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EAN : 9782253067900
216 pages
Le Livre de Poche (02/03/2016)
3.5/5   179 notes
Résumé :
La végétarienne est un triptyque. Autour de Yonghye, la femme qui veut devenir végétale, nous suivons son mari, petit cadre banal, puis le beau-frère de celui-ci, artiste vidéaste obsédé par la tache mongolique de Yonghye, et enfin la sœur de Yonghye, qui l’assiste dans ses derniers instants, et, d’une certaine façon, la dépasse.
Trois parties, trois personnages autour d’une seule qui elle-même s’efface inexorablement.
La Végétarienne est un roman f... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (44) Voir plus Ajouter une critique
3,5

sur 179 notes

Faut-il chercher absolument une morale implacable, un sens particulier, une logique profonde dans tout ce qu'on lit ?

Non, pas nécessairement, et fort heureusement parfois. Je crois que la littérature coréenne, que j'explore doucement, illustre assez bien cela.

Kim (encore une coréenne s'appelant Kim !) rêve tant qu'elle n'en dort plus. Au beau milieu d'une nuit, elle décide de vider son réfrigérateur de tout produit d'origine animale. À partir de là, son petit monde tranquille et insipide va entièrement basculer, et le cauchemar commencer pour son mari, pour ses proches...

Un récit découpé en trois temps, traités successivement du point de vue de l'époux désemparé, du beau-frère amoureux et, enfin, de la soeur aînée impuissante.

Dès les premiers mots, j'ai su que j'allais aimer. Allez savoir pourquoi, et à quoi cela tient (?) : une héroïne désincarnée, des sentiments exacerbés, une extrême sensualité.

Ce roman m'a littéralement happée, transportée dans son atmosphère intimiste, son rythme et son originalité.

Une plume subtile et fascinante, maniant avec talent déraison, contemplation, onirisme et spiritualité !!

MERCI, cher Bison :-))

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C'est l'histoire de ma femme qui a décidé de devenir végétarienne. A priori rien contre, je peux moi aussi me passer de boeufs aux hormones ou de poulets à la dioxine. Sauf que, parce qu'il y a toujours des mais dans l'insatisfaction masculine, elle n'a plus de seins depuis qu'elle ne mange que de la verdure. Merde, quoi, un homme a toujours besoin de téter les seins de sa femme ! le pire, c'est que les relations sexuelles ne l'intéressent même plus. Elle se sent devenir « végétale ». A force de ne se nourrir que d'eau fraiche. Mais sans amour, la vie n'est plus une vie. Et en plus, au moindre rayon de soleil, elle se fout à poil pour capter l'énergie et faire monter la sève qu'elle a en elle. La tête en bas, les pieds en l'air. Une folle ! A faire interner d'urgence.

Voilà donc la première histoire de ma vie – ou de ma femme qui ne mangeait plus rien du tout et qui par conséquent ne me faisait même plus à manger. Tu me diras, vu de ton oeil lubrique, pas très passionnant cette histoire de folle plate comme une limande et qui en plus ne mange même plus de poisson. Elle est folle, elle est végétarienne. Point final.

C'est l'histoire de ce beau-frère. Rien de bien passionnant en sa personne, un peu taciturne, il est dans l'art ou un truc dans ce genre et passe son temps à monter des films amateurs. Et là, le lecteur que je suis bascule dans un autre monde, celui de la volupté et du plaisir charnel. Il tombe amoureux de cette femme, la soeur de sa femme, abandonné par son mari, laissé à l'abandon dans un asile. Une alchimie se crée, des effluves de pins se répandent dans l'atmosphère. La folle remange, sort de son asile et fait l'amour aussi sensuellement qu'un enchevêtrement de racines dans une mangrove. Moi aussi, j'ai envie de lui faire l'amour, de sentir la sève couler entre ses cuisses et déverser mon sirop d'érable en elle. Peu importe s'il n'y a pas de forêts d'érables en Corée du Sud.

Tu veux une troisième histoire, celle de la soeur de la folle, la soeur de la dite végétarienne, qui ne comprend pas qu'on en arrive à de telles extrémités, qui semble aussi perdue que sa soeur, son mari, ou son beau-frère. Mais elle reste sa soeur, même dans l'incompréhension. Et les liens du sang ne se discutent pas, même si le sang se transforme en sève et que le rouge hémoglobine se colore en vert chlorophylle. le genre de femme à se poser beaucoup de questions, mais l'histoire dépasse tant le domaine de l'imaginable qu'elle ne peut éprouver que malaise et pitié en regardant sa soeur se « transformer » en plante verte.

Je ne connaitrai jamais directement le ressenti de l'intéressée, « la végétarienne » avec ses cauchemars maculés de sang et de boucherie, mais je fantasme déjà chaque parcelle de son corps avec la furieuse envie de sortir ma tige de bambou et de laisser couler ma sève entre ses cuisses. Une telle rencontre est si improbable, une telle métamorphose si kafkaïenne, que j'ai ce besoin aussi de planter mes racines entre les siennes et de sentir cette odeur végétale d'herbe mouillée par la rosée. Han Kang signe là un roman aussi étrange qu'envoutant, aussi sensuel que bandant. du rarement lu.


Lien : http://leranchsansnom.free.f..
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Un matin comme tous les autres, Yŏnghye vide son réfrigérateur de tous les produits d'origine animale. Au grand dam de son mari, elle a décidé de devenir végétarienne. Jusqu'ici elle était une épouse modèle, discrète et dévouée et soudain elle se comporte étrangement sans donner d'explication à cette nouvelle lubie, si ce n'est un rêve qu'elle aurait fait. Pour son mari, la situation est insupportable. Yŏnghye se nourrit peu, elle dépérit, elle est mutique et refuse de faire l'amour.

Sa famille, appelée à la rescousse, est tout aussi désemparée. Son père, un homme violent, la frappe et veut lui faire ingurgiter de force un morceau de viande, la poussant à la pire extrémité. Tous finissent par se détourner d'elle, mis à part sa soeur et son beau-frère. Depuis qu'il sait qu'elle a conservé la tache mongoloïde de sa naissance dans le bas de son dos, ce dernier est obsédé par le corps de sa belle-soeur. Artiste vidéaste, il fantasme sur cette tache verte, végétale, et rêve de peindre son corps et de le filmer. Conciliante, Yŏnghye le laisse faire et son beau-frère va très loin, trop loin, pour l'amour de l'art. Au point que sa femme décide de les faire interner tous les deux. Son mari s'en sort et disparaît tandis que sa soeur dépérit dans un hôpital psychiatrique. Yŏnghye a décidé de ne plus manger, de devenir un arbre. La vie de sa soeur, désormais mère célibataire, est rythmé par son travail, son fils et les visites à Yŏnghye qui a sombré dans la folie…

Quel roman étrange ! Un savant mélange de violence, de folie et d'érotisme. le végétarisme de son héroïne n'est qu'un prétexte pour Kang Han, une façon de montrer comment dans la société coréenne hyper normée, la différence peut détruire l'équilibre d'un couple, d'une famille. le mari de Yŏnghye attend d'elle qu'elle cuisine, de préférence des plats qu'il aime, qu'elle le serve, qu'elle soit aimable avec son patron, en bref qu'elle reste dans le rang. Ne plus manger de viande est une anomalie, un pas de côté mal toléré. En affirmant sa différence, Yŏnghye est perçue comme folle et, de fait, elle le devient.

Ses motivations nous restent inconnues. Yŏnghye reste un personnage éthéré, dont on ne connait pas les pensées, comme la plante qu'elle aspire être. Ce sont son mari, son beau-frère et sa soeur qui racontent son cheminement vers la folie et la façon dont ils ont vécu les choses. Son mari avec tout l'égoïsme du mâle qui voit sa femme lui échapper. Son beau-frère avec la violence d'un désir irrépressible. Sa soeur avec plus de réflexion et de résilience.

Un roman noir, désespéré. le cri silencieux d'une femme seule qui renvoie chacun à sa propre solitude, au manque d'empathie et de communication dans une société rigide et intolérante.

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A travers ces trois récits centrés sur Yonghye, cette femme qui a décidé de devenir végétarienne au grand dam de sa famille, c'est toute la société coréenne qui est passée au hachoir. Cette société du travail jusqu'à l'épuisement, de la morale confucéenne où le père, le mari, le patron… l'homme à qui la femme doit se plier sans répit, de la violence qui éclate au quotidien, ou encore de la viande sous tous ses aspects, du poulpe ou du poisson que l'on mange encore vivant ou du chien que l'on attache et que l'on fait courir derrière une voiture, qu'on laisse mourir d'épuisement dans une souffrance terrible, pour en attendrir la chair. Yonghye n'est, à mon avis, qu'une métaphore de cette société. J'allais oublier la folie bien sûr, qui attend celui ou celle qui ne se conforme pas à la majorité. Vouloir devenir un végétal, me semble bien alors être une bonne option pour s'échapper. C'est un roman surprenant par son thème, brillant par sa construction, très efficace par son écriture (bravo les traducteurs). Il me fait penser à un écrivain japonais, Abe Kobo qui, dans chaque livre n'a pas manqué de dénoncer cette difficulté de vivre en tant qu'individu. D'ailleurs, dans son dernier livre, « Cahier Kangourou », il s'agit aussi d'un homme au bord de la folie qui se transforme peu à peu en végétal.

« La végétarienne » est une recherche de sens de la vie. Ça me donne envie de relire « Le mythe de Sisyphe » de Camus.

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Pour les Coréens, les végétariens sont troublants car leur culture ne laisse pas de place à cette façon de s'alimenter. Pour nous aussi, pourtant entourés de végétariens, -liens ou vegans, cette Végétarienne est troublante, car elle nous renvoie à la folie, à la sensualité, au corps, à l'alimentation, à ce qui fait basculer une vie banale et lisse dans un monde délirant mais plus beau.

Je ne dirais pas que j'ai aimé ce livre, je ne dirais même pas que je l'ai compris, mais il m'a intriguée, angoissée et touchée. Pourquoi Yongyué devient-elle végétarienne ascendant je-me-prends-pour-un-arbre ? Pourquoi ses proches sont-ils soit dégoûtés soit bizarrement fascinés, mais jamais capables de rentrer en relation avec elle ou de l'aider ? Pourquoi a-t-elle l'air de s'approcher du bonheur en même temps qu'elle s'approche du délire et de la mort ?

C'est bien parce que je n'ai aucune réponse que ce livre étrange, sensuel et mystique m'a marquée et continuera à me faire penser dans les semaines à venir...

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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation

Si je l'avais épousée, bien qu'elle fût dépourvue de tout charme remarquable, c'était parce qu'elle n'avait pas non plus de défaut notable. La banalité qui caractérisait cette créature sans éclat, ni esprit ni sophistication aucune, m'avait mis à l'aise. Je n'avais pas eu à faire semblant d'être cultivé pour l'impressionner, à me précipiter pour ne pas être en retard à nos rendez-vous, à nourrir des complexes en me comparant aux mannequins des catalogues de mode. Devant elle, je n'avais pas honte de mon ventre, qui avait commencé à se bomber dès l'âge de vingt-cinq ans à peu près, ni de mes bras et de mes jambes, que je n'arrivais pas à muscler malgré mes efforts, ni même de mon sexe, dont les modestes proportions m'avaient toujours inspiré un sentiment d'infériorité que je prenais soin de dissimuler.

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Quand je coupe la tête à quelqu’un dans mon rêve, quand je suis obligée de finir le travail en le tenant par les cheveux tandis qu’elle ne tient que par un lambeau de chair, quand je pose ses yeux glissants sur la paume de ma main, quand je me réveille, quand l’envie me prend de tuer le pigeon que je vois se dandiner sur l’appui de fenêtre, d’étrangler le chat du voisinage que je connais depuis longtemps, que je sens mes jambes fléchir et que je transpire, quand j’ai l’impression que je suis devenue quelqu’un d’autre qui jaillit du fond de moi pour me dévorer, à ces moments-là…

J’ai la bouche pleine de salive. Je suis obligée de contracter ma bouche en passant devant la boucherie. A cause de la bave qui monte depuis la racine de ma langue, qui me mouille les lèvres et… qui coule même entre elles.

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Il l’a vue juste avant de sortir de son petit somme.

Sa peau était vert clair. Son corps était vautré devant lui, comme une feuille qui venait de se détacher de la branche et de commencer à se flétrir. […]

Il l’a retournée. Une forte lumière qui semblait provenir de son visage l’a ébloui, l’empêchant de voir la partie supérieure de sa poitrine. Il a écarté de ses deux mains ses cuisses dont l’élasticité lui disait qu’elle n’était pas endormie. Quand il l’a pénétrée, un liquide vert comme provenant d’une feuille écrasée a commencé à couler du sexe de la jeune femme. Une odeur d’herbe, à la fois agréable et âpre, rendait sa respiration difficile. Se retirant juste avant l’orgasme, il a découvert que son pénis était teinté de vert. Un jus frais, dont il était difficile de dire s’il venait d’elle ou de lui, avait colorié ses parties intimes jusqu’aux cuisses.

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Perchée sur une chaise, elle était en train de se servir d'une simple soupe aux algues qui, à première vue, ne semblait pas fameuse. Elle a déposé du riz et de la pâte de soja sur une feuille de batavia et le tout, enfourné dans sa bouche, a déformé ses joues.

Je n'avais rien compris. De cette femme, je ne savais rien, me suis-je dit à ce moment-là.

- Tu ne manges pas ? m'a-t-elle lancé d'une voix indifférente qu'on aurait pu attribuer à une épouse d'âge mûr ayant élevé quatre enfants.

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Des tiges brunes et persistantes vont-elles pousser sur elle ? Des racines blanchâtres vont-elles s’élancer de ses mains pour s’ancrer dans la terre noire ? Ses jambes vont-elles se tendre vers le ciel et ses mains vers le noyau de la Terre ? Sa taille, étirée jusqu’au point de rupture, va-t-elle supporter ces forces antagonistes ? Lorsque la lumière descendant du ciel va traverser Yônghye, l’eau jaillissant de la terre fera-t-elle naître des fleurs dans son entrecuisse ? Son âme avait-elle eu la vision de tout ceci lorsqu’elle était ainsi dressée, les mains au sol ?

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