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ISBN : 2070728471
Éditeur : Gallimard (02/02/1993)

Note moyenne : 4.28/5 (sur 32 notes)
Résumé :
« Toujours est-il que ce livre (Le Seuil du jardin)... s'est imposé tout aussitôt à mon attention et m'a tenu sous le charme jusqu'à une heure avancée de la nuit. Ce charme est très loin d'être dissipé et je crois être dès maintenant en mesure de dire qu'il ne se dissipera jamais. Je n'ai pas cessé depuis lors de répéter à qui voulait m'entendre que rien d'aussi nécessaire, d'aussi convaincant, d'aussi exaltant ni d'aussi parfait ne m'était parvenu depuis fort l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Zebra
  20 septembre 2012
Dans son atelier, Masson tente de peindre un tableau intitulé « le seuil du jardin » représentant une porte fermée donnant sur un jardin. Au bout de ce jardin, une autre porte. Au fur et à mesure qu'il progresse dans l'élaboration de son tableau, Masson sent qu'il se rapproche de quelque chose qui est enfoui en lui, vivace, et qui lui promet la résurrection d'une joie déjà ressentie dans son enfance. A ses yeux, la peinture ne vaut que si elle ouvre sur un autre univers, celui du rêve et du souvenir. le rêve et le passé sont les vraies sources du bonheur humain, ce bonheur entrevu par nous tous, ce bonheur qui est en nous. Regarder un tableau, c'est se trouver au seuil d'un univers merveilleux mais insaisissable, propice à la réalisation de ses désirs ; franchir ce seuil, c'est évoluer, libre, dans un jardin d'Eden individuel.
« le seuil du jardin » est un roman qui nous dépeint, dans le Paris du début du 20ème siècle, la Pension Temporel avec ces hôtes singuliers, un maniaque des soldats de plomb, une femme énigmatique déguisée le jour en institutrice, le peintre Masson, acharné à peindre la réalité invisible (sa toile s'intitule « le Seuil du jardin ») et amateur de « clandés », puis Swaine, le vieux prof de philosophie « ennemi personnel du désespoir humain », tout absorbé dans la construction d'une mystérieuse machine : Masson découvrira la machine de Swaine, tentera - à la mort de Swaine - de l'acheter puis échouera dans son entreprise. « le seuil du jardin » est aussi un polar qui nous raconte le combat entre Géo - voyou à la force herculéenne -, Jo – le chef de Géo -, Masson, Swaine, Nord'Af - habile à manier le rasoir-, et d'autres, dans le seul but de s'emparer et de détruire la machine. « le seuil du jardin » est également un récit fantastique qui nous fera toucher du doigt une machine unique, mêlant rêves, mémoire, désirs insatisfaits et souvenirs d'enfance, une « machine à ressusciter le passé ».
« le seuil du jardin » est surtout une réflexion sur le totalitarisme : bien au-delà d'une simple interrogation sur la condition d'être humain, en tendre visionnaire et poète qu'il est, Hardellet, - opposant ainsi capitalistes et rêveurs -, montre que la réalité n'est qu'une mauvaise copie dont il nous faut découvrir l'original. Hardellet milite pour l'accès de tous les « compagnons » à la machine à rêver, accordant ainsi une place de choix à tous les rêveurs, mais menaçant du même coup l'équilibre d'une société résolument matérialiste, tournée vers l'avenir, fermée et oppressive. A la fin, le réel gagne contre le rêve : Swaine meurt et sa machine est détruite par les membres d'une organisation para-étatique. Hardellet, digne représentant de la cause libertaire ? C'est possible à en juger par les éléments suivants. Masson, le double romancé d'Hardellet, accorde de l'importance aux rêves de l'espace et du voyage : homme sans fixité, éternel locataire, Masson va de lieu en lieu, il côtoie ainsi des « compagnons » de travail, de jeu et d'existence, ceux et celles que la vie rassemble et qui se choisissent comme tels, « rompant ensemble le pain », au sein de la « tribu » Temporel. Chez ce « compagnon », il y a des contraintes coutumières : il n'y a certes pas d'initiation rituelle chez Masson (encore qu'il découvre la machine pas à pas, « éveillé » par Swaine lui-même), mais des obligations de détail réglementent son comportement, avec interdiction de fréquenter les auberges et cafés des autres « sociétés » que la sienne, avec la discipline à observer chez la Mère (Madame Temporel), avec un code des relations entre « compagnons ». Dans la vie de ce libertaire, il n'y a pas de place pour un chef : le rapport de Masson à Swaine est d'abord inscrit sous le signe de la méfiance, avant de se situer sous le signe du respect et de l'admiration. le « compagnon » itinérant revendique toujours le choix de son employeur : Masson ne fait pas autrement puisque qu'il se rend aux États-Unis pour exercer ses talents dès qu'il ne se satisfait plus de sa condition. le libertaire ne verbalise pas aisément son destin révolutionnaire : Masson n'est pas très bavard et il communique a minima sur son projet. le libertaire oscille entre deux propensions, l'individualisme et le collectivisme : le trajet de Masson, d'abord peintre solitaire, doux et réservé, puis combattant dans une équipe décidée, en rixe contre les voyous mais aussi contre les opposants à la liberté de rêver, n'est donc pas linéaire. Pour cet « agitateur-agité », doté d'une forte capacité à s'impliquer, c'est « le terrain » qui fournit l'occasion de la conciliation définitive. Chez Masson, le rêve d'une orgie de passions, d'un retour à l'enfance, donc d'une certaine forme de régression, est en conformité avec le ressourcement mythique propre à l'entrée en anarchie. Enfin, sans être un chef, Swaine possède un ascendant évident, de type charismatique, sur Masson, ascendant qu'on retrouve dans la reconnaissance enthousiaste du « compagnon » pour celui qui doit être l'objet d'une haute estime, d'une admiration, d'un attachement personnel, d'une amitié, d'une camaraderie, voire d'une affection. La fin du livre est également dans la lignée du courant libertaire : radicalité de l'individu sujet aux désastres, les masses (populaires) n'ayant par essence ni la force ni le génie de la révolution, et indignation quand le combat ne va pas jusqu'à son terme … or, c'est bien l'impossible que tente Masson lors de la vente aux enchères de la machine à ressusciter le passé. Hardellet dénonce (page 125) le non sens d'une existence promise au vide, le risque (page 139) de devoir se battre contre une réalité rugueuse ; il ambitionne (page 151) de rendre le rêve palpable comme un objet. le tableau (page 155) dénonce une intention cachée, hermétique. Empreint d'une évidente fraternité libertaire, oscillant entre le rêve et l'utopie, le livre montre la possibilité d'un autre monde, d'une victoire sur la servitude, d'une complicité dans la lutte contre tous les obstacles à la liberté. Hardellet dépeint un rituel de passage, permettant à l'individu - grâce à l'utopie et à l'amour du prochain -, de contempler la poésie d'un monde ouvert, transformé en un merveilleux champ d'aventures.
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PetiteBalabolka
  03 mars 2015
Il fait partie de ces auteurs oubliés (les "ensablés" de la littérature comme les surnomme Hervé Bel dans le blog qu'il leur consacre) et sans le conseil d'un libraire, le désensablage est quasi impossible. Mais pour cela, il faut avoir de bons libraires : ouf, c'est mon cas !
La Collection L'Imaginaire chez Gallimard oeuvre aussi beaucoup en matière de désensablage. D'aucuns diront que c'est une grande maison et que c'est son rôle. Mais je persiste à trouver la démarche courageuse à l'heure du consumérisme effréné (non, je n'ai pas d'actions chez eux).
Parler de l'auteur et de son éditeur m'évite de parler du livre lui-même qui n'est vraiment pas des plus simples à présenter. Il est question d'une pension de famille tenue par maman Temporel avec présentation de ses occupants. Parmi eux, Stève Masson (Hardellet l'utilisera par la suite comme pseudonyme pour un autre livre), peintre dont le talent commence enfin à être reconnu mais dont le caractère est assombri par une quête difficile : "Je cherche toujours ce qu'il y a derrière mes tableaux ou derrière l'intention [...] L'autre côté des choses, le but secret." Il y parvient avec la toile nommée "Le seuil du jardin" (au moins, j'aurai expliqué le titre), expression d'un rêve récurrent le plongeant à chaque fois dans une béatitude addictive.
Un autre personnage fait alors son entrée dans l'histoire et la pension, Monsieur Swaine, professeur de philosophie en retraite. Terriblement secret (il fait poser des serrures sur toutes ses portes), celui-ci suscite aussitôt la curiosité méfiante des autres pensionnaires sauf celle de Masson, trop tourné vers lui-même et son art. La nuit, une étrange machine fait entendre son ronronnement. On apprend, après quelques péripéties, qu'il s'agit d'une sorte de lanterne magique permettant de fabriquer les rêves et de renouer avec les souvenirs. Masson et Swaine se rejoignent bien évidemment sur cet intérêt commun.
Cependant une telle machine apparaît pour certains comme une menace pour la société...
Une intrigue policière, de très beaux passages oniriques, une réflexion d'ordre philosophique, oui, ce livre mérite de sortir de l'oubli, comme son auteur.

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oiseaulire
  19 avril 2019
HELP !
Voici une oeuvre très appréciée des surréalistes et qu'il faudrait rééditer d'urgence car elle est épuisée. Quel dommage de la perdre ! (Non parce qu'André Breton l'aimait, mais pour ses qualités intrinsèques.)
Elle aborde d'une façon très hypnotique, le thème de la mémoire et du rêve. Un professeur a trouvé la machine à revivre les bons souvenirs (mais oui !). Un artiste peintre en fera les frais. Pourquoi ?
Vous le saurez si vous lisez ce petit livre poétique qui agit comme un charme. On le trouve encore d'occasion (un seul exemplaire sur le réseau des bibliothèques de Toulouse.)
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MaryOn
  20 juillet 2016
Oeuvre découverte en Licence de lettres qui m'a totalement bouleversée. Un auteur à découvrir absolument qui ne mérite pas le peu de notoriété qu'on lui donne.
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critiques presse (1)
Actualitte   07 novembre 2016
Une espèce d'ovni littéraire, mêlant le récit onirique de Aurélia de Nerval, la science fiction (Maurice Renard) et la réflexion sur le totalitarisme.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
lavinia02lavinia02   13 décembre 2012
Il travaillait alors à une toile (elle figure aujourd'hui dans la collection Beuckler, de New York) intitulée Le seuil du jardin. Son sujet lui avait été fourni par un rêve dont l'insistance à se reproduire lui semblait un avertissement. D'une nuit à l'autre, le décor variait légèrement, mais la même impression de joie incommunicable s'en dégageait. Masson approchait d'un jardin à l'abandon, désert, touché par la lumière d'été. Sa porte vermoulue était ouverte, mais il n'éprouvait pas l'envie d'y pénétrer ; il lui suffisait de savoir que ce jardin existait et de le contempler jusqu'à ses limites perdues dans les broussailles, entre des bassins et des kiosques en ruine. Un sentiment bizarre retenait Masson sur le seuil : le soupçon qu'il valait mieux remettre à plus tard l'exploration de l'enclos, le pressentiment d'une obscure défense d'entrer. Il longeait le mur, regardait par les brèches, dans l'attente d'un évènement qui ne survenait pas, mais une attente sans impatience et sûre d'être satisfaite. Puis, à un moment donné, il se trouvait à l'intérieur du jardin, bien qu'il n'ait jamais eu conscience du passage. Une paix surnaturelle l'entourait, un bonheur sans équivalent dans la veille. Ce sommet dans la joie annonçait la fin du rêve ; de toutes ses forces Masson s'accrochait à l'image du jardin désert, mais celle-ci se défaisait inexorablement, par lambeaux, devant lui en dérobant son énigme ensoleillée.
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ZebraZebra   20 septembre 2012
page 103

[...] Comprenez-moi, Masson, je voulais l'âge d'or pour tout le monde, le paradis sur terre, à la portée du premier venu. On appelle cela une utopie. Pendant des années j'ai piétiné, soutenu par ma seule conviction. Mes élèves se moquaient un peu de moi, quelques-uns du moins ; dans l'ensemble, je crois qu'ils aimaient bien le père Swaine. Le soir, une fois les devoirs corrigés, je me figurais la merveilleuse "cinémathèque" onirique qu'on aurait pu composer avec une sélection des plus beaux rêves, depuis le début de l'humanité. Je plaisante, bien sûr, mais j'avais des projets plus sérieux : je pensais aux névrosés, aux demi-fous, à ceux que des échecs répétés ont conduit au désespoir. Le désespoir est mon ennemi personnel, Masson. Je voulais fonder une homéopathie spirituelle, traiter l'illusion par une illusion bienfaisante. Je ne suis pas tout à fait sincère, d'ailleurs, en employant ce mot : je n'ai jamais tenu le rêve pour un simple leurre. [...]
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nadejdanadejda   24 juin 2011
Saisi tout entier par le besoin de peindre, il s'enfermait entre des cloisons que ne perçait plus l'idée d'une mort inévitable. Ses brosses en main, il ne vivait plus que pour l'oeuvre à accomplir, périssable certes, mais nécessaire dans son jaillissement. Puis, l'oeuvre accomplie, ou le plaisir dissipé, il redevenait l'homme désarmé devant le non-sens de son existence promise au vide.
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nadejdanadejda   24 juin 2011
Il attendait tranquillement dans le vestibule, entre les deux valises posées à ses pieds. Un mince pardessus de loden, râpé, l'enveloppait. Il était assez grand, mais frêle, âgé d'une soixantaine d'années. Dans sa contenance, presque humble, se devinait la patience de ceux que la vie n'a pas beaucoup gâtés et qui en ont pris leur parti. Néanmoins, le regard, d'une acuité extraordinaire, démentait partiellement cette résignation : il "mangeait" tout le visage aux traits tirés, marqués de lassitude.
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lavinia02lavinia02   13 décembre 2012
En marchant, le peintre réfléchissait aux analogies qu'offraient ces décors avec ses rêves : ruines, sous-bois crépusculaires, plages sans limites, stades déserts, jardins à l'abandon, tous baignant dans une commune torpeur. Ces lieux ne s'ouvraient que sur d'autres lieux semblables, laissant toujours en suspens l'inquiétude ou l'émerveillement du rêveur - et c'était ce prolongement même qu'il fallait suggérer, du moins Masson le croyait. Ainsi, le père Cézanne y était-il parvenu : ses baigneuses, par exemple, évoluaient dans un espace privilégié, au coeur même d'un loisir à l'écart du temps...
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