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Critique de nameless


nameless
  17 avril 2020
Les années perdues – Wasted years - représente un point d'orgue dans la carrière de Charlie Resnick, policier très cher à mon coeur en raison de nos origines polaks communes. 1992, Charlie a atteint la maturité professionnelle, il exerce son métier à Nottingham, où le désenchantement le gagne petit à petit face à une nouvelle génération de voyous, pur produit des années Thatcher-la-Sanglante qui a semé durablement chômage, misère, désespérance dans tout le pays exsangue. Charlie en a aussi assez de bosser dans un milieu sexiste, raciste, et sur des dossiers truffés d'erreurs involontaires ou intentionnelles, par manque de moyens humains et financiers ou désinvolture. L'imminente libération d'un criminel arrêté dix ans plus tôt provoque en lui un afflux de souvenirs et le besoin de jeter un regard dans le rétroviseur. Quelques dates ont été choisies par John Harvey pour dresser un portrait intimiste, émouvant de cet homme bourru, taiseux, mal-à-l'aise dans son corps massif, maladroit avec les femmes, habillé à la mode de Cravovie dans les années 50, fou de jazz, de chats, de sandwiches aux compositions effrayantes et éternel porteur de cravates sur lesquelles s'affichent ses menus.


1969 : Nouvellement nommé dans la police, Charlie savoure son intégration, renie ses origines, répond en anglais au charcutier polonais de son quartier, puis cesse de fréquenter tout ce que le relie à la Pologne, commerces, clubs, communauté catholique ; il lâche la vodka pour les pintes, signe notable d'inclusion sociale.


1981 : Elaine, la femme de sa vie en sort officiellement. C'est là que s'arrête leur amour, à l'initiative d'Elaine qui demande le divorce. Lassée peut-être par l'hermétisme de son homme, ses horaires de travail sans queue ni tête, ses nippes-fripes alors que son salaire lui permet de s'offrir un costume qui aurait au moins l'air de lui aller et une chemise blanche. Elle ne sourit plus de voir les traces de sandwiches brie-saumon fumé-moutarde-mayo décorer ses frusques. Et puis surtout, elle considère que Thelonious Monk joue du piano comme si on lui avait coupé les deux bras. Et soudain, rester ensemble sous le même toit devient trop pénible à supporter.


Si l'enquête policière est comme toujours méticuleuse pour s'achever sur un épilogue bien planté dans la réalité, elle passe exceptionnellement dans cet opus, à mon avis, au second plan pour mettre sur le devant de la scène Charlie, qui pour la première fois se déboutonne devant les lecteurs pour dévoiler quelques pans de son intimité.
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