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Loïc Canavaggia (Illustrateur)Mathieu Coudray (Illustrateur)
ISBN : 9791090627963
Éditeur : Editions du chat noir (10/02/2016)

Note moyenne : 4.38/5 (sur 52 notes)
Résumé :
Ludwig grandit à Rabenheim, un petit bourg en apparence banal.
Claquemuré dans sa chambre, il s’adonne au spiritisme. À l’aide d’une radio cabossée, il lance des appels vers l’au-delà, en vue de contacter son père disparu.
Jusqu’à présent, nul ne lui a répondu… Avant ce curieux jour d’octobre.
Hasard ? Coïncidence ? La veille de la Toussaint, une inquiétante fête foraine s’installe en ville. Ses propriétaires, Alberich, le nabot bavard, et Fritz... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (40) Voir plus Ajouter une critique
Melisende
  23 octobre 2016
A l'approche d'Halloween, quoi de mieux que de lire un livre qui transporte son lecteur dans une ambiance bien particulière et qui le fait frissonner ? le Carnaval aux corbeaux – premier tome de la saga le Nibelung – était tout indiqué.
J'avais déjà eu la chance de le lire dans une de ses versions précédentes (en bêta-lecture) mais j'étais absolument ravie – et très curieuse – de le redécouvrir dans sa mouture finale… et pour l'occasion en lecture commune avec Carolivre !
Toutes les deux conquises par la richesse de l'univers créé par Anthelme Hauchecorne et par sa plume exquise, nous attendons la suite !
C'est dans un petit bourg alsacien en apparence tranquille que nous faisons la connaissance de Ludwig Poe et de Gabriel Grimm, deux jeunes garçons de 13 ans que tout oppose mais que la bizarrerie rapproche.
Ludwig vit seul avec sa mère, abandonné par son géniteur à la naissance. Passionné par le spiritisme, il tente de recevoir des messages de l'au-delà et notamment de Charles, son père porté disparu. de son côté, Gabriel est le descendant d'une des familles fondatrices de la ville, famille qui cache de sombres secrets…
Les deux garçons vont trouver des réponses grâce à l'arrivée de l'abracadabrantesque carnaval, parade fantôme tout droit sortie du lac et qui, tous les 13 ans au moment d'Halloween, revient hanter la ville, bien décidée à se venger de ses habitants. le monde des morts côtoie alors celui des vivants pendant quelques jours et les conséquences sont terribles !
Je ne parlerai pas vraiment d'empathie envers les personnages puisque ce ne sont pas des figures auxquelles on s'identifie (on ne sent pas forcément très proche de ces deux gamins ou des « monstres » de la foire, ils ne deviennent pas nos meilleurs amis littéraires) mais pour lesquelles on ressent une grande curiosité. On a envie de découvrir leur passé, leurs secrets… et évidemment leur avenir ! On suit donc les aventures des deux jeunes héros avec avidité et on se surprend à s'attacher un peu à eux bien que l'émotion et la tendresse pour les personnages ne soient pas l'élément principal et l'intérêt de cette lecture, à mon avis. Ici, on parle de quête identitaire, de grandes aventures et surtout d'une parade monstrueuse fantôme !
Récit chorale, le lecteur suit trois points de vue différents à travers de courts chapitres. La caméra est principalement fixée sur Ludwig Poe et Gabriel Grimm, les deux héros de 13 ans. Plus rarement au cours du récit, le lecteur entraperçoit également les aventures de Julia Poe, mère célibataire de Ludwig, qui cherche elle aussi quelques réponses à ses questions, bien qu'elle assure le contraire à son fils.
Ce choix narratif a l'avantage de rythmer le récit. Une chose est sûre, on ne s'ennuie pas une seule seconde ! Les actions sont très nombreuses, les rebondissements et retournements de situation sont au rendez-vous… c'est clairement une intrigue très dense et donc très riche. le lecteur a l'oeil de tous les côtés, les pièces du puzzle s'emboîtent petit à petit jusqu'à révéler des secrets bien enfouis… Malheureusement, ce choix a les défauts de ses qualités : il peut perdre le lecteur qui ne sera pas assez concentré sur sa découverte. On arrive parfois à se demander comment un même personnage a pu passer d'une situation à une autre, d'un chapitre à l'autre. Ce n'est pas une gêne insurmontable et on finit toujours par se repérer sur le fil rouge principal, mais ne vous attendez pas à être en mesure de résumer chaque action dans l'ordre lorsque vous aurez tourné la dernière page !
Plus qu'un livre qui fait peur, le Carnaval aux corbeaux est surtout un titre qui plonge le lecteur dans une ambiance bien spéciale : un mélange des créations de Tim Burton et du vieux film Freaks sorti en 1932 et qui mettait en scène une monstrueuse parade ! Anthelme Hauchecorne me l'a déjà prouvé à plusieurs reprises, son point fort, c'est le contexte. Là encore, rien à redire de ce point de vue-là, c'est définitivement ce que j'ai préféré et ce que je retiens ! Il faut dire que l'auteur possède de solides références et qu'il n'hésite pas à les disperser dans son récit. Des personnages qui se nomment Poe et Grimm, ça annonce déjà la couleur, non ?
Multipliant les citations à des oeuvres mythologiques, folkloriques, littéraires et cinématographiques, Anthelme Hauchecorne s'amuse à créer des scènes à l'imagerie très forte. Qu'il s'agisse de l'apparition du train fantôme à la sortie du lac ou plus généralement de toutes les scènes se déroulant pendant le tournoi dans la fête foraine, le lecteur en prend plein les yeux. L'ensemble s'accroche à notre esprit et il est quasiment impossible de l'en déloger.
Pour cela, le lecteur est aussi aidé par les belles et nombreuses illustrations dispersées tout au long du texte, signées Loïc Canavaggia et Mathieu Coudray. En pleine page, en noir et blanc, elles sont un plus non négligeable et offrent un visuel sur lequel on peut s'appuyer, auquel on peut se référer. Les trois créateurs ont travaillé main dans la main et je trouve que le résultat est particulièrement cohérent.
De toute façon, l'objet-livre proposé par les éditions du Chat Noir vaut le détour à lui tout seul ! Relié donc avec une couverture cartonnée (en dur) et surtout entièrement décoré à l'intérieur, vous serez dans l'ambiance dès la première page tournée ! Chaque page contient en effet de nombreux détails stylisés, qu'il s'agisse des en-têtes de chapitres ou des séparations de ceux-ci, chaque élément est pensé… et BIEN pensé. Bref, c'est un objet superbe !
Grand technicien de la langue, Anthelme Hauchecorne manie les mots avec brio. Les tournures de phrases sont plutôt complexes – dans le sens où l'auteur ne se contente pas de la formule sujet-verbe-complément – et l'ensemble donne une impression de raffinement. Là encore, il vaut mieux être concentré. Si le vocabulaire utilisé n'est pas franchement compliqué – bien que parfois un peu désuet, personnages obligent ! – nous ne sommes pas (plus) forcément habitués à un style si travaillé. Installez-vous confortablement avec le livre et mettez-vous en condition ; le Carnaval aux corbeaux n'est pas un titre que l'on lit comme ça, deux minutes par-ci, deux minutes par-là en attendant le bus, non, c'est une lecture un petit peu exigeante… mais qui le vaut bien !
Rassurez-vous, une fois happé par l'histoire, la lecture devient fluide surtout que, derrière l'effroi et le drame, Anthelme Hauchecorne n'oublie pas le cynisme et l'humour qui sont devenus sa marque de fabrique. On ne rit pas à gorge déployée mais on sourit parfois franchement et là encore, la comparaison aux créations de Tim Burton n'est pas exagérée, à mon avis.
Premier tome d'une saga, le Carnaval aux Corbeaux nous emporte dans un récit complet, dense et construit autour d'un imaginaire très particulier et particulièrement palpable. Même si la fin laisse entrapercevoir dans quelle direction ira le tome suivant, vous pouvez vous arrêter à cet épisode… mais je suis sûre qu'une fois que vous serez plongés dans cette aventure, vous aurez envie d'en lire plus !
Si ce récit vous intrigue, je vous invite à vous y plonger sans plus tarder… et si le style vous plaît, je ne peux que vous conseiller les autres titres de l'auteur, notamment son petit dernier – Journal d'un marchand de rêves – tout récemment sorti et une nouvelle fois délicieusement barré et onirique !
Lien : http://bazardelalitterature...
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DawnG
  14 août 2016
Coup de coeur ❤
D'ailleurs comme à chaque coup de coeur, c'est super difficile pour moi d'en parler, j'ai tellement envie que les gens se ruent sur ce livre mais en même temps leur laisser la surprise de la découverte fabuleuse qu'ils ne manqueront pas de faire, que je ne sais comment aborder cette chronique.
Peut-être déjà en disant que je l'ai lu deux fois, une fois en bêta lecture à un stade assez avancée (la dernière si je me souviens bien) et j'avais adoré. Puis, une seconde fois où je l'ai reçu si gentiment par l'auteur. Et là, je m'étais dis « bon tu le lis vite comme ça fait pas un an que tu l'as lu » et … bien non, j'ai replongé dedans comme la première fois, c'était toujours aussi prenant, je voulais retrouver les détails (et les différences suite aux dernières modifications) et finalement j'ai pris mon temps pour le savourer une seconde fois. Et je crois bien que plutôt, je le relirai encore et que le plaisir sera toujours le même.
Car quelle ambiance ce carnaval, j'en ai eu la chair de poule ! Je n'avais jamais envie de m'arrêter. Dès le début, j'ai eu envie de pousser les portes de cette semaine de Toussaint et de ses spectres. C'est vraiment une lecture pour cette saison-là mais pas que ! (On peut la lire à tout moment, pas de doute mais les soirs d'Octobre, la magie va se révéler un peu plus). L'intrigue est effrayante juste ce qu'il faut. Adapter à tous les publics et les tranches d'âge d'ailleurs. Ce n'est pas parce que l'histoire met en avant des adolescents que les adultes s'en trouveront chagrinés ou frustrés ! Parce que coté, adultes justement, forains notamment mais aussi membres de la communauté de Rabenheim, il y a de quoi faire ! Et quelle galerie de portraits ^^ On ne s'ennuie pas une minute entre les dialogues savoureux, la musicalité de l'écriture, la poésie et le joyeux macabre. Cette plongée dans l'Est et ses légendes est vraiment un petit bijou de fantastique.
Le carnaval aux corbeaux m'a fait penser aux récits et séries de mon enfance. Avec une teinte de pourritures et de sombrécumes en plus ^^ le lecteur ressentira, à n'en pas douter, les influences artistiques d'Anthelme entre Edgar Allan Poe et Tim Burton, cet univers fantasque très imagé aux relents de pourriture saupoudré de merveilleux, très visuel et sonore pourrait facilement être adapté en conte animé ou en film pourquoi pas ^^
Encore une fois, je suis impressionnée par le style si travaillé de l'auteur. Cette façon de dépeindre les personnages, les lieux et les décors mais aussi de donner vie à ses personnages hauts en couleur, avec des joutes verbales mémorables entre les deux héros Ludwig et Gabriel et les autres personnages. Quelle gouaille de nouveau. Il nous sert une histoire fascinante, à la fois drôle et sensible, mystérieuse et frissonnante avec un arrière gout sucré, aux odeurs fétides et nauséabondes; un mélange des genres et le gout des mots, une poésie, un conte, un imaginaire influencé certes (Poe, Grimm, Burton,…) mais qu'il réussit à rendre unique et original.
Je me suis attachée à Ludwig Poe ce garçon qui possède une sensibilité pour le paranormal mais surtout qui souffre de n'avoir pas connu son père et qui aimerait le retrouver. Sa relation avec sa mère est tendue mais on note aussi l'affection qu'ils se portent mutuellement. le jeune garçon, régulièrement tête en l'air est aussi la tête de turc préféré des plus grands et surtout d'Otto. Heureusement, il y a Gabriel Grimm son copain, son opposé, presque aussi transparent que Ludwig est bizarre. Gabriel qui doit composer avec ses frères chahuteurs et ses parents qui traversent des difficultés financières. Parents qui voient d'un très mauvais oeil son amitié avec le fils Poe d'ailleurs. Quand un étrange carnaval s'installe en ville, Ludwig commence à recevoir des lettres de son père disparu acheminée par bien d'étranges façons. Il va tomber sur une fille encore plus bizarre et dérangée que lui. le comportement des parents de Gabriel va changer aussi et ce dernier va fouiller un peu dans le passé familial. Ludwig et Gabriel vont vite se rendre compte que les apparences peuvent être trompeuses qu'elles concernent les étranges forains ou leur propres familles.
Je n'en dirais pas plus que l'intrigue. Mais le récit ne manquera pas de rebondissement, de révélations, de surprises et de coups bas.
J'ai beaucoup aimé les personnages secondaires également, Slike la petite peste dont la répartie est juste hallucinante ! Je n'ai pas toujours compris ses réactions mais ça fait tellement parti du personnage ^^ J'ai adoré détester Alberich, avec lui on ne sait jamais sur quel pied danser, est-il sincère ? Cherche-t-il à embrouiller Ludwig ? Est-il cruel ou juste aigri ? Dame Vala est aussi un personnage attachant dans son genre comme le géant Frost. L'Abracadabrantesque Carnaval est bien un personnage à part entière dont on découvre l'histoire qui ne manquera pas de faire frissonner les lecteurs sensibles.
Il ne faut pas avoir peur de vous lancer dans ce récit, c'est un tome 1 mais il y a bien une fin, la grande majorité des mystères sont levés et même je me demande ce que le Nibelung nous réserve la prochaine fois ! Pas de doute pour moi, je me jetterai sur la suite A la Cour des nuits d'hiver (si je ne me trompe pas).
Cette histoire m'a donné envie d'approfondir les contes et les légendes du Nord ou de l'Est que je ne connaissais pas, le Nibelungen un peuple de nains légendaires de la mythologie germanique, l'Élivágar de la mythologie nordique ou encore le Schimmelreiter, inspiré de l'Homme au cheval blanc de Theodor Storm (mixé avec la Mort de Pratchett non ?) bref, toute une foule de légendes, de thèmes passionnants qui manquent les esprits et donne envie d'en connaitre, d'en savoir plus.
Un gros plus, pour cet ouvrage sorti dans la collection Graphicat des Editions du Chat Noir sont les illustrations, la mise en page et la typographie très travaillée elle aussi. Pour avoir lu en béta lecture, je me demandais comment ça allait rendre et le résultat est magnifique. Je vous invite à découvrir les deux illustrateurs Loïc Canavaggia et Matthieu Coudray si ce n'est pas encore fait. Leurs illustrations rendent magnifiquement l'atmosphère du carnaval et de ses forains mais aussi de Rabenheim.
Je ne pense pas avoir dit la moitié du quart de ce que j'aimerai dire, si vous ne connaissez pas le talentueux Anthelme Hauchecorne, son écriture ciselée, précise et acérée et son univers sombre et poétique, coloré et brumeux (le joyeux macabre est un terme qui lui va si bien), le carnaval aux corbeaux est idéal pour commencer. le livre-objet est magnifique et vous ne verrez plus les corbeaux de la même façon après votre lecture ^^
Lien : https://lesdecouvertesdedawn..
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UnKaPart
  04 octobre 2017
Qu'un bibliothécaire anthropoïde te le catapulte en pleine poire ou que tu le sortes toi-même, peinard, du rayonnage, la première chose qui te frappe avec le Carnaval aux Corbeaux, c'est sa couverture cartonnée rigide. Elle donne à l'ouvrage un côté manuel de jeu de rôle, ambiance mi-Hurlements mi-GURPS Horror. Dedans – parce qu'il faut bien s'arracher à la contemplation et l'ouvrir à un moment, le bouquin – même constat : un soin particulier apporté à la mise en page, au design, aux illustrations (Loïc Canavaggia et Mathieu Coudray).
Le Carnaval aux Corbeaux a de la gueule !

Son ramage se rapporte-t-il à son plumage ?…
Hollywood nous a appris qu'un joli bidule est souvent synonyme de scénar famélique, personnages lambda, festival de clichés. de la “grosse daube” comme on dit en langage technique de cinéphile.
Avec Hauchecorne aux commandes, on part confiant. le gars a prouvé depuis belle lurette qu'il n'avait rien d'un bras cassé ni même d'un bras cogné. Quand tu seras remis de ce calembour affligeant, jette un oeil à Baroque'n'Roll, Punk's Not Dead et Journal d'un marchand de rêves, un tiercé de chroniques qui devrait te convaincre.

D'ordinaire, le jeunesse n'est pas ma tasse de thé – je suis plutôt café de toute façon – moitié parce que j'ai passé l'âge, moitié parce que la plupart de la production tient de la “grosse daube” comme on dit en langage technique de bibliophile. Style scolaire, avalanche d'adverbes en -ment, de verbes introducteurs et de formules toutes faites, vocabulaire d'une pauvreté abyssale, compilation de clichés, histoires mille fois lues… hémorragies oculaires… Pitoyable et consternant…
Petites gens de plume, je vous demande de vous arrêter. Cessez de croire qu'il s'agit d'une littérature facile, de celle qu'on pond par-dessus la jambe. Tout le contraire ! Faut se montrer à la fois accessible et intelligent, tirer les jeunes lecteurs vers le haut en leur apportant un peu plus qu'une historiette à deux ronds cinquante. En matière d'exemple à suivre, je te renvoie à Créature du miroir de Jess Kaan.
Hauchecorne, même combat que Kaan. Non, pas diriger l'empire mongol, ça c'est Gengis. Je te parle d'assurer le taf d'auteur en pro plutôt qu'en dilettante.

Le premier chapitre du Carnaval aux Corbeaux est une leçon d'écriture comme on en voit peu. En une petite quinzaine de pages, Anthelme pose TOUT. L'efficacité à l'état pur, l'élégance en plus.
L'exergue s'adresse aux “garnements petits et grands”, le texte propose deux grilles de lecture. Check. Un gamin lira un conte macabre au premier degré, un adulte verra au-delà de la fable les références et clins d'oeil. Et si tu ne disposes pas d'une culture encyclopédique sur les mythes germano-scandinaves ou l'imaginaire funèbre, pas grave, le récit se suffit à lui-même, tu comprendras quand même.
Dans ce premier chapitre, décor, contexte, ambiance, enjeux, personnages, il ne manque rien. Sans tartiner 12000 paragraphes pour chaque, sans précipitation non plus. Un modèle du genre.

On suit pour l'essentiel la trajectoire de deux gamins aux patronymes éloquents : Ludwig Poe et Gabriel Grimm. Filiation évidente qui positionne le Carnaval aux Corbeaux en conte (Grimm) macabre (Poe, lequel s'y connaissait en corbeau soit dit en passant). le décor et l'ambiance, rehaussés d'une touche d'humour noir, évoquent l'univers burtonien (Beetlejuice, L'étrange Noël de Monsieur Jack, presque toute la filmo du bonhomme à vrai dire). Au fur et à mesure que les pages défilent, tu penses assez vite à quantité de références soit parce qu'elles imprègnent le texte soit par association d'idées, de la famille Addams à la Sanssaint de WoW en passant par Fréquence interdite, Freaks, Baudelaire ou encore Fritz Lang. Et bien sûr L'Or du Rhin, opéra de Richard Wagner à ne pas confondre avec le rein de Laure, une sombre histoire de trafic d'organes. le cycle s'intitule le Nibelung, on ne s'étonnera donc pas d'y croiser de l'or maudit, un nain prénommé Alberich et moult éléments issus du Nibelungenlied.
Bon là, je te cite des titres à la pelle en mode catalogue des vaisseaux, le roman les amène avec davantage de subtilité. Hauchecorne distille, il s'inspire certes mais surtout réinvente. Pas juste je pique un truc là, un autre ici, je rapièce à l'arrache et hop un livre. Non, à l'instar des oeuvres mentionnées, il part d'un vieux substrat funèbre et quand je dis vieux, c'est vieux de chez vieux : la danse macabre remonte au Moyen Age, certains éléments de mythologie celtique ou germanique liées aux morts accusent dans les vingt, vingt-cinq siècles. Là-dessus, il bâtit son propre monde, à la fois indépendant parce qu'il n'a pas d'équivalent et raccordé à d'autres via des passerelles culturelles parce qu'il n'existe pas d'univers imaginaire autarcique.
A l'arrivée, on obtient un conte gothique, grotesque et macabre de dark fantasy, un cauchemar pour les libraires parce que l'intitulé de douze kilomètres de long ne tient pas sur leurs petites étiquettes.

Alors jeunesse oui et non, tu l'auras compris. Un gamin ou un adulte ne liront pas le même livre avec ce Carnaval. Sauf si ton gosse est une aberration dans mon genre, une tronche qui lit des encyclopédies en primaire quand ses camarades en sont encore à Oui-Oui…
‘Fin bref, on parle ici de jeunesse mature et intelligent. Il y a du conte, de la quête, du récit initiatique, les trucs de gosse quoi. Il y a aussi l'obscurité, la noirceur, les ténèbres (l'énumération a l'air redondante mais non, ces trois termes ne sont pas synonymes). du costaud comme dans le bouquin de Kaan dont je causais plus haut. Jeunesse ne rime pas forcément avec Disney-gaga-Bisounours. Raison pour laquelle Créature du miroir et le Carnaval aux Corbeaux débordent leur coeur de cible.
Autre point commun entre les deux, un style. Très différent de l'un à l'autre mais avec une même démarche de recherche et de travail sur le phrasé.
Hauchecorne est un K à p… – ah non, ça c'est moi – un cas à part. Il parvient à utiliser des tournures très ciselées, parfois archaïques, avec une certaine préciosité dans le choix du vocabulaire et de la construction… sans pour autant donner l'impression de jouer au littéraire. Tu sais, ce côté m'as-tu vu “j'ai des lettres et je te les balance dans la margoulette” ? Chez certains auteurs, ça puerait la prétention, le style vieillot, poussiéreux et plus ampoulé qu'une rampe de spots. Hauchecorne, non. Je ne sais pas si ça vient de son prénom tout droit sorti du Moyen Age (dit le gars qui possède aussi un prénom d'origine germanique attesté depuis au moins douze siècles – pas la peine de compter sur tes doigts, le résultat, c'est Moyen Age itou). Toujours est-il que chez lui, ce style coule avec fluidité et élégance. Pourquoi ? Parce qu'il jongle entre Anciens et Modernes.
Là où d'autres en sont restés à écrire des romans basés sur le style architectural du même nom – massif, trapu, bas de plafond et moche – Hauchecorne te bâtit un récit ample, aéré, élancé, un monument de finesse : du gothique. Voire du baroque (‘n roll).

De la belle ouvrage dans un bel ouvrage. le Carnaval aux Corbeaux réussit un beau coup double en matière de conte moderne, capable de séduire les amateurs de frisson de tout âge. Solidement référencé et inventif à la fois, il prolonge la veine macabre dans laquelle il s'inscrit. En prime, une très belle plume, logique pour une histoire de corbeaux.
Si tu cherchais une lecture de circonstance à l'approche de Samhain, ta quête s'achève ici : tu viens de la trouver.
Lien : http://unkapart.fr/le-carnav..
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beugzbee
  28 avril 2016
e vais essayer de la faire courte, parce que je ne sais trop quoi en dire... Et que si je me laisse aller, je vais aller loin, longtemps!
Disons que je pense avoir aimé. Ouais déjà, vous voyez... Alors, j'aime l'univers, les contes et légendes nordiques et germaniques (quoi que, de n'importe où) ça touche ma corde sensible, et les références ici sont nombreuses. C'est pas très gai, en même temps plein d'humour (noir).
J'aime aussi assez l'intrigue générale, les mystères, tout ça.
L'écriture aussi est originale. Un chapitre est divisé en mini chapitre, avec chacun un narrateur différent. La langue est à la fois peu châtiée (c'est des pré-ado qui sont nos héros, alors ça colle) et parfaitement poétique. Un tour de force.
Je ne me suis absolument pas attachée aux personnages (à part dame Vala et Frost, peut-être, superficiellement). Et franchement, ce n'est absolument pas gênant.
Bon, après, justement, l'univers et l'écriture peuvent aussi totalement déplaire.
Moi, surtout ce qui m'a déplu c'est le côté un peu brouillon: on passe d'un narrateur à l'autre, d'une époque à l'autre, des fois en plein milieu d'une action. Des fois, j'ai carrément raté un truc sur la fin d'une partie, et quand on revenait à ce narrateur, je devais repartir avant lire ce que j'avais manqué. Après, c'est sûrement juste moi qui était pas concentrée.
J'ai aussi l'impression que les deux jeunes s'en sortent, plus ou moins, avec des gros coup de bols. Leurs décisions ne font pas toujours sens pour moi.
Et surtout, j'ai l'impression de n'avoir aucune réponse, de manquer de clés pour comprendre. Ok, c'est un tome 1, donc peut-être après mais... j'en ai pas l'impression. Je comprends toujours pas bien pourquoi ils sont revenus hanter tout le monde. Je crois que c'est un amas de raison en fait. Je comprends pas pourquoi il vaut mieux se faire enterrer que couper la tête par le Reiter, qui t'envoie au repos éternel si t'es un revenant. Outre la notion de confort indéniable que représente la solution de l'enterrement vs la décapitation. le résultat est le même, pourquoi lutter? D'ailleurs, comment exactement ont-ils emprisonné le Reiter? Il me semblait bien libre de ses mouvements, même si désarmé. Et Alberich, j'arrive toujours pas à le situer. Enfin, peut-être est-ce toujours que j'ai raté un épisode, je sais pas.
Du coup, me voilà, devant attendre la suite pour voir si mes questions trouveront des réponses. J'ai quand même hâte!
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FungiLumini
  15 mars 2016
Le nouveau roman d'Anthelme Hauchecorne, ça fait un moment que je l'attends. Alors quand il sort enfin, qui plus est chez un éditeur que j'adore, je ne peux qu'arrêter toutes mes lectures en cours pour me jeter dessus !
L'ouvrage en lui-même est tout simplement magnifique. La couverture cartonnée réalisée avec talent par Loïc Canavaggia nous emmène à la fête foraine, bien qu'on se doute que l'ambiance sera plus macabre que joviale. Quand on feuillette l'ouvrage, on ne peut que s'émerveiller devant le travail de mise en page réalisé! de splendides illustrations réalisées par Loïc Canavaggia et Mathieu Coudray parsèment le récit, de plus petites images qui séparent les chapitres, ainsi que des réalisations graphiques telles qu'un ticket pour la foire, des lettres écrites sur parchemin, etc. Un seul petit point négatif selon moi, certaines des illustrations sont insérées bien avant que la scène représentée arrive dans le texte, ce qui spoil un peu la suite (ou est-ce un teaser? :p ). J'aurais personnellement placé les images en parallèle avec la scène. Ça ne gênera cependant pas trop ceux qui ont préféré aller voir les illustrations sur la page d'Anthelme Hauchecorne en avant-première. (Bon j'avoue, je l'ai fait aussi ! :) )
Parlons de la plume de l'auteur : comme dans ses précédents ouvrages, on retrouve une écriture à la fois poétique et corrosive, subtil mélange sinistre servi avec son accompagnement d'ironie, de sarcasme et d'humour noir. Anthelme joue sans cesse avec les mots, leurs sens et leurs sonorités, donnant un rythme, une musicalité à la narration, si bien qu'une réelle poésie se mêle au récit fantastique. Bref, j'adore !
Le village de Rabenheim, où habitent les deux « héros » de l'histoire, possède un sinistre passé dont les habitants actuels vont pâtir. Une mystérieuse fête foraine fait son entrée. Stands de tir, expositions, freak show, voyance : des activités d'apparence anodine…mais le sont-elles vraiment? Dans ce décor hors du commun, Ludwig tente de retrouver son père disparu lors d'une fête foraine dans des circonstances suspectes alors que Gabriel découvre petit à petit son héritage familial. le récit est découpé en chapitres, eux-même découpés en sous-chapitres. À chaque changement de sous-chapitre, le narrateur change, si bien que le récit est rythmé et le suspense est présent à la fin de chaque partie.
Le livre est truffé de références à des univers que j'affectionne tout particulièrement : le monde des forains et du freak show, les contes de fées, les légendes concernant la mort ou encore les clins d'oeil à des auteurs emblématiques du genre. Les deux héros principaux portent d'ailleurs les noms de famille de grands écrivains : Ludwig Poe et Gabriel Grimm. Je me suis énormément attachée à Ludwig malgré sa propension à prendre toujours de mauvaises décisions. Je me suis sentie moins proche de Gabriel, mais je pense que c'est parce qu'il est trop gentil et serviable. :D Beaucoup d'autres personnages hauts en couleur sont disséminés à travers le récit, plus bizarres et intrigants les uns que les autres : tous ont une histoire à raconter et chacune d'entre elles vaut le détour.
Je recommande ce roman qui est un coup de coeur ! La plume (de corbeau?) de l'auteur nous entraîne dans un monde à la fois magnifique et terrifiant, où légendes, rêves et cauchemars prennent vie, pour notre plus grand plaisir.
Achetez votre ticket d'entrée pour la fête, vous ne le regretterez pas !
Lien : https://livraisonslitteraire..
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critiques presse (1)
Elbakin.net   14 mars 2016
On ne peut parler des éléments marquants de ce roman sans citer avec insistance les personnages hauts en couleurs qui traversent ces pages.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
lutiniellelutinielle   22 avril 2016
Tandis que sa mère conduit, Gabriel observe Rabenheim affairé dans les préparatifs.
La tradition de la Totenwoche, ou Semaine des morts remonte, para-it-il, à l'Antiquité.

Sept jours durant, les Rabenheimois observent des règles farfelues que l'on trouve listées en lettres gothiques sur des panneaux de bois à l'entrée des maisons ou sur les éventaires des marchands. Trois mises en gardes mystérieuses qui suscitent les railleries des adultes, le respect des anciens et la crainte des chenapans.

1. Un bon feu protège ton logis aux heures froides de la nuit.
2. Nul mal n'adviendra aux corbeaux, hérauts ailés du long repos.
3. Puisse la forêt rêver en paix, ses racines embrassent trop de secrets.

Recommandations qui se traduisent par maints usages charmants. Les échoppes des artisans se remplissent d'objets décorés de corbeaux, suspensions à accrocher au-dessus des berceaux, flûtes en bois et mangeoires à oiseaux. Gabriel songe avec délice aux veillées au coin du feu, à griller des guimauves aromatisées à la fleur d'oranger ou au sureau.

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AcherontiaAcherontia   23 mars 2016
Ludwig et le vieux Muller se cachent derrière un drap. Les pas se rapprochent. Les godillots usés de trois carnavaliers piétinent l'herbe autour du corps de leur camarade.
- Bonté divine! Le wisigoth! L'ostrogoth! Matez ce qu'il a fait à c'te pauvre fräulein Croûtebarbouille! Toute pleine de courants d'air qu'elle est, il nous l'a convertie en cornemuse!
- Plutôt en amuse-gueule avarié, si j'en crois mon nez. Malheureuse barbouilleuse, mais quelle fin pour une artiste! Très réussie, sa grimace d'agonie. Belle texture sa bave aux lèvres, bien glaireuse. Admirez le glauque de ses yeux, le tragicomique de son croupion levé. Mazette, en crevant, cette veinarde-là a réalisé son œuvre la plus remarquable! Que diriez-vous de l'empailler et d'en faire la pièce maîtresse du musée?
Ludwig entend l'un d'eux frapper le cadavre du pied.
- Vu le bestiau, ça va coûter bonbon en paille.
- On s'en fiche, tas de dégénérés! Concentrons-nous plutôt, chopons fissa ce sale assassin. Gibier de potence! Pendons-le par les orteils, caressons-lui la couenne à coups de bâtons pour l'attendrir. Inculquons quelque rude discipline à cette jeunesse rebelle. Chaque décennie, l'éducation va de mal en pis. Je vous le dis, le civisme part à vau-l'eau dans ce pays! Sus à l'ennemi! Madame Crayasse, surveillez l'entrée. Monsieur Babelgomme, suivez-moi...
Le trio se disperse, matraque, serpe et marteau au poing.
Ludwig s'aventure hors de sa planque. Il fait signe à monsieur Muller, resté caché, de l'y attendre. À pas de louveteau, il rejoint la défunte Croûtebarbouille. Mi-intrigué mi-écœuré, il extirpe un couteau de l'horrible blessure qui lui tient lieu de fourreau. Il range l'arme dans son pantalon, au cas où il aurait à se défendre. Puis il inspecte la plaie, étonné qu'elle ne saigne pas. À l'intérieur, il aperçoit une gelée verdâtre au fumet de flan moisi. Il sursaute lorsque l'horrible foraine hoquette. Débarrassée de cette lame qui lui crevait un poumon, elle respire de nouveau. Estomaqué, le garçon décampe. Il récupère le retraité blessé, qui prend appui sur lui.
En quête d'une sortie, Ludwig et le vieux Muller se réfugient dans un lieu à l'écart, aménagé en atelier de restauration. Ils se faufilent à travers un bric-à-brac de tableaux diversement dégradés, objets des soins jaloux de l'affreuse Croûtebarbouille, laquelle paraît raffoler des œuvres dangereuses. En témoignent les précautions qui entourent les pièces de sa pinacothèque : paysages enchaînés, portraits dotés de muselières, natures mortes mises en cage.
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StregaStrega   13 février 2016
— Demoiselles et Damoiseaux, gentes Dames et Gentilshommes, la bienvenue à l’Abracadabrantesque carnaval ! Herren Alberich, Frost et Borvganum associés vous offrent une représentation exceptionnelle ! Venez nombreux assister au plus incroyable spectacle des neuf continents ! Approchez, curieuses créatures, auditeurs avides, l’Abracadabrantesque carnaval exaucera tous vos vœux du plus misérable au plus cher, du plus innocent au plus noir. Que désirez-vous ? La gloire ou la fortune, l’amitié ou l’amour ? Pour certains, le pardon ; pour d’autres, l’aventure ? La sagesse, une seconde jeunesse, une dernière chance de corriger de vieilles erreurs ? Nulle demande n’est ridicule, chacune bénéficiera de notre attention méticuleuse ! Nous pouvons tout exaucer, nous manipulons le Destin, le Karma, le Yin et le Yang. Nous sommes les Gens d’automne, souhaitez l’impossible, nous nous chargeons du reste. Ne vous préoccupez pas du prix, concentrons-nous pour l’heure sur l’essentiel… Votre plus ardent désir, quel est-il ?
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lutiniellelutinielle   22 avril 2016
Je suis le Roi des ombres, Prince rouge au gris royaume.
J’effraie le loup, je mange tout, je charme les enfants.
Affamé, sans bouche ni poumons, toujours fumant.
Je te protège. Mais si tu me touches, gare à ta paume.
Je me dévore moi-même, mes dents mordent comme le vent.
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lutiniellelutinielle   22 avril 2016

Des silhouettes grotesques se dessinent, certaines géantes, d'autres lilliputiennes. Elles semblent flotter au ras du sol en cortège de carrures dépareillées, tantôt massives, tantôt faméliques. Dans la brumaille luisent les regards jaunes des forains, prunelles d'une meute de loups, constellation d'étoiles animées d'une faim sidérale....
Gabriel renifle avec défiance, sans doute s'agit-il là d'un simple tour de passe-passe.
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Vidéo de Anthelme Hauchecorne
Avec Mathieu Rivero, Anthelme Hauchecorne, Cindy van Wilder et Jim C. Hines Écoutez l'intégralité de la conférence sur : http://www.actusf.com/spip/Imaginales-2017-Conference-Ils.html
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