès le premier jour, il va s'attacher à cette condamnée et n'aura de cesse de vouloir l'innocenter.
Une histoire prenante, où le contexte historique est parfaitement maîtrisé et conté par l'auteur. Une écriture fluide, où chaque mot a sa place. La narration choisie est la suivante : le roman alterne les dialogues et interactions de la Commission en 1950 sous forme de procès et l'histoire de Marina, tels des flash-back. C'est astucieux et tout à fait pertinent. le lecteur peut se faire sa propre opinion sur Marina, tout en se demandant si elle ment ou si tout cela lui est réellement arrivé.
Marina est un personnage charismatique auquel on s'attache très facilement. Sa vie reflète différents aspects de la Seconde Guerre mondiale : exclusion des juifs, Goulag, totalitarisme de Staline, réseau d'espionnage américain et russe, Guerre Froide, suspicion. Cette femme, contrainte d'immigrer dans le premier état juif, le Birobidjan, va devoir jouer de son talent d'actrice pour devenir juive. Étonnamment pour elle, la sympathie et l'accueil chaleureux qui lui seront réservés là-bas faciliteront cet exil forcé. Elle va ainsi découvrir une culture et une langue, le yiddish. Puis l'amour aussi.
le second personnage est Al, ce journaliste américain juif. Un homme avide de justice et partisan de la « Russe » malgré tous les éléments que l'on veut utiliser contre elle. Se fiant à son intuition, sa vie va être bouleversée durant les quatre jours de l'audience. Il est ambitieux, généreux, avec un brin d'inconscience.
Ces deux personnages sont les seuls que l'auteur à inventer. En fin d'ouvrage, une des annexes nous indique tous les personnages réels, que le roman met en scène. Une attention de Marek Halter que j'ai beaucoup apprécié.
Grâce à ce livre, j'ai découvert l'existence du Birobidjan, créé en 1928 par Staline. Situé en pleine Sibérie, il était destiné à être une terre d'accueil pour les Juifs. La vie dans ce petit état permet à l'auteur de nous conter son amour pour sa culture, le judaïsme. Avec cette belle histoire vraisemblable et une connaissance poussée de la géopolitique de cette époque, Marek Halter nous prouve à la fois son talent de raconteur d'histoire mais aussi de véritable historien.
Je vous le conseille vivement.
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brigittelascombe
  24 novembre 2012
"On ne nait pas Juif on le devient" affirme Marek Halter.
Maria Apron,dite "la Russe", qui s'appelle en fait Marina Gousseiev en est la preuve vivante car c'est elle L'inconnue du Birobidjan, cet état juif, autonome, au climat rude de Sibérie Orientale, créé par Staline. C'est elle qui, jadis antisémite, est venue se cacher là pour fuir Staline (dont elle a été la maîtresse) et d'éventuelles représailles (car il craint un scandale suite au suicide de sa femme et élimine les témoins gênants). C'est elle qui, actrice jouant dans leur théâtre apprendra à aimer ces Juifs solidaires qui ne parlent que le yiddish.
L'héroïne de Marek Halter, belle, forte et romanesque à souhait, conteuse émérite, use de son charisme pour convaincre au présent américain (des années 50), en distillant son passé russe (de 1932 à 45) par bribes, la Commission des activités antiaméricaines qui l'accuse d'espionnage et d'assassinat d'un "agent secret de l'OSS".
Cette passionnée (du style Anna Karénine de Tolstoï) est soutenue par un journaliste juif intuitif et un brin inconscient:Al Koenigsman. Est-elle une mythomane, une menteuse, une manipulatrice?
"Vivre dans un monde nouveau c'est gravir une paroi de glace avec des ongles d'enfants"affirme Marina, en citant le poète Maïakski, alors que Mac Carthy cherche à l'humilier. Mais c'est bec et ongles en avant qu'elle se défendra pour sauver sa peau.
Sur fond historique véridique (totalitarisme de Staline,révolution bolchévique puis traque des communistes aux Etats Unis par la droite conservatrice et le Mac Carthysme), ce roman d'aventures palpitant tient le lecteur en haleine.
Il est intéressant de connaître ce Birobidjan dont on a peu entendu parler alors qu'il a recueilli des milliers de Juifs.Il est émouvant de revivre,à travers l'écriture alerte de Marek Halter, l'angoisse de tous ces acteurs et comédiens pourchassés pour leurs critiques politiques.
Bientôt adapté en film, L'inconnue du Birobidjan est à lire et Marek Halter, défenseur du peuple juif (sa langue maternelle est le yiddish),défenseur des droits de l'homme, fondateur et président du Comité international pour la paix négociée au Proche Orient, homme de paix, en profite ici pour rendre hommage à la culture et aux traditions juives qui lui sont chères.
J'ai eu le plaisir d'interviewer cet homme charismatique (et pourtant simple d'abord), cet écrivain reconnu, intelligent et affable,dimanche matin alors qu'il présentait sur le stand de la librairie Charlemagne (lors de la fête du livre de Toulon 2012) son dernier ouvrage L'odyssée du peuple juif.
Alors qu'il s'en revenait d'Israël (un voyage accompli aux côtés de 17 imams dans un espoir de paix) et que le conflit israélo-arabe était plus que préoccupant, il a délivré un beau message de fraternité et de sagesse , qui a été diffusé sur les ondes d'RCF Méditerranée aux infos de 8 heures dans la semaine.
Ce fut une belle rencontre!
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Citations et extraits (39) Voir plus Ajouter une citation
Litterature_et_ChocolatLitterature_et_Chocolat   22 février 2012
Lors de son procès, Marina relate les circonstances de la mort de la deuxième épouse de Staline, qui se serait suicidée alors que le dirigeant communiste passait la nuit avec l’héroïne. L’occasion d’une leçon d’humilité pour McCarthy:

Il y eut un silence embarrassé avant que McCarthy demande :
- Mais vous, Miss… vous n’aviez pas de remords?
Elle ne répondit pas tout de suite. Un demi-sourire, amer et las, glissa sur ses lèvres sèches :
- Vous voulez savoir si j’avais honte? Si je me sentais souillée, si j’avais l’impression d’avoir agi comme une putain? C’est ça?
Les pommettes de McCarthy rosirent. Une mauvaise grimace s’étala sous son nez cassé.
- J’avais dix-neuf ans, monsieur. J’apprenais la vie dans un pays où depuis des années on mourait ou on disparaissait dans un coin de Sibérie pour un rien. C’était ça aussi, la révolution bolchevique. “Vivre dans un monde nouveau, c’est gravir une paroi de glace avec des ongles d’enfant”, a écrit un poète de chez nous. Il s’appelait Maïakovski. Staline disait qu’il l’aimait beaucoup. Maïakovski s’est suicidé.
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Litterature_et_ChocolatLitterature_et_Chocolat   22 février 2012
[...] Staline est plus malin qu’Hitler. Il a compris que les morts ne servent à rien. C’est inutile, un mort. Même un mort juif. Les cadavres ne charrient pas le charbon dans les mines et ne cousent pas d’uniformes. Et pourquoi n’exterminer que les juifs quand tous les vivants peuvent être coupables de vivre? Staline ne réduit pas les êtres en cendres et ne les transforme pas en savon. Il use. Il use les corps, l’intelligence, la volonté, l’amour…
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josteinjostein   27 février 2012
Les murs se souviennent de la musique de nos rêves, et c'est ce qui rend fou les nazis, là-bas, en Pologne et en Ukraine. C'est pour ça qu'ils détruisent, détruisent, détruisent encore... Ça ne leur suffit pas, de massacrer les corps de tous les juifs du monde. Il leur faut aussi détruire nos murs pour ne plus entendre nos rêves
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   18 décembre 2019
"_ Miss Gousseïev...
Elle le fit taire d'un geste.
_ Vous ne pouvez pas comprendre ce que signifiait un dîner pareil pour une fille comme moi. En pleine famine. Avec les rues envahies de gosses à gros ventres, de femmes aussi maigres que des cadavres. Les vieux qui se jetaient sur les chiens et les rats... Et la peur de l'hiver. Les gens venaient au théâtre parce que le froid y était plus supportable que dans les appartements. Nous, on jouait du matin au soir pour oublier la faim. Les répliques n'étaient que des mots pour faire passer le temps. On jouait les héros de la Révolution, mais personne n'y croyait plus. C'était comme raconter un conte... Les vieux se souvenaient de la guerre civile, après le coup d'Etat de 1917. A l'époque...
Le marteau de Wood s'abattit. Tout le monde sursauta.
_ Miss Gousseïev !... Nous ne sommes pas ici pour écouter un cours d'histoire soviétique.
_ Ce dîner au Kremiln a changé ma vie."
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   19 décembre 2019
Parfois, un enfant qui était allé faire une course revenait et ne retrouvait plus sa famille. Tous disparaissaient du jour au lendemain, accusés de trotskisme, de défaitisme, d'insulte au bolchevisme. Une parole, une phrase, un rire vieux de vingt ans suffisait à vous condamner. Parfois, tous les ouvriers d'une usine étaient arrêtés au prétexte de sabotage. Des deux mille délégués au XXVIIème congrès du Parti de janvier 1934, mille huit cents ont été assassinés dans les deux années qui ont suivi. Même Kirov, le puissant maire de Leningrad qui s'y était fait applaudir, a été assassiné. Staline est allé pleurer sur son cercueil. Ensuite, selon sa volonté, le NKVD s'en est pris à l'Armée rouge. Soixante-dix mille officiers, capitaines, commandants et généraux ont été exterminés... La pire des pestes nous rongeait : la peur. Certains ne pouvaient plus voir leur reflet dans un miroir. Ceux qui ne supportaient pas se suicidaient. Cela semblait si apaisant, de mourir. C'était mieux que de vivre avec cette peur. Les suicides, on ne les comptait plus. Chaque fois que j'apprenais un nouveau suicide, je pensais à Nadedja Allilouïeva.
Mais quand on n'avait pas le courage du suicide, il était difficile de ne pas devenir un monstre. La peur vous pourrit l'âme. On ne ressent plus rien d'autre. L'envie vous vient de caresser vos bourreaux...
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