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Critique de Sharon


Sharon
  29 septembre 2019
Comment cuisiner quand on a, comme Charlie Resnik, quatre chats ? Difficilement ! Les chats en question ont beau être brillants, trouvant toujours la bonne gamelle dans les quatre qui ornent la cuisine, ils peuvent cependant commettre quelques gaffes, comme s'endormir et se retrouver coincé dans le panier à linges, ou encore de faire une petite sieste dans une casserole, la même bien sûr dont son maître a besoin pour cuisiner les deux patates qu'il a trouvées. Vous l'aurez compris, Charlie Resnik, inspecteur de son état, ne pouvait que m'apparaître immédiatement sympathique. Il est aussi profondément humain. Ne lui demandez pas de prendre fait et cause pour les personnes qui violentent les autres, d'autant plus que les statistiques, à ce sujet, semblent vraiment grimper en flèche. Ne lui demandez pas non plus de ne pas pousser dans ses retranchements un suspect. Attention ! Il ne s'agit pas d'user de violences, comme certains policiers auraient trop tendance à le faire ; il s'agit de chercher, de fouiller, d'appuyer là où cela fait mal – on ne se retrouver pas au poste en garde à vue par le plus grand des hasards.

Oui, ce polar date de plus de vingt-cinq ans, et pourtant, il est toujours aussi lisible. Les temps ont changé, il nous parle d'une époque où l'on se rencontrait par le biais des petites annonces, non par celui des applications de rencontre sur son téléphone portable. Il fallait écrire, l'annonce, d'abord, puis la lettre en réponse, et ensuite seulement on pouvait se rencontrer et voir si cela « matchait », pour reprendre un terme de notre époque. le but de ses rencontres pouvait être faire sa vie ensemble, passer un bon moment, voir un moment tout court, surtout si, telle une Cendrillon des temps modernes, la jeune femme se doit d'être rentrée avant minuit pour s'occuper de ses enfants. Oui, nous sommes à une période charnière. Ce n'est plus le temps où le mariage, c'était pour la vie, et l'on restait, quoi qu'il arrive. Ce n'est pas encore le temps où l'union libre est la forme d'union la plus fréquente, où les femmes refont leur vie en étant moins jugées – moins, pas plus, malheureusement, parce que le combat pour mener sa vie de femme comme on l'entend est un combat d'actualité.

Elles s'appelaient Shirley, Mary. Shirley a subi la violence de son compagnon, violence pendant leur vie de couples, menace après leur séparation, qui l'a menée à obtenir une injonction contre lui. Mary a été plaquée par son mari, qui l'a laissé avec deux jeunes enfants pour refaire sa vie – loin. Elles ont toutes les deux été assassinées, pour ne pas dire massacrées, tuées parce qu'elles étaient des femmes, sur lesquelles un homme a pu faire la démonstration de sa force et de son pouvoir, un homme qu'il faut arrêter avant qu'il ne recommence, avant que la peur ne monte. Il s'agit bien de l'arrêter lui, non de dire aux femmes de se comporter autrement.

Des femmes, nous en croisons d'autres, dans ce roman. Lynn, d'abord, la seule femme du poste de police, qui a pourtant réussi à s'imposer dans un monde d'hommes, avec des collègues pas toujours très fins. Je pense à Divine, qui fait son boulot tout en dissimulant à peine son racisme. Je pense à Naylor et à sa femme – j'en ai rencontré dans la vie – qui mène une vie dont je n'ai jamais voulu, avec Naylor, entièrement sous la coupe de sa femme, planifiant longuement toute leur vie, paniquant quand un imprévu survient. Je pense aussi à Miss Odds, l'avocate qui défend tous les prévenus, et tient à être appelée « Miss » – gare à celui qui ne le ferait pas ! N'oublions pas Rachel, travailleuse sociale absolument débordée, tout comme son compagnon Chris, au point qu'ils n'ont plus vraiment grand chose à se dire, si ce n'est que Chris ne réagit pas formidablement bien quand elle décide de se séparer – disons même plutôt qu'il réagit exactement comme tous les conjoints dont il a le dossier en charger. Aucun milieu n'est épargné par la violence, c'est aussi simple que cela, il est toujours bon de l'avoir à l'esprit.
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