AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2207135527
Éditeur : Denoël (24/08/2017)

Note moyenne : 4.04/5 (sur 25 notes)
Résumé :
Carolyn était une jeune Américaine comme les autres. Mais ça, c’était avant. Avant la mort de ses parents. Avant qu’un mystérieux personnage, Père, ne la prenne sous son aile avec d’autres orphelins.
Depuis, Carolyn n’a pas eu tant d’occasions de sortir. Elle et sa fratrie d’adoption ont été élevés suivant les coutumes anciennes de Père. Ils ont étudié les livres de sa Bibliothèque et appris quelques-uns des secrets de sa puissance. Parfois, ils se sont deman... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacRakutenLeslibraires.frMomox
Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
nebalfr
  04 février 2018
ME LE FALLAIT

Avec mon double programme de lecture (et même triple, si l'on compte le jeu de rôle), programme panachant imaginaire et choses nippones, il m'est plus difficile encore qu'auparavant de suivre véritablement « l'actualité » (et, disons-le, hors imaginaire et hors nippon, c'est encore pire – l'année dernière, il m'a bien fallu un Larry McMurtry pour que je m'octroie une pause d'un autre ordre). C'est très con, je sais. Mais du coup, en imaginaire, puisque c'est bien de cela qu'il s'agit, je passe généralement à côté de ce qui fait le buzz (hors « Une Heure-Lumière », hein ! Mais en ajoutant, tendance dont je ne suis pas tout à fait inconscient, que ces derniers temps, même dans le cadre de Bifrost, j'ai lu essentiellement des choses, eh bien, pas toutes jeunes…).

Quelques titres, cependant, apparaissent malgré tout sur mon radar – et, l'an dernier, ce fut surtout le cas de cette Bibliothèque de Mount Char, premier roman de Scott Hawkins, paru en Lunes d'Encre sous une couverture de l'excellent Aurélien Police, et dans une traduction de l'indispensable Jean-Daniel Brèque. Les camarades de la blogosphère étaient en effet formels : c'était génial, fou, innovant, unique, drôle, terrible, et à même de susciter le malaise – autant dire, tout ce que j'aime ! Cependant, je n'ai pu trouver le temps de lire ce roman que tout récemment – et donc après tout le monde...

Ce qui biaise sans doute mon rapport à ce livre. Que j'ai trouvé vraiment très bon, et que je recommanderai sans l'ombre d'un doute, en gardant par ailleurs un oeil sur la production à venir du bonhomme... Cependant, j'en attendais probablement un peu trop, après ce concert de louanges – aussi la satisfaction d'avoir lu ce livre pouvait-elle être un peu mêlée d'une vague déception, en même temps… Mais le bilan demeure très positif. Bon, je vais tâcher de m'expliquer sur tout ça...

NE PAS TROP EN DIRE

La tâche n'est pas aisée, mine de rien. Notamment parce qu'il ne faut pas trop en dire… Sur ce blog, je n'ai pas de politique déterminée sur les Odieux et Scandaleux Spoilers – si ce n'est celle de signaler quand je révèle comme un porc. Mais La Bibliothèque de Mount Char me paraît clairement devoir intégrer la catégorie des livres dont je dois préserver le secret, dans la mesure du possible – et, dès lors, cette chronique, exceptionnellement peut-être, est conçue pour être lisible en préalable de l'acquisition du roman de Scott Hawkins, et pas seulement après lecture. Bizarrement, cette lecture après tout le monde m'incite aussi à revenir sur certains échos de la blogosphère... Mais c'est autre chose, ça.

C'est que le roman, à sa manière éventuellement particulière, du fait de sa construction un peu alambiquée notamment, est riche de mystères, et que l'auteur fait preuve d'un certain savoir-faire pour ce qui est de l'intrigue. Je suppose que, pour que La Bibliothèque de Mount Char fonctionne, et c'est souhaitable, il ne faut donc pas trop en savoir au préalable.

Mais il faut bien en dire quelque chose... le roman s'ouvre sur Carolyn, la trentaine, qui sera plus ou moins notre héroïne, et qui erre en piteux état le long d'une autoroute, plus ou moins dans notre monde (aux États-Unis), plus ou moins de nos jours. Un teaser qui fera bientôt sens, mais a pour objectif à très court terme de nous plonger aussitôt dans le bain – avec réussite en ce qui me concerne.

Cependant, nous avons bientôt droit à un flashback en forme de zoom arrière, et conséquent, qui nous permet d'envisager les choses sous un autre angle, en contextualisant un peu – toujours avec Carolyn pour point de référence, à ce stade. Les parents de cette dernière sont morts alors qu'elle était toute petite, et a elle a aussitôt été « adoptée » par un vieux bonhomme, qu'elle appelle Père. Elle n'est pas la seule : elle a onze frères et soeurs « adoptés » exactement dans les mêmes conditions.

Et ils vivent ensemble dans une bibliothèque qu'on sait d'ores et déjà Majuscule, sise à Garrison Oaks si elle doit se trouver quelque part. Là, Père a dispensé son enseignement à sa « progéniture », en confiant à chacun de ses enfants/disciples un « catalogue » qu'ils doivent maîtriser à la perfection, et ne surtout pas communiquer aux autres. Carolyn, ainsi, est la spécialiste des langues ; David, le plus qu'inquiétant David, de la guerre ; Michael, des animaux ; Margaret, de la mort, etc.

Mais les méthodes d'enseignement de Père sont pour le moins rugueuses – parfaitement horribles, en fait. Son antique « barbecue » d'aspect taurin, en est la meilleure illustration (de couverture – merci Aurélien Police).

Or cette petite famille, qui est donc aussi un petit groupe de bibliothécaires ultra-spécialisés, semble disposer de pouvoirs bien singuliers – la mort n'est à vrai dire pas un problème en tant que telle, les concernant. Ce qui rend l'usage du « barbecue » plus terrible encore, car jamais fatal au sens fort… C'est que ces gens-là ne sont pas des « Américains » : les Américains, ce sont les autres – la banalité faite hommes et femmes. Les bibliothécaires sont avant tout des étudiants (des Pelapi). Mais Père ? Père avec sa majuscule, sa sévérité, sa cruauté, son goût de l'ordre ? On est plus que tenté d'y voir Dieu, comme de juste – mais pas forcément le créateur… et probablement pas l'unique.

Quoi qu'il en soit, quand débute le roman, c'est le drame – enfin, un de plus : Père a disparu. Et les douze bibliothécaires ne savent absolument pas quoi faire. Se prémunir contre les ennemis de Père, nombreux, et éventuellement responsables de sa disparition ? Mais celle-ci est de toute façon tellement inconcevable… le départ de Père suscite l'anarchie – laquelle est le vivier des hérauts de l'ordre, de la force brute, de la « supériorité naturelle » : ceux qui se débrouillent très bien avec la loi de la jungle. le redoutable et ultra-violent David semble tout disposé à prendre le pouvoir…

Mais Carolyn, la discrète Carolyn, pourrait bien avoir un plan.

Impliquant des Américains – un, surtout, du nom de Steve...

PAS SI ORIGINAL, ET PAS SI FOU

Je m'arrête là pour la présentation de l'histoire. Je suppose que cela fournit les bases nécessaires pour discuter de tout ça sans trop déflorer le reste.

Autant passer de suite à la question cruciale : le caractère original et même fou de l'univers créé par Scott Hawkins. C'est que je n'en suis pas vraiment convaincu pour ma part… Déjà parce que nous pouvons sans peine participer au (vilain) petit jeu des « références » (qui ne sont pas nécessairement des « influences »).

L'originalité supposée du roman est d'emblée battue en brèche, car quelques titres sautent littéralement à la gueule du lecteur – voire quelques auteurs, et au premier chef, clairement, Neil Gaiman : si la famille dysfonctionnelle de plus ou moins dieux ne fait pas penser à Sandman… Et les développements de l'intrigue, dans leur caractère saugrenu et étrangement poétique, justifient tout autant cette citation. Pour moi, c'est le titre clef – et à un double niveau, car, plus généralement, nombreux sont ceux, sur la blogosphère et ailleurs, qui ont très justement relevé que La Bibliothèque de Mount Char avait un côté comics assez prononcé (nouvelle tentation, du coup, de citer d'autres grands noms de ce médium bien particulier – et notamment Alan Moore). Mais si vous voulez du Gaiman littéraire, American Gods vous tend les bras – avec cette même idée de figures plus ou moins divines s'inscrivant dans une Amérique contemporaine du quotidien. Dans une matière proche, on a pu mentionner aussi Roger Zelazny, sans doute à bon droit.

Dans la dimension parfois horrifique et éventuellement un peu gore (mais j'y reviendrai) de la Bibliothèque de Mount Char, la tentation pourrait être grande de mentionner également Clive Barker, mais en bien plus soft cela dit. Ceci étant, Gaiman et Barker, hein…

Pour ma part, je m'en tiendrais là. Cela me paraît déjà suffisant. le fait est que, à la lecture de la Bibliothèque de Mount Char, je n'ai jamais eu la sensation de me retrouver dans un monde véritablement singulier, unique… Et dans le déroulement de la trame, même chose : ce n'est pas si fou que ça, loin de là en fait – parfois un tantinet surréaliste sur un mode rigolard, mais ce registre n'est certainement pas sans précédents (qu'on les cherche, au-delà de Gaiman, du côté de Douglas Adams, Terry Pratchett ou Jasper Fforde, et ce ne sont que des exemples parmi tant d'autres) ; ceci dit, cet aspect est parfaitement géré, et compte pour beaucoup dans la réussite du roman.

Pourtant, même chez les partisans de l'originalité intrinsèque de la Bibliothèque de Mount Char, d'autres noms encore ont pu être avancés – deux surtout : celui de Charles Stross, notamment pour le « cycle de la Laverie », mais ça ne m'a pas sauté aux yeux pour ce que j'en ai lu ; et, corrélé, primordial, celui de Lovecraft – et là je ne suis vraiment pas convaincu : même à vouloir ériger comme un pseudo-panthéon autour de Père et de ses ennemis, avec les Pelapi comme séides, idée plutôt saugrenue à mes yeux, tout cela est à mon sens bien trop « humain » (mais c'est à débattre, et justement parce que c'est sans doute le thème de fond sous-jacent au roman de Scott Hawkins, quelle que soit la lecture qu'on en tire ; j'y reviendrai, forcément) ; tardivement, le roman acquiert une perspective que l'on pourrait qualifier de « cosmique », certes, mais, là encore, ça ne me paraît pas coller au niveau des principes – Scott Hawkins s'intéresse à des personnages, lui.

Mais peu importe. Si j'ai laborieusement livré ce genre de développements, c'était pour tenter d'expliquer en quoi ce roman m'avait été un peu « survendu », même avec les meilleures intentions du monde et une sincérité dont je ne doute pas un seul instant ; or je n'ai pas ressenti lors de ma lecture cette originalité fondamentale. Sur cette base, j'en attendais donc trop – et « reconnaître », ici tel truc, là tel autre, ne pouvait que me décevoir un peu a priori, parce que je souhaitais être bien plus violemment dépaysé. Cela ne m'a pas empêché de beaucoup aimer le roman, heureusement.

DES FOIS JE ME DIS QUE JE SUIS QUAND MÊME UN PEU PSYCHOPATHE

Un dernier point, toutefois, concernant ce ressenti personnel un tantinet différent de ma part, à en juger par les nombreuses critiques mises en ligne depuis la publication du roman – un point qui me fait me demander si je ne serais pas un peu psychopathe, tout compte fait…

J'ai en effet lu plusieurs articles mettant en avant quelques passages un peu gores et/ou sadiques dans La Bibliothèque de Mount Char – et, oui, il y en a bien quelques-uns, j'imagine… le supplice incroyablement atroce du « barbecue », ou disons plutôt, ça sonne plus sérieux, du « taureau d'airain » (ou « taureau de Phalaris » – la symbolique n'est probablement pas neutre), produit bien quelques scènes passablement horribles ; la violence de David, cette cruelle ordure qui torture, viole et tue comme elle respire, de même – alors le lien entre les deux, forcément…

Reste que je suis perplexe – ayant lu çà et là que le roman était proprement horrifique, que ces scènes étaient terribles, insoutenables même… Je n'ai certainement pas eu ce sentiment. Pas le moins du monde, en fait. Est-ce donc que je ne ressens rien ? Trop blindé à force de mauvaises lectures et de mauvais films ?

(« Mauvais », pas pour moi, hein.)

En fait, les quelques scènes mentionnées mises un peu à part s'il le faut, les usages conjoints de la violence, de la cruauté et de l'horreur dans La Bibliothèque de Mount Char… ont bien plus souvent suscité mon rire que mon effroi ou mon dégoût. C'est vraiment dans ce registre rigolard que je suis porté à inscrire le roman de Scott Hawkins, de manière générale. Comme certains films gores – mais sur un mode incomparablement plus atténué, par ailleurs –, il dérive, si l'on y tient, du Grand-Guignol, où l'outrance est essentiellement drôle.

D'autres ont par ailleurs trouvé ce roman très sombre – et cela n'a pas du tout été mon cas. le passé des personnages (Carolyn, David, Steve, Erwin) contient certes des moments tragiques, mais je n'ai pas le sentiment que le roman en acquière pour autant une tonalité noire prononcée, à un niveau global disons. Cependant, ces personnages sont autant de pistes pour explorer un autre ressenti eu égard à la cruauté – non pas physique, cette fois, mais clairement psychologique. Et c'est ici que ladite cruauté produit son effet, me concernant – en s'associant en dernier recours à une douloureuse mélancolie : c'est dans la dernière partie du roman que j'y trouve effectivement des aspects sombres et désagréables, mais toujours rapportés à l'échelle des personnages, et de manière pertinente et efficace tout à la fois.

Le reste… mais je dois être un peu psychopathe.
CONSTRUCTION CERTES ZARBI – MAIS SENS DE L'INTRIGUE

Sans aller donc jusqu'à y déceler une originalité fondamentale (ou une « folie » du même ordre), le roman de Scott Hawkins peut effectivement surprendre à maints égards, mais cela concerne surtout à mon sens la construction de l'intrigue, relativement alambiquée. La linéarité n'est guère de mise, et les séquences, même s'il y a bien un fil rouge, s'enchaînent souvent dans le désordre – au point en fait où parler de flashbacks ne fait plus vraiment sens.

Cette dimension est encore accrue par le jeu sur les points de vue, peut-être plus complexe qu'il n'y paraît. Deux personnages, essentiellement, nous servent de focales : Carolyn, et Steve – sa marionnette dans son plan inhumain ? Il faut y ajouter, un peu plus secondaire, Erwin, « bigger than life » mais néanmoins « américain ». Enfin, à l'occasion, Scott Hawkins produit quelques saynètes faisant intervenir d'autres personnages points de vue, éventuellement très éphémères (un exemple : la star du rap qui drague une jeune femme, notre point de vue pour le coup, en lui montrant ses lions, subtilement appelés Dresde et Nagasaki, lesquels jouent un rôle non négligeable dans la suite du roman).

L'alternance des points de vue a un effet pratique, qui se conjugue avec le caractère globalement non linéaire de la structure du roman, à savoir que les deux participent du sens de l'intrigue de l'auteur, qui sait ménager son suspense, quitte à « tricher » un peu – au sens où, au moment où ce sont les intentions de Carolyn qui sont primordiales, nous suivons alors plutôt Steve, ce genre de choses, et à plusieurs reprises. Globalement, c'est très efficace – et c'est pour partie ce qui explique pourquoi j'ai préféré faire une chronique spoiler-proof : si l'univers n'est pas si original, si le développement de la trame n'est pas si fou (mais un peu quand même), reste que Scott Hawkins balade bien son lecteur, et sait ménager quelques jolies surprises, et quelques jolie révélations. C'est assez roublard, en fait – même si pas sans aspects critiquables, tenant peut-être à ce qu'il s'agit d'un premier roman, après tout. Néanmoins une belle réussite, d'autant plus dans ces conditions.

Car la structure du roman interloque sous un autre angle – disons celui de la densité du récit, et par ricochet de ses connotations. Je suppose en effet que l'on peut grosso merdo le diviser en trois temps.

Dans un premier temps, Scott Hawkins, petit à petit, brique après brique et le cas échéant avec un certain nombre de détours qui ne sont pas aussi gratuits qu'ils en ont tout d'abord l'air, pose son univers et ses personnages – comme de juste, mais de manière parfois un peu inattendue, formellement, disons. Carolyn errant en sang le long de l'autoroute, les douze Pelapi qui se retrouvent après la disparition constatée de Père, Steve qui croit draguer Carolyn, ce genre de choses… C'est très efficace, réellement intriguant, et cela a constitué à mes yeux une très bonne « accroche prolongée », disons – mais tout le monde n'est visiblement pas de cet avis. Opinion très personnelle, donc.

Après quoi nous en arrivons au coeur – et au plus gros – du roman. le plan de Carolyn entre en action, ce qui passe tout d'abord par les galères de son instrument, Steve, abondamment détaillées – mais il faut aussi y inclure les à-côtés d'Erwin, qui est d'une certaine manière un antagoniste, et que, pourtant, on n'est pas du tout porté à envisager de la sorte. C'est ici que le roman devient « fou », si l'on y tient. L'action est très dense, et part du niveau du trottoir pour dériver vers le délire cosmique, sur un rythme proprement frénétique. La dimension comics est ici plus particulièrement appuyée, il se passe plein de choses, et les personnages y acquièrent un caractère « bigger than life » essentiel, qui transcende toutes leurs actions. On a pu dire qu'il fallait avoir une certaine capacité à la « suspension d'incrédulité » pour gober tout ça, mais à titre personnel, et sans doute parce que « l'accroche prolongée » avait bien fonctionné sur moi, me mettant bien comme il faut dans le bain, je n'ai ressenti aucune difficulté à cet égard, me régalant avec jubilation des excès d'une trame qui ose des choses incongrues, pour notre plus grand plaisir.

Ça monte, ça monte, ça monte… Jusqu'à l'explosion totale… Et pourtant, il reste encore une troisième partie du roman, qui fait une bonne centaine de pages, et qui prend à nouveau le lecteur par surprise, pas tant pour les
Lien : http://nebalestuncon.over-bl..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
Lutin82
  31 octobre 2017
Père maîtrise l'ensemble des catalogues, mais ne souhaite pas qu'un de ses élèves puissent un jour rivaliser avec lui. Ainsi la moindre tentative est brutalement châtiée. Il génère ainsi la méfiance et un esprit de pré-carré entre les enfants ou la compétition acérée remplace l'idée d'entre-aide. David devient d'une cruauté saisissante s'épanouissant avec la découverte et l'apprentissage de son catalogue. Que peut faire une Carolyn avec les langages mis à part s'endurcir ?…
Ces premiers chapitres furent presque une épreuve, j'ai même été sur le point de refermer le roman dès le premier, ce qui ne m'arrive quasiment jamais.
Cependant, une petite flamme maintenait mon intérêt. Une flamme qui a pris davantage d'ampleur au fur et à mesure.
Déjà le récit alterne entre le présent qui relate la recherche de Père qui a subitement disparu et le passé qui détaille les phases clés de l'éducation. Cette structure d'une fausse simplicité apporte du suspens et renforce la dramaturgie, soulignant habillement chacune des phases. Ainsi, plus le lecteur avance dans le récit, plus se trouve-t-il pris dans la toile de Scott Hawkins.
Carolyn happe le lecteur. Elle exerce une forme de fascination entre cette vulnérabilité initiale, un sentiment de petite chose fragile, et l'intuition qu'elle possède une force et une détermination incommensurables. Elle est si paradoxale, si énigmatique dans ses forces et faiblesses qu'elle éveille une grande curiosité. En tant que lecteur, j'ai navigué entre l'empathie et la répulsion…
Répulsion, oui car aucun de ces enfants/adultes ne provoque la sympathie ou l'attachement tant ils sont tarés, barrés, flingués du cerveau, barbares du coeur. La compassion nous en éprouvons, mais elle est systématiquement douchée par un acte ou un comportement dérangeants. Seuls les protagonistes secondaires comme Steve et Erwin, pleinement humains nous raccrochent à une certaine « rationalité ». Ou les animaux (Naga, la lionne).
Outre son originalité, cette fantasy urbaine est marquée par cette folie qui imprégne la psychologie des personnages, le cadre démesuré de la Bibliothèque, la démence de certains comportements,… Mais les motivations demeurent rationnelles, tout comme la trame qui ne sombre jamais dans le délire. D'ailleurs cela peut paraître paradoxal car sous ce parfum timbré, nous sentons bien que Scott Hawkin mène son histoire et que jamais il ne se laisse déborder par les lubies ou l'extravagance de ses personnages. Tout à un but, ici.
A la suite ce cette lecture, vous verrez les bibliothécaires d'un oeil nouveau et peut-être admiratif. La Bibliothèque de Mount Char se paie le luxe de l'extravagance et cela fonctionne, exerçant une fascination sur son lectorat grâce à une imagination débordante, des personnages solides et une histoire qui donne dans la démesure.
Critique plus complète sur mon blog
Lien : https://albdoblog.com/2017/1..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          150
Apophis
  10 août 2017
Un roman de Fantastique lovecraftien / Strossien vraiment, mais alors vraiment pas comme les autres, qui met les bibliothécaires au pouvoir
(lu en VO)
Ce livre de Fantastique, inspiré autant par Lovecraft que par Stross, est vraiment très particulier, dans son ambition et son sense of wonder (une expression qui n'est d'habitude employée qu'en science-fiction mais qui, ici, n'est en rien galvaudée), mais aussi dans le côté horrifique, gore et malsain de certaines scènes. Ce n'est tout de même pas si souvent qu'on voit le maître de la Réalité et de toutes choses à l'oeuvre, formant douze disciples comme autant d'apôtres dévoyés, chacun maîtrisant une partie du pouvoir suprême, chacun étant tour à tour horriblement torturé s'il ne se soumet pas aux volontés de Père. Ces anciens petits américains ont été arrachés, à huit-dix ans, au monde normal, pour être conduits dans la Bibliothèque, celle qui renferme tous les secrets de l'univers (ou presque).
Malgré des scènes très cruelles, un ton souvent très noir, la fin du livre vous réservera bien des surprises (sans compter qu'elle appelle de toute évidence une suite, que je lirai avec plaisir si elle paraît). Les nombreux twists de l'intrigue, les révélations dans les flash-backs, le rythme bien maîtrisé et les cliffhangers typiques des codes du thriller et savamment employés sauront vous tenir en haleine. Globalement, c'est donc un livre recommandable, sachant qu'il ne faut tout de même pas être trop sensible vu l'horreur et le côté glauque et transgressif de certaines scènes. de plus, on peut déplorer un certain manque d'originalité, vu que c'est tout de même extrêmement inspiré par Lovecraft et peut-être surtout Stross.
Toutefois, si ce livre avait un énorme potentiel sur le papier, celui-ci est un peu gâché par un style parfois sur courant alternatif (la scène où Erwin est dans le Bureau Ovale, par exemple, est franchement mauvaise), par de vagues problèmes de cohérence, et par un auteur qui, à quelques reprises, en terme de suspension d'incrédulité, nous en demande beaucoup (on doit toutefois nuancer ces critiques en tenant compte du fait qu'il ne s'agit après tout que d'un premier roman). En revanche, c'est prenant, on lit avec plaisir, il y a de l'imagination, bref c'est assez contrasté, en fait. J'ai envie de dire que si vous avez aimé le volet lovecraftien de l'oeuvre de Stross, vous pouvez y aller, sachant que les qualités d'écriture ne sont pas les mêmes.
Retrouvez la version complète de cette critique sur mon blog.
Lien : https://lecultedapophis.word..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          160
BlackWolf
  24 septembre 2017
En résumé : J'avoue, j'ai passé un bon moment de lecture avec ce roman, même si certains aspects m'ont légèrement frustré. L'auteur nous plonge dans un récit complètement barré avec des bibliothécaires contrôlant l'univers. Père a disparu, l'accès à la Bibliothèque est devenue impossible et ses disciples deviennent nerveux et enquête pour essayer de le retrouver. C'est déjanté, sans limites, percutant et bien rythmé ce qui fait qu'on se laisse porter par ce récit. L'univers est l'un des gros point forts de ce livre proposant une mythologie très prenante et pleine de mystères, qui se dévoile efficacement entre révélation, second degré et folie. Il donne clairement envie d'en apprendre plus, même si je trouve que sur la fin il s'adapte un peu trop aux besoins de l'auteur devenant parfois improbable et reposant sur quelques Deus Ex Machina faciles. Les personnages ne manquent pas non plus d'attrait, mélange de folie et de charisme, et plus on avance dans le récit plus on comprend ce qui leur est arrivé, leurs failles, leurs souffrances. Je ne vais pas dire qu'on s'attache et qu'ils nous touchent, mais on les comprend et ils se révèlent assez charismatiques pour nous captiver. Seul Steve, qui pourtant a son importance dans le récit, m'a un peu laissé de marbre. La conclusion s'avère explosive, rythmée, avec de nombreux rebondissements et le voile qui se lève sur les différents mystères présenté, mais voilà je l'avais deviné bien en amont. C'est simple sur les deux grosses révélations j'avais trouvé la première au premier quarte du livre et l'autre entre le premier tiers du livre et la moitié ce qui est frustrant pour un roman qui repose justement sur ses mystères. J'ai aussi trouvé que certaines scènes étaient un peu trop déconnectées du récit ce qui offre quelques longueurs. La plume de l'auteur est simple, efficace et entraînante même si parfois l'auteur en fait un peu trop sur le côté familier ce qui peut s'avérer un peu lourd. Au final ça reste un bon livre, détonnant avec de bonnes idées, dont mon seul regret et d'avoir deviné la fin, mais cela ne m'empêchera de lire d'autres écrits de l'auteur.

La chronique complète sur le blog.
Lien : http://www.blog-o-livre.com/..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          140
LaGeekosophe
  08 mai 2018
La bibliothèque de Mount-Char m'attendait patiemment dans la PAL. le résumé et les bonnes critiques m'avaient poussé à le prendre et enfin, quand je l'ai lu, il s'est révélé proche de la perfection ! A noter que je l'ai lu en VO.
Tout d'abord, j'ai trouvé l'univers très bien pensé et d'une grande originalité. Les bibliothécaires possèdent des spécialités, un catalogue, qui leur confère des talents spécifiques. Ces bibliothécaires ont été élevés et obéissent à Père, qui semble un équivalent de Dieu, tout simplement. Figure terrifiante, son autorité sévère et son mystère en font un personnage très marquant, malgré son absence.
Le livre touche à de nombreux domaines : les langues, les animaux, les religions, le monde, les mathématiques... Ce qui donne une impression de profusion grisante, d'une univers vaste et complexe qui dépasse notre entendement mais qui pourtant semble cohérent. Il y a des lions qui parlent, des sortes de mort-vivants, des entités anciennes, sans âge... L'univers créé par Hawkins est très bien construit.
Le récit s'articule autour de la disparition de ce Père qui laisse désemparé ses enfants adoptifs face aux nombreux et puissants ennemis de ce dernier. La psychologie de ces derniers est très réussie. Ils parviennent à créer une forme de distance et d'étrangeté avec eux, Scott Hawkins a réussi à créer des personnages ambigus, à la fois touchants et terrifiants.
Nous ne pouvons nous rattacher qu'à Steve, qui se retrouve au centre des plans de Carolyn. Ce personnage, qui pourtant me laissait indifférente, s'est finalement révélé très attachant, notamment dans sa relation avec d'autres personnages du livre.
Le livre est de temps en temps traversé par des scènes sanglantes. Mais j'ai pris cela comme des actions pour nous rappeler que les bibliothécaires sont malgré leurs apparences, différents des êtres humains. Leur rapport à la mort et à la violence est complètement différent, ce qui explique des moments très gores, mais trop exagérés pour vraiment choqués.
Enfin, j'ai trouve la plume très claire, parfois poétique, parfois plus crue, mais toujours juste. Il nous emporte dans le flot de son histoire avec aise. D'autant plus qu'il distille des rebondissement nombreux et des scènes d'action bien tournées. Résultat : Je ne me suis jamais ennuyée dans ce récit atypique.
Je ne peux que vous conseiller ce roman. Si vous cherchez de la fantasy adulte de très bonne facture, au monde original et au goût résolument moderne et un peu incisif, foncez !
Lien : https://www.lageekosophe.com
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50

critiques presse (1)
Elbakin.net   06 septembre 2017
Quoi qu’il en soit, ce roman n’en demeure pas moins une lecture délicieusement dérangeante la plupart du temps.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (4) Ajouter une citation
faelifaeli   10 septembre 2018
"Comment on fait?
- On le fait, c'est tout. On peut s'adapter à tout si on ne baisse pas les bras."
Commenter  J’apprécie          00
Charybde2Charybde2   11 janvier 2018
Carolyn et les autres n’étaient pas nés bibliothécaires. Au temps jadis – comme cela lui semblait lointain -, ils étaient en fait très américains. Elle s’en souvenait un peu : il y avait quelque chose qui s’appelait Super Jaimie et autre chose qu’on appelait les mini-chocolats au beurre de cacahouète Reese. Mais, un jour d’été, alors qu’elle avait environ huit ans, les ennemis de Père avaient lancé l’offensive contre lui. Père avait survécu, ainsi que Carolyn et une poignée d’enfants. Mais pas leurs parents.
Elle se rappela la voix de Père lui parvenant à travers une fumée noire à l’odeur d’asphalte fondu, le cratère où s’étaient trouvées leurs maisons qui luisait derrière lui d’un éclat orange terne.
« Vous êtes maintenant des Pelapi, dit Père. C’est un mot très ancien. Il signifie quelque chose comme « bibliothécaire » et quelque chose comme « élève ». Je vous emmènerai dans ma maison. Je vous élèverai à l’ancienne, comme j’ai moi-même été élevé. Je vous enseignerai les choses que j’ai apprises. »
Il ne leur demanda pas ce qu’ils voulaient.
Carolyn, qui se sentait reconnaissante, fit tout d’abord de son mieux. Sa maman et son papa étaient partis, partis pour de bon. Elle le comprenait. Il ne lui restait plus que Père et il lui sembla au début qu’il ne demandait pas grand-chose. La maison de Père était cependant différente. Au lieu de bonbons et de télévision, il s’y trouvait des ombres et des vieux livres, écrits à la main sur d’épais parchemins. Ils en vinrent à comprendre que Père avait vécu très, très longtemps. Et au cours de sa longue vie il avait maîtrisé l’art de façonner des merveilles. Il était capable de faire tomber la foudre, ou d’arrêter le temps. Les pierres l’appelaient par son nom. La théorie et la pratique de son art étaient réparties en douze catalogues – un pour chaque enfant, comme il se trouva. Tout ce qu’il leur demandait, c’était de les étudier avec sérieux.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
Charybde2Charybde2   11 janvier 2018
Le lendemain du jour où elle avait tué le détective Miner pour la seconde fois, Carolyn se réveilla sur le parquet du séjour de Mrs. McGillicutty. Le jour venait juste de se lever. Comme à son habitude, elle resta tout d’abord immobile, les yeux clos, veillant à ne donner aucun signe qu’elle était consciente. Les matins lui étaient toujours difficiles. Pour ce qu’elle en savait, personne – ni Père, ni David, ni même Emily – ne pouvait lire dans son esprit endormi, de sorte que c’était là et là seulement qu’elle élaborait ses vrais plans. Mais, lorsqu’elle émergeait de son sommeil, il lui était difficile d’empêcher la vérité de son cœur de se mêler aux mensonges de son esprit conscient, et les extrémités de ses doigts tremblaient souvent.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
Charybde2Charybde2   11 janvier 2018
Inondée de sang et les pieds nus, Carolyn marchait seule sur le ruban d’asphalte à deux voies que les Américains appelaient la Highway 78. La plupart des bibliothécaires, dont elle-même, avaient fini par la baptiser la piste des Tacos, ainsi nommée en l’honneur d’un restau mexicain où il leur arrivait de filer en douce. Le guacamole y est vraiment bon, se rappela-t-elle. Son estomac émit un gargouillis. Des feuilles de chêne, rouge orangé et délicieusement croustillantes, craquaient sous ses pieds. Son souffle dessinait un plumet blanc dans l’air d’avant l’aube. Le poignard d’obsidienne avec lequel elle avait tué le détective Miner était niché au creux de ses reins, secret et affûté.
Elle souriait.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
autres livres classés : apprentissageVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacRakutenLeslibraires.frMomox




Quiz Voir plus

Retrouvez le bon adjectif dans le titre - (6 - polars et thrillers )

Roger-Jon Ellory : " **** le silence"

seul
profond
terrible
intense

20 questions
1435 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature , thriller , romans policiers et polarsCréer un quiz sur ce livre
. .