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EAN : 9782253144687
248 pages
Le Livre de Poche (01/06/1998)
3.57/5   168 notes
Résumé :
Devenir autre. Vivre à travers une identité différente, un autre corps, les aventures, les passions, les désirs qui nous sont interdits...
Ce vieux rêve que chacun de nous a fait un jour, Aline, jeune enseignante à la vie (trop) rangée, le conçoit à son tour en regardant un beau garçon blond, Lucien.
Et l'impossible se produit: une partie d'elle-même, sa part masculine, abandonne son corps de femme pour celui du jeune inconnu. Elle est Lucien et Aline.... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
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Déroutant et perturbant, dans le style comme dans le fond !
Ça m'arrive rarement, mais j'avoue que j'ai eu du mal à avoir un avis pertinent sur ce roman et à savoir si je l'avais apprécié. C'est très étrange comme sensation...

En explorant à sa façon la dualité homme-femme qui existe en chacun de nous, l'autrice met à profit sa formation de psychanalyste pour nous embarquer dans une histoire totalement "perchée", qui m'a carrément retourné le cerveau, au sens propre comme au figuré !

Déjà, le concept : il faut s'accrocher, du moins pour un esprit psycho-rigide et cartésien comme le mien, car on part très loin, aux confins des fantasmes les plus fous, entre science-fiction et voyage introspectif et psychanalytique.
Partons donc du postulat qu'une partie de notre âme, se trouvant à l'étroit, refoulée et bridée dans notre propre corps, migre pour squatter celle d'un autre individu, de sexe différent pour corser l'affaire ! ... Quelles en seront les conséquences ? Cela sera-t-il viable ?
Il y a du Freud là-dedans, on est à la limite de la schizophrénie, justifiée par les traumatismes de l'enfance, sous l'éducation d'une mère "castratrice".

Et nous voilà partis à réfléchir à "Qui suis-je ?", "Suis-je un ou multiple ?", "Suis-je seule détentrice de mon âme ?" , "Puis-je me délester d'une portion de moi-même sur un autrui pour lui permettre de s'épanouir ?", "Pourquoi se construit-on en fonction des attentes de ceux qui nous élèvent, et refoulons-nous la part de nous-mêmes qu'ils ne souhaitent pas voir ?"...

Tout cela doublé d'une narration très particulière qui a contribué à me perdre plus d'une fois, tant il était difficile de savoir qui s'exprimait.
Quand un seul esprit cohabite dans deux corps, et plusieurs esprits dans un même corps, le tout vu de l'intérieur, puis de l'extérieur... Quand "je" est aussi "il", mais en même temps "elle", tout en étant "moi", puis que la narratrice externe s'en mêle... Vous la sentez monter vous aussi, la céphalée ??

Ajoutons à cela que l'autrice est très érudite et nous le fait savoir en usant de nombreuses et très pointues références littéraires, importantes pour la compréhension du texte, mais dont certaines subtilités ont malheureusement manqué à ma culture... Mieux vaut donc maîtriser entre autres, Virginia Woolf et son Orlando, ainsi que Proust et sa Recherche pour bien suivre.

Ensuite, un point m'a un peu dérangée : c'est l'aspect réducteur, caricatural et grossier conféré à l'âme masculine, en la résumant quasiment à une obsession permanente pour l'activité sexuelle, présentée comme libératrice. J'y ai trouvé un certain manque de finesse, comparativement au reste de l'analyse qui est bien plus poussée, et je n'ai pas compris l'intérêt d'une insistance si redondante.

Cela dit, j'ai apprécié la découverte de cette autrice, d'un style et d'un scénario original et inattendu. J'ai été curieuse de voir jusqu'où J. Harpman allait pousser la folie du concept de son roman. Je me suis enrichie des réflexions qu'elle a fait naître au fil des pages.
Mais j'ai quand-même été assez perturbée par l'aspect si loufoque de l'histoire et de la narration. Où a-t-elle été chercher tout ça ?? Et après mes efforts pour pénétrer cet univers si particulier, j'ai finalement été plutôt déçue par la toute fin, que j'ai trouvée un peu abrupte et trop facile, au regard de l'aspect tortueux du reste du roman.

Je retiendrai donc une lecture exigeante, riche, complexe et marquante, qui, si elle m'a intéressée, instruite et amenée à réfléchir, m'a apporté plus de noeuds au cerveau que la détente et le plaisir escomptés.

(Challenge Solidaire Babelio 2022 - 5/30)


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Aline, est une jeune femme apparemment heureuse, elle est professeur de littérature et mène une vie sereine bien que sans passion.
Lucien, lui est un jeune journaliste, sans grandes ambitions, célibataire, il partage sa vie entre sa mère, sa soeur et sa petite amie.
Alors qu'ils s'ennuient, chacun à une table, dans un café Parisien, la jeune femme décide « d'envoyer » la part masculine de sa personnalité à l'intérieur du corps du jeune homme.

Ainsi naîtra Orlanda et à travers lui Aline vivra ses fantasmes toujours refoulés.
Mais pour combien de temps ?
Est-il possible de vivre en étant amputé d'une partie de soi-même ?
Jacqueline Harpman signe là un roman complexe et très original et me donne envie de poursuivre ma découverte de l'oeuvre de cette grande dame de la littérature Belge.
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Aline, trentenaire à la vie bien rangée, attend un train dans un café, à quelques mètres de Lucien, un jeune homme séduisant lassé par la vie. Alors que la belle universitaire essaie de percer à jour les secrets de Virginia Woolf, sans qu'elle s'en rende compte, une partie de son âme se détache d'elle et va se loger dans le corps du beau Lucien.

Comme je l'ai expliqué dans mes précédents articles, j'ai, au cours de ces derniers mois, développé une grande admiration pour Jacqueline Harpman. Par conséquent, une fois remise de ma lecture de Moi qui n'ai pas connu les hommes, je me suis attaquée à mon troisième roman d'Harpman, Orlanda, l'oeil sans doute attiré par ce titre qui n'était pas sans me rappeler un certain Orlando. Il s'agit en effet, comme vous l'aurez sans doute compris, d'un hommage au célèbre roman de Virginia Woolf, dont la poésie m'avait bouleversée. Malheureusement, je n'avais pas poussé ma lecture plus loin, ne m'était pas documentée sur ce roman et n'avait pas cherché à « trouver le sens derrière les mots », ce à quoi ma chère compatriote belge s'est empressée de remédier.

Et c'est indubitablement ce qui m'a le plus séduite dans ce livre : Jacqueline Harpman y développe une interprétation tout bonnement fascinante de l'Orlando de Virginia Woolf. Je vous laisse juge :

"Mais il n'a jamais été un garçon ! s'écria-t-elle. Les sept jours au lit, ma mère m'en a assez bassiné les oreilles, c'est la puberté ! Tout n'est qu'allégorie et c'est elle-même que Virginia raconte ! […] C'est dans l'enfance que les années passent sans qu'on vieillisse ! Et puis le moment du grand changement est venu, il a fallu d'enfant asexué passer à la femme. "

​Ainsi, la plus grande révélation fut pour moi qu'Orlando avait toujours été femme, figurant Virginia Woolf elle-même qui, en passant à l'âge adulte, se voit contrainte de renoncer à sa liberté, car la condition de la femme est emprisonnée de convenances et de règles. Jacqueline Harpman parvient, par cette interprétation, à faire ressortir de ce livre au style alambiqué une vision féministe.

Je trouve aussi admirable qu'elle ait trouvé un moyen d'aborder le sujet à sa manière, en lui donnant une signification bien plus limpide que la version originale et une moralité clairement exprimée. Ainsi, chacun de nous devrait s'écouter, ne pas se restreindre à ce que son entourage attend de lui, et tout simplement se laisser être lui-même. A cet égard, cet extrait est très représentatif :
On détruit sa vie sans le savoir, pour complaire à des gens qui vous ennuient, mais auxquels on n'arrive pas à résister. ​
En effet, il aura fallu que le pauvre Lucien se retrouve possédé par un inconnu sans attaches aucune à sa famille pour qu'il parvienne à dire non aux attentes illégitimes de sa famille. Car contrairement aux idées reçues, on ne doit pas forcément l'obligeance à sa famille, à partir du moment où elle nous rend malheureux. Cette idée est très peu courante, et encore plus rarement exprimée, alors que ces notions de devoir et d'appartenance familiale empoisonnent la vie de tant de gens.

Aussi, tout comme dans le Bonheur dans le crime, l'auteur glisse toute une série d'allusions à son rôle de romancière, tenant entre ses mains le destin de ses personnages, qui semblent pourtant lui échapper. J'aime beaucoup ce genre d'effets littéraires, par lesquels un écrivain se joue de son lecteur.

Enfin, la confrontation matérialisée des deux parties opposées d'une seule âme est tout bonnement fascinante. Effectivement, l'étrangeté et l'originalité de la situation m'a subjuguée.

En conclusion, alors que les premières pages m'avaient fait craindre une déception (les personnages ne prennent de relief qu'au fil du récit. Au début, ils sont très stéréotypés : Orlando est immature et imbu de sa personne, Aline est vide et sans intérêt), pour toutes les raisons que je viens d'énumérer, j'ai beaucoup aimé une grande partie du roman. Malheureusement, une fois les deux âmes retrouvées, le temps m'a semblé long, il s'écoule de nombreuses pages sans qu'il ne se passe rien de remarquable. Cependant, la fin est conforme à mes attentes, c'est-à-dire spectaculaire et diablement immorale.

Avant de vous quitter, toutefois, un avertissement : de longs passages sont consacrés à des supputations sur le livre de Virginia Woolf, qu'il vaut donc mieux avoir lu avant, sans quoi le roman perdrait de sa saveur. de la même manière, il y est également beaucoup question de la Recherche du temps perdu de Proust, que je n'ai pas lu. Il faudra bien sûr y remédier un jour, mais en attendant, une partie de ce livre m'a totalement échappé, ce que je regrette.
Lien : https://elise-et-rapha.weebl..
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Orlanda est bien sûr la réponse de Jacqueline Harpmann à ORLANDO de Virginia Woolfs .
Orlanda c'est un peu le rêve que l'on a tous , d'être dans la peau du sexe opposé et pouvoir ressentir des sensations auxquelles on aura jamais accès .
Jacqueline Harpmann est psychanalyste et ses livres sont bien sûr fort axé sur la psychologie .
Ce livre se lit néanmoins facilement car cette romancière a beaucoup de talent
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Aline Berger est professeur de littérature, elle a écrit une thèse sur La Recherche du Temps Perdu de Proust, et est actuellement occupée à la rédaction d'un article sur Orlando, de Virginia Woolf. Ces éléments sont importants car le roman comporte d'innombrables références aux oeuvres de ces deux auteurs. C'est lors d'un voyage à Paris que la chose se produit : la partie masculine d'Aline, Orlanda, celle qu'elle a toujours refoulée, décide de sortir de son corps pour intégrer le corps d'un homme et pouvoir donner libre cours à ses envies et pulsions. J'avais lu Proust, mais pas Virginia Woolf. Je pense donc n'avoir pas pu apprécier toute la richesse du texte de Jacqueline Harpman. Néanmoins, je me suis régalée et je mets même une 5ème étoile pour l'originalité de ce roman.
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
Cela ne se peut pas, c'est incroyable et je le fais. Je te quitte sans me détourner et je traverse l'impossible. Je ne sens rien, je sais seulement que je passe, je flotte dans l'indéfinissable, entre l'avant et l'après, en un point qui n'a, forcément, ni durée ni espace, c'est le zéro absolu du temps et cela s'étire infiniment, j'existe pendant une éternité dans un nulle part dont je ne peux me souvenir même pendant que j'y suis car pendant n'a plus de sens, je n'ai d'autre réalité que ce je indissoluble dont je ne comprends pas ce que c'est mais dont l'évidence prodigieuse m'illumine, il est, au sein de l'innommable, le noyau de certitude, la garantie, l'ancrage immatériel qui permet cette impossible navigation dans laquelle je me dirige avec assurance alors qu'il n'y a ni haut ni bas, ni devant ni derrrière, et que cependant je sais où je vais, et je viens à peine de partir que j'arrive, j'ai traversé l'éternité, aucun temps ne s'est écoulé, rien n'a été parcouru, je m'incarne, j'aboutis, l'univers se reforme autour de moi, je possède un regard, j'entends, je sens, je suis!
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Animula vagula blandula, chacun d'entre nous, petites âmes errantes en quête d'une parcelle de bonheur et toujours déçues, nous allons d'aube en aube, le coeur déchiré, courageux et pathétiques, tentant éperdument de nous comporter avec la dignité requise par notre condition d'êtres humains, maladroits, désolés, tenaces, nos erreurs ne nous apprenent rien sur nous ni sur les autres, et quand, au détour du chemin, la mort nous regarde droit dans les yeux, nous baffouillons, nous disons que c'est trop tôt, qu'il s'en fallait de peu pour que nous réussissions, mais elle ricane, elle répond qu'elle nous a laissé le temps nécessaire, que trois siècles de plus n'y ferraient rien car nous sommes inéducables, nous prenons les bonnes manières pour la morale, nos propes mensonges pour la vérité et la vie pour une sotte, après quoi elle nous emporte hurlants vers les mornes chaudrons de l'éternité.
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Le destin des filles encombrées d'une mère impossible est tragique : quand elles parviennent à développer une saine indifférence, on les traite de sans-cœur, et de masochistes si elles se dévouent.
Annie emprisonnée dans la culpabilité de détester une mère détestable ne sera pas sauvée par sa mort, elle va se consacrer aux gens qui souffrent [...].
Car les femmes vouées au bien de leur prochain semblent ne jamais pouvoir se soucier d'elles-mêmes. Leur vie est une ascèse, leur cœur est sans limites, jour après jour elles disparaissent dans l'altruisme qui les dévore et sombrent parfois dans la dépression. [...] c'est qu'elles sont passées à côté de l'existence, les événements ne les atteignaient pas, et un jour l'ennui qui peut tout vaincre a abattu leur héroïsme. Il est périlleux d'être bon.

(p. 216-217 - Éd. Le Livre de Poche)
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Depuis qu'elle s'est imposée à moi, je suis toute déroutée car je n'ai rien à dire d'elle. Elle ressemble à sa mère, qui ressemblait à sa mère, ce sont des générations de femmes bien élevées qui ont toutes eu le bonheur de ne pas recevoir trop de talents des fées conviées à se pencher sur leurs berceaux, de sorte qu'elles se sont fort bien accommodées de ce qui leur était permis.
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Je change ?
Cela ne se peut pas, c'est incroyable et je le fais. Je te quitte sans me retourner et je traverse l'impossible. Je ne sens rien, je sais seulement que je passe, je flotte dans l'indéfinissable, entre l'avant et l'après, en un point qui n'a, forcément, ni durée ni espace, c'est le zéro absolu du temps et cela s'étire infiniment, j'existe pendant une éternité dans un nulle part dont je ne peux pas me souvenir même pendant que j'y suis car "pendant" n'a plus de sens, je n'ai d'autre réalité que ce "je" indissoluble dont je ne comprends pas ce que c'est mais dont l'évidence prodigieuse m'illumine, il est, au sein de l'innommable, le noyau de certitude, la garantie, l'ancrage immatériel qui permet cette impossible navigation dans laquelle je me dirige avec assurance alors qu'il n'y a ni haut ni bas, ni devant ni derrière, et que cependant je sais où je vais, et je viens à peine de partir que j'arrive, j'ai traversé l'éternité, aucun temps ne s'est écoulé, rien n'a été parcouru, je m'incarne, jaboutis, l'univers se reforme autour de moi, je possède un regard, j'entends, je sens, je suis !
Je l'ai fait !

(p.13 - Éd. Le Livre de Poche)
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Videos de Jacqueline Harpman (5) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jacqueline Harpman
Lectomaton, extrait de "La plage d'Ostende", de Jacqueline Harpman, lecture par une étudiante IESSID, bibliothécaire documentaliste.
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