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EAN : 9782020962292
302 pages
Seuil (23/08/2007)
4.22/5   155 notes
Résumé :
Un matin brûlant de mai 2003, une file de prisonniers franchit les portes du pénitencier de Rilima, en chantant des alléluias. Ces anciens tueurs rwandais viennent d’être libérés, à la surprise de tous, notamment des rescapés qui les regardent s’installer à nouveau sur leurs parcelles, à Nyamata et sur les collines de Kibungo ou Kanzenze.

Que peuvent désormais se dire Pio et Eugénie, le chasseur et le gibier à l’époque des tueries dans la forêt de Kay... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
4,22

sur 155 notes
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carre
  13 janvier 2013
Jean Hatzfeld avec « La stratégie de l'antilope » continue d'explorer la barbarie humaine à travers le génocide Rwandais. Les tueurs sont de retour, dans les villages de leurs méfaits reprendre leur place laissée en 1994. Pour les survivants de leurs exactions, comment accepter de vivre à côté de leur bourreau ?
Hatzfeld avec la même rigueur, la même justesse donne la parole aux victimes et aux assassins, ces témoignages sont d'une force, d'une émotion palpable inimaginable. Au nom de la réconciliation est-il concevable une seule seconde de pardonner ou faire acte de contrition ?
Hatzfeld s'interroge aussi sur le sens de son travail, comment rendre au plus près les confidences des deux ethnies ? Comment ne pas les trahir en restituant leurs témoignages ?
Un livre douloureux, qui nous mets, nous occidentaux, devant notre responsabilité, notre trahison, notre lâcheté, comment nos gouvernants ont- pu fermer les yeux sur cette barbarie sans nom ?
Une tragédie intolérable, un livre indispensable.
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mariech
  26 juin 2016
La stratégie des antilopes , titre qui m'a intriguée , attirée par son côté mystérieux , poétique , qui évoque hélas une réalité horrible , je parle du genocide rwandais , le massacre des Tutsis par les Hutus en 1994 .La stratégie des antilopes c'est ce qui a permis à certains de survivre , gibier humain traqué impitoyablement , devenus du jour au lendemain des personnes à tuer , certains ont couru sans relâche d'un endroit à l'autre , dans les marais et dans les forêts , comme le font les antilopes traquées
Ce livre qui n'est pas un roman mais plutôt une succession de témoignages , de paroles recueillies de survivants et de bourreaux , pas de sensationnel , pas de phrases choc mais les mots d'hommes et de femmes , des Hutus et des Tsutsis , qui doivent vivre ensemble , revivre ensemble plutôt dix ans après les horribles massacres à coup de machettes .
En effet , le gouvernement à décidé de libérer la majorité des anciens 'coupeurs ' , c'est à dire , les Hutus qui ont massacré leurs voisins , amis , parfois même des parents .
Ce qui m'a interressé dans ce récit ce n'est pas le côté historique , pour ceux qui ça intéresse , il y a de nombreux articles disponibles sur internet , non c'est le côté humain , c'est de voir comment anciennes victimes et anciens bourreaux sont obligés de cohabiter .
Comment vivre près de celui qui a massacré votre famille ? , faut - il faire semblant de pardonner , faire semblant d'éprouver des remords pour les autres .
L'auteur ne dénonce rien , ne prend pas parti , tout au plus , donne la parole aux habitants qui doivent assister à des réunions de réconciliation , réunions voulues et monnayées par les pays occidentaux .
Et puis un des côtés fascinants de cette lecture , c'est de se rendre compte que la chance ou la malchance ne suit pas toujours une logique bienveillante , il y a des victimes qui ont tout perdu et qui ont pu reconstruire une vie meilleure qu'avant le massacre , d'autres qui peuvent à peine survivre car elles se retrouvent seules au monde , ce qui est inimaginable dans la mentalité africaine , des anciens bourreaux qui s'en tirent plus ou moins bien , toutes les cartes sont distribuées de façon totalement aléatoires .
On ressent aussi très fort le rôle important de la famille , de la réconciliation obligatoire entre les maris et femmes , la famille est le socle de la société et la réconciliation difficile mais nécessaire entre les deux ethnies , le pays a besoin de tous .
Toutes les personnes rencontrées disent qu'il faudra une génération pour que les blessures guérissent .Livre tout en nuances , en interrogations , qui oscille entre espoir et vision plus pessimiste de l'être humain , certains dans le camp des victimes , osent dire l'impensable , ce que nous occidentaux ne voulont pas entendre , un autre genocide est toujours possible , il faut si peu de choses pour que ça recommence .
Avant de terminer ma critique , je ne peux m'empêcher de mentionner le magnifique film Hotel Rwanda , un film inoubliable .
Voilà je termine ici ma critique , vous l'avez compris j'ai apprécié ce livre et vous le recommande .
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Romileon
  13 mai 2022
L'auteur, journaliste, retourne manifestement régulièrement au Rwanda depuis 1994, l'année du sinistre génocide au cours duquel 800 000 Tutsis ont été massacrés, coupés à la machette par leurs compatriotes, voisins, amis d'enfance hutus.
A la lecture de ce texte j'ai compris qu'il avait déjà écrit « Dans le nu de la vie » qui racontait par la voix des rescapés les 12 semaines épouvantables de tueries et dans « Une saison de machettes » la version des génocidaires rencontrés dans leur prison.
Quand en 2003, les portes de celles-ci s'ouvrent, c'est une ère nouvelle qu'entame le pays des mille collines, les milles collines quelle belle image pour désigner ce petit pays qui a vu une partie de son peuple se transformer en chasseur quand l'autre partie devenait le gibier…
Ce volume interroge sur la possible réconciliation des Tutsis et des Hutus car l'injonction vient du gouvernement. Il faut pardonner ! Mais comment y arriver ? Comment accorder à nouveau sa confiance ? Comment ne pas trembler quand au hasard d'un chemin, d'une piste on croise « l'avoisinant qui a coupé » toute votre famille, vous a poursuivi dans la montagne, pourchassé dans les marais ?
Jean Hatzfeld donne tout à tour la parole aux uns aux autres, parfois, leurs voix se mêlent donnant à comprendre toute la difficulté de ce défi. Car le Rwanda, si petit qu'il soit a besoin des bras robustes des Hutus, a besoin que les machettes défrichent les parcelles à l'abandon, que les forces hutues cultivent cette terre. Non pas que les Tutsis soient des feignasses, ce sont des pasteurs. Eux produisent lait et viande.
Il y a quelque chose de terrible que de lire les ressentis des victimes face à face à nouveau avec leurs bourreaux.
Il y a quelque chose de révoltant dans les excuses (Pas De pardon, non. Personne ne demande pardon !) que l'on devine peu sincères formulées par les génocidaires qu'ils avancent par calcul, pour sortir de prison, reprendre leur vie comme si quasiment rien ne s'était passé.
Il y a quelque chose comme de l'injustice à deviner le désarroi des rescapés qui voient les monstres d'hier redevenir prospères alors qu'eux tentent tant bien que mal de recommencer leur vie.
Il y a quelque d'effroyable de saisir le contraste entre la douceur du Rwanda et la folle brutalité du printemps 94.
Bouleversant !
Merci au Challenge Solidaire qui a suggéré la lecture de cet auteur que je ne connaissais pas. Je lirai probablement les 1ers récits qu'il a consacré au Rwanda
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thedoc
  02 septembre 2016
« La stratégie des antilopes » est le troisième livre de Jean Hatzfeld consacré au génocide au Rwanda en 1994 et qui prend la suite des deux précédents, « Dans le nu de la vie » et « Une saison de machettes ». Si le premier était consacré au recueil des témoignages des rescapés et le second à ceux des tueurs hutus, ce dernier ouvrage revient, quelques années plus tard, vers tous les personnages des deux précédents tomes, hantés par le souvenir des fantômes qui les entourent désormais.
En janvier 2003, un communiqué officiel inattendu du président rwandais annonce à la radio la libération d'une première vague de 40 000 détenus, tous des grands tueurs condamnés pour génocide, dans six pénitenciers du pays. C'est suite à cette décision que le journaliste retrouve sur les collines entourant Nyamata la bande de Hutus qui a participé à « Une saison de machettes », au côté des rescapés tutsis qu'il avait interrogés dans son premier livre.
Car après le sang et l'horreur, un nouveau voisinage hallucinant s'instaure, celui des bourreaux et des victimes. Tous doivent réapprendre à vivre ensemble au nom de la réconciliation nationale. Cette « réconciliation » est avant tout politique afin de reconstruire un pays qui, pour se relever de ses cendres, a besoin des Tutsis tout comme des Hutus, si ce n'est plus. Parcelles en friche, femmes hutus trop longtemps seules, manque de cultivateurs,… si le pays doit renaître, cela ne peut être qu'avec l'aide des anciens tueurs qui sont une main d'oeuvre et une force vive non négligeable.
Jean Hatzfeld découvre et nous décrit cette cohabitation forcée jamais vue auparavant. D'un ton toujours neutre, l'écrivain interroge, observe et laisse avant tout la parole à ses interlocuteurs. Si l'amour et le respect du journaliste pour ce pays transparaît à travers ses mots, il reste clairvoyant sur la situation présente, extrêmement éprouvante pour les rescapés.
Contraints les uns comme les autres à se croiser, voire à se reparler, Hutus et Tutsis réagissent différemment mais tous ont eu des consignes de la part des autorités. Tandis que les tueurs doivent se faire humbles et discrets, serviables et repentants ; les rescapés, eux, doivent se montrer conciliants et montrer bonne figure… au nom de l'avenir du Rwanda. C'est seulement dans l'intimité de leur foyer que les rescapés osent exprimer au journaliste leur colère et leur tristesse, ainsi que leur immense frustration de ne pouvoir dire clairement ce qu'ils ressentent. N'ayant pas le droit de parler directement à un Hutu des tueries, ils sont lésés de leurs paroles tout comme de leurs émotions.
Si les « gaçaça », anciens tribunaux populaires remis en vigueur dans les villages face à la pénurie de magistrats, permettent aux victimes d'obtenir des aveux de la part des tueurs, ils restent controversés et insuffisants. Mise en scène, mascarade, beaucoup n'y voient qu'un moyen pour les anciens génocidaires de livrer une partie de la vérité mais surtout d'obtenir un pardon politique bien facilement gagné.
Ce troisième ouvrage nous décrit donc le Rwanda post-génocidaire, un Rwanda qui peu à peu reprend vie, retrouve les couleurs de ses marchés, s'ouvre à la modernité mais qui reste peuplé d'une population traumatisée et scindée en deux. Si la cohabitation, fragile, est bien là et révèle parfois des histoires encourageantes, la confiance n'existe plus entre les Hutus et les Tutsis. Les préjugés sur chacun sont d'ailleurs peut-être plus virulents qu'auparavant…Et il faudra certainement plusieurs générations avant que la vraie réconciliation ait lieu…
Enfin, dans ce livre, Jean Hatzfeld pose une question essentielle : comment se reconstruire lorsque l'on doit vivre au côté de son bourreau ? Livre sur le souvenir et le pardon, il est celui qui pousse la plus loin la réflexion sur l'humain.
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Malaura
  24 juin 2011
Récompensé par le Prix Médicis 2007, sans doute l'un des livres le plus bouleversant consacré au génocide rwandais !
Jean Hatzfeld, ancien grand reporter à Libération, s'était déjà penché sur cette affreuse tragédie dans « le nu de la vie » d'abord, qui racontait le massacre des Tutsis par les miliciens Hutus et recueillait la parole des survivants de cet horrible drame ; puis dans « Une saison de machettes », qui donnait cette fois la parole aux tueurs, ces derniers racontant froidement toutes les atrocités qu'ils avaient commises.
« La stratégie des antilopes », troisième opus sur ce génocide, décrit cette fois d'étranges retrouvailles.
Moins de 15 ans après les terribles évènements du printemps 1994 qui ont vu 70% de la population Tutsis massacré à coup de machette, l'Etat rwandais entame une politique de réconciliation, libérant ainsi des pénitenciers les grands tueurs condamnés pour génocide.
Voilà donc les victimes obligées de vivre aux côtés de leurs bourreaux !
Bon gré mal gré, les uns et les autres sont contraints de se retrouver, de cohabiter, dans l'amertume, la tristesse, la peur.
Jean Hatzfeld donne de nouveau la parole aux principaux protagonistes, survivants ou tueurs de ses atrocités.
Et si les anciens bourreaux montrent plus de gêne que de remords, les victimes, elles, expriment avec beaucoup d'émotion, dans une langue empreinte de belgicisme et étonnement poétique dans son oralité, les difficultés de ces retrouvailles forcées.
Les survivants parlent ici des difficultés de croiser au jour le jour ceux qui, il n'y a pas si longtemps, décimaient leurs enfants, leur famille.
Victimes et survivants, qui ont mené l'existence du gibier et connu la peur de l'animal traqué, contemplent maintenant la réussite de leurs assassins au quotidien.
Jean Hatzfeld nous livre avec « La stratégie des antilopes » un témoignage certes un peu répétitif mais non moins bouleversant, un livre qui porte en lui un terrible enseignement : le prix bien peu élevé d'un génocide !
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Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
carrecarre   14 octobre 2012
Le génocide peut se photographier après...
Pour convaincre les esprits incrédules et contrecarrer les négationnistes.
Mais l'intimité du génocide appartient à ceux qui l'on vécu, à eux de devoir la dissimuler, elle ne se partage pas avec n'importe qui.
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carrecarre   28 octobre 2012
Dieu ne pouvait peut-être pas se bagarrer contre tous les fauteurs. Je crois toujours en lui, parce que sinon ce serait trop risquant. Mais il n'est plus toute nos chances et je ne compte plus du tout sur lui comme auparavant.
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chartelchartel   26 mars 2008
On parle moins du passé. Ce n’est pas l’oubli, mais le temps, qui nous propose des améliorations. Toutefois quand la sécheresse se présente, quand l’argent se cache, quand la nourriture se fait rare, la peur se présente à la porte… Quand le visage se lasse, quand la terre ne donne rien sauf des problèmes, quand on ne trouve plus de parents sur qui s’épauler, tous les souvenirs du génocide se montrent de nouveau très préoccupants.
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carrecarre   28 octobre 2012
La mort n'est plus angoissante, je n'espère pas son arrivée, mais elle ne fait plus peur. La mort amène le repos aussi. Dans les marais, on voyait que les morts se trouvaient exemptés de menaces, de courses, surtout de coups de machette.
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GuyMontagGuyMontag   09 octobre 2016
Reviennent alors à l'esprit ces questions sans réponses qu'on se pose en boucle à propos de la Shoah. Pourquoi dans une Allemagne nappée de bombes par les aviations alliées, qui réduisaient en charpie des zones industrielles et des villes, pas un obus ne tomba sur l'une des lignes de chemin de fer si visibles dans les plaines à patates polonaises ou allemandes qui, de toute l'Europe, menaient les trains de la déportation vers les six camps d'extermination ? Ou, pourquoi aucun des quatre-vingt-cinq convois qui déportèrent les Juifs de France vers ces camps ne subit d'avanie, ne fut saboté par la Résistance française, qui par ailleurs fit dérailler ou immobiliser des dizaines de trains transportant munitions, vivres, troupes et parfois prisonniers politiques ? Aucun train attaqué en gare ou en pleine campagne, pour délivrer dans une opération de partisans, en même temps que les Juifs entassés dans les fourgons, une information essentielle sur leur extermination en cours ?
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Videos de Jean Hatzfeld (15) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean Hatzfeld
Table ronde proposée par le Monde Avec Florence AUBENAS, grand reporter au journal le Monde, Javier CERCAS, auteur, Jean HATZFELD, journaliste et écrivain, Franck NOUCHI, journaliste au Monde
Florence Aubenas, Javier Cercas, Jean Hatzfeld, tous les trois ont cherché, par le biais de l'écriture, à décrire la réalité. Parfois, en s'en tenant à cette dernière, d'autre fois en imaginant des romans sans fiction mais saturés de fiction. Sans parler de pures fictions, qui, toujours, s'inscrivent dans une réalité très forte. Qu'il s'agisse d'Enric Marco, le personnage central de L'Imposteur ou de Thomassin, celui de L'inconnnu de la Poste, la question est toujours la même : quel rapport un héros littéraire entretient-il avec son auteur ? Ces trois écrivains, par ailleurs journalistes (ou chroniqueurs dans le cas de Cercas) font-ils leurs la célèbre maxime de « L'homme qui tua Liberty Valance », le chef d'oeuvre de John Ford : « Quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende » ?
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