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ISBN : 2020679132
Éditeur : Seuil (12/01/2005)

Note moyenne : 4.16/5 (sur 172 notes)
Résumé :

En 1994, au Rwanda, 800 000 Tutsis ont été massacrés, en douze semaines, par leurs concitoyens hutus. Soit près de 10.000 personnes par jour, principalement à la machette. Jean Hatzfeld, journaliste à "Libération", avait déjà rendu compte de ce génocide sans précédent en donnant la parole aux rescapés des massacres de la région de Nyamata dans un témoignage bouleversant, "Dans le nu de la vie. Récit des marais rwandais": sur une population de 59.000 personne... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
carre
  03 juillet 2012
Il y a des livres comme celui de Jean Hatzfeld qui vous bouleverse bien au-delà de l‘imaginable, cette plongée au coeur du génocide Rwandais, vous secoue les tripes, vous met le coeur à l‘envers. Comment des hommes, des maris, des pères, des frères sont devenus ces monstres de cruautés du jour au lendemain ?Les Hutus vont pendant plusieurs semaines assassinés méthodiquement plus de 800000 tutsies, avec cet insoutenable rythme calqué sur un journée de travail ordinaire. Hatzfeld donne la parole à dix des leurs, le récit prend toute sa force dans ces aveux, l'horreur au quotidien, l'abominable, cette traque implacable, inhumaine, ou chacun fait « le boulot » sans réfléchir.
Hatzfeld entrecoupe les témoignages de ces assassins pour faire un parallèle avec la Shoah. montrant que les mécanismes pour arriver à une telle tragédie sont malheureusement les mêmes. Il suffit de peu pour réveiller les haines viscérales, amenant à des massacres à jamais marqué du sceau de la honte et de l'abject.
A l'image de l'un des bourreau tentant une explication rationnelle, tout impossible qu'elle est :"Tuer, c'est très décourageant si tu dois prendre toi-même la décision de le faire, même un animal. Mais si tu dois obéir à des consignes des autorités, si tu as été convenablement sensibilisé, si tu te sens poussé et tiré; si tu vois que la tuerie sera totale et sans conséquence néfastes dans l'avenir, tu te sens apaisé et rasséréné. Tu y vas sans plus de gène...."
Tout est dit.
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thedoc
  23 août 2016
Après avoir recueilli les témoignages des rescapés Tutsis dans son livre "Le nu de la vie" en 2000, le journaliste Jean Hatzfeld se tourne cette fois-ci, trois ans plus tard, vers les bourreaux du génocide rwandais, les tueurs Hutus.
Les protagonistes de ce livre, c'est tout d' abord une bande de copains hutus , tous fils de cultivateurs, vivant sur les trois collines de Kibungo, N'tarama et Kanzenze, là où le journaliste avaient interrogé les rescapés. Ils s'appellent Adalbert, Pancrace, Alphonse, Jean-Baptiste, Elie... Après leurs activités journalières, ils avaient pour habitude de partager ensemble au cabaret une Primus, la bière locale, et d'aller chahuter quelques Tutsis. Tous ont grandi en entendant les discours haineux antitutsis de leurs aînés, et paradoxalement, ils en côtoient chaque jour en bonne entente. Cultivateur, enseignant, ancien militaire ou même apprenti vicaire, tous ont saisi la machette et tué à maintes reprises lorsque le génocide a été lancé le 11 avril 1994. Tous ont accepté de parler de cette époque qu' ils qualifient de "surnaturelle" à Jean Hatzfeld.
La démarche du journaliste dans "Une saison de machettes" est sans aucune mesure possible comparable avec ses premiers entretiens où il avait développé des rapports amicaux, voire d' amitié, avec certains rescapés. Face aux tueurs désormais emprisonnés dans le pénitencier de Rilima, c'est la méfiance qui domine chaque échange, mêlée après une aversion bien naturelle, à une sorte de perplexité face à leur discours.
Les entretiens nous font découvrir ce que fut le quotidien de ces Hutus durant le temps du génocide : leurs expéditions quotidiennes partant chaque matin du rassemblement sur le stade de football, se poursuivant en chantant dans les marais où, en s'enfonçant jusqu'aux genoux, ils soulevaient les branchages d'une main et coupaient de l'autre leurs victimes, parfois des voisins, comme ils avaient toujours taillé les bananiers.
Leur récit, outre les faits de tueries et de viols, révèle les pillages, l' appât du gain et l'appropriation de richesses qui étaient bien plus importants à leurs yeux que le sort de leurs victimes. Jean Hatzfeld, dans un ton toujours posé et clairvoyant, ajoute à ces témoignages ses propres réflexions et explications sur un pays qu'il connaît bien. Ainsi, après un rappel historique sur le Rwanda et sur la particularité de ce génocide dit de proximité - commis entre voisins - il n'hésite pas à faire des parallèles avec le génocide juif, quant à sa mise en oeuvre et à la politique de propagande qui l'a précédé.
Ce livre, extrêmement riche en révélations factuelles, philosophiques et psychologiques sur l'univers génocidaire, est une référence incontournable sur ce sujet. Avec l'auteur, nous approchons au plus près de l'esprit de ces hommes devenus des tueurs, mais des questions demeurent. Comment finalement qualifier ces tueurs ? A l'époque des entretiens, ils sont en prison. Aucun ne manifeste de troubles psychiques, aucun n'est resté traumatisé, aucune ne souffre de blessures. Tous sont en possession de leurs moyens intellectuels et physiques. Alors ? Comment expliquent-ils leurs actes ? La réponse reste insatisfaisante et terrifiante. Loin des bêtes sanguinaires que l'on entrevoit dans les récits des rescapés dans "Le nu de la vie", on découvre ici des hommes ordinaires, mués par l'envie et la convoitise, qui entament leur journée de tuerie comme une journée aux champs. Des hommes qui commentaient le nombre de tués en même temps que des bagatelles de "grains". Des hommes surtout déçus que le grand "projet" ait échoué avant de s'être suffisamment enrichis. Des hommes qui pensent qu'ils n'ont vraiment pas eu de chance, souffrant de maladie et de malnutrition dans les camps congolais...
Prudents dans leurs paroles, évitant toujours d' employer le mot génocide et se cachant derrière le "on" collectif de la bande, ces Hutus aspirent au pardon des Tutsis pour retrouver, une fois libre, une vie tranquille ... mais sans remords véritables vis à vis des tués et de leurs proches.
Jean Hatzfeld les qualifie d'un égocentrisme hallucinant et d'une totale insensibilité vis à vis de leurs victimes. Ce que l'on découvre dans "Une saison de machettes ", ce ne sont pas des monstres, juste des hommes.
Un récit édifiant, glaçant et exceptionnel.
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zorazur
  06 janvier 2012
On se lève le matin, on embrasse sa femme et ses enfants, et on part faire son travail, muni de ses outils de travail, et remplir ses taches quotidiennes. Puis on rentre le soir, on embrasse sa femme et ses enfants, on dîne, on se couche, la vie continue. Et les jours se suivent, tous pareils les uns aux autres. Rien de spécial à signaler, quoi... Une vie banale, somme toute.
Sauf que le travail quotidien et les tâches à accomplir, c'est d'aller massacrer des Tutsis. Et l'outil c'est la machette.
Voilà ce que racontent, sur un ton froid et détaché, comme on raconte une journée de travail la plus ordinaire qui soit, les personnages du livre de Jean Hatzfeld. Au-delà, il n'y a rien. Pas d'humanité, pas de sentiments, pas d'âme. Et en toute logique, pas de regrets.
Il y a quelque chose du livre de Robert Merle "la mort est mon métier" dans cette terrifiante série de témoignages. Ou comment on peut devenir un tueur sans s'en rendre compte, juste parce que c'est normal de faire ce qu'on nous dit de faire.
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Ingannmic
  20 mars 2016
Jean Hatzfeld est journaliste.
Une première expérience à Beyrouth détermine sa vocation de correspondant de guerre. Pendant vingt-deux ans, il traverse ainsi de nombreux conflits, dont ceux du Moyen-Orient, d'Afrique et de Yougoslavie. Reporter au Rwanda peu après le génocide, saisi par l'échec collectif des journalistes face à l'événement et leur incapacité à affronter l'effacement des rescapés, il suspend son activité au sein de sa rédaction quatre années plus tard pour séjourner près de marais et travailler avec des rescapés Tutsis originaires de Nyamata, un village de la région du Bugesera. Il tente de créer un univers du génocide par une autre littérature où emmener le lecteur. Il s'attache, non pas à comprendre, ni à enquêter, mais à construire et monter les récits de ceux qui ont traversé cette expérience de l'extermination. Il poursuit son travail avec un groupe de Hutus ayant participé au génocide sur les mêmes collines, dans le pénitencier de Rilima. de ces entretiens naîtra en 2003 Une Saison de machettes.*
Le génocide des Tutsis est commis dans le cadre d'une guerre civile opposant le gouvernement rwandais Hutu au Front patriotique rwandais (FPR), essentiellement « Tutsi ».
C'est un événement en particulier qui déclenche les massacres préconisés par les autorités : le 6 avril 1994, les présidents rwandais et burundais trouvent la mort dans leur avion abattu par un missile.
D'une durée de cent jours, ce fut le génocide le plus rapide de l'histoire. L'ONU estime qu'environ 800 000 Rwandais, en majorité Tutsis, ont perdu la vie au cours des trois mois pendant lesquels il se déroula.*
*******************
Jean Hatzfeld a recueilli les témoignages d'une bande de copains de la commune de Nyamata, qui se fréquentaient bien avant les massacres, et qu'il visite à la prison de Rimala, où ils ont été incarcérés. Pour la plupart simples cultivateurs (mais le groupe compte aussi un instituteur, un prêtre et un médecin), ils ont participé avec assiduité à la tuerie qui, entre le le 11 avril et le 14 mai 1994 aboutit, pour leur seule commune, à la mort de 50 000 Tutsis, méthodiquement "coupés" à la machette tous les jours de la semaine, de 9h30 à 16h, par ceux qui furent parfois leurs voisins ou des connaissances. La veille du massacre, Tutsis et Hutus chantaient ensemble des cantiques à l'église....
L'auteur entrecoupe la transcription de la parole des meurtriers par de courts chapitres qui nous éclairent sur certains éléments du contexte politique, historique et social, au sein duquel cette folie a pu se produire. Ils permettent entre autres de comprendre que la discrimination rwandaise entre Hutus et Tutsis résulte d'un processus historique complexe, alimenté par des rancoeurs ancestrales et par un pouvoir colonial qui a dans son intérêt entretenu ces dissensions. Il y souligne également que les blancs présents au Rwanda, casques bleus compris, ont pris la fuite dès les prémisses du génocide, et que le monde occidental en général, en détournant le regard, a conforté les bourreaux dans leur sentiment de puissance et d'impunité.
Cependant, malgré toutes les précisions relatives à l'atmosphère l'ayant précédé, en dépit des explications qui entourent la manière dont il a été programmé et celle dont il s'est déroulé, le génocide demeure ce mystère à caractère irrationnel et -heureusement- exceptionnel. Comment concevoir en effet, et a fortiori comment comprendre, que des individus sans histoire se livrent à cet abattage systématique ?
Se retrancher, comme le font quelques-uns, derrière les respect des consignes, ou plaider la discipline collective, semblent des arguments bien légers... D'ailleurs, les assassins eux-mêmes semblent dépassés par cet événement.
"On s'est retrouvé devant le fait accompli".
Est-ce la raison pour laquelle ils s'expriment avec ce détachement si choquant ? le déroulement des journées de tueries est présenté comme celui de banales journées de travail, avec leur organisation méthodique, et l'espèce de routine -macabre- qui peu à peu s'installe. le début des massacres se déroule dans une ambiance bon enfant, conviviale. Les détails pratiques quant à la meilleure façon de "couper" sont livrés avec un prosaïsme glaçant. Jean Hatzfeld écrit lui-même que les témoignages sont déroulés sur un ton monocorde qui le met très mal à l'aise. Il en conclut que l'apparente et étrange insensibilité qui en émane est le résultat d'une réserve vraisemblablement dictée par la prudence ou la perplexité, peut-être aussi par une certaine forme de décence.
Lorsqu'il est question d'évoquer leur "premier tué", certains laissent bien entendre avoir été marqués par le regard de leur victime ou le fait d'avoir assassiné une "maman", mais ils n'en continuent pas moins leur tâche macabre. Pour la rendre plus facile, ils occultent l'humanité des victimes, les éventuels amitiés ou services rendus. Et sauf de très rares exceptions, aucun d'entre eux, parmi les milliers de Hutus que comptaient Nyamata, ne s'est dérobé... quant aux manifestations de pitié, ou à quelque volonté de secourir les victimes, elles se sont comptées sur les doigts d'une main.
Il se produit même pour certains un phénomène d'addiction. le sentiment d'impunité, la richesse à laquelle permettent d'accéder le pillage systématique des biens des victimes, créent une émulation collective, et attise chez les plus cruels la soif de sang et de possession. Il est même certains pères pour enseigner à leurs enfants comment "couper" en les faisant s'entraîner sur de jeunes Tutsis (c'est plus pratique car ils sont de la même taille, comme le fait remarquer un témoin, avec un inconscient et sinistre cynisme).
Comment cela peut-il advenir ?
Certes, ces hommes ont grandi "gavés de formules, éduqués à l'obéissance absolue, à la haine", écoutant des leçons d'histoire et une propagande radiophonique férocement anti-Tutsis, entourés de proches maniant l'idée de leur élimination avec un humour qu'ils appréciaient.
"On prévoyait des massacres ordinaires, comme ceux que l'on connaissait déjà depuis trente ans".
Mais ces hommes ont aussi fréquenté des Tutsis en toute quiétude, et dans une bonne entente. Ils reconnaissent volontiers que les Tutsis qu'ils connaissaient n'étaient blâmables d'aucun mal, ni d'aucun comportement mauvais, mais rendent pourtant les Tutsis en général fautifs de leurs malheurs, ces derniers étant tout relatifs. Les bourreaux interrogés vivaient aussi bien que leurs voisins et futures victimes, et n'avaient subi aucun traumatisme en lien avec leur communauté.
Quasiment tous évoquent le génocide comme un phénomène impossible à appréhender, qui les aurait emportés à leur insu dans son tourbillon, dont ils auraient en quelque sorte été les instruments... Ils évoquent un "agissement surnaturel de gens bien naturels", ou prétendent "ce n'est plus de l'humain".
Ils le considèrent ainsi avec une sorte de détachement, se désimpliquant de ce phénomène, et leur façon d'envisager le retour à leur vie d'avant est très représentatif de ce rejet de toute responsabilité individuelle.
"La source du génocide est enfouie dans les rancunes, sous l'accumulation de mésintelligences dont nous avons hérité la dernière (...) Nous sommes arrivés à l'âge adulte au pire moment de l'histoire du Rwanda."
"On n'étaient pas seulement devenus des criminels ; on était devenus une espèce féroce dans un monde barbare".
A leur sortie de prison, ils ont tous l'intention de retourner sur leurs terres, estimant, pour certains, que quelques bouteilles de bière et quelques brochettes suffiront à les réconcilier avec les rescapés. de même aucun d'entre eux ne semble éprouver de véritables remords. Lorsqu'ils prient, c'est davantage pour leur salut que pour celui de leurs victimes, auxquelles ils accordent bien peu de pensées, forts d'un égocentrisme qui sidère le journaliste.
Jean Hatzfeld pose ainsi la question sans réponse, de la possibilité du génocide en tant qu'idée, et de la capacité de l'homme à le perpétrer, appuyant à la fois sur ce constat de la banalité du mal (on pense, souvent, à Hannah Arendt, d'ailleurs mentionnée par l'auteur) et sur cette particularité d'un phénomène qui survient sans qu'on puisse vraiment le prévoir, des contextes similaires (dictatures avec "bourrages de crânes" montant les communautés les unes contre les autres) n'aboutissant pas forcément à la même conséquence. Comment en vient-on, comme c'est le cas ici, à massacrer au nom d'une idée de l'autre qu'on nous a inculquée, en occultant ce que l'expérience personnelle nous a enseigné ?
Une lecture difficile, qui m'a laissée atterrée et démunie... je me suis souvent demandé si elle pouvait être considérée comme nécessaire. Je n'ai pas de réponse à cette question. La nausée, le désarroi et l'incompréhension provoquée par la banalité avec laquelle ces hommes "ordinaires" parlent de leurs crimes, ont juste laissé un grand vide en moi.

*Les éléments biographiques sur Jean Hatzfeld ainsi que l'incipit de ce billet sur le contexte Rwandais ont pour source d'inspiration Wikipédia.
Lien : http://bookin-inganmic.blogs..
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Deslivresalire
  30 avril 2017
Le 6 avril 1994, après la mort du Président Juvénile Habyarimana dont l'avion a été abattu, commence le génocide rwandais des populations Tutsis par leurs frères Hutus.
Sur 12 semaines plus de 800.000 d'entre eux seront assassinés, "coupés" à la machette selon les termes de leurs bourreaux.
Après avoir recueilli le témoignage des victimes survivantes dans un premier ouvrage, Jean Hatzfeld retranscrit dans "Une saison de machettes" le témoignage des assassins.
On y entendra la facilité avec laquelle tout débuta pour un groupe de villageois de la région de Bugeresa, emprisonnés depuis : l'esprit de groupe et la contrainte des encadreurs, les pillages, l'alcool, l'apparente impunité, l'absence de pitié et d'empathie, les viols, les massacres de ces populations d'hommes, de femmes, d'enfants Tutsis par des Hutus qu'ils côtoyaient tous les jours depuis des années (voisins, amis, connaissances...) et qui en l'espace d'un instant se sont transformés en bêtes sauvages, par cupidité, jalousie, racisme, peur ou même parfois plaisir.
"Au fond, pour cette première fois, j'ai été très surpris par la vitesse de la mort, et aussi par la mollesse du coup, si je puis dire. Je n'avais encore jamais donné la mort, je ne l'avais jamais envisagé, je ne l'avais jamais essayé sur un animal à sang. [...]
Par après on s'est familiarisé à tuer sans autant tergiverser".
A la fin de ce génocide et de la guerre qui s'en est suivie, peu d'entre eux semblent enclins à la contrition et s'ils conçoivent les faits, on ignore s'ils sont encore conscients de l'horreur de leur geste tellement le pardon leur semblerait naturel.
Pas d'effet littéraire dans cet essai de Jean Hatzfeld, mais plutôt une retranscription mot pour mot des paroles d'assassins (et dans un phrasé très africain). Sur chaque thème abordé on passe en revue le témoignage de chacun des protagonistes.
Rarement, le narrateur prend la parole pour resituer le contexte.
Il s'agit donc plus d'un documentaire journalistique que d'un roman, mais peu importe, car ce style permet aussi d'être au plus près de la réalité telle qu'elle a été vécue par ces hommes, qui sont devenus (ou qui étaient déjà) des animaux sauvages.
J'ai eu du mal à comprendre un tel manque d'empathie, un tel détachement, une telle cruauté froide. Comme si tout cela n'était finalement pas grand chose... et puis quoi ? Il faut bien continuer à vivre non ?
On se sent démuni à l'écoute de ces horreurs qui sont déroulées sans affect.
Néanmoins, on ne s'ennuie pas une seconde tellement cela reste instructif de la différence de point de vue sur la valeur de la vie pour ces africains, au regard de notre propre vision d'occidentaux.
"On n'était pas seulement devenus des criminels ; on était devenus une espèce féroce dans un monde barbare".
Nous qui sommes bien au chaud dans notre confort et notre bonne conscience, on n'imagine pas toujours qu'ailleurs, l'homme se bat comme un animal sauvage pour survivre et améliorer sa situation.
Il est bon de se le rappeler de temps en temps, et Jean Hatzfeld nous déballe cette vérité crue sans fioriture.
Pas vraiment un livre pour se détendre sur la plage... plutôt un témoignage, comme l'a fait Primo Levi avec son essai "Si c'est un homme", au plus près de la vérité et comme on nous ne le raconte que rarement.
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Lien : https://blogdeslivresalire.b..
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Citations et extraits (42) Voir plus Ajouter une citation
PilingPiling   08 août 2008
incipit :
En avril, les pluies nocturnes laissent souvent en partant des nuages noirs qui masquent les premières lueurs du soleil. Rose Kubwimana connaît le retard de l'aube en cette saison, sur les marais. Ce n'est pas cette luminosité grise qui l'intrigue.
Rose est accroupie près d'une mare brunâtre, pieds nus, son pagne relevé sur les cuisses, ses mains calleuses posées sur les genoux. Elle porte un chandail de laine. A côté sont couchés deux jerricans en plastique. Elle vient tous les matins puiser dans cette mare, parce que sa profondeur rend l'eau moins boueuse et que son bord, tapissé de palmes, est plutôt moins spongieux qu'ailleurs.
La mare est dissimulé par des branchages d'umunyeganyege, espèce de palmiers nains ; derrière s'étendent sur une immensité d'autres mares, flaques ou bourbiers entre des bosquets de papyrus. Rose respire l'odeur fétide et familière des marais, particulièrement humide ce matin. Elle reconnaît aussi le parfum des fleurs blanches des nénuphars. Depuis son arrivée, elle devine une bizarrerie dans l'air et comprend enfin que ce sont les bruits. Les marais ne bruissent pas normalement ce matin-là.
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Bruno_CmBruno_Cm   23 février 2014
Pio : On ne voyait plus d'humains quand on dénichait des Tutsis dans les marigots. Je veux dire des gens pareils à nous, partageant la pensée et les sentiments consorts. La chasse était sauvage, les chausseurs étaient sauvages, le gibier était sauvage, la sauvagerie captivait les esprits.
On n'était pas seulement devenus des criminels ; on était devenus une espèce féroce dans un monde barbare. Cette vérité n'est pas croyable pour celui qui ne l'a pas vécue dans ses muscles. Notre vie de tous les jours était surnaturelle et sanglante ; et ça nous accommodait.
Pour moi, je vous propose une explication : c'est comme si j'avais laissé un autre individu prendre mes propres apparences vivants, et mes manies de coeur, sans aucun tiraillement d'âme. Ce tueur était bien moi pour la faute commise et le sang coulé, mais il m'est étranger pour sa férocité. Je reconnais mon obéissance de cette époque, je reconnais mes victimes, je reconnais ma faute ; mais je méconnais la méchanceté de celui qui dévalait des marais sur mes jambes, avec ma machette à la main.
Cette méchanceté était comme celle d'un autre moi au coeur lourd. Les changements les plus graves de ma personne étaient mes parties invisibles, comme l'âme ou les sentiments consorts. Raison pour laquelle, moi seul ne me reconnais pas dans celui-là. Mais peut-être que si on est extérieur à cette situation, comme vous, on ne peut entrevoir cette étrangeté de l'esprit.
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carrecarre   03 juillet 2012
Ce qui s’est passé à Nyamata, dans les églises, dans les marais et les collines, ce sont des agissements surnaturels de gens bien naturels.
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chartelchartel   23 novembre 2007
Je me souviens de la première personne qui m'a regardé, au moment du coup sanglant. Ca c'était grand-chose. Les yeux de celui qu'on tue sont immortels, s'ils vous font face au moment fatal. Ils ont une couleur noire terrible. Ils font plus sensation que les dégoulinements de sang et les râles des victimes, même dans un grand brouhaha de mort. Les yeux du tué, pour le tueur, sont sa calamité s'il les regarde. Ils sont le blâme de celui qu'il tue.
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Bruno_CmBruno_Cm   23 février 2014
Berthe : "Autrefois je savais que l'homme pouvait tuer un homme puisqu'il en tuait tout le temps. Maintenant, je sais que même la personne avec qui tu as trempé les mains dans le plat du manger, ou avec qui tu as dormi, il peut te tuer sans gêne. Le plus proche avoisinant peut se montrer le plus terrible. Une mauvaise personne peut te tuer de ses dents, voilà ce que j'ai appris depuis le génocide, et mes yeux ne se posent plus pareil sur la physionomie du monde."
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