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EAN : 9782072844645
Éditeur : Gallimard (02/05/2019)

Note moyenne : 3.78/5 (sur 85 notes)
Résumé :
Carolyn était une jeune Américaine comme les autres. Mais ça, c’était avant. Avant la mort de ses parents. Avant qu’un mystérieux personnage, Père, ne la prenne sous son aile avec d’autres orphelins.
Depuis, Carolyn n’a pas eu tant d’occasions de sortir. Elle et sa fratrie d’adoption ont été élevés suivant les coutumes anciennes de Père. Ils ont étudié les livres de sa Bibliothèque et appris quelques-uns des secrets de sa puissance. Parfois, ils se sont deman... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
Witchblade
  24 avril 2019
Ce roman est un OLNI !!
Je remercie Babelio et les éditions Folio SF pour l'envoi de ce livre suite à la Masse Critique de Mars 2019. C'est la deuxième fois que je le sélectionne car le résumé m'intrigue beaucoup et la couverture est superbe. J'ai reçu cette nouvelle édition en avant-première, sortie prévue pour le 2 Mai 2019, la première édition de ce roman étant chez Denoël.
Le début est plus qu'énigmatique. Qui sont donc ces bibliothécaires ? À quoi servent ces catalogues ? Qui est donc celui qu'ils nomment Père ? le démarrage est assez lent même si on ne suit que Carolyn. La fatigue du boulot n'aidant pas, j'ai avancé difficilement dans ma lecture, 60p en 3 jours, mais l'histoire m'intriguait suffisamment pour que j'essaye d'en lire un peu plus. de temps en temps, nous avons des interludes qui nous racontent des moments du passé des personnages, cela correspond souvent à un détail dans le texte initial qui est ainsi mieux expliqué. Même s'il ne se passe pas grand-chose, l'histoire est restée suffisamment intrigante pour maintenir mon attention. le plus troublant pour moi a été quand on est passé à des narrateurs différents des Bibliothécaires. Par moment, l'histoire me faisait penser à « De bons présages » de Neil Gaiman. Au bout d'un moment, j'ai fini par être totalement dans l'histoire et à réfléchir selon la logique voulue par l'auteur. C'est très bizarre mais en même temps, ça prouve que, malgré ma lenteur de lecture, j'ai retenu les différents détails de cette histoire. La partie que j'ai préféré concerne la lionne chez le vétérinaire, c'était plutôt cocasse comme situation. Plus on avance dans l'histoire, plus on voit les sombres ramifications de celle-ci. Qui a déclenché tout ça ? Carolyn ? David ? Ou un ennemi de Père ? L'auteur a vraiment créé un bouquin hors norme où il nous donne la fin qu'il a imaginé après la découverte du coupable et non, une fin qu'il nous laisse deviner comme dans certains bouquins actuels. Je suis quand même bien contente d'y avoir maintenu mon attention, même si 15 jours pour lire 560p, c'est long. L'histoire est vraiment très spéciale avec une pléiade de personnages tous plus originaux les uns que les autres. le moins que l'on puisse dire, c'est que je n'aurais jamais imaginé une histoire de ce genre, elle est surprenante de bout en bout et il y a toujours un élément pour éveiller notre curiosité. L'auteur a vraiment un imaginaire complexe et très original. Par contre, comme souvent, je trouve que le résumé de la 4ème de couverture en dit beaucoup trop sur l'histoire. Heureusement que je ne m'en souvenais plus et que je ne l'ai pas relu pendant ma lecture car j'aurais peut-être abandonné ce roman et ça aurait été dommage. Comme d'habitude, je suis hermétique au second degré, du coup, je n'ai pas trouvé ce roman hilarant mais j'en ai bien apprécié l'ambiance et certains des personnages.
Comme vous l'aurez compris, ce n'est pas un coup de coeur mais néanmoins, c'est une excellente découverte de cet auteur, de son style et de son imaginaire. Je suis curieuse de voir ce qu'il pourrait inventer pour son prochain roman, peut-être une suite à celui-ci car la fin semble ouverte. Si vous êtes amateurs de romans fantastiques originaux et complexes, je vous conseille très fortement de le découvrir, c'est d'ailleurs le premier roman de cet auteur. Pour ma part, il s'agit d'un nouvel auteur à suivre. Par contre, gros bémol pour la maison d'édition, il reste des coquilles dont une plus que récurrente (« … des plus ... » l'adjectif n'est jamais mis au pluriel contrairement à la grammaire française), un oubli de lettre (il pour ils), une erreur de prénom et un oubli d'espace dès la première page… Il y a certes noté « épreuves non corrigées » mais n'est-ce pas sensé être une réédition de l'éditeur Denoël ?
Sur ce, bonnes lectures à vous :-)
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kuroineko
  10 septembre 2019
Sur le présentoir de la librairie, titre et couverture m'avaient fait de l'oeil. Dès qu'il est question de bibliothèque, j'ai du mal à résister.
Pourtant, aux premières pages de ma lecture, la seule question qui résonnait dans ma tête, c'est : "Mais qu'est-ce que c'est que ce bouquin?". Il faut dire qu'on débarque d'emblée au bord d'une route nocturne avec une jeune femme couverte de sang, pieds nus, et qui vient de tuer un certain détective Miner avec un couteau d'obsidienne... Déroutant, non?
C'est là toute l'efficacité de Scott Hawkins; même si l'on ne comprend pas grand chose et qu'on se sent perdu pendant un bon moment, il donne envie de poursuivre, de ne surtout pas lâcher l'affaire. Et j'aurais eu tort en effet car ce roman pour le moins singulier se révèle captivant et foisonnant. On y découvre que selon les plans où l'on se trouve, le travail de bibliothécaire ne consiste pas seulement à acheter, enregistrer et permettre l'emprunt des livres (entre autres tâches et bienfaits que ces personnes apportent aux usagers). Que même la tempête possède un don de versification. Que selon le type de catalogue que l'on reçoit à étudier, on dispose de capacités qui dépassent l'entendement. Et encore plein d'autres choses.
La bibliothèque de Mount Char est difficilement classable. Livre de l'imaginaire, ça c'est sûr. S'y mêlent des éléments de science-fiction, des scènes plutôt sanglantes dignes d'un roman d'horreur, le tout dans une Amérique tout ce qu'il y a de plus banale et contemporaine. Les personnages sont intéressants à suivre, grâce à leurs spécificités d'apprentissage pour les Bibliothécaires mais aussi par leur personnalité bien différenciée. Les pages défilent sans ennui ni temps mort, rythmées par un bon tempo, des flashbacks aussi utiles que bien amenés dans le fil de la narration, et des surprises à foison.
Ce qu'il y a de bien avec ce type de roman si étrange, c'est qu'il est quasi impossible d'en deviner le dénouement. Chapeau à Scott Hawkins dont c'est le premier ouvrage. Ses descriptions de la fameuse bibliothèque me laissent sur la frustration de ne pouvoir aller y fouiner. En tout cas, j'ai passé un très bon moment en compagnie de Carolyn, Michael, Margaret, Steeve, Naga et les autres. Amateurs de curiosités littéraires, La bibliothèque de Mount Char est faite pour vous!
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nebalfr
  04 février 2018
ME LE FALLAIT

Avec mon double programme de lecture (et même triple, si l'on compte le jeu de rôle), programme panachant imaginaire et choses nippones, il m'est plus difficile encore qu'auparavant de suivre véritablement « l'actualité » (et, disons-le, hors imaginaire et hors nippon, c'est encore pire – l'année dernière, il m'a bien fallu un Larry McMurtry pour que je m'octroie une pause d'un autre ordre). C'est très con, je sais. Mais du coup, en imaginaire, puisque c'est bien de cela qu'il s'agit, je passe généralement à côté de ce qui fait le buzz (hors « Une Heure-Lumière », hein ! Mais en ajoutant, tendance dont je ne suis pas tout à fait inconscient, que ces derniers temps, même dans le cadre de Bifrost, j'ai lu essentiellement des choses, eh bien, pas toutes jeunes…).

Quelques titres, cependant, apparaissent malgré tout sur mon radar – et, l'an dernier, ce fut surtout le cas de cette Bibliothèque de Mount Char, premier roman de Scott Hawkins, paru en Lunes d'Encre sous une couverture de l'excellent Aurélien Police, et dans une traduction de l'indispensable Jean-Daniel Brèque. Les camarades de la blogosphère étaient en effet formels : c'était génial, fou, innovant, unique, drôle, terrible, et à même de susciter le malaise – autant dire, tout ce que j'aime ! Cependant, je n'ai pu trouver le temps de lire ce roman que tout récemment – et donc après tout le monde...

Ce qui biaise sans doute mon rapport à ce livre. Que j'ai trouvé vraiment très bon, et que je recommanderai sans l'ombre d'un doute, en gardant par ailleurs un oeil sur la production à venir du bonhomme... Cependant, j'en attendais probablement un peu trop, après ce concert de louanges – aussi la satisfaction d'avoir lu ce livre pouvait-elle être un peu mêlée d'une vague déception, en même temps… Mais le bilan demeure très positif. Bon, je vais tâcher de m'expliquer sur tout ça...

NE PAS TROP EN DIRE

La tâche n'est pas aisée, mine de rien. Notamment parce qu'il ne faut pas trop en dire… Sur ce blog, je n'ai pas de politique déterminée sur les Odieux et Scandaleux Spoilers – si ce n'est celle de signaler quand je révèle comme un porc. Mais La Bibliothèque de Mount Char me paraît clairement devoir intégrer la catégorie des livres dont je dois préserver le secret, dans la mesure du possible – et, dès lors, cette chronique, exceptionnellement peut-être, est conçue pour être lisible en préalable de l'acquisition du roman de Scott Hawkins, et pas seulement après lecture. Bizarrement, cette lecture après tout le monde m'incite aussi à revenir sur certains échos de la blogosphère... Mais c'est autre chose, ça.

C'est que le roman, à sa manière éventuellement particulière, du fait de sa construction un peu alambiquée notamment, est riche de mystères, et que l'auteur fait preuve d'un certain savoir-faire pour ce qui est de l'intrigue. Je suppose que, pour que La Bibliothèque de Mount Char fonctionne, et c'est souhaitable, il ne faut donc pas trop en savoir au préalable.

Mais il faut bien en dire quelque chose... le roman s'ouvre sur Carolyn, la trentaine, qui sera plus ou moins notre héroïne, et qui erre en piteux état le long d'une autoroute, plus ou moins dans notre monde (aux États-Unis), plus ou moins de nos jours. Un teaser qui fera bientôt sens, mais a pour objectif à très court terme de nous plonger aussitôt dans le bain – avec réussite en ce qui me concerne.

Cependant, nous avons bientôt droit à un flashback en forme de zoom arrière, et conséquent, qui nous permet d'envisager les choses sous un autre angle, en contextualisant un peu – toujours avec Carolyn pour point de référence, à ce stade. Les parents de cette dernière sont morts alors qu'elle était toute petite, et a elle a aussitôt été « adoptée » par un vieux bonhomme, qu'elle appelle Père. Elle n'est pas la seule : elle a onze frères et soeurs « adoptés » exactement dans les mêmes conditions.

Et ils vivent ensemble dans une bibliothèque qu'on sait d'ores et déjà Majuscule, sise à Garrison Oaks si elle doit se trouver quelque part. Là, Père a dispensé son enseignement à sa « progéniture », en confiant à chacun de ses enfants/disciples un « catalogue » qu'ils doivent maîtriser à la perfection, et ne surtout pas communiquer aux autres. Carolyn, ainsi, est la spécialiste des langues ; David, le plus qu'inquiétant David, de la guerre ; Michael, des animaux ; Margaret, de la mort, etc.

Mais les méthodes d'enseignement de Père sont pour le moins rugueuses – parfaitement horribles, en fait. Son antique « barbecue » d'aspect taurin, en est la meilleure illustration (de couverture – merci Aurélien Police).

Or cette petite famille, qui est donc aussi un petit groupe de bibliothécaires ultra-spécialisés, semble disposer de pouvoirs bien singuliers – la mort n'est à vrai dire pas un problème en tant que telle, les concernant. Ce qui rend l'usage du « barbecue » plus terrible encore, car jamais fatal au sens fort… C'est que ces gens-là ne sont pas des « Américains » : les Américains, ce sont les autres – la banalité faite hommes et femmes. Les bibliothécaires sont avant tout des étudiants (des Pelapi). Mais Père ? Père avec sa majuscule, sa sévérité, sa cruauté, son goût de l'ordre ? On est plus que tenté d'y voir Dieu, comme de juste – mais pas forcément le créateur… et probablement pas l'unique.

Quoi qu'il en soit, quand débute le roman, c'est le drame – enfin, un de plus : Père a disparu. Et les douze bibliothécaires ne savent absolument pas quoi faire. Se prémunir contre les ennemis de Père, nombreux, et éventuellement responsables de sa disparition ? Mais celle-ci est de toute façon tellement inconcevable… le départ de Père suscite l'anarchie – laquelle est le vivier des hérauts de l'ordre, de la force brute, de la « supériorité naturelle » : ceux qui se débrouillent très bien avec la loi de la jungle. le redoutable et ultra-violent David semble tout disposé à prendre le pouvoir…

Mais Carolyn, la discrète Carolyn, pourrait bien avoir un plan.

Impliquant des Américains – un, surtout, du nom de Steve...

PAS SI ORIGINAL, ET PAS SI FOU

Je m'arrête là pour la présentation de l'histoire. Je suppose que cela fournit les bases nécessaires pour discuter de tout ça sans trop déflorer le reste.

Autant passer de suite à la question cruciale : le caractère original et même fou de l'univers créé par Scott Hawkins. C'est que je n'en suis pas vraiment convaincu pour ma part… Déjà parce que nous pouvons sans peine participer au (vilain) petit jeu des « références » (qui ne sont pas nécessairement des « influences »).

L'originalité supposée du roman est d'emblée battue en brèche, car quelques titres sautent littéralement à la gueule du lecteur – voire quelques auteurs, et au premier chef, clairement, Neil Gaiman : si la famille dysfonctionnelle de plus ou moins dieux ne fait pas penser à Sandman… Et les développements de l'intrigue, dans leur caractère saugrenu et étrangement poétique, justifient tout autant cette citation. Pour moi, c'est le titre clef – et à un double niveau, car, plus généralement, nombreux sont ceux, sur la blogosphère et ailleurs, qui ont très justement relevé que La Bibliothèque de Mount Char avait un côté comics assez prononcé (nouvelle tentation, du coup, de citer d'autres grands noms de ce médium bien particulier – et notamment Alan Moore). Mais si vous voulez du Gaiman littéraire, American Gods vous tend les bras – avec cette même idée de figures plus ou moins divines s'inscrivant dans une Amérique contemporaine du quotidien. Dans une matière proche, on a pu mentionner aussi Roger Zelazny, sans doute à bon droit.

Dans la dimension parfois horrifique et éventuellement un peu gore (mais j'y reviendrai) de la Bibliothèque de Mount Char, la tentation pourrait être grande de mentionner également Clive Barker, mais en bien plus soft cela dit. Ceci étant, Gaiman et Barker, hein…

Pour ma part, je m'en tiendrais là. Cela me paraît déjà suffisant. le fait est que, à la lecture de la Bibliothèque de Mount Char, je n'ai jamais eu la sensation de me retrouver dans un monde véritablement singulier, unique… Et dans le déroulement de la trame, même chose : ce n'est pas si fou que ça, loin de là en fait – parfois un tantinet surréaliste sur un mode rigolard, mais ce registre n'est certainement pas sans précédents (qu'on les cherche, au-delà de Gaiman, du côté de Douglas Adams, Terry Pratchett ou Jasper Fforde, et ce ne sont que des exemples parmi tant d'autres) ; ceci dit, cet aspect est parfaitement géré, et compte pour beaucoup dans la réussite du roman.

Pourtant, même chez les partisans de l'originalité intrinsèque de la Bibliothèque de Mount Char, d'autres noms encore ont pu être avancés – deux surtout : celui de Charles Stross, notamment pour le « cycle de la Laverie », mais ça ne m'a pas sauté aux yeux pour ce que j'en ai lu ; et, corrélé, primordial, celui de Lovecraft – et là je ne suis vraiment pas convaincu : même à vouloir ériger comme un pseudo-panthéon autour de Père et de ses ennemis, avec les Pelapi comme séides, idée plutôt saugrenue à mes yeux, tout cela est à mon sens bien trop « humain » (mais c'est à débattre, et justement parce que c'est sans doute le thème de fond sous-jacent au roman de Scott Hawkins, quelle que soit la lecture qu'on en tire ; j'y reviendrai, forcément) ; tardivement, le roman acquiert une perspective que l'on pourrait qualifier de « cosmique », certes, mais, là encore, ça ne me paraît pas coller au niveau des principes – Scott Hawkins s'intéresse à des personnages, lui.

Mais peu importe. Si j'ai laborieusement livré ce genre de développements, c'était pour tenter d'expliquer en quoi ce roman m'avait été un peu « survendu », même avec les meilleures intentions du monde et une sincérité dont je ne doute pas un seul instant ; or je n'ai pas ressenti lors de ma lecture cette originalité fondamentale. Sur cette base, j'en attendais donc trop – et « reconnaître », ici tel truc, là tel autre, ne pouvait que me décevoir un peu a priori, parce que je souhaitais être bien plus violemment dépaysé. Cela ne m'a pas empêché de beaucoup aimer le roman, heureusement.

DES FOIS JE ME DIS QUE JE SUIS QUAND MÊME UN PEU PSYCHOPATHE

Un dernier point, toutefois, concernant ce ressenti personnel un tantinet différent de ma part, à en juger par les nombreuses critiques mises en ligne depuis la publication du roman – un point qui me fait me demander si je ne serais pas un peu psychopathe, tout compte fait…

J'ai en effet lu plusieurs articles mettant en avant quelques passages un peu gores et/ou sadiques dans La Bibliothèque de Mount Char – et, oui, il y en a bien quelques-uns, j'imagine… le supplice incroyablement atroce du « barbecue », ou disons plutôt, ça sonne plus sérieux, du « taureau d'airain » (ou « taureau de Phalaris » – la symbolique n'est probablement pas neutre), produit bien quelques scènes passablement horribles ; la violence de David, cette cruelle ordure qui torture, viole et tue comme elle respire, de même – alors le lien entre les deux, forcément…

Reste que je suis perplexe – ayant lu çà et là que le roman était proprement horrifique, que ces scènes étaient terribles, insoutenables même… Je n'ai certainement pas eu ce sentiment. Pas le moins du monde, en fait. Est-ce donc que je ne ressens rien ? Trop blindé à force de mauvaises lectures et de mauvais films ?

(« Mauvais », pas pour moi, hein.)

En fait, les quelques scènes mentionnées mises un peu à part s'il le faut, les usages conjoints de la violence, de la cruauté et de l'horreur dans La Bibliothèque de Mount Char… ont bien plus souvent suscité mon rire que mon effroi ou mon dégoût. C'est vraiment dans ce registre rigolard que je suis porté à inscrire le roman de Scott Hawkins, de manière générale. Comme certains films gores – mais sur un mode incomparablement plus atténué, par ailleurs –, il dérive, si l'on y tient, du Grand-Guignol, où l'outrance est essentiellement drôle.

D'autres ont par ailleurs trouvé ce roman très sombre – et cela n'a pas du tout été mon cas. le passé des personnages (Carolyn, David, Steve, Erwin) contient certes des moments tragiques, mais je n'ai pas le sentiment que le roman en acquière pour autant une tonalité noire prononcée, à un niveau global disons. Cependant, ces personnages sont autant de pistes pour explorer un autre ressenti eu égard à la cruauté – non pas physique, cette fois, mais clairement psychologique. Et c'est ici que ladite cruauté produit son effet, me concernant – en s'associant en dernier recours à une douloureuse mélancolie : c'est dans la dernière partie du roman que j'y trouve effectivement des aspects sombres et désagréables, mais toujours rapportés à l'échelle des personnages, et de manière pertinente et efficace tout à la fois.

Le reste… mais je dois être un peu psychopathe.
CONSTRUCTION CERTES ZARBI – MAIS SENS DE L'INTRIGUE

Sans aller donc jusqu'à y déceler une originalité fondamentale (ou une « folie » du même ordre), le roman de Scott Hawkins peut effectivement surprendre à maints égards, mais cela concerne surtout à mon sens la construction de l'intrigue, relativement alambiquée. La linéarité n'est guère de mise, et les séquences, même s'il y a bien un fil rouge, s'enchaînent souvent dans le désordre – au point en fait où parler de flashbacks ne fait plus vraiment sens.

Cette dimension est encore accrue par le jeu sur les points de vue, peut-être plus complexe qu'il n'y paraît. Deux personnages, essentiellement, nous servent de focales : Carolyn, et Steve – sa marionnette dans son plan inhumain ? Il faut y ajouter, un peu plus secondaire, Erwin, « bigger than life » mais néanmoins « américain ». Enfin, à l'occasion, Scott Hawkins produit quelques saynètes faisant intervenir d'autres personnages points de vue, éventuellement très éphémères (un exemple : la star du rap qui drague une jeune femme, notre point de vue pour le coup, en lui montrant ses lions, subtilement appelés Dresde et Nagasaki, lesquels jouent un rôle non négligeable dans la suite du roman).

L'alternance des points de vue a un effet pratique, qui se conjugue avec le caractère globalement non linéaire de la structure du roman, à savoir que les deux participent du sens de l'intrigue de l'auteur, qui sait ménager son suspense, quitte à « tricher » un peu – au sens où, au moment où ce sont les intentions de Carolyn qui sont primordiales, nous suivons alors plutôt Steve, ce genre de choses, et à plusieurs reprises. Globalement, c'est très efficace – et c'est pour partie ce qui explique pourquoi j'ai préféré faire une chronique spoiler-proof : si l'univers n'est pas si original, si le développement de la trame n'est pas si fou (mais un peu quand même), reste que Scott Hawkins balade bien son lecteur, et sait ménager quelques jolies surprises, et quelques jolie révélations. C'est assez roublard, en fait – même si pas sans aspects critiquables, tenant peut-être à ce qu'il s'agit d'un premier roman, après tout. Néanmoins une belle réussite, d'autant plus dans ces conditions.

Car la structure du roman interloque sous un autre angle – disons celui de la densité du récit, et par ricochet de ses connotations. Je suppose en effet que l'on peut grosso merdo le diviser en trois temps.

Dans un premier temps, Scott Hawkins, petit à petit, brique après brique et le cas échéant avec un certain nombre de détours qui ne sont pas aussi gratuits qu'ils en ont tout d'abord l'air, pose son univers et ses personnages – comme de juste, mais de manière parfois un peu inattendue, formellement, disons. Carolyn errant en sang le long de l'autoroute, les douze Pelapi qui se retrouvent après la disparition constatée de Père, Steve qui croit draguer Carolyn, ce genre de choses… C'est très efficace, réellement intriguant, et cela a constitué à mes yeux une très bonne « accroche prolongée », disons – mais tout le monde n'est visiblement pas de cet avis. Opinion très personnelle, donc.

Après quoi nous en arrivons au coeur – et au plus gros – du roman. le plan de Carolyn entre en action, ce qui passe tout d'abord par les galères de son instrument, Steve, abondamment détaillées – mais il faut aussi y inclure les à-côtés d'Erwin, qui est d'une certaine manière un antagoniste, et que, pourtant, on n'est pas du tout porté à envisager de la sorte. C'est ici que le roman devient « fou », si l'on y tient. L'action est très dense, et part du niveau du trottoir pour dériver vers le délire cosmique, sur un rythme proprement frénétique. La dimension comics est ici plus particulièrement appuyée, il se passe plein de choses, et les personnages y acquièrent un caractère « bigger than life » essentiel, qui transcende toutes leurs actions. On a pu dire qu'il fallait avoir une certaine capacité à la « suspension d'incrédulité » pour gober tout ça, mais à titre personnel, et sans doute parce que « l'accroche prolongée » avait bien fonctionné sur moi, me mettant bien comme il faut dans le bain, je n'ai ressenti aucune difficulté à cet égard, me régalant avec jubilation des excès d'une trame qui ose des choses incongrues, pour notre plus grand plaisir.

Ça monte, ça monte, ça monte… Jusqu'à l'explosion totale… Et pourtant, il reste encore une troisième partie du roman, qui fait une bonne centaine de pages, et qui prend à nouveau le lecteur par surprise, pas tant pour les
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boudicca
  29 avril 2019
Récompensé en 2018 par le prix Elbakin du meilleur roman étranger, « La bibliothèque de Mount Char » (paru chez Denoël et réédité ce mois-ci en poche) a fait l'objet de nombreuses chroniques très partagées : certaines enthousiastes, d'autres fortement rebutées par le caractère glauque (voire carrément horrifique) de quelques scènes. C'est la raison pour laquelle j'ai longtemps hésité avant de me lancer dans cette lecture qui m'a finalement laissé un sentiment mitigé, même s'il faut bien reconnaître que la rapidité avec laquelle j'ai dévoré le roman est plutôt révélatrice. Posons d'abord un peu le décor. le lecteur fait connaissance dès le premier chapitre avec une curieuse jeune femme, Carolyn, qui est de toute évidence loin d'être une Américaine ordinaire compte tenu de sa façon de se comporter et surtout d'appréhender le monde. Un sentiment d'étrangeté et de malaise s'empare alors aussitôt du lecteur et ne fait que se renforcer à mesure que l'on fait la connaissance des « frères » et « soeurs » de l'héroïne, de toute évidence eux aussi très perturbés, voire carrément flippants pour la plupart. Entre celui qui parle et vit au milieu des animaux, celle qui semble revenir tout droit du royaume des morts, et celui qui se trimballe avec des trophées morbides en affichant une férocité et une cruauté tout sauf feintes, on se dit qu'on est tombé sur une bande de sacrés timbrés ! Des timbrés qui se trouvent manifestement dans une situation critique : non seulement celui qu'ils appellent « Père » a mystérieusement disparu depuis des jours, mais surtout sa disparition semble avoir créé une sorte de champ de force autour de la maison dans laquelle ils habitaient, la rendant ainsi inaccessible. Cela n'aurait rien de dramatique si la maison en question ne constituait pas en l'unique accès à la Bibliothèque (avec un B majuscule, attention !) et à toutes les connaissances exceptionnelles qu'elle contient. Une Bibliothèque dont l'importance est de toute évidence capitale (quand bien même on peine pour le moment à bien en saisir la raison), et qu'il va manifestement falloir défendre contre les vautours attirés par la disparition du patriarche.
Difficile de rester indifférent à ce roman pour le moins déroutant qui s'amuse à faire régulièrement vaciller les certitudes du lecteur. le récit m'a fait penser par cet aspect à un autre roman fantastique lu récemment, « American Elsewhere », dans lequel on retrouvait la même tension, le même sentiment de malaise diffus : c'est comme si notre instinct nous criait à chaque page que quelque chose cloche sans qu'on puisse pour autant mettre le doigt dessus. le roman est, de ce point de vue, une véritable réussite, dans la mesure où il parvient à installer un climat oppressant de bout en bout. Ce sentiment d'angoisse est souvent contrebalancé par un humour très noir, voire carrément macabre, qui parvient à dédramatiser la situation tout en renforçant paradoxalement le malaise ressenti par le lecteur. C'est ce savoureux mélange entre noirceur et fausse légèreté qui fait tout le sel du récit mais qui peut aussi totalement rebuter une partie de son lectorat : âmes sensibles s'abstenir ! L'autre atout principal de cette histoire vient de sa construction et du suspens savamment entretenu par l'auteur pendant la majeure partie de l'ouvrage concernant la disparition du « Père », et surtout la nature de ses « enfants ». La quête menée par Carolyn et ses semblables pour tenter de comprendre l'absence de leur paternel est évidemment intrigante, et pourtant c'est surtout l'origine et le rôle même de ces personnages qui titille en premier lieu la curiosité du lecteur. Les chapitres « flash-back » au cours desquels l'auteur revient sur l'arrivée des enfants et leurs années de formation dans la Bibliothèque sont ainsi les plus attendus, mais aussi sans doute les plus perturbants car dégageant une espèce de fascination malsaine. Et c'est là que je rejoins une partie des lecteurs qui ont pu être dérangés par la description de plusieurs scènes de tortures physiques et psychologiques subies par Carolyn et ses frères et soeurs pendant la durée de leur formation. Des tortures difficilement soutenables à envisager, et qui mettent le lecteur d'autant plus mal à l'aise qu'elles sont exercées sur des enfants.
Ceux-ci constituent d'ailleurs une autre source de malaise. Les mécanismes d'auto-préservation adoptés par ces personnages afin d'encaisser les sévices subis sont en effet parfois plus déroutants que les tortures en elles-mêmes, au point que l'effroi en vient parfois à remplacer la pitié. Cela n'empêche pas le lecteur de s'y attacher, même si les plus sensibles d'entre eux sont un peu mis sur la touche et auraient mérité d'être davantage développés. le personnage de Carolyn est pour sa part très ambiguë : d'un côté on ne peut s'empêcher d'admirer son sens de la stratégie, tandis que de l'autre on éprouve un sentiment de révolte à la voir utiliser et surtout se débarrasser aussi froidement de ceux qui lui sont proches. En marge de cette fratrie, on suit également le destin de deux personnages « ordinaires » qui vont voir leur vie bouleversée par leur rencontre avec les « apprentis bibliothécaires » : l'un est un ancien soldat réputé pour son héroïsme sur le champ de bataille et qui supporte mal cette renommée ; le second est un gars un peu paumé, ancien cambrioleur désormais rangé qui va devoir surmonter un sacré paquet d'épreuves suite à sa rencontre avec notre héroïne. Si les premiers chapitres mettant en scène ces différents personnages parviennent à capter immédiatement l'intérêt du lecteur, celui-ci a malheureusement tendance à décliner à mesure que l'intrigue avance et que l'auteur lève le voile sur le mystère de la Bibliothèque. Sans aller jusqu'à parler d'ennui, la seconde moitié du roman suscite en tout cas moins d'enthousiasme que la première, et ce en dépit d'un rythme qui s'accélère et d'une succession d'impressionnantes scènes d'action que ne renierait pas un blockbuster américain. La conclusion offre malgré tout de belles surprises et les réponses apportées aux nombreuses interrogations posées sont suffisamment complètes pour combler la frustration du lecteur.
« La bibliothèque de Mount Char » est un roman à l'ambiance très particulière qui parvient à susciter avec une remarquable efficacité tour à tour la fascination ou le malaise. L'intrigue est construite habilement et permet de maintenir un suspens appréciable pendant la majorité du récit, même si le rythme de la deuxième partie est à mon sens moins maîtrisé. Les personnages sont eux aussi traités de manière soignée, et l'ambiguïté de certains reste sans doute l'une des plus grandes réussites du roman. A lire… à condition d'avoir le coeur bien accroché !
Lien : https://lebibliocosme.fr/201..
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Horizon_du_plomb
  28 janvier 2019
« Cela suffisait comme réponse. Carolyn repensait souvent à l'odeur ammoniaquée de l'urine de Margaret se mêlant à l'odeur poussiéreuse des vieux livres, à l'écho de ses cris entre les allées. Ce fut en cet instant qu'elle commença à comprendre. »
Mowgli sous extasy ou alors les feux de la Saint-Jean sous LSD.
Il suffit de lire les dix premières pages pour savoir qu'on est en plein new weird et que c'est de la bonne. La lecture force presque à l'ancrage comme si le cachalot blanc nous harponnait, il faut comprendre l'inexplicable.
« - Quand il a disparu, il travaillait sur quelque chose qu'on appelle la complétude régressive, dit Peter. le concept selon lequel l'univers est structuré de telle façon, que quelque soit le nombre de mystères qu'on résout, on trouve toujours dans la solution un mystère plus profond. »
Évidemment, le livre fait penser à l' « American gods » de Gaiman, Lovecraft ou même King mais ses références vont bien plus loin. Il revisite plein de mythes et d'épopées en les croisant avec soin et originalité. On peut y voir une parodie claire de l'influence des sectes et autres mouvements religieux aux States notamment sur le pouvoir politique mais, là encore, le livre contient bien des plans de lecture qui ne se résument pas seulement à cela (voir entres autres la citation technoblabla). Malgré tout cet aspect construit, élaboré, l'auteur arrive à rendre vif ce qui pourrait être lent.
« Il envisagea de lui expliquer qu'il faisait souvent de son mieux pour devenir meilleur. Il aurait pu lui dire : Parfois je me fais l'impression d'une jeune plante, comme si je venais tout juste de sortir du sol, comme si j'essayais de me tendre vers le soleil. »
«  Quelques instants plus tard, elle entendit une cacophonie dans le poulailler: cinq parts de poulet furibond, une part de star du rap agacée. »
Le livre recèle exactement ce qui manquait à « La maison dans laquelle » tout en ayant son aspect mythe privé nébuleux et en étant bien plus facilement lisible. Il y a plus de mordant et d'analyses de société. Malgré un aspect gore, il recèle quantité de cocasse. C'est un peu Tarantino rencontre Lynch. L'univers du livre est digne de la complétude régressive même si les indices des nouveaux problèmes sont toujours là pour qui veut les cueillir.
« -Eh bien, il faut prévoir quelques épices pour la viande - vieille recette perse. »
Pour un Liégeois, le livre parle d'autant qu'on connaît le Toré (sans même parler du taureau du Sart-Tilman). J'ai aussi été amusé personnellement de croiser une Jennifer maîtresse de la guérison, vu que ma femme Jennifer est docteur.
«  Il n'avait rien à dire. A mesure que passaient les jours, les semaines et les saisons, il se surprit à répéter ce rien, sans le vouloir. Peu à peu, il en vint à comprendre que ce rien était tout ce qu'il pouvait dire à présent. Il le chantait pour lui-même dans les cellules et les appartements miteux, le récitait comme une litanie, se déchirait en lambeaux devant son inévitable et hideuse poésie. L'écho en résonnait dans les couloirs crasseux et les moments perdus de sa vie, la réponse à toute question, les paroles de toute chanson. »
Le roman est baroque comme « La cité à la fin des temps » avec lequel il partage bien des points communs. L'effet final en double décalage est réussi. Malgré quelques passages à blanc, plus routiniers, au cours du livre, le ton barré est maintenu.
C'est un premier roman furieusement réussi, une lecture comme on n'en voit pas tous les jours. Venez donc prendre un muffin l'ami et cessez de fixer cette patte griffue.
« « Voulez-vous entrez ? Répéta t'elle. Quel plaisir de vous voir. » le lion s'approcha d'elle, la renifla. Elle contempla le félin de deux cents kilos qui saignait dans le vestibule et caressa son épaisse crinière. « Puis-je prendre votre manteau ? » »
« Il est malin, dit-elle finalement. La clé, c'est ça. Je pense que tout le reste en découle. »
« On peut s'adapter à presque tout. »
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critiques presse (1)
Elbakin.net   06 septembre 2017
Quoi qu’il en soit, ce roman n’en demeure pas moins une lecture délicieusement dérangeante la plupart du temps.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
WitchbladeWitchblade   02 juillet 2019
Elle avait commencé par rejeter cette approche. Comme piège, c’était trop flagrant. Ce fut seulement après l’avoir étudiée en profondeur qu’elle avait pris l’idée au sérieux. Les textes de Père insistaient sur son efficacité. Comme l’illustraient quantité de notes de bas de page, la stupidité de l’homme augmente de cinquante ou soixante pour cent quand il est question de sexe. La proximité de l’objet tentateur ne fait qu’accroître l’effet.
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Charybde2Charybde2   11 janvier 2018
Inondée de sang et les pieds nus, Carolyn marchait seule sur le ruban d’asphalte à deux voies que les Américains appelaient la Highway 78. La plupart des bibliothécaires, dont elle-même, avaient fini par la baptiser la piste des Tacos, ainsi nommée en l’honneur d’un restau mexicain où il leur arrivait de filer en douce. Le guacamole y est vraiment bon, se rappela-t-elle. Son estomac émit un gargouillis. Des feuilles de chêne, rouge orangé et délicieusement croustillantes, craquaient sous ses pieds. Son souffle dessinait un plumet blanc dans l’air d’avant l’aube. Le poignard d’obsidienne avec lequel elle avait tué le détective Miner était niché au creux de ses reins, secret et affûté.
Elle souriait.
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Charybde2Charybde2   11 janvier 2018
Carolyn et les autres n’étaient pas nés bibliothécaires. Au temps jadis – comme cela lui semblait lointain -, ils étaient en fait très américains. Elle s’en souvenait un peu : il y avait quelque chose qui s’appelait Super Jaimie et autre chose qu’on appelait les mini-chocolats au beurre de cacahouète Reese. Mais, un jour d’été, alors qu’elle avait environ huit ans, les ennemis de Père avaient lancé l’offensive contre lui. Père avait survécu, ainsi que Carolyn et une poignée d’enfants. Mais pas leurs parents.
Elle se rappela la voix de Père lui parvenant à travers une fumée noire à l’odeur d’asphalte fondu, le cratère où s’étaient trouvées leurs maisons qui luisait derrière lui d’un éclat orange terne.
« Vous êtes maintenant des Pelapi, dit Père. C’est un mot très ancien. Il signifie quelque chose comme « bibliothécaire » et quelque chose comme « élève ». Je vous emmènerai dans ma maison. Je vous élèverai à l’ancienne, comme j’ai moi-même été élevé. Je vous enseignerai les choses que j’ai apprises. »
Il ne leur demanda pas ce qu’ils voulaient.
Carolyn, qui se sentait reconnaissante, fit tout d’abord de son mieux. Sa maman et son papa étaient partis, partis pour de bon. Elle le comprenait. Il ne lui restait plus que Père et il lui sembla au début qu’il ne demandait pas grand-chose. La maison de Père était cependant différente. Au lieu de bonbons et de télévision, il s’y trouvait des ombres et des vieux livres, écrits à la main sur d’épais parchemins. Ils en vinrent à comprendre que Père avait vécu très, très longtemps. Et au cours de sa longue vie il avait maîtrisé l’art de façonner des merveilles. Il était capable de faire tomber la foudre, ou d’arrêter le temps. Les pierres l’appelaient par son nom. La théorie et la pratique de son art étaient réparties en douze catalogues – un pour chaque enfant, comme il se trouva. Tout ce qu’il leur demandait, c’était de les étudier avec sérieux.
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Horizon_du_plombHorizon_du_plomb   28 janvier 2019
 « - Je n’ai aucune idée de ce que vous voulez dire.
- Hum. OK, on va faire autrement. Vous savez comment fonctionnent les micro-ondes ?
- Non
- Eh bien, ce truc est basé sur les micro-ondes.
- Oh, attendez. Je viens de me rappeler. Je sais comment fonctionnent les micro-ondes et vous me racontez des conneries.
- Bon, ne parlons plus de micro-ondes. Mais le fonctionnement de ce système n’a pas vraiment d’importance.
- Dans ce cas, pourquoi vous ne voulez pas m’en parler ?
- Parce qu’il est très avancé. Vous n’avez pas les connaissances nécessaires. Faites moi confiance, d’accord ?
(…)
C’est vous qui avez inventé ce truc ?
- Non je suis plutôt linguiste. On peut revenir au sujet maintenant ? »
Steve grimaça. «  D’accord. » Vaincu par le technoblabla. 
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Charybde2Charybde2   11 janvier 2018
Le lendemain du jour où elle avait tué le détective Miner pour la seconde fois, Carolyn se réveilla sur le parquet du séjour de Mrs. McGillicutty. Le jour venait juste de se lever. Comme à son habitude, elle resta tout d’abord immobile, les yeux clos, veillant à ne donner aucun signe qu’elle était consciente. Les matins lui étaient toujours difficiles. Pour ce qu’elle en savait, personne – ni Père, ni David, ni même Emily – ne pouvait lire dans son esprit endormi, de sorte que c’était là et là seulement qu’elle élaborait ses vrais plans. Mais, lorsqu’elle émergeait de son sommeil, il lui était difficile d’empêcher la vérité de son cœur de se mêler aux mensonges de son esprit conscient, et les extrémités de ses doigts tremblaient souvent.
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