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EAN : 9782264080042
744 pages
10-18 (20/10/2022)
4.01/5   74 notes
Résumé :
Jeune comédienne géorgienne exilée à Berlin, Sesili, dite « Le Chat », a du mal à se remettre d’un drame familial et à trouver sa place dans un pays dont elle ne comprend pas tous les codes.

Oligarque russe sans foi ni loi, Alexander Orlov, que tout le monde appelle « le Général », voit soudain ressurgir un terrible secret vieux de vingt ans.

Rongé par le deuil et la culpabilité, « la Corneille », un mystérieux journaliste allemand, déc... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (43) Voir plus Ajouter une critique
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Romanesque à souhait cet excellent livre « le Chat, le Général et la Corneille » de la géorgienne Nino Haratischwili, titre qui peut faire penser de prime abord à une fable. Or, loin de la fable, nous avons là une épopée, un tourbillon mêlant savamment sentiments, aventures, événements historiques, un roman superbement construit, intelligemment documenté et divinement écrit. Nino Haratischwili a un sens de la dramaturgie certain. le coeur de son livre : la vengeance et la rédemption.

Je l'ai littéralement dégusté et je remercie Babelio et les éditions Belfond pour cet envoi. Sans cette masse critique peut-être serais-je passée à côté d'un livre hors norme en cette rentrée foisonnante 2021.

Qui se cachent derrière ces drôles de surnoms ?

Le Chat est le surnom de Sesili, jeune femme géorgienne ayant émigrée durant l'enfance, avec sa mère et sa soeur, en Allemagne pour fuir la guerre, à une époque où les frontières venaient tout juste de s'ouvrir, où l'Ouest était encore curieux de découvrir les pays situés derrière le rideau de fer. Son parcours fait beaucoup penser à celui de l'auteure. Même nationalité, même ville de naissance (Tbilissi), même destination, l'Allemagne, elle partage aussi la même passion pour le théâtre, passion maintes fois relatée dans le livre où j'ai cru entendre la voix de Nino Haratischwili. Chat est déracinée, son arrivée en Allemagne, petite fille, a été compliquée (est-ce le cas de Nino Haratischwili, je suis à deux doigts de le penser), écorchée, toujours coincée entre le passé et l'avenir, entre les époques, entre ce qui avait été et ce qui allait suivre, « comme si elle n'était jamais vraiment partie d'où elle venait ou qu'elle n'était jamais vraiment arrivée ». Elle a du mal à trouver sa place dans ce pays, dans la société, au sein même de sa famille, dont elle ne comprend pas tous les codes. Son malaise est amplifié par une rupture récente. C'est sans doute le personnage le plus complexe du livre, le plus alambiqué. Son surprenant surnom s'explique par son agilité à grimper aux murs lorsqu'elle était enfant, par sa capacité à rebondir sur ses pattes dans certaines situations critiques, par sa façon de se glisser dans des personnages variés, d'avoir plusieurs vies en tant que comédienne, qualités qui vont lui être nécessaires pour accomplir la mission qui lui est ici confiée.

Le Général est Alexander Orlov, richissime homme faisant partie de l'oligarchie russe avec ses zones d'ombres, son pouvoir, ses propres règles. Un pouvoir froid qui ne connait ni compassion, ni miséricorde. Sa précieuse et unique fille Ada (tirée de l'héroïne de Nabokov) s'est suicidée, elle qui ne supportait plus le monde depuis qu'il s'était révélé être un lieu où les hommes devenus monstres restent impunis. Ada demandait justement à son père de revenir sur son passé, sur les événements tragiques qui ont trait aux exactions commises par les militaires russes lors de la guerre de Tchétchénie 20 ans plus tôt. de revenir sur une certaine nuit, tragique, une nuit dans ce village perdu au milieu des montagnes, où le Général a été parmi ces militaires, cette nuit où sa vie a été réduite en cendres et où son surnom de Général a émergé de l'horreur, alors que pour lui l'humanité ne valait plus rien. Il est prêt à mettre tous les moyens et à exercer tout son pouvoir pour mener son objectif à terme, à savoir solder ses comptes pour que sa fille repose en paix. Pour cela il doit retrouver la trace de trois hommes, liés à lui par cet épisode macabre de sa vie.

Onno Brender, dit la Corneille, journaliste allemand, spécialisé dans l'Europe de l'Est, dans les déplacements de population, dans les guerres multiples de cette zone sensible, véritable poudrière. Il s'intéresse particulièrement aux tsars officieux dont les manigances échappent à toute loi et toute morale. Homme affaibli, sombre, rongé par la culpabilité et le deuil. Il doit son surnom de Corneille à un conte mythologique dans lequel la jalousie d'Apollon envers Ischys transforme ce dernier en oiseau noir croassant au lieu de chanter, symbole de l'annonce du malheur à venir.

Trois personnes dont nous suivons alternativement les pensées, les failles, l'histoire, à tour de rôle. A chaque retour d'un personnage via un chapitre dédié, comme un retour de manivelle, son histoire est narrée de manière plus approfondie, l'auteure reprend les éléments déjà expliquée dans les chapitres précédents mais va plus loin dans la présentation de sorte que nous acquérons petit à petit une connaissance approfondie et subtile de chacun d'eux. Trois personnes très différentes, qui n'ont a priori rien à voir les unes par rapport aux autres, et qui vont se retrouver malgré tout liées du fait d'un point commun partagé avec une histoire tragique vieille de vingt ans : le viol et l'assassinat d'une jeune Tchétchène Nura au milieu des années 90, il y a donc une vingtaine d'années.

Les chapitres s'alternent ainsi, s'entremêlent, se superposent et constituent peu à peu les faces colorées du Rubik's cube complexe qu'est cette histoire. Certaines faces, rouge sang, ont trait à la guerre de Tchétchénie au milieu des années 90, à la vie dans ce Caucase Nord, à l'irruption de la guerre, aux exactions commises par les russes, aux tortures endurées par les civils. D'autres faces, rouge sombre, racontent l'histoire de la Russie, notamment lors de la Pérestroïka de Gorbatchev. le roman n'est pas manichéen et nous arrivons à comprendre, par ce point de vue chez l'ennemi, les conséquences dramatiques pour le peuple russe de l'escalade guerrière de ses propres hommes politiques. D'autres faces, davantage pastels, mettent en lumière avec beaucoup de douceur et de beauté la mélancolie des déracinés, « toujours un peu décalés, un peu en avance ou un peu en retard, ils n'arrivaient jamais à se fondre dans la masse pour ne plus se faire remarquer, jamais ». Certaines facettes dans les tons de vert nous présentent les superbes paysages montagneux de la Tchétchénie.

Quelques chapitres enfin, aussi lumineux que tragiques, faces blanches et noires de notre casse-tête, les faces clés autour desquelles tournoient toutes les autres, racontent l'histoire de cette jeune Tchétchène, Nura, libre, fière et belle, et de sa rencontre avec Malisch, soldat russe, enrôlé dans l'armée non par conviction mais par désespoir amoureux. Malish va être témoin des violences commises par ses camarades d'armée sur Nura. Violée puis tuée, quelle est la part de responsabilité de Malish dans ce drame ? Il en sortira détruit et sa destinée en sera complètement transformée.

Les multiples chapitre alternés vont permettre peu à peu de comprendre et de résoudre ce rubik's cube. Tout va finir par s'imbriquer, par s'aligner. du grand art.

Nino Haratischwili nous fait part à travers cet écrit du thème complexe de la culpabilité, de la responsabilité, de la vengeance et du pardon. Elle exprime également ses prises de position féministes à travers le portrait de Nura, femme indépendante, forte, en rupture avec le milieu dans lequel elle évolue, qui n'aspire qu'à vivre pour elle-même et pour ses idéaux. Elle exprime son dégout pour la guerre et pour le socialisme; sa méfiance envers les hommes. Elle raconte avec émotion le déracinement et ses conséquences. Mais avant tout, sa plume permet de mettre en lumière tout un pan de l'histoire de l'Europe contemporaine afin de ne pas oublier certaines tragédies. le tout capté au moyen d'une belle écriture ciselée, fluide et riche qui enveloppe évènements et personnages avec précision et poésie. La vision de l'auteure sur notre monde occidental pointe par moment, avec ironie et amertume :

« Il regrettait qu'elle n'ait pas gardé en elle le socialisme de son enfance. Elle l'écoutait en se disant que c'était vraiment dommage qu'il n'ait pas vécu quelques mois dans les ruines du soviétisme réel, privé de chauffage et d'électricité, sans ses festivals de musique, ses chichas et ses burgers adorés. Elle l'imaginait en train de mâcher des chewing-gums à la résine au lieu de Toffifee pour doper sa glycémie après avoir fumé. En train de franchir trois barrages sous surveillance militaire, des colonnes de chars et une armée de kalachnikovs pour aller voir ses amis. »

Est-il possible d'être l'ennemi, l'envahisseur, tout en parvenant à ne pas se salir les mains, tout en gardant sa part d'humanité ? Comment peut-on réparer l'impardonnable ? « Est-ce que faire des choses inhumaines n'est pas ce qu'il y a de plus humain ? ». Quelle est la part de responsabilité de tout un chacun dans les exactions commises d'un pays contre un autre pays ? La vengeance permet-elle d'apaiser sa conscience ? Ce livre nous offre de magnifiques réponses, sans manichéisme, tout en nuances, nous présente quelques clés avec lesquelles méditer en cette rentrée littéraire !

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Nino Haratischwili est géorgienne. Elle est venue en Allemagne en 2003 pour étudier la mise en scène et la dramaturgie. Dans le Chat, le Général et la Corneille, elle évoque, entre autres, la guerre en Tchétchénie et ses conséquences mais aussi la situation de la Géorgie et des Géorgiens, avant et après la fin de l'URSS, l'émigration de certains en Allemagne.

Sa passion pour le théâtre apparaît dans l'intrigue de ce roman foisonnant que j'ai trouvé à la fois instructif, passionnant et bien écrit, bien traduit.

Dès le début, j'ai été happée par l'écriture, par le personnage de Nura, jeune fille tchétchène dans un village de montagne, qui rêve de liberté. Nous sommes dans les année quatre-vingt-dix et la guerre entre la Tchétchénie, qui veut être indépendante, et la Russie, qui ne l'accepte pas, va bientôt débuter.

Malich, un jeune homme russe passionné de littérature, va devoir s'engager pour faire plaisir à sa mère et marcher sur les traces de son père, un héros décédé de la guerre d'Afghanistan.

Que va-t-il arriver à Malich et Nura ? Que vont-ils devenir ? Je devine qu'ils vont être les protagonistes d'une tragédie moderne, de notre époque. Comme au théâtre, entrent en scène d'autres personnages.

Chat est le surnom de Sesili, une jeune femme d'origine géorgienne qui vit désormais à Berlin avec sa mère, sa grand-mère et sa soeur. Elle joue Ismène au théâtre et est hantée par un drame lié à la guerre et au traumatisme qu'a subi son père. Son angoisse existentielle, sa vie privée compliquée l'empêchent d'être vraiment heureuse. Alors qu'elle se fait beaucoup de soucis pour sa famille, c'est peut-être elle qui a le plus de mal à s'intégrer et être bien dans sa peau.

Jusqu'au jour où le Général, surnom d'Alexander Orlov, un oligarque russe, vient lui proposer de tourner dans une vidéo, de jouer le rôle de Nura dont elle est le sosie. Intriguée, elle finit par accepter.

Alexander Orlov, père d'une jeune fille de dix-neuf ans, Ada, cache un lourd secret, qu'il partage avec les trois hommes auxquels les vidéos sont destinées. Ada est son trésor. Il a choisi son prénom en hommage au livre de Nabokov Ada ou l'ardeur, à l'époque où il n'était pas encore un oligarque, un mafieux mais un passionné de littérature.

Comment sa vie a-t-elle basculé dans la corruption, le crime, la menace, l'intimidation pour accroître sa fortune et la conserver ?

De 1994 à 1996, la première guerre de Tchétchénie a fait des ravages et ruiné de nombreuses vies. Onno Bender, un journaliste d'investigation, est la Corneille, le porteur de mauvaises nouvelles, celui qui veut enquêter et révéler la vérité.

Mais comment réagir lorsqu'on découvre qu'un père aimé n'est pas celui qu'il prétend être ?

Ce roman est une tragédie qui se déroule sous les yeux du lecteur, l'écriture est belle, le souffle romanesque puissant. J'ai aimé l'intensité émotionnelle, dramatique, tragique de certaines scènes. Les personnages ne sont pas manichéens, l'analyse psychologique est bien faite.

Avec finesse, sous la plume de Nino Haratischwili, se dessinent peu à peu les actes et les motivations de chacun, pourquoi ils en sont arrivés là, les conséquences de la guerre, comment elle pousse des jeunes hommes, dans des situations de stress intense, à devoir choisir entre le meurtre ou le suicide, qu'est-ce qui détermine ces choix, au-delà des notions classiques de bien et de mal, qui peuvent d'ailleurs cohabiter au sein d'une même personne.

Comme dans les grands romans russes que j'ai beaucoup aimés, il est question de crime et de châtiment mais ces notions sont réactualisées, vues à travers les conflits récents que l'Europe de l'Est et sa population ont subis.

Dans le final, la tension dramatique, qui va crescendo, m'a semblé plus appropriée pour une série en plusieurs saisons et m'a laissé un goût d'inachevé.

Malgré cette nuance concernant la fin, j'ai trouvé le Chat, le Général et la Corneille passionnant. L'autrice a beaucoup de talent et c'est un coup de coeur pour moi qui aime les romans qui mêlent Histoire récente et vie contemporaine. C'est grâce aux chroniques de Chrystèle et Sandrine que je l'ai découvert et je les en remercie.😊


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En 1994, alors que les troupes russes stationnent dans un coin reculé des montagnes du Caucase afin d'y pourchasser les séparatistes tchétchènes, une jeune villageoise prénommée Nura y est arbitrairement arrêtée, violentée et tuée. Vingt ans plus tard, malgré tous les efforts pour étouffer l'affaire, des rumeurs alimentées par un journaliste, la Corneille, continuent à circuler à l'encontre du Général, redoutable et richissime oligarque aux mains sales, que rien ne semble pouvoir atteindre. Rien, sauf, peut-être, tout ce qui touche à sa fille chérie Ada. Elle seule pourrait le décider à affronter le passé, surtout lorsqu'il resurgit par hasard sous les traits du Chat, une jeune comédienne qui ressemble étrangement à Nura.

Alternant entre deux périodes, le récit prend son temps pour se mettre en place, dédiant chaque chapitre à un personnage avec lequel nous commençons par faire amplement connaissance. Tous ces protagonistes sont fouillés avec soin, jusqu'à prendre l'épaisseur de la réalité. A travers eux, qui, chacun à leur façon, s'efforcent tant bien que mal de faire face au fatras qu'est leur vie, c'est bientôt un impressionnant tableau du cloaque, laissé, comme après le retrait de la marée, par la dislocation de l'Union soviétique, que le roman restitue avec force et précision. Sur ce champ de ruines, nul frein aux forces libérées. Jamais la loi du plus fort ne l'aura à ce point emporté. Et si les uns perdent tout, leurs maigres possessions comme bientôt aussi leurs illusions d'un monde meilleur, d'autres en profitent pour se tailler d'éblouissantes fortunes, usant sans foi ni loi de méthodes à faire pâlir d'envie malfrats et mafieux les plus aguerris.

Imprégné jusqu'aux tripes de ce climat délétère où l'incertitude, la violence et la peur n'épargnent personne, le lecteur comprend rapidement, bien avant que ne se précisent les liens entre les personnages et leur véritable rôle dans cette tragédie russe, que son épilogue sera forcément explosif. Que s'est-il réellement passé cette nuit de 1994 ? Quelle a été l'implication du Général dans l'assassinat de Nura ? Est-ce dans un esprit de vengeance, ou pour soulager sa conscience, que, vingt ans après, il entreprend de renouer avec les acteurs du drame ? Quoi qu'il en soit, pour le lecteur comme pour les autres personnages de cette histoire si crédible, la seule ombre de ces hommes aux allures de fauves en liberté suffit à faire froid dans le dos.

Fouillé avec soin sur presque six cents pages, ce roman excelle à entretenir curiosité et malaise dans une évocation particulièrement réussie des répercussions en chaîne de l'effondrement du bloc soviétique sur ses populations : un sujet vécu de l'intérieur par l'auteur, née en Géorgie et aujourd'hui installée en Allemagne. Coup de coeur.

Merci à Babelio et aux Editions Belfond de m'avoir fait offert cette lecture.


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Nura vit avec sa famille dans la vallée tchétchène de l'Argoun. Nura aime ses montagnes mais rêve de liberté, aussi en cette année 1994 pour financer son voyage vers d'autres cieux, elle vend ses poulets à deux jeunes militaires russes. Des soldats et leur colonel qui après l'enfer des combats de Grozny ont été transférés dans cette zone hors combats. Mais si le calme du lieu apaise les soldats Malich et Aliocha, il n'a aucune incidence sur la paranoïa de leur colonel alcoolique Chouïev et de l'officier Petruchov, qui les conduit à perpétrer un crime aussi gratuit que terrible sur Nura. Un crime resté impuni que Malich n'aura de cesse d'expier, même quand il sera devenu un oligarque riche et puissant.

Pour la géorgienne auteure et metteur en scène de théâtre Nino Haratischwili un drame antique qu'on pourrait penser sorti de son imaginaire. Or il n'en est rien puisque l'histoire du colonel est bien réelle — l'auteure a raconté sur RFI l'avoir lue dans un livre d'Anna Politkovskaïa, la journaliste russe, chroniqueuse pour le journal Novaya Gazeta, qui a beaucoup écrit sur le conflit armé en Tchétchénie, assassinée à Moscou, le 7 octobre 2006 — c'est celle de l'ancien colonel Yuri Boudanov, un participant à l'opération militaire en Tchétchénie, condamné en 2003 en Russie à 10 ans de prison pour l'enlèvement et le meurtre d'Elza Koungaeva, une Tchétchène de 18 ans.

Inspiré de ce fait réel, un roman marquant pas toujours aisé à lire, où l'on se perd parfois parmi les époques, les lieux et les personnages, qui mérite qu'on s'y attelle. D'abord pour ce qu'il dit de ce qu'il advint dans cette partie du monde après la fin de l'URSS, et pour évidemment ses résonances avec la guerre actuelle initiée par le chef du Kremlin en Ukraine. Mais pas seulement. Nino Haratischwili montre à quel point pour les hommes la culpabilité ne s'efface pas avec le temps, rendant la rédemption presqu'impossible. Elle montre aussi, et cela me paraît essentiel, comment les conflits armés les façonnent en bien comme en mal, et qu'on aurait tort de penser que d'un côté il y a les bons et de l'autre les méchants...

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C'est entre deux périodes, 1996 et 2016, et dans deux décors, la Russie et la Tchétchénie , que se déroule l'intrigue de ce roman fleuve.

L'autrice nous convie d'abord à la présentation des personnages, nombreux, et les portraits sont volontiers détaillés, exhaustifs et même parfois répétitifs. C'est le premier écueil. Il faut donc parcourir un bon tiers du récit pour commencer à comprendre ce qui va en être la trame principale.

Une fois dans le sujet lancé et exploré, on est bien sûr happé par cette quête d'un des personnages, décidé à exorciser son passé et à expier ses fautes passées, que l'on découvrira peu à peu.

L'intérêt principal du roman est de mettre en lumière une partie de l'histoire de cette petite république enclavée aux confins de la Russie et qui ne fait parler d'elle en Europe de l'Ouest que lorsque que des faits militaires le mettent à feu et à sang.

Par contre, la lecture est laborieuse, car, comme évoqué plus haut l'histoire met beaucoup de temps pour démarrer, les portraits sont exposés avec de nombreux détails souvent répétitifs qui alourdissent l'ensemble.

Quelques erreurs aussi sont à noter : difficile de sectionner une aorte en portant un coup à la gorge !

Malgré l'intérêt de l'intrigue, passionnante, et le suspens généré par ce qui est révélé à petites touches, on a l'impression globale d'un roman bavard. Quelques coupes et un allègement du texte auraient vraiment pu faire de ce roman un coup de coeur.


Lien : https://kittylamouette.blogs..
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critiques presse (3)
RadioFranceInternationale
07 février 2022
Ce thriller psychologique montre l'impact de la guerre en Tchétchénie sur le sort de plusieurs générations, non seulement en Russie. Les caractères forts, la narration riche en retournements et rebondissements sont relayés avec succès par la traduction de l’allemand signée par Rose Labourie.
Lire la critique sur le site : RadioFranceInternationale
LeSoir
09 janvier 2022
Avec «Le Chat, le Général et la Corneille», l'autrice géorgienne offre un grand roman puissant et dense, traversé de guerre, de violence et de recherche de rédemption.
Lire la critique sur le site : LeSoir
LaCroix
22 novembre 2021
Étoile montante de la littérature allemande, Nino Haratischwili livre une fresque ambitieuse et palpitante sur fond d’effondrement soviétique et de guerres en Tchétchénie.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations et extraits (61) Voir plus Ajouter une citation

- Ce bien que tu as sans arrêt à la bouche, Ada, c’est une chose qu’il faut d’abord pouvoir se permettre. Crois-tu que tu serais aussi altruiste et généreuse si tu n’avais rien à manger ? Si tu devais te battre pour survivre? Je ne crois pas que les gens de ce soir soient pires ou meilleurs que ceux auxquels sont destinés les dons. Pas même moins bons que ces enfants dont tu m’as fait financer l’école. Non, je ne vois pas les choses comme ça. Chacun est à la fois bon et mauvais, à la fois sincère et hypocrite, ce sont simplement des concepts qui ont été inventés pour mieux brider et contrôler les hommes, que ce soit dans le domaine social, religieux ou politique. Ils permettent de manipuler les autres, ils sont malléables en fonction du contexte et de l’époque.

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Un véhicule de police passa devant nous, et un homme en uniforme de style milice soviétique tenta de jeter un œil dans notre voiture. Pour une raison obscure, je retins mon souffle, ce dont j’eus honte une seconde plus tard. Était-ce rapide à ce point ? Était-ce si facile de se laisser intimider ? De renoncer à toutes ses convictions sous prétexte que l’on se trouvait dans un lieu où elles n’avaient plus cours, voire étaient réprouvées ou proscrites ? Était-ce le mécanisme naturel dans un Etat qui réécrivait sa propre histoire, où l’on faisait passer des mensonges pour des vérités et la vérité pour un mensonge ?

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Un véhicule de police passa devant nous, et un homme en uniforme de style milice soviétique tenta de jeter un œil dans notre voiture. Pour une raison obscure, je retins mon souffle, ce dont j’eus honte une seconde plus tard. Était-ce rapide à ce point ? Était-ce si facile de se laisser intimider ? De renoncer à toutes ses convictions sous prétexte que l’on se trouvait dans un lieu où elles n’avaient plus cours, voire étaient réprouvées ou proscrites ? Était-ce le mécanisme naturel dans un État qui réécrivait sa propre histoire, où l’on faisait passer des mensonges pour la vérité et la vérité pour un mensonge ? 

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Il regrettait qu'elle n'ait pas gardé en elle le socialisme de son enfance. Elle l'écoutait en se disant que c'était vraiment dommage qu'il n'ait pas vécu quelques mois dans les ruines du soviétisme réel, privé de chauffage et d'électricité, sans ses festivals de musique, ses chichas et ses burgers adorés. Elle l'imaginait en train de mâcher des chewing-gums à la résine au lieu de Toffifee pour doper sa glycémie après avoir fumé. En train de franchir trois barrages sous surveillance militaire, des colonnes de chars et une armé de kalachnikovs pour aller voir ses amis.

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Aujourd’hui, il se trouvait d’une naïveté presque enfantine de s’être ainsi cramponné à l’illusion de la justice. La vie, ou ce qu’il en restait le matin où il était sorti de la grange, à l’aube naissante, dans l’air cristallin des montagnes, sous les rayons du soleil éblouissant, était devenue bien plus tolérable le jour où il avait décidé que la morale, en tant que phénomène civilisationnel, était caduque.

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