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ISBN : 2081221330
Éditeur : Flammarion (19/10/2011)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 6 notes)
Résumé :

"Entre deux siècles comme au confluent de deux fleuves" : ces mots de Chateaubriand semblent avoir été écrits pour elle. Née sous le règne de Louis XV, Louise Elisabeth Vigée Le Brun est témoin des prémices de la Révolution, connaît l'Empire et la Restauration, avant de s'éteindre sous la monarchie de Juillet, dans sa quatre-vingt-septième année. Une longévité exceptionnelle q... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
AgatheDumaurier
  27 avril 2018
J'ai mis longtemps à lire ce beau livre, ce qui ne m'est pas habituel.
Geneviève Haroche-Bouzinac réussit à captiver sa lectrice avec un texte très détaillé, très précis historiquement, et où défilent des dizaines de personnages et des dizaines de villes. Car la vie de Louise Elisabeth Vigée le Brun est un voyage extraordinaire à travers son siècle et à travers l'Europe.
Louise Elisabeth est une peintre de génie, et elle est parvenue à exprimer son talent, fait rare pour une femme. Elle doit cette chance à un père Louis Vigée, lui-même peintre, homme charmant, très talentueux et suffisamment ouvert d'esprit pour accepter et encourager les dons de sa fille. Il l'a engendrée deux fois, donc. En tant qu'enfant et en tant que peintre. Ensuite, son mari, Jean Baptiste Pierre le Brun, marchand d'art, bel homme brillant mais volage, posséda au moins l'immense qualité de la laisser libre d'exercer son art, sa profession ...Considérant aussi l'argent que pouvaient lui rapporter les chefs d'oeuvre de son épouse...
Louise Elisabeth, on le sait, fut la portraitiste de Marie-Antoinette, la seule, d'après ses contemporains, à réussir à la "saisir" par le pinceau. Quand la révolution éclate, dès 1789, l'artiste, hypersensible, se rend compte des dangers qui la menacent, et s'exile. Nous la suivons, avec sa fille Julie, en Italie, à Vienne, à Berlin, Saint-Petersbourg, Moscou. Puis retour à Paris, et Londres, la Suisse, la France. Elle sème dans toutes les cours d'Europe de magnifiques portraits.
Tout m'a intéressée dans cette histoire : la personnalité de Louise Elisabeth, que l'auteure n'interprète pas, mais nous laisse imaginer à partir de faits, de lettres, de ses mémoires parfois idéalisantes, de témoignages. Apparaît une femme gaie, très belle, spirituelle, très XVIIIème, aimant la conversation, les salons, l'esprit, l'art (elle se morfond en Angleterre où les hommes et les femmes sont séparés lors des réceptions, et où ils ne discutent pas entre eux de sujets d'actualité...), mais aussi une artiste tourmentée sur sa valeur, pour qui chaque tableau est une remise à zéro des compteurs, jamais satisfaite, ayant ses "noirs" (nous dirions ses ombres, ses ténèbres), ses "tristes", ses doutes. Aimant obsessionnellement la peinture, visitant tous les musées, toutes les églises, tous les châteaux qu'elle rencontre sur son long chemin pour contempler des toiles, des toiles, des toiles...Ne pensant qu'à ça, en fait, comme tout bon génie. Et peut-être le payant en ne sachant voir, dans sa fille comme en tout, qu'un sujet de tableau...Julie souffrit certainement, et le rendit à sa mère. Son destin est cruel.
Ses rencontres sont aussi extraordinaires : de Marie-Antoinette et ses enfants, Louis XVI et ses deux frères, qu'elle fréquentera en exil, toute la noblesse européenne en Italie, les Habsbourg à Vienne, les princes allemands, un feu d'artifice en Russie : Catherine de Russie, le tsarévich fou Paul, son petit fils Alexandre, la grande duchesse sa femme, les comtes Tolstoi, Rostopchine etc...Et elle ne fait pas que les voir, elle les rencontre, les peint, les fréquente. de retour à Paris, elle rencontre madame Récamier, Joséphine Bonaparte vient visiter son atelier (elle la connaissait déjà) etc...En Angleterre, le prince de Galle. Puis madame De Staël et Benjamin Constant peinant sur son Adolphe...Et dans son salon vers 1825, une soirée réunit Chateaubriant, Louise Colet, Marceline Desbordes-Valmore et ...Balzac. du bien beau monde !
Une vie passionnante, donc, avec des chagrins, causés notamment par sa fille, son mari, son frère.
Vraiment, un livre passionnant qui vaut le détour, si vous avez le goût des biographies et de cette époque terrible et riche.
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ChatDuCheshire
  06 juin 2015
Un très beau livre, sur une femme d'entre deux siècles, le XVIIIème et le XIXème (1755-1842) et qui vécut aussi libre qu'il était possible de l'être à l'époque pour une femme, certainement pas une mince performance. Louise Elisabeth Vigée le Brun avait conservé son nom de jeune fille (Vigée, celui de son père, artiste tendrement aimé et mort trop tôt) auquel elle se résolut difficilement d'accoler celui de son mari, le Brun. Les femmes mariées de l'époque disparaissaient complètement derrière le nom de leur mari et l'on en trouve d'ailleurs encore trace aujourd'hui par l'usage en France où j'ai toujours été extrêmement étonnée d'entendre des femmes se disant "féministes" se déclarer par ailleurs "fières" de porter le nom de leur mari...
Vigée le Brun est, pour le raccourci, la peintre associée au nom de la reine Marie-Antoinette, de funeste mémoire. Née d'une famille de paysans du côté de sa mère et de modestes bourgeois du côté de son père, Louise Elisabeth, chérie par son père et largement délaissée par sa mère, qui n'avait d'yeux que pour son petit frère Etienne, apprit les premiers rudiments de son art auprès de son père et se forma ensuite essentiellement grâce aux conseils de divers maîtres et par son observation des toiles de ses artistes préférés. En tant que femme en effet elle n'eut pas accès à la même éducation artistique que ses confrères masculins (ainsi elle ne put jamais accéder au classes de peinture de modèles dénudés, ce qui lui créa quelques lacunes dans les représentations un peu plus précisément anatomiques du corps humain). Mais très tôt, elle n'était encore qu'une jeune adolescente, ses dons exceptionnels furent remarqués et assez vite sa gloire et sa clientèle se construisirent grâce à des commandes royales ou princières, dont bien entendu celles des divers portraits de Marie-Antoinette, seule ou avec ses enfants.
La révolution française contraignit Vigée le Brun à fuir la France par crainte de la guillotine. Non pas que celle-ci eut jamais exprimé haut et fort des opinions politiques contre-révolutionnaires mais bien parce que son nom était indissolublement associé à celui de Marie-Antoinette. de fait Vigée le Brun fut royaliste et nostalgique de l'Ancien Régime jusqu'à la fin de sa vie, même si, à maintes reprises, elle avait relevé la morgue de l'aristocratie à son égard. On a l'impression que Mme Vigée le Brun a voulu rester loyale à ceux qui furent à l'origine de sa gloire et que, assurément, l'art de "retourner sa veste", qui caractérisa son frère, un poète et écrivain raté, lui était totalement étranger...
L'exil de Vigée le Brun dura une douzaine d'années, et l'emmena en Italie, à Vienne, en Russie, en Allemage, en Pologne, accompagnée de son unique fille, Julie, qui était encore une enfant à l'époque où elles quittèrent la France.
Vigée le Brun est un bel exemple de "résilience", selon le terme actuellement à la mode: le manque d'attention de sa mère l'incita probablement à développer ses talents, pour plaire à son père. Et ses voyages forcés constituèrent finalement l'époque la plus passionnante de sa vie. Cette vie d'errance lui forgea un caractère, développa sa culture (elle n'eut pas droit à une éducation aussi soignée que celle prodiguée à son frère) et surtout l'établit définitivement comme une femme forcément indépendante, dépendant de sa peinture pour vivre, n'hésitant pas à capitaliser sur sa renommée, osant - c'est admirable pour une femme, encore aujourd'hui - demander des prix élevés pour les centaines de portraits qu'elle peignit dans sa vie.
Des hommes de sa vie on ne sait finalement pas grand-chose et d'ailleurs, peut-être, n'y eut-il jamais grand-chose à en dire. Son grand amour fut sans aucun doute son père, disparu accidentellement bien trop tôt. Son mariage avec Jean Baptiste Pierre le Brun, un marchand de tableaux, fut davantage une union servant les intérêts mutuels des époux (surtout de Jean Baptiste Pierre dont les mauvaises affaires l'amenèrent fréquemment à réclamer de l'argent à sa femme) qu'un mariage d'inclination. Avant même sa fuite de la France qui la sépara de nombreuses années de sa famille restée en France, les époux avaient déjà des vies nettement séparées et des cercles d'amis distincts. Tout au plus lui a-t-on connu des affections particulières pour certains hommes, comme le Comte de Vaudreuil, mais Louise Elisabeth entendait conserver une réputation aussi immaculée que possible afin de maintenir son activité et sa vie indépendante. Aussi sans doute savait-elle confusément - erreur que sa propre fille n'évita pas pour sa part - que son origine sociale lui interdisait de rêver à l'amour véritable et reconnu auprès de l'un ou l'autre de ces aristocrate et ce même après que son mari (dont elle demeura proche en affaires toute sa vie) eut divorcé d'elle pour préserver leurs biens de la confiscation après la révolution (ce divorce fut d'ailleurs aussi une libération pour Vigée le Brun, dont le sort matériel ne fut plus nécessairement lié à celui de son dispendieux mari).
A son retour en France, Vigée le Brun vécut entre nostalgie de l'Ancien Régime et nouveaux voyages, d'affaires (Londres) ou d'agrément (Suisse où elle s'essaya à la peinture paysagiste, préfigurant dans l'esprit les impressionnistes). Toute sa vie elle tint salon et un salon dont la réputation était grande. Elle y conviait surtout des artistes, confrères avec lesquels elle se sentait souvent plus en harmonie qu'avec ses aristos de clients même si certains d'entre eux devinrent des amis proches, les plus originaux aimant à s'encanailler à fréquenter des artistes à ses soupers, bals ou dîners...
Au total une vie "d'honnête femme" qui fit carrière à une époque où les femmes n'avaient d'existence, juridique et matérielle, que par leurs maris et où le mariage, précisément, avait pour résultat de confiner désormais leurs talents à la sphère privée. Sans doute Vigée le Brun eut-elle la chance d'avoir un mari qui, loin de décourager, incita au contraire son épouse à déployer son activité, il y allait de son intérêt de marchand de tableaux, mais la personnalité, joviale mais que l'on devine inflexible jusqu'à la limite de la dureté (son attitude à la fin de la vie de sa fille) de celle-ci fut sans doute pour beaucoup dans une vie totalement atypique pour son époque et, somme toute, relativement heureuse, même si les épreuves de la vie (la mort de sa fille à 39 ans, la détérioration de ses relations avec son frère) la plongèrent régulièrement dans un spleen qu'elle soignait en reprenant la route. Elle mourut à 87 ans, entourée d'amis et riche, la réussite matérielle ayant toujours revêtu beaucoup d'importance à ses yeux (une peur de manquer remontant à l'enfance).
Cette extraordinaire biographie de Geneviève Haroche-Bouzinac, une universitaire déjà spécialisée de longue date dans la vie et l'oeuvre de Vigée le Brun, nous donne à connaître cette vie riche à travers les lignes des Souvenirs et lettres que Vigée le Brun a laissés à la postérité. Les trois volumes de ses Souvenirs, comme le souligne l'auteure en avant-propos, demandaient à être éclairés d'autres sources car Vigée le Brun écrivit et publia ses Souvenirs avant tout pour asseoir sa gloire dans le futur et, par conséquent, celle-ci passa sous silence ou transforma certains épisodes de sa vie selon une présentation toujours à son avantage. Haroche-Bouzinac a d'abord par cette biographie fait oeuvre d'universitaire: 515 pages de texte mais aussi plus de 150 pages de notes, cartes, références à des sources, sans compter deux cahiers centraux présentant certaines oeuvres importantes de l'artiste ou de ceux qui l'ont inspirée. Mais elle ne s'y est pas limitée. En orchestrant toutes ces sources, en les décryptant et les confrontant elle parvient à faire ressortir en creux mais de manière assez claire la véritable personnalité de cette artiste singulière et ce même si sa rigueur universitaire lui a interdit de romancer, ce qu'elle ne fait à aucun moment. Là réside sans doute le malentendu qui a généré quelques critiques négatives de cet ouvrage que j'ai pu lire de-ci de-là: on reproche à Haroche-Bouzinac de ne pas avoir rendu son personnage suffisamment romanesque.
Il est vrai que la lecture de ce livre, une mine hallucinante d'informations sur la manière dont on vivait chez les "heureux du monde" aux XVIIIème et XIXème siècles, demande un état d'esprit particulier. Il faut apprécier ce livre d'abord comme une oeuvre scientifique où la moindre observation est appuyée par des sources: c'est du vrai, du "lourd" comme diraient les plus jeunes. du coup le romanesque ou la fictionnalisation sont absents de ce livre et la "reconstruction" de Mme Vigée le Brun en sa réalité et sa sensibilité demandent un petit effort d'imagination voire de rêverie du lecteur. Or notre époque surchargée d'images toutes faites et de livres "faciles à lire" ne se prête pas volontiers à cet effort. A vous de voir. Pour ma part j'ai adoré. A lire de préférence avec une tablette sous la main pour y rechercher les nombreuses peintures de Vigée le Brun qui n'ont pu trouver leur place dans les deux cahiers centraux de cette excellente biographie de Mme Haroche-Bouzinac.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
ChatDuCheshireChatDuCheshire   02 juin 2015
On peut être bon sans être doux, on peut avoir de la douceur dans l' intimité ou le commerce de la vie et n'avoir pas un bon caractère ; cette douceur est souvent une dissimulation en ce qu' il entre de la fausseté ; il vaut bien mieux pour la sûreté de la vie un caractère brusque et franc qui doit établir la confiance, seul lien intime de l'amitié (citation de Louise Elisabeth Vigée Le Brun, Souvenirs, Paris, Fournier, 1835-1837, reproduite dans le livre)
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evannaevanna   10 janvier 2016
Louise-Elisabeth a appris que le couple royal a perdu son fils aîné le 4 juin, quelques jours auparavant, sans pouvoir lui témoigner sa sympathie. Les députés ont demandé au roi de paraître. Plongé dans la douleur, Louis XVI aurait murmuré : "N'ont-ils jamais été pères ?"Le roi et la reine ont été bons pour elle. Ell a refusé pour elle-même les honneurs auxquels elle estimait ne pas avoir droit. Que sait-elle alors de la situation du pays ?Elle ne connaît que le monde des artisans dont elle est issue, et le cercle des artistes qui dépendent de leurs commanditaires. De la réalité des campagnes, elle n'a vu que les environs de Colombes ou de Neuilly, où les paysans mangent à peu près à leur faim, même s'ils ont à se plaindre du comportement des chasseurs sur leurs terres. Ne doit-elle pas sa réussite à sa tâche quotidienne ? Du labeur récompensé par les misères profondes, elle ignore presque tout. Que penser en cette circonstance ? Même les gens de bon sens semblent perdre la raison.
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ChatDuCheshireChatDuCheshire   06 juin 2015
Vous auriez beau dénigrer mes tableaux, tout le mal que vous pourriez en dire serait inférieur à celui que j'en pense.
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ChatDuCheshireChatDuCheshire   06 juin 2015
J'ai tant vu, tant couru, que le juif errant n'est qu'une momie stagnante à côté de moi.
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