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EAN : 9782072963377
256 pages
Gallimard (16/06/2022)
4.43/5   46 notes
Résumé :
Sur les collines de Nyamata, Jean Hatzfeld part cette fois à la recherche des très rares Hutus qui ont résisté à la folie génocidaire au péril de leur vie. Au Rwanda, on les appelle abarinzi w’igihango, les gardiens du pacte de sang, ou parfois les Justes. Mais vingt-cinq ans après, ils restent des personnages silencieux, entourés de méfiance ; parce que aux yeux des Hutus ils incarnent la trahison, ou leur renvoient l’image de ce qu’ils auraient pu être, tandis que... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
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bidule62
  27 juin 2021
Exceptionnel....
Pour celles ou ceux qui ne connaissent pas l'auteur, Jean Hatzfeld a écrit plusieurs livres sur le Rwanda. Sur les rescapés, les tueurs, la politique de réconciliation (les assassins vivant désormais à proximité de leurs victimes). 20 ans après il va rencontrer les enfants des rescapés et des assassins.
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Dans ce livre "Là où tout se tait" l'auteur va s'intéresser aux "Justes", ces Hutus qui ont sauvé des Tutsis. Pour certains ils en auront payé le prix ultime et ont été massacrés. Certains ont survécu.
Ma surprise c'est que ces "Justes" sont mal vus.
Mal vus des Hutus : ils sont la preuve qu'on pouvait s'opposer aux ordres, ils deviennent une accusation muette, voire ils sont vus comme des traîtres.
Mais mal vus aussi des Tutsis : il est plus facile d'englober la haine contre une ethnie complète sans nuance.
Oubliés. Pour celles et ceux qui en sont morts, ils ne sont pas inscrits sur les monuments des victimes du génocide (ils n'ont pas été tués à cause de leur ethnie, mais du fait de leur humanité).
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Un livre utile, nécessaire.... Avec toujours cette merveille de français qui n'est pas le nôtre. Un français savoureux. J'adore les mots utilisés, les expressions, les tournures différentes, un français qui a évolué différemment d'ici.
C'est difficile de savourer autant le style alors que ce qui est raconté est si horrible ! Et pourtant....
J'ai envie de remercier l'auteur pour ces récits si difficiles qui m'ont fait découvrir le "dernier génocide du 20e siècle". Ces témoignages uniques, difficiles, nécessaires pour ne pas oublier. Ne pas oublier non plus ces hommes et ces femmes qui ont refusé et sauvé des Tutsis au nom de l'humanité, de l'évidence, de la gentillesse (comme ils disent là-bas).
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Passemoilelivre
  03 mai 2021
L'intérêt historique que porte l'auteur au génocide des Tutsis par les Hutus au Rwanda en 1994 est ici abordé par les témoignages poignants de Rwandais qui, au péril de leur vie ont sauvé des Tutsis dans des conditions particulièrement difficiles. La force évocatrice de ces récits tient surtout au fait qu'ils ont été transcrits tels qu'ils ont été racontés, avec les mots, les hésitations, les répétitions et souvent les points de vue des sauveurs et des sauvés. Cela rend parfois la lecture un peu difficile car le lecteur doit s'imprégner de vocabulaire et de tournures de phrases qui ne lui sont pas familiers, mais cela rend l'ensemble authentique et fort. Bel hommage à des justes qu'il fallu débusquer à force de patience et de persuasion, mais qui le méritaient bien.
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Chestakova
  09 juillet 2022
« Petit pays » a écrit Gaël Faye. Nyamata dans ce petit pays est un village, perché au milieu d'un paysage de collines où les champs ocres, les eucalyptus verts, les bananeraies font de belles couleurs. Nous sommes en 2018, Jean Hatzfeld revient dans ce coin du Rwanda qu'il a sillonné pendant plus de vingt ans, après que, 34 jours durant, entre le 11 avril et le 14 mai 1994, 51000 Tutsis y ont été massacrés, sur une population qui en comptait 59 000.
Enfants, hommes, femmes, vieux et vieilles, « coupés » comme on coupe les bananiers, taillés comme on taille le Sorgho, plus rarement abattus par armes à feu, entassés dans des trous, morts ou à demi-morts, un chaos de corps et de cris.
Aujourd'hui, le temps fait sa place au silence. Pour l'auteur il s'agit d'en faire émerger les mots, avec ceux qui n'ont pas péri sous la machette et qui disent ce qui reste gravé dans les mémoires et dans les corps. Il ne s'agit pas seulement d'entendre les victimes, le récit s'applique à tenter de comprendre ce qui a placé certains Hutus hors de la folie meurtrière collective, les amenant dans l'instant de la meute assassine, à cacher, guider, sauver des Tutsis condamnés à une mort immédiate. le livre est structuré autour des témoignages, ceux qui ont sauvé, ceux qui ont été sauvés, ceux qui ont été témoins. Face à ces résistants au crime, Hatzfeld utilise le nom de Justes, en posant la question de la pertinence du terme. Avec ce récit, le lecteur est placé devant une réflexion philosophique sur les mécanismes de la haine communautaire, leur aspect instinctif et bestial. Il est placé de la même manière devant les réflexes instinctifs eux aussi de la résistance à la haine. Pourquoi la balance penche-t-elle de l'un ou de l'autre côté ? Comment aujourd'hui est -il possible de vivre ensemble, tueurs et victimes, sans se parler, dans le silence, sans se poser les questions qui se rapportent au sens de ce qui fut ?
J'avoue n'avoir jamais pu ouvrir les livres de Jean Hatzfeld, notamment son texte fondateur « Une saison de machettes » après la lecture de ce livre je vais corriger ce manque et tenter de comprendre mieux les mécanismes de ce génocide.
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Squirelito
  21 janvier 2021
Comme le rappelle Jean Hatzfeld, le génocide des Tutsis au Rwanda est l'un des plus meurtriers de l'histoire par rapport à sa durée : 800.000 morts pour 100 jours ! du 7 avril au 17 juillet 1994 et qui faisait suite à la Guerre civile rwandaise entre le FPR (fondé par les exilés Tutsis dont Fred Rwigema, puis Paul Kagame) et les FAR (l'armée du Rwanda composée de Hutus et soutenus par la France).
Dans cette inhumanité totale, des hommes et des femmes ont tenté l'impossible : sauver une vie. A l'instar de ce qui s'est passé durant la Shoah, des êtres humains ont fait preuve de courage pour cacher, faciliter la fuite de ceux qui étaient condamnés à l'exécution barbare de l'intolérance. En 1994 ce sont des Hutus qui ont tendus leur coeur vers des Tutsis. Un fait méconnu et même s'il existe dorénavant une reconnaissance officielle beaucoup sont totalement ignorés. Parce qu'il est toujours difficile de parler, parce qu'un Hutu qui a sauvé peut encore passer pour un traître, parce qu'un hutu aux yeux des Tutsis est peut-être encore un ennemi. On n'efface pas en un jour le sang qui a giclé sur tous les chemins du Rwanda qui s'est coagulé dans les immondes trous reconvertis en charniers de l'horreur.
Jean Hatzfeld, que l'on ne présente plus tant ses écrits sur le Rwanda ou les Balkans font date, a rassemblé à Nyamata les témoignages de ces hommes et femmes qui auraient pu tout perdre en sauvant leur prochain. le risque était immense car tout Hutu qui sauvait un Tustsi était condamné à « être coupé ». Des histoires rassemblées comme des nouvelles en transcrivant sans artifice le récit, ce qui donne une immense émotion à lire ces mots sortant du ventre, une langue étrange où pleuvent les métaphores. Ils ont survécu au génocide et c'est déjà extraordinaire ; mais en bravant le danger, ils ont donné espoir en l'humain, un humain capable du pire côtoie l'humain capable du meilleur.
Ce livre est précieux car ces « Justes » sont rares. Rares parque ‘ils se taisent ou parce qu'ils sont morts. Les raconter, c'est faire honneur à la bravoure de l'âme, c'est les faire revivre. C'est aussi un hymne à l'amour car les couples mixtes étaient chassés, persécutés ; on demandait à un mari de tuer sa femme Tutsi, s'il ne le faisait pas, les deux étaient assassinés. Les enfants avec. Ou alors, les enfants devenaient à leur tour des tueurs.
Des mots qui sont une signature éternelle pour Isidore Mahandago, Eustache Niyongira et Edith Mukayiranga (la gentillesse invincible), Marcel Sengati, François Karinganire, Jean-Marie Vianney Setakwe et Espérance Uwizeye, Silas Ntamfurayishyari…
Lien : https://squirelito.blogspot...
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Flodopas78
  06 juin 2021
Dans ce 6ème opus sur le Rwanda, après s'être intéressé aux survivants, aux bourreaux et aux enfants des victimes, Jean Hatzfeld donne la parole aux quelques Justes Hutus qui ont risqué leur vie pour sauver, soit une épouse, soit un proche ou même des inconnus. Ils sont peu nombreux et leur silence pendant toutes ces années traduit leur malaise et leur défiance. Défiance vis-à-vis des Hutus qui les considèrent comme des traîtres, défiance vis-à-vis des Tutsis qui ont longtemps regardé chaque Hutu comme un meurtrier en puissance. Face au journaliste, sa discrétion et sa fidélité, la parole se libère et le courage de ces hommes et de ces femmes menacés par leur propre communauté se dévoile, mot à mot, avec pudeur. Ces témoignages, parfois insoutenables, nous rappellent qu'au milieu du déchaînement de la violence et de la cruauté la plus indicible, des gestes d'humanité persistent.
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critiques presse (7)
Actualitte   08 avril 2021
Quand Là où tout se tait m'a récemment été offert suite à sa parution tout aussi récente, alors que le malaise ressenti précédemment est encore loin d'être totalement dissipé, cela a un peu « forcé la main » de mes lectures. Ce livre n'a en rien dissipé mon trouble. Bien au contraire.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LePoint   01 avril 2021
Dans le bouleversant « Là où tout se tait », Jean Hatzfeld, de retour à Nyamata pour ce sixième livre, donne la parole à ces Hutus qui ont sauvé des Tutsis.
Lire la critique sur le site : LePoint
LaCroix   15 mars 2021
Dans ce sixième récit consacré au génocide tutsi, Jean Hatzfeld est sur les traces de ceux qui se sont opposés à la violence.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LeFigaro   25 février 2021
Dans son nouveau livre, l’écrivain s’interroge sur le malaise qui étreint encore le Rwanda vingt-cinq ans après les faits.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Bibliobs   24 février 2021
Dans « Là où tout se tait », Jean Hatzfeld poursuit son œuvre sur le Rwanda. Un remarquable document, qui est aussi un admirable monument
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LeMonde   18 février 2021
Dans « Là où tout se tait », l’écrivain donne la parole aux quelques Hutu qui ont sauvé des Tutsi lors du génocide de 1994, au Rwanda. Le journalisme allié à la littérature, à nouveau, pour faire face à l’horreur.
Lire la critique sur le site : LeMonde
FocusLeVif   08 février 2021
A travers cinq livres, il a donné la parole aux victimes, puis aux génocidaires. Avec Là où tout se tait, l'auteur donne de la visibilité aux méconnus Justes hutus.
Lire la critique sur le site : FocusLeVif
Citations et extraits (4) Ajouter une citation
RockyRacoonRockyRacoon   20 juillet 2021
Être sauvée par lui d'une façon inimaginable, être allée le chercher à pied jusqu'à Gikongoro sans un petit baluchon pour le rechange, ça bouscule quand même les sentiments. C'était la gentillesse invincible.
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Flodopas78Flodopas78   03 juin 2021
A quoi bon se gâcher avec ces personnes. La déception, je m'y attarde plus autant. Je retourne à la prière. Prier, c'est ce qu'on m'a appris, c'est ce que je sais faire et qui me rapproche des autres un petit moment. Je pense toutefois que ces histoires de prières n'importent plus tellement. De toute façon, aucun pardon n'est possible.
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ArmelleAlxArmelleAlx   03 février 2021
Les gens me parlent bien de mes parents. Mais au moment des commémorations, personne ne dit plus rien sur eux, personne pour prononcer leurs noms. Plus de mémoire. ça me cause un chagrin profond.
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Flodopas78Flodopas78   03 juin 2021
Rarissime héros est un euphémisme sur les collines de Nyamata, car, on l'a vu, les premiers opposants ont été balayés par la soudaineté de la mobilisation meurtrière dès les premières heures jusque dans les paroisses et clubs de football, dispensaires et coopératives.
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Videos de Jean Hatzfeld (15) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean Hatzfeld
Table ronde proposée par le Monde Avec Florence AUBENAS, grand reporter au journal le Monde, Javier CERCAS, auteur, Jean HATZFELD, journaliste et écrivain, Franck NOUCHI, journaliste au Monde
Florence Aubenas, Javier Cercas, Jean Hatzfeld, tous les trois ont cherché, par le biais de l'écriture, à décrire la réalité. Parfois, en s'en tenant à cette dernière, d'autre fois en imaginant des romans sans fiction mais saturés de fiction. Sans parler de pures fictions, qui, toujours, s'inscrivent dans une réalité très forte. Qu'il s'agisse d'Enric Marco, le personnage central de L'Imposteur ou de Thomassin, celui de L'inconnnu de la Poste, la question est toujours la même : quel rapport un héros littéraire entretient-il avec son auteur ? Ces trois écrivains, par ailleurs journalistes (ou chroniqueurs dans le cas de Cercas) font-ils leurs la célèbre maxime de « L'homme qui tua Liberty Valance », le chef d'oeuvre de John Ford : « Quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende » ?
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