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ISBN : 2021162583
Éditeur : Seuil (06/03/2014)

Note moyenne : 4.19/5 (sur 8 notes)
Résumé :
En trois livres d'une portée internationale, Jean Hatzfeld a écrit un triptyque du génocide tutsi perpétré au Rwanda en 1994, et cet ensemble est proposé pour la première fois en un seul volume, afin de faire apparaître l'ampleur et l'articulation de cette œuvre d'écoute et d'interrogation. Le premier tome (Dans le nu de la vie), paru en 2000, s'intéresse aux rescapés tutsis, le deuxième (Une saison de machettes, 2003) aux tueurs hutus, et le troisième (La Stratégie... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
thedoc
  02 septembre 2016
Trois livres rassemblés en un seul pour raconter le génocide au Rwanda en 1994 : le génocide subi par les Tutsis dans « Dans le nu de la vie » (2000), le génocide commis par les Hutus dans « Une saison de machette » (2003), l'après génocide dans « La stratégie des antilopes » (2007) lorsque bourreaux et victimes se font face et doivent revivre ensemble. Jean Hatzfeld a ainsi recueilli les témoignages de 26 personnes au total, anciens tueurs hutus et rescapés tutsis.
Chaque ouvrage mérite une critique à part entière, que j'ai par ailleurs rédigée sur Babélio. L'intérêt ensuite de lire à la suite ces trois livres est d'avoir une vue d'ensemble sur ces destins et de voir l'évolution de leur vie et de leur ressenti au fil des années.
Tout comme Jean Hatzfeld, nous nous attachons à Innocent, Marie-Louise, Francine et Berthe qui nous touchent par leurs vies brisées; tout comme lui nous frémissons aux paroles d'Adalbert, d'Ignace, de Pio et de Fulgence qui nous plongent dans une stupeur horrifiée face à la banalisation de leurs actes ; enfin, tout comme lui, nous découvrons un difficile équilibre qui s'installe sur les collines, lorsque les bourreaux et les victimes se retrouvent à cohabiter. Si certains rescapés reprennent goût à la vie et essaient de laisser derrière eux ces mois de tueries, certains, la plupart, ne peuvent s'en détacher. Quant aux anciens tueurs, peu évolue dans leur mentalité, s'apitoyant surtout sur leur propre sort.
Le style de Jean Hatzfeld est neutre, toujours posé. Pas d'effusion, pas de voyeurisme, pas d'indignation. Comme il l'a voulu, ce sont les paroles de ses interlocuteurs qui s'adressent au lecteur, tandis que l'écrivain disparaît derrière. le génocide au Rwanda, ce sont eux qui l'ont vécu. A eux d'en parler avant tout. Les marais, la forêt de Kayumba, nous les découvrons sous leurs mots au moment des tueries : le sang qui baigne les papyrus, les eucalyptus trop fins dans la forêt qui empêchent de se cacher et qui obligent à toujours courir, toujours bondir, sans arrêt, toute la journée, comme l'antilope devant le chasseur. « Nonante-quatre » comme le disent les Rwandais se dévoile également sous les paroles froides, méfiantes, jamais vraiment sincères des prisonniers de Rilima. Enfin, les espoirs et les regrets de chacun, ce sont encore eux qui en parlent le mieux.
Mais si « Récits des marais rwandais » constitue avant tout un recueil essentiel sur le génocide au Rwanda, c'est également un texte qui révèle toute la beauté d'un pays. Descriptions des collines, des fleurs colorées, des multitudes d'oiseaux qui peuplent les arbres aux noms exotiques. Marchés aux odeurs alléchantes et aux pagnes chatoyants, cabarets avec ses indétrônables buveurs d'urwagwa et de Primus, vélos-taxis aux selles rutilantes.
Jean Hatzfeld aime le Rwanda et ses habitants, et il sait le faire partager à ses lecteurs. Il ne pouvait être que le mieux placé pour parler de l'indicible qui s'y est produit.
On ressort de cette lecture plein d'images hallucinantes, belles et noires. Et on garde longtemps en mémoire les personnages bien réels qui peuplent ces récits.
Un ouvrage essentiel et indispensable sur ce sujet, qui fait frémir et énormément réfléchir.
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mimipinson
  09 août 2015
« Quand il y a eu un génocide, il peut y en avoir d'autre, n'importe quand à l'avenir, n'importe où, au Rwanda ou ailleurs ; si la cause est toujours là et qu'on ne la connait pas. »
Le génocide rwandais est récent à l'échelle du temps. Si des auteurs rwandais se sont déjà "emparés" des évènements pour la fiction, les historiens en sont encore aux balbutiements.
Jean Hatzfeld, journaliste mène depuis des années un travail d'investigation au coeur des marais rwandais où ont eu lieu les massacres tant auprès des victimes, des assassins que des descendants de victimes.
Trois ouvrages parus respectivement en 2000, 2003, et 2007 ont été réunis en un seul volume. Et c'est une excellente idée.
Englebert des colline suivra en 2014, puis Un papa de sang prochainement chez Gallimard ( cf. mon avis de lecture dès parution).
Trouver en un seul volume permet au lecteur de lire dans la foulée des ouvrages qui pris séparément auraient pu être dépassés par d'autres.
Parce que j'avais fait la connaissance d'Englebert, et que surtout qu'il m'a été donné l'occasion de lire la suite (sans qu'il soit impératif de suivre la chronologie) des premiers ouvrages, j'ai fortement souhaité approfondir le sujet, rarement traité par ailleurs.
Il faut saluer l'énorme travail d'investigation, et de préparation de l'auteur, ainsi que son engagement humain auprès d'hommes et de femmes auxquels il cède le devant de la scène pour se livrer avec un naturel et une sincérité qui émeut d'emblée.
Si les témoignages des rescapés sont souvent poignant tant pas la teneur de leurs propos et de l'atrocités des faits, que par l'esprit de sagesse qui s'en dégage, j'ai été encore plus interpellés par la parole des assassins, la facilité avec laquelle chacun d'entre nous peut sombrer du mauvais côté, et surtout l'étrange sentiment d'impuissance et de fatalisme qui ressort de ces derniers.
« Dans le marais il suffisait de fouiller et de tuer jusqu'au coup de sifflet final. »
« Pendant les tueries, je ne considérais plus rien de particulier dans la personne tutsie, sauf qu'elle devait être supprimée. »
Au-delà des témoignages, et veillant à se mettre l moins possible en avant, Jean Hatzfeld se veut aussi "pédagogue" en établissant les similitudes et différences avec la Shoah. Peu importe le nombre, et les moyens employés, un génocide reste un génocide.
La troisième partie du travail de Jean Hatzfel est consacré à l'après, et à l'inévitable retour des bourreaux au milieu des survivants. Les récits des uns et des autres montrent l'impossible pardon, le nécessaire travail de surpassement pour continuer à vivre, mais surtout l'extrême fragilité des choses quand chacun se voit contraint de cohabiter avec l'autre…
Voilà une lecture poignante, instructive à plus d'un titre ; trois ouvrages construits avec intelligence, écrit avec élégance, et chose rare avec toute la retenue de son auteur qui a su rester en retrait chaque fois qu'il le fallait.
Un livre qui ne se laissera pas oublier de sitôt.

Lien : http://leblogdemimipinson.bl..
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Pottz
  23 janvier 2016
Un livre à lire pour essayer, j'ai bien dit essayer, de comprendre ce qui s'est passé en 1994 au Rwanda.
C'est un livre dur, intense, mais tellement important et nécessaire pour apprendre comment la folie humaine peut se propager...
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PascalMalosse
  06 mai 2019
J'ai lu "une saison de machettes", les réponses de génocidaires sont sidérantes, mettent en exergue la banalité du mal, désormais une terrible évidence. Cependant les commentaires de Hatzfeld et les nombreux rapprochements avec la Shoah m'ont laissé perplexe. Intellectuellement les événements me semblent si différents que j'ai eu du mal à m'intéresser aux comparaisons énoncées
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
thedocthedoc   06 août 2016
Ce qui s'est passé à Nyamata, dans les églises, dans les marais et les collines, ce sont des agissements surnaturels de gens bien naturels. Voilà pourquoi je dis cela. Le directeur de l'école et l'inspecteur scolaire de mon secteur ont participé aux tueries à coups de gourdins cloutés. Deux collègues professeurs [...]. Un prêtre, le bourgmestre, le sous-préfet, un docteur, ont tué de leurs mains. [...]
Ces gens bien lettrés étaient calmes, et ils ont retroussés leurs manches pour tenir fermement une machette. Alors, pour celui, qui comme moi, a enseigné les Humanités sa vie durant, ces criminels-là sont un terrible mystère.
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thedocthedoc   02 septembre 2016
Admettre mon obsession pour l'histoire de ce génocide, et inévitablement des autres génocides. Reconnaître l'attraction de cet événement inouï, la sensation de vertige. Ne pas omettre l'excitation à parcourir les collines en camionnette. Evoquer le dégoût, les impressions malsaines qui ne vous lâchent plus, auxquelles se mêlent l'impression de vivre de près, de façon inenvisageable auparavant, un désastre de l'Histoire jusque-là seulement abordé par des livres, des films et des journaux, qui chamboule, puis dévie un itinéraire de journaliste.
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mimipinsonmimipinson   09 août 2015
Quand il y a eu un génocide, il peut y en avoir d’autre, n’importe quand à l’avenir, n’importe où, au Rwanda ou ailleurs ; si la cause est toujours là et qu’on ne la connait pas.
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mimipinsonmimipinson   09 août 2015
Pendant les tueries, je ne considérais plus rien de particulier dans la personne tutsie, sauf qu’elle devait être supprimée.
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mimipinsonmimipinson   09 août 2015
Dans le marais il suffisait de fouiller et de tuer jusqu’au coup de sifflet final.
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Videos de Jean Hatzfeld (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean Hatzfeld
Laurent Nunez, Jean Hatzfeld, Valérie Manteau : quand les mots leur manquent .
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