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ISBN : 2070106799
Éditeur : Gallimard (30/11/-1)

Note moyenne : 3.71/5 (sur 34 notes)
Résumé :
Jean Hatzfeld revient sur les collines de Nyamata, au bord de ses marais, vingt ans après le génocide. Il donne la parole ici non plus aux tueurs et aux rescapés dont les récits peuplaient ses précédents livres, mais à leurs enfants.
Ils n’ont pas connu les machettes, mais ont grandi dans leur souvenir. Ils s’appellent Idelphonse, Fabiola, Immaculée, Fabrice, sont lycéens, couturiers ou agriculteurs. Ils partagent le génocide en héritage, mais pas du tout la ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
thedoc
  05 avril 2019
Dans ce 5e volume consacré au génocide rwandais, Jean Hatzfeld, journaliste et écrivain, revient 20 ans plus tard sur les lieux où il a recueilli les premières paroles des protagonistes, victimes et bourreaux.
Il s'intéresse cette fois-ci aux enfants de rescapés tutsis et génocidaires hutus. Certains sont nés pendant ou peu de temps après le génocide, d'autres étaient déjà là au moment des tueries. Comme dans ses précédents ouvrages, le journaliste nous propose des témoignages sans fard où l'on entend une langue particulière, marquée culturellement de l'ancienne présence belge et donnant des intonations à la fois désuètes et poétiques.
Au fil des paroles de ces enfants de père "soit coupé, soit puni", on découvre une jeunesse qui vit dans le souvenir d'un passé traumatisant pour les uns comme pour les autres. L'histoire de leurs parents, ils la découvrent par bribes à travers les réflexions des camarades d'école, ils la découvrent ensuite dans les cours d'Histoire. A l'heure d'Internet, les vidéos et articles font le reste...Mais parler de ces événements avec leurs parents reste le plus difficile. Compliquée chez les familles tutsies, la parole est quasiment impossible dans les familles de génocidaires où la honte et la culpabilité dominent.
Entre les jeunes aussi, le même silence dès qu'il s'agit d'aborder cette période. Alors que cette jeunesse aspire aux mêmes plaisirs et aux mêmes loisirs - la musique, le cinéma, Facebook, le foot... - elle s'impose une limite dès que les anciennes ethnies se font jour. Car même si les directives gouvernementales excluent désormais les mots hutu et tutsi du langage de la société rwandaise, même si les mentions ethniques ont disparu des formulaires, suffisamment de signes perdurent pour rappeler à chacun ce qui fut et ce qui reste dans les mémoires.
Ainsi, si les programmes scolaires accordent à juste titre de l'importance à l'histoire du génocide, ils utilisent le terme unique de "génocide tutsi" , expliquant ainsi qu'une ethnie a tenté d'en exterminer une autre. N'importe quel enfant en déduit ensuite quelle ethnie a levé la machette... Dans cette volonté de réconciliation voulue dès les premiers temps par Paul Kagame afin de reconstruire le pays au plus vite, un sentiment d'injustice et des rancoeurs demeurent et de nouvelles inégalités se font jour.
Enfant de tutsi, enfant d'hutu, tous ont vu leur vie bouleversée par cette "chose extraordinaire" qu'a été le génocide. Comment devenir soi dans un univers tellement singulier ? Comment faire la différence entre le père aimant et le génocidaire ? Comment grandir et se projeter dans l'avenir dans un pays rempli de fantômes ? le seul rempart commun à tous est semble-t-il la religion. Tous évoquent Dieu, le seul à même de vraiment pardonner et d'apaiser les tensions persistantes. Tous manifestent également un respect sans faille vis à vis de leurs parents, victimes ou bourreaux.
Enfin, ceux et celles qui ont un "papa de sang", ceux qui sont nés du chaos après que leur mère tutsi se soit faite violer (près de 20 000 enfants sont nés dans l'enfer des viols collectifs et répétés commis pendant le génocide) sont peut-être le symbole de ce fameux "miracle rwandais". Car le pays s'est reconstruit, au point de se présenter maintenant comme l'une des meilleures réussites économiques du continent, même s'il reste dépendant de l'aide internationale. Si le mot "réconciliation" demeure fragile, une cohabitation s'est instaurée et avec elle, l'espoir pour tous ces jeunes de voir briller leur avenir.
Immaculée, Fabiola, Idelphonse, Fabrice, Ange... Ils rêvent de devenir couturier, journaliste, artiste, agriculteur, danseur. Ils ne se voient pas quitter leur colline ou bien rêvent de partir à Kigali, voire en Italie.
Ce sont les jeunes rwandais d'aujourd'hui, simplement et uniquement. Et on leur souhaite tout le bonheur du monde.
Encore un ouvrage essentiel de Jean Hatzfeld qui nous offre un formidable tableau du Rwanda actuel au moment où l'on commémore les 25 ans du génocide.
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nanek
  08 décembre 2018
Récits d'une résilience d'un peuple qui soigne ses plaies encore béantes.
Parce que le génocide n'est pas encore une histoire refermée, nous retrouvons les enfants des victimes et des bourreaux.
Certains tentent d'oublier cette enfance construite dans la honte, la culpabilité, les silences.
D'autres plaident pénitence ou justice envers ce défoulement bestial.
Les souvenirs sont racontés, ça et là, avec pudeur pour certains et rancoeur voir rage pour d'autres.
L'avenir qui sortira de cette enfance envenimée reste incertain, accroché à une foi inébranlable en Dieu.
Mon regard d'enfant de l'époque , à lui aussi évolué. Passant de l'incompréhension à une envie de comprendre.
La nécessaire humilité qu'impose l'histoire tourmentée de ce petit pays abandonné dans ce mois fou , la force de cette politique de réconciliation me semble devoir être observée et racontée. Merci pour le travail de cet écrivain qui m'aide à sa manière à évacuer un traumatisme observé petit , dans une moindre mesure évidemment mais toujours présent aussi malheureusement.
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psambou
  21 septembre 2015
C'est le premier Hatzfeld que je lis, et sans hésitation je récidiverai, pour la beauté du langage. Au Rwanda, les enfants des rescapés et assassins du génocide, devenus jeunes adultes parlent : des pères absents engloutis dans les marais et enfermés dans les prisons ; des perspectives d'avenir ; des non-dits entre "avoisinants" ; des sentiments refoulés et de la tentative de réconciliation nationale que l'on sent fragile au travers des paroles recueillies. Pas de jugement. L'auteur-journaliste, cueilleur de mots, de maux, d'espoirs et de rêves, transmets ceux-ci avec des phrases aux métaphores inégalables : un gardien qui tranche la visite ; une réponse sans zigzags ; marcher en foule, naître d'une semence de violence ; planter le manger , entourer d'apaisements, .......qui donnent à ces témoignages force et précision, mais aussi retenue et pudeur.
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jg69
  17 octobre 2015
Un génocide en héritage
Comment vit-on en étant enfant d'un papa tueur ou enfant d'un papa victime, comment vit-on avec une maman traumatisée et comment parvient-on à vivre ensemble, enfants de tueurs et enfants de victimes?
Jean Hatzfeld a construit son récit à partir des témoignages de jeunes de 16 à 23 ans, habitants d'un village Nyamata du Rwanda qu'il connait bien depuis des années. Il a écrit plusieurs ouvrages sur le Rwanda, c'est la première fois qu'il donne la parole aux enfants de ceux qui ont été soit tueurs (à la machette..), soit victimes lors du génocide de 1994 qui a vu deux ethnies s'affronter. En un mois, dans ce village, 50 000 des 58 000 Tutsi ont été massacrés dans les marais par les Hutus.
Ces jeunes parlent de "parents coupés", "d'enfance gênée", "de racines qui se sont nouées dans l'angoisse ". Ils évoquent les insultes reçues sur le chemin de l'école, les viols perpétrés pendant le génocide, viols dont certains d'entre eux sont issus.
Certains parlent de leurs parents qui se sont réfugiés dans l'alcool, qui négligent leurs enfants, des souvenirs et de l'angoisse qui resurgissent en particulier lors de la Semaine de deuil, du refuge qu'eux-mêmes peuvent trouver dans la religion ou de la perte de la foi de certains d'entre eux, de la perte de grands-parents qui les prive d'une partie de leur histoire...

On comprend les questions que ces jeunes se posent, questions qu'ils ne parviennent souvent que difficilement à poser à leurs parents. On voit comme, autant dans une famille tutsi la parole est possible, autant dans une famille hutu le mensonge ou le silence règne.
Les familles tutsies ont pour souci de transmettre leur histoire à la génération de leurs enfants et oscillent entre idées de vengeance et pardon. Les familles hutus doivent parfois vivre avec le rejet de leur propre famille et de leurs amis et, de façon générale, souffrent du regard portés sur eux et éprouvent de la honte.
Les enfants des deux camps se côtoient notamment à l'école mais la méfiance persiste entre eux malgré la politique de réconciliation nationale.
A noter le respect absolu de ces jeunes pour leurs parents, leur reconnaissance de leur avoir fait don de la vie, aucun ne juge ses parents, il n'y a aucune haine envers leurs parents bourreaux mais pas de déni non plus. Il est surprenant de voir qu'ils ne sont pas capables d'avoir un regard critique ou réprobateur sur leurs parents. Il est par contre rassurant de voir qu'ils parviennent, malgré ce terrible héritage, à se projeter dans l'avenir.
Jean Hatzfeld restitue à merveille la langue magnifique, précise et très imagée des rwandais, il y mêle sa propre voix pour introduire chaque témoignage.
C'est un livre dur, bien entendu, par son sujet mais il y a peu de descriptions de scènes de massacre qui rendraient le récit insoutenable. Seule l'évocation du meurtre d'Ernestine est épouvantable.
Ce que j'ai trouvé vraiment très intéressant dans cet ouvrage c'est bien entendu l'histoire mais également la très belle musique de la langue française du Rwanda qui contribue à nous plonger dans leur univers, dans leur vie quotidienne faite de travail et de solidarité.
A lire absolument.

Lien : http://leslivresdejoelle.blo..
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annicks
  25 janvier 2016
Plus de 20 ans après le massacre des Tutsis par les Hutus au Rwanda,Jean Hatzfeld dans ce cinquieme livre sur ces évènements, nous donne à lire un récit dur et fort de témoignages d'enfants de tueurs et de victimes, jeunes adultes aujourd'hui.
Il ne cherche pas à nous expliquer, il nous met en situation d'écouter des paroles qu'il nous transmet littéralement et littérairement en respectant richesse orale, poésie, néologismes,rythme.Des paroles qui interpellent et font réfléchir sur l'amour des enfants pour leurs parents' (inconditionnel?),et les souffrances, sur la mémoire, la transmission, et surtout le Pardon.
Un livre sombre et lumineux, bouleversant sur le fond,étonnant et convaincant sur la forme.
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critiques presse (3)
LaPresse   10 novembre 2015
Des récits de vie, sans fard, rendus dans un parler rwandais pétri de figures de style, d'une poésie inouïe.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Bibliobs   08 octobre 2015
Jean Hatzfeld donne la parole à de jeunes Rwandais qui ont l'âge des massacres. Sacré livre.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LeFigaro   07 octobre 2015
À travers ce nouveau volet de son ambitieuse fresque littéraire, Jean Hatzfeld offre un témoignage singulier sur le génocide rwandais.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (43) Voir plus Ajouter une citation
naneknanek   23 novembre 2018
"Je crois que le génocide ne s'est jamais éloigné de mes oreilles d'enfant. J'ai toujours vécu avec ce brouhaha. Dès l'âge de cinq ans, peut-être avant, je savais que des gens avaient été malmenés dans une terribles situation. Mais c'était des paroles qui volaient sans se poser. Si des connaissances de passage en causaient, si les parents l'évoquaient, je les voyait très bousculés. C'était tremblant, je m'éloignais. Ces paroles effrayaient trop pour que je tente de les imaginer. Elle me repoussaient. Je refusais d'écouter en cachette comme on aime écouter les intimités de ses parents."
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rkhettaouirkhettaoui   26 août 2015
C’est à l’âge de la jeunesse qu’on devient frustrée de ne pouvoir sortir derrière les camarades, lorsque presse l’envie d’ambiancer et de s’élancer joyeuse, de s’exciter en compagnie. Aller danser le samedi au cabaret, s’amuser de la musique en bagatelles avec les garçons. Depuis que je suis adolescente, je me crois mal regardée, bien que je me voie jolie. Je me tiens en retrait de moi-même, je me montre réticente à l’encontre de mon âge. J’ai été repoussée de l’école maintes fois faute d’argent, de façon que je termine les humanités à vingt ans.
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thedocthedoc   05 avril 2019
Partir loin pour oublier tout ça ? Est-ce que j'y pense ? Non, si on naît dans un pays, il faut supporter son passé. Toutefois, ici, la solitude me piège. Etre cultivateur, ça pousse à l'éloignement, être fils de prisonnier, ça pousse encore à plus d'éloignement. Je m'ennuie, je peine. Je trébuche et vois mon existence un peu gâchée. Au fond, je ne me réveille pas tranquille.
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naneknanek   25 novembre 2018
"Quand un peuple s'est vu exterminé une fois, il ne se dit plus hors de danger. Des fauteurs ont rapporté de RIlima une méchanceté comparable à celle qu'ils emportaient à leurs entrée. Vigilance, n'écoutons pas ceux qui prétendent la page tournée. On ne compte pas les anciens tueurs qui feintent. L'humain ne se débarrasse jamais d'une existence animale passée."
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thedocthedoc   04 avril 2019
Quand un peuple s'est vu exterminé une fois, il ne se dit plus hors de danger. Des fauteurs ont rapporté de Rilima une méchanceté comparable à celles qu'ils emportaient à leur entrée. Vigilance, n'écoutons pas ceux qui prétendent la page tournée. On ne compte pas les anciens tueurs qui feintent. L'humain ne se débarrasse jamais d'une existence animale passée.
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