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Critique de Osmanthe


Osmanthe
  07 juin 2021
En 1923, Yoshiki Hayama écrivait La Prostituée de sa prison de Nagoya. Militant syndical et de la cause ouvrière, il fut en effet victime de la répression des autorités nationalistes japonaises contre les idées communistes. Avant d'écrire, l'auteur avait déjà pas mal bourlingué dans des boulots difficiles et d'exploité, notamment sur des cargos. Ses écrits vont ainsi s'inscrire dans le courant de la littérature prolétarienne qui eu cours au Japon dans l'entre-deux guerres mondiales, dont le représentant le plus emblématique est Takiji Kobayashi et son célèbre "Le bateau-usine" (1929).

Il s'agit là d'une bonne nouvelle pour découvrir la traduction de cette période trouble du Japon, et cet univers, qui est toutefois rebutant. Car ici, on est aux antipodes du feel good et des petits raffinements qui font le Japon cliché d'Ito Ogawa par exemple ! le lecteur est plongé dans le royaume sombre de la misère, de la crasse et de la puanteur, de la maladie et du désespoir.

L'histoire est toute simple. C'est le récit d'un homme qui se remémore une aventure de jeunesse, quand il était jeune matelot, "encore vaurien et paumé" comme il se définit lui-même. Arpentant les quais dans son unique vêtement, sa salopette, trois hommes l'abordent et lui prennent son argent. Il se croit racketté, mais on le conduit bientôt dans un hangar délabré pour qu'il en profite autant qu'il veut. Mais de quoi ??? S'avançant dans ce lieu à chaque pas plus écoeurant, il découvre gisante ce qui ressemble encore plus ou moins à une femme, étendue nue à même le sol. Il la croit morte, elle respire, ils échangeront quelques mots...

L'intérêt de l'histoire, dont le premier chapitre nous immerge dans le parler des bas-fonds, est de nous faire sentir le combat intérieur de cette homme, luttant entre son désir sexuel instinctif, et l'apitoiement, l'envie de sauver cette femme, de faire preuve d'humanité, voire d'humanitarisme, avec l'arrière-pensée de se prendre pour un héros. Mais ce qui au départ semble une histoire de proxénétisme et de traite humaine est plus complexe, quand la victime n'a d'autre moyen de subsistance et que les exploiteurs ont eux-mêmes du mal à manger à leur faim...

Un récit rondement mené, à l'atmosphère très sombre, qui même si elle n'a pas l'ambition du bateau-usine et son intensité, nous fait réfléchir sur la terrible condition sociale d'un monde ouvrier impitoyablement exploité et éruptif à cette époque, et plus encore dans cette partie du monde.



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