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EAN : 9782246822837
160 pages
Grasset (29/01/2020)
3/5   7 notes
Résumé :
Comment dire l'indicible?

Guillaume Fox est un écrivain un peu fantasque, vaguement dilettante, il commence un roman pour dire un chagrin, une absence, une douleur extrême. Pour s'en délivrer. Il se perd en route, et reste sans voix devant une statue du Jardin des Plantes, «Le dénicheur d'oursons» : elle représente le combat à mort d'une ourse et du chasseur qui vient de tuer son petit.

Guillaume a égaré son manuscrit, la peau de l'ours... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique

JB Harang déjà primé par les prix Jean Giono et le Prix Inter, nous surprend avec brio, au fil des mots il devient foudroyant d'émotion.

Déjà en 1959 Boris Vian nous avait quitté et laissé un grand vide, malgré son dernier pied de nez "l'arrache cœur", où il inventait en pleine pandémie des cages de confinement pour enfants ! Quels sont les talents, capables d'emporter par la force d'écrire l'indicible, et de propulser le lecteur vers une angoisse inattendue.

Jean-Baptiste Harang est de cette trempe, de cet alliage. Son double, un écrivain fantasque Guillaume Fox a perdu son manuscrit, sa réécriture devient un calvaire.

Sans se focaliser sur des détails, les romans de Jean-Baptiste Harang portent en eux une densité cocasse et insolite, qui nous charme par ses délires anodins, comme un jardin d'enfants qui, page 46, devraient naître dans les choux, ou ici "a été tué le 19 Août 1944 le gardien de la paix Tirony et 30 autres Français. Les enfants du square n'auront à connaître ni le nom de la place et encore moins à s'étonner qu'il faille être gardien de la paix pour être tué."

Au beau milieu du square une statue spectaculaire, "Le dénicheur d'oursons", d'Emmanuel Frémiet, a bien d'autres soucis que de partager les jeux d'enfants. Chaque jour ou presque Guillaume alentissait le pas sur ce bronze intrigant plus grand que nature, bien que la nature ne rechigne pas à la grandeur.

Quel écrivain pouvait se mesurer au défi de faire revivre la bête ?

Et si ce roman était pour Jean-Baptiste Harang, un moyen de noyer le poisson, d'écarter pour quelques pages encore, le moment de dire l'indicible ?

Il l'a bien écrit sur son ordinateur, avoua t-il, et envoyé à son éditeur pensa t-il, mais ni sa mémoire vive ni sa mémoire externe ne se souvenaient de la première phrase du manuscrit.

Nous entrons dans un espace trouble où chaque évocation permet de s'échapper. "C'est si apaisant de se remettre en selle sur un solex des années 67, avec la solexine qui baille un peu sur son support".

La mélancolie de Guillaume exprime une telle confusion que le nom du gardien de but du Gazalec d'Ajaccio s'est évanoui dans sa fidèle mémoire. Seule la statue du géant contre nature du Jardin des plantes, lui permet de revenir à la surface, "une Ourse à la gueule ouverte les pattes arrières écartées. Les oreilles aplaties, le groin relevé . le bronze vert-de-gris noirci de sang" .

Le texte bascule, dévoilé par "L'infirmier informatique qui lui chatouillait l'oreille". Un premier jet du manuscrit remonta à la surface et Guillaume n'en revenait pas, "comme si au Loch Ness, la tête mouillée d'un monstre luisant apparaissait brusquement", et son nom s'écrivait avec ce titre : Que sera t-il advenu de lui.

"Puisque les choses ne sont plus, veillons à les dire comme elles furent, écrivait Guillaume Fox page 69".

Sur l'île Bardeau, que Guillaume et sa femme fréquentaient l'été, se produisit le drame impossible, soudain et violent , "mais que sera t-il advenu de lui"...

Ce soir là il y eut une fête, et un feu d'artifice. Leur fils unique Alexis et son ami Ubek sont restés à la maison de vacances. L'espérance d'une île, ce havre de paix, l'insouciance les portaient. Mais de retour au gîte ce havre implose en pleine lumière, dans la hardiesse de la marseillaise. Alexis a disparu, avec Ubek, sans laisser aucune trace, c'est la consternation.

"Tous ces tigres qui sans pitié

déchirent le sein de leur mère !"

Ce geste de déchirure n'a pas encore envahit leur nuit, "mais que sera t-il advenu de lui", comme un vers de Verlaine, l'interrogation s'accrochera à leurs tympans.

Comment détricoter leur découverte ? Non cela n'existe pas.

Ou dans de mauvaises fables, "des histoires pour endormir les enfants", écrira t-il à l'encre en italique page 118, de sa main, de sa vrai main d'écrits vains, Jean-baptiste Harang. de sa propre main.

Il faut achever, reprendre le travail, comme un lundi. Même le regard de Mary a changé de camp. Tout est suspendu à Guillaume ou à un autre double, "Monsieur Glèze". Vous êtes bien Gilles Glèzes ? Oui dit-il au gendarme page119. Tout s'efface mais comment retrouver cette île ravitaillée par les corbeaux.

De lui nous ne saurons que le manque, la vacuité et la vanité du chagrin.

"Alexis patinait merveilleusement" dira t-il page 126.

Où est la réalité où se fige la fiction ? Jean-Baptiste Harang n'avait rien prévu, rien su, ni rien découvert sur son fils.

Déconcertant. Ce texte cogne à la fin comme une claque, d'où chacun tentera de se relever.

Mais quel enchantement pour le lecteur, à nous de démêler les filets jetés sur la cale. Le ton comme le rythme impriment une alchimie poétique avec des incursions de Verlaine, Rimbaud et Aragon.

L' écriture de Jean-Baptiste Harang est d'une fluidité champenoise.

L'intrigue totalement folle ne peut que réjouir les passionnés de romans noirs et vous donne à croquer toutes les nuances du ciel.

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J'ai toujours eu du mal avec les oeuvres qui fondent leur intrigue sur la confusion entre la réalité et la fiction, que cette dernière soit issue des rêves, de la folie ou de tout procédé narratif jouant avec l'incertitude quant à la véracité de l'histoire qui nous est contée. C'est con, mais ce genre de récits forme comme une barrière entre ses personnages et mon implication. S'ils sont intradiégétiquement fictifs, ou tout simplement fous, comment m'intéresser à eux ? C'est d'autant plus rebutant pour moi lorsque la résolution de cette confusion éclate comme un retournement final, procédé facile qui ne me fait aucun effet.

Dénicheur d'oursons n'y échappe pas. On devine une certaine vision de l'écriture, activité schizophrène à bien des égards, du moins en ce qui concerne l'écriture de fictions. Et ensuite ? le roman ne cesse de briser ma suspension d'incrédulité, une première fois avec ce roman dans le roman, puis une deuxième avec ce que celui-ci nous révèle sur son auteur. L'écriture, donnant certes naissance à de nombreuses belles phrases, ne changera hélas rien au fait que je me fous complètement de l'histoire.

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le style ne me convient pas

l'histoire non plus

j'ai dû abandonner

désolée

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Une longue nouvelle plutôt qu'un roman, qui en contient une autre, là encore a fortiori plus nouvelle que roman, qui nous laissent rêveurs, un peu tristes, désemparés - mais heureux à mesure. Harang reste un styliste hors pair, triste et gai, et toujours subtil

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Citations et extraits (5) Ajouter une citation

C'est si apaisant de se remettre en selle

sur un solex des années 67,

avec la solexine qui baille un peu sur son support.

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La mère de Guillaume a mis sous clé

dans la maison de Miel,

un abcès de mémoire familiale, qu'on a voulu étouffer.

p 37

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Le roman que vous avez sous les yeux a pour sujet l’échec.

Il a donc mission d’échouer,

et pas seulement entre vos mains.

p 9

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Il refuse l’obstacle.

Ou plutôt l’obstacle se refuse à lui.

Imaginez un instant que ce livre soit réussi.

Quelle déconfiture !

J’ai fait de mon mieux pour éviter cet écueil.

Ces quelques lignes sont les excuses que je dois au lecteur.

P13

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Ici a été tué le 19 Août 1944 le gardien de la paix Tirony et 30 autres Français.

Les enfants du square n'auront à connaître ni le nom de la place et encore moins à s'étonner qu'il faille être gardien de la paix pour être tué

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