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Anne Gaudu (Autre)
ISBN : 2070369765
Éditeur : Gallimard (13/09/1977)

Note moyenne : 3.62/5 (sur 46 notes)
Résumé :
La mère de l'auteur s'est tuée le 21 novembre 1971, à l'âge de 51 ans. Quelques semaines plus tard, Peter Handke décide d'écrire un livre sur cette vie et ce suicide. Simple histoire, mais qui contient quelque chose d'indicible. Histoire d'une vie déserte, où il n'a jamais été question de devenir quoi que ce soit. Vie sans exigence, sans désirs, où les besoins eux-mêmes n'osent s'avouer, sont considérés comme du luxe. A trente ans, cette vie est pratiquement finie. ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
colimasson
  30 octobre 2012
Pris à son propre piège… On pourrait croire qu'à force de côtoyer la littérature et de pratiquer l'écriture, l'expression devient sans cesse plus aisée. Peter Handke nous démontre que ce n'est pas forcément le cas et que les mots, assimilés en phrases toutes faites, en expressions proverbiales et en autres tournures stéréotypées, constituent souvent un obstacle à l'expression sincère et véridique.

Après la mort de sa mère par suicide, Peter Handke fait l'expérience de cette impossibilité de dire les sentiments. le besoin de raconter est intense, mais la peur de ne pas réussir à être juste pousse finalement l'écrivain à repousser sans cesse l'échéance, à remettre pour le lendemain le début de l'écriture de son expérience. Lorsque Peter Handke trouve enfin le courage de se mettre au travail, plusieurs semaines après l'enterrement se sont déjà écoulées… Ses doutes transparaissent encore nettement. Ressentis à la fois à travers le style d'écriture en lui-même –beaucoup de tergiversations qui donnent l'impression de tourner autour du pot- et à travers les aveux de l'écrivain –qui n'hésite pas à faire figure basse pour dire à quel point il lui est difficile d'écrire à propos de sa mère sans céder aux tournures de style conventionnelles et donc impersonnelles-, il en résulte un récit difficile à intégrer.

Peter Handke n'aborde pas frontalement la mort de sa mère en exprimant ses émotions. D'ailleurs, les seuls sentiments qu'il osera véritablement transposer ne seront jamais liés à son deuil mais plus indirectement aux difficultés qu'il trouve à les transcrire par le biais de l'écriture. Cette lutte, qu'on pourrait juger ridicule parce qu'elle s'apparente à une forme de snobisme culturel, traduit en réalité la douleur de Peter Handke : non seulement il souffre de la disparition de sa mère, mais en plus il se rend compte que cette expérience est indicible et qu'il ne pourra jamais la partager avec quiconque. Il le pourrait, évidement, en utilisant les expressions toutes faites dont se sert la majorité dans de tels cas, mais il ne le souhaite pas pour une question éthique : selon lui, se serait bafouer la singularité de sa mère et renier ce qu'il y a d'unique dans l'expérience en quoi consiste le deuil d'une personne chère.

On peut saluer le courage de la démarche de Peter Handke, et également sa lucidité quant à la qualité du récit qui découle de son expérience. En effet, il ne se trompe pas lorsqu'il reconnaît devoir lutter pour écrire l'hommage qu'il souhaite rendre à sa mère. Tout à la fois, l'écrivain s'envole dans des descriptions de scènes simples mais teintées d'une grande mélancolie, avant de se mettre à ricaner en soulignant les failles de sa transcription des évènements.

A force de se concentrer sur sa volonté de transcender le média de l'écriture, Peter Handke finirait presque par oublier ce qui l'a poussé à vouloir raconter le suicide de sa mère. Cette dernière s'efface derrière la personnalité de l'écrivain et passe au second plan des difficultés littéraires qu'il rencontre. le malheur indifférent est tout à fait pertinent : en effet, Peter Handke a failli dans sa volonté de transcrire une expérience personnelle, et il se montre tout à fait brillant dans sa lucidité à se rendre compte de cet échec.
Lien : http://colimasson.over-blog...
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mercutio
  08 octobre 2014
Je passerai sur ce qui m'apparaît comme un certain nombrilisme de l'écrivain (à moins qu'il ne s'agisse d'un inéluctable et sincère questionnement face aux mots et à leur agencement pour exprimer l'humain- je ne suis pas écrivain) pour focaliser ma réaction sur le deuxième fond de ce récit, le fils face à la mort de la mère.
"L'étranger" d'Albert Camus m'est spontanément revenu en mémoire mais le souvenir en est lointain et donc peut-être transformé.
Le parti d'objectivité pris par Peter Handke pour écrire l'histoire de sa mère le place de fait, par delà la documentation réunie et étudiée ainsi que les souvenirs convoqués de proches, et malgré l'insertion des siens propres, en position d'observateur au point, s'agissant de la période qu'il n'a pu connaître directement, de s'en remettre à une sorte de traité mi historique, mi-sociologique. Au fil du récit, naturellement la personnalité et la spécificité de la mère sont plus précisément restituées sans pourtant que cela donne lieu, sauf rares exceptions, à spéculations au plan de la psychologie. Seuls les faits et observations.
Le ton adopté enracine l'indifférence ressentie envers cette femme et cette mère, tant par le fils étranger que la "société" molochéenne. Une vie parmi tant d'autres. Une mère-fonction, comme tant d'autres.
Le gâchis de cette vie de femme apparaît ainsi en négatif sans que le témoin ait à se croiser pour le révéler. Au-delà de ce cas particulier, fût-elle sa mère, c'est du destin de femmes d'origine modeste empêchées de trouver la place dans la société qui conviendrait mieux à leurs aspirations et capacités et de son absurdité que traite l'auteur, sans épanchement ni dénonciation.
Il semble, terriblement, que le suicide joue cette fois son rôle dans l'allumage de la mèche "parlons-en". Comme si le cri silencieux avait été indispensable pour faire prendre conscience, même au fils, de la question posée muettement par la femme-mère.
En pointillé pourtant émergent, pudiquement, subrepticement, rarement, émotions et sentiments, noyés dans la linéarité du compte-rendu. Présentation d'un archétype, donc mais où l'humain ne parvient pas à complètement disparaître.
"Plus tard j'écrirai sur tout cela en étant plus précis" conclut Handke. Je m'interroge sur ce qui mériterait d'être précisé selon lui.
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Marpesse
  14 juin 2017
Je ne sais pas si je suis très objective, si c'est une période ou un goût qui s'affirme, mais les récits d'autofiction me fatiguent.
Je ne crois pas que ce livre soit plus mauvais qu'un autre, mais je n'y ai pas trouvé d'intérêt. Peter Handke parle de la vie de sa mère qui s'est suicidée à 51 ans, une vie très ordinaire. Il théorise, parle de l'écriture, mais je trouve cette littérature trop nombriliste (comme son nom l'indique) et j'ai sans doute besoin de plus de fiction.
J'ai pensé à des textes de Annie Ernaux, par exemple, que j'ai souvent lue avec plaisir. Peut-être pas la bonne période, ou une lassitude...?
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tanagre
  30 décembre 2014
Un livre de toute beauté et un hommage à une vie, toute de modestie et de discrétion, qui marque pour longtemps…
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Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
genougenou   02 août 2018
... même quand les phrases ont l'apparence d'une citation, elles ne doivent à aucun moment faire oublier qu'elles s'appliquent, pour moi du moins, à quelqu'un de particulier - et pour qu'elles me paraissent utilisables, il faut que l'idée centrale, forte et bien pesée, soit ce prétexte personnel, privé si l'on veut.
(p. 54)
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genougenou   02 août 2018
Les avantages n'étaient en général que des désavantages manquants : pas de bruit, pas de responsabilité, pas de travail chez les autres, pas de départ journalier de la maison et de séparation des enfants. Les désavantages réels étaient donc annulés par les désavantages absents.
(p. 76)
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colimassoncolimasson   19 décembre 2012
Lorsque j’étais chez elle l’été dernier, je la trouvai un jour couchée sur son lit avec une expression si désolée que je n’osai aller plus près d’elle. […] C’était un supplice de voir avec quelle impudeur elle s’était retournée à l’air ; tout en elle était déboîté, fracturé, ouvert, enflammé, une occlusion intestinale. […]
C’est depuis ce moment seulement que j’eus pour ma mère une véritable attention. Je l’avais sans cesse oubliée jusqu’alors, je pouvais peut-être sentir une douleur brève parfois en pensant à la stupidité de sa vie. Maintenant, elle s’imposait réellement à moi, elle devenait charnelle et vivante, et son état était d’une matérialité si immédiate que bien souvent j’y prenais entièrement part.
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colimassoncolimasson   15 décembre 2012
Elle lisait les journaux, préférait encore les livres dont elle pouvait comparer les histoires avec sa propre vie. Elle lisait les mêmes livres que moi, Fallada, Knut Hamsum, Dostoïevski, Maxime Gorki d’abord, puis Thomas Wolfe et William Faulkner. Ce qu’elle en disait ne mérite pas d’être publié, elle racontait simplement ce qui l’avait beaucoup frappée. « Mais je ne suis pas comme ça », disait-elle parfois, comme si l’auteur l’avait toujours décrite elle en personne. elle lisait chaque livre comme une description de sa propre vie et revivait ; pour la première fois elle se livrait grâce à la lecture ; apprenait à parler de soi ; chaque livre l’inspirait un peu plus. J’appris ainsi à la connaître petit à petit.
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colimassoncolimasson   06 novembre 2012
Dans la rubrique économique d’un journal, il y a quelque temps, on pouvait lire à la défense des principes économiques du monde occidental que la propriété était de la LIBERTÉ CONCRÉTISÉE. Pour mon grand-père, le premier à posséder au moins un bien immobilier parmi une série d’hommes privés de moyens donc de pouvoirs, peut-être était-ce encore juste : la conscience de posséder quelque chose était si libératrice qu’après des générations sans volonté une volonté pouvait se former soudain : devenir encore plus libre et, à juste titre certainement dans la situation qui était celle du grand-père, cela se réduisait à : augmenter son bien.
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Videos de Peter Handke (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Peter Handke
Wim Wenders : "Les cinéastes sont des gentils gangsters" .Les dernières réalisations de Wim Wenders nous ont, dans l?ensemble, déçus. Raison de plus pour se replonger dans la première période du cinéaste allemand - sa meilleure ? grâce la reprise en salles de six films impeccablement restaurés: L?angoisse du gardien de but au moment du pénalty (1971, d?après le roman de Peter Handke), Faux mouvement (1974, une adaptation contemporaine de Goethe), les superbes road-movies Alice dans les villes (1973) et Au fil du temps (1975), le polar L?ami américain (1976, où tous les personnages de gangsters sont interprétés par des cinéastes !) et L?Etat des choses (Lion d?or à Venise en 1981, que le réalisateur présentait comme « l?ultime série B »). On y retrouve sa cinéphilie partageuse (avec de multiples hommages à John Ford et Fritz Lang), sa fascination pour l?Amérique, son goût du voyage et sa passion pour le rock. Wim Wenders était cette année le parrain de Toute la mémoire du monde, le festival international du film restauré organisé à la Cinémathèque française du 7 au 11 mars 2018. C?est là que qu?il s?est livré, avec beaucoup d?humour et d?émotion, à notre ludique interview sur papiers colorés. Entretien Samuel Douhaire Réalisation Pierrick Allain Télérama.fr - Mars 2018
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>Littérature (Belles-lettres)>Littérature des langues germaniques. Allemand>Romans, contes, nouvelles (879)
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