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Gabriel Martinez-Gros (Traducteur)
EAN : 9782742788286
251 pages
Actes Sud (31/10/2009)
4.1/5   25 notes
Résumé :

L'amour est une fitna, une sédition, une guerre civile. Aimer, c'est choisir, contre tous les autres, un seul être qui se distingue par l'amour même qu'on lui porte. C'est donner un sens singulier aux gestes, aux signes, aux mots. Car l'amant est un étranger au pays du partage, un barbare travesti dans la cité, hostile à ses lois, à ses usages. Et quelle force, sinon l'amour, serait en mesure de tisser dans la mémoire des liens qui uniraient les hommes, ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Le Collier de la colombe fait partie de ces rares oeuvres de l'immense patrimoine arabe et islamique classique qui a ont été honorées par une traduction savante et élaborée. Ainsi, il incarne une rareté très précieuse pour un francophone tel que moi, qui ne maîtrise pas encore intégralement la Langue du Coran.

Ce bijou littéraire se focalise sur un objet d'étude qui m'a toujours fasciné, parfois obsédé : le grand sujet de l'Amour. Or, Ibn Hazm le traite avec pertinence, sagesse, mai surtout éloquence. de fait, bien que ses réflexions philosophiques apparaissent justes et sagaces, c'est surtout la manière dont elles sont retranscrites qui est particulièrement captivante. Les vers de poésie, les anecdotes personnelles et les axiomes déduits de l'expérience sont écrits dans une langue sublime, parfois enivrante.

Par ailleurs, les leçons sur l'amour dont nous gratifie l'auteur sont indissociables d'Al-Andalus. La lecture s'apparente alors à une immersion totale dans l'ancienne Espagne musulmane dont s'échappe l'atmosphère d'un raffinement permanent.

Pour le reste, les deux derniers chapitres constituent l'apothéose de ce traité sur l'amour en ce qu'ils ne sont rien d'autre que la réaffirmation et l'élévation de la Loi divine sur toutes les passions du coeur exposées tout au long de l'oeuvre. Pour un croyant comme moi, cela constitue un retour aux sources et à une vérité éclatante.

Enfin, si la théorie développée par Gabriel Martinez Gros, traducteur et commentateur de cette édition, s'avère véridique, à savoir qu'il est possible d'avoir une double lecture de cette ouvrage en y voyant le récit de la relation entre Ommeyades et Islam, cela ne ferait que renforcer l'immense estime et amour que je porte à ce chef d'oeuvre d'Ibn Hazm.


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Le collier de la Colombe sur l'amour et des amants est une oeuvre remarquable de la littérature arabe. L'oeuvre est un traité sur l'amour. Il explique comment vivre une vie harmonieuse et pieuse grâce à l'amour. La conception de l'amour d'Ibn Hazm et très proche des conceptions de l'amour courtois qui apparaîtra peu après en Occident. L'oeuvre a peut-être même inspiré les troubadours, car on sait que les échanges culturels entre l'Occident catholique et l'Espagne islamique étaient nombreux. L'auteur recommande aux maris de traiter les femmes avec respect et de ne pas avoir honte de tomber dans une sorte de servitude volontaire envers elles. Au-delà du message moral qui est agrémenté par de nombreux passages du Coran et de hadiths, l'oeuvre a également pour but de divertir en s'appuyant sur de savoureuses anecdotes et de très jolies poésies.

Une lecture exotique et très agréable à lire, encore aujourd'hui et qui montre qu'amour et pratique de l'islam ne sont pas incompatible.
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Un livre qui pour d'aucuns peut être un brin compliqué en raison notamment du contexte politico-religieux qu'il mobilise, néanmoins très riche en enseignements en ce qu'il traite de l'amour sous toutes ses formes et expressions ! Je ne peux que vous le recommander tant la plume d'Ibn Hazm est juste agréable et envoûtante !
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Un livre intéressant pour apprendre à décoder les signes de l'amour.
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
Rien n'est pire chez les humains que la délation, c'est-à-dire la calomnie. C'est un trait qui dénonce une constitution fétide, une branche pourrie, un naturel putride, une éducation prostituée. Le calomniateur est nécessairement un menteur, puisque la calomnie est une branche du mensonge, une de ses espèces, et je n'ai jamais une seule fois aimé un menteur. Je pardonne, chez un ami, toutes les tares, mêmes graves, et je le remets entre les mains de son Créateur Tout-Puissant. Je jette le voile sur ce qui en apparaît dans son caractère, sauf quand je sais qu'il ment. Ce mensonge, pour moi, ternit tous ses mérites, lui retire toutes ses supériorités, et chasse tout ce qui vaut en lui. Je n'en espère plus, par principe, aucun bien. De toute faute, en effet, on peut se repentir, et sur tout vice jeter le voile et le rachat. Pas sur le mensonge. Il n'y a pas moyen de revenir sur un mensonge, ni de le cacher, par définition. Je n'ai jamais connu, et je ne sais pas qu'on ait jamais connu, un menteur qui ait abandonné le mensonge sans jamais y retomber. Je n'ai jamais rompu le premier avec une de mes relations, sauf quand il m'apparaissait qu'elle mentait. À partir de là, c'est moi qui vise à l'éviter, qui m'attache à m'en défaire. C'est une faille secrète que je n'ai jamais vu chez quiconque n'était pas aussi soupçonné de méchanceté dans l'âme, ou montré du doigt pour quelque difformité monstrueuse de ses fibres intimes. Que Dieu nous préserve de Son abandon.
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J'ai foulé le tapis des califes, j'ai siégé au conseil des rois. Je n'y ai jamais rien constaté qui approche la crainte révérencieuse que l'amant montre à son aimé. J'ai vu les vainqueurs tenir à leur merci la vie d'un chef ennemi, j'ai vu gouverner les ministres, j'ai partagé l'heureuse outrecuidance de ceux qui dirigent l'État ; mais je n'ai jamais observé d'exultation plus intense, de joie plus rayonnante que celle d'un amant certain du cœur de son aimé, assuré du penchant qu'on a pour lui et de l'affection qu'on lui porte. J'étais là quand on faisait paraître en présence des souverains des gens qui avaient à se disculper. J'ai eu en face de moi des hommes accusés d'avoir partagé les pires crimes avec des rebelles et des tyrans. Mais je n'ai rien vu de plus humble qu'un amant interdit devant celui qu'il aime avec égarement, quand il est irrité, aveuglé par la colère et submergé par l'injustice.

J'ai éprouvé les deux situations. Dans la première, j'étais plus tranchant que le fer, plus acéré que l'épée, incapable de m'abaisser, dédaigneux de me soumettre. Dans la seconde, j'étais plus humble qu'une vieille harde, plus souple que le coton. Je me hâtais de m'humilier dans l'espoir d'un profit, et je ne manquais pas une occasion de marquer ma soumission pour y trouver davantage. Ma langue se déliait, je sondais l'obscure subtilité des mots pour m'expliquer plus clairement. Je multipliais les tons et les genres. J'allais en un mot à la rencontre de toyt ce qui pouvait me faire agréer.

Les accusations injustes sont une des faces de l'éloignement, Elles viennent au début et à la fin de l'amour ; au début, comme signe d'un amour vrai ; à la fin comme signe d'une tiédeur qui annonce déjà les lointains de l'oubli.
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L'union est un des visages de l'amour. C'est une fortune illustre et une halte ombreuse, un cercle bienheureux et une aurore joyeuse ; c'est la vie soudain neuve, l'éclat du quotidien, c'est le bonheur sans fin et une grâce immense, que Dieu nous donne. Si ce bas monde n'était une demeure d'emprunt, d'épreuves et d'incertitude, et le Paradis seul havre des récompenses que le haïssable me menace plus, je dirais que l'union avec l'aimé connaît cette même pureté sans trouble, cette jubilation sans mélange et sans tristesse, cet achèvement du désir et ces espérances comblées. J'ai fait l'expérience de tous les plaisirs, j'ai saisi toutes les fortunes, où qu'elles mènent. Ni les faveurs du pouvoir, ni les avantages de l'argent, ni même être quelque chose quand on était rien, ni le retour après l'absence, ni le salut après la peur et l'exil loin du puits de son clan, rien n'égale dans une âme l'union amoureuse, surtout quand elle est si longtemps empêchée que le feu prend, que la flamme monte et que l'espérance s'embrase. Une prairie qui s'illumine après la pluie, l'aurore d'une fleur quand les nuages nomades lèvent leur camp nocturne dans la douceur du matin, le murmure des eaux qui percent les mille couleurs des parterres, la grâce des blanches citadelles qui assiègent de verts jardins ; non, rien ne dépasse l'union avec un aimé dont la nature satisfait, dont le caractère plaît, dont les traits rivalisent avec la beauté. L'éloquence renonce à l'imiter, la clarté du discours y tourne court.
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Quand on s'éprend d'un seul regard, qu'on précipite l'attachement amoureux sur le hasard d'un éclair, c'est le signe d'une inconstance qui promet un oubli rapide, et qui témoigne de légèreté et d'ennui. Car en toutes choses, les plus rapides à croître sont plus promptes à périr, les plus lentes à venir plus lentes à s'épuiser.
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Sache que la fidélité incombe à l'amant, et qu'il y a plus d'obligation que l'aimé. Il y est tenu par sa condition : c'est lui qui prend l'initiative de l'attachement, lui qui s'expose à nouer le pacte, lui qui vise à raffermir la tendresse, lui qui appelle de ses vœux un commerce vrai. Il marche au premier rang dans la quête du pur amour, il se donne le premier pour but le plaisir qu'on gagne à l'amitié ; le premier il se passe le mors d'amour le plus serré qu'il peut, et la bride la plus courte. À quoi rimerait tout cela s'il se refusait à y ajouter la touche finale ? Qui lui dit de susciter la tendresse, s'il néglige d'y mettre le sceau de la fidélité à celui qu'il désire ?

L'aimé, lui, n'est qu'un pôle qui attire, une direction du désir, qui choisit de l'agréer ou de le négliger. S'il l'accepte, il comble l'espérance. S'il se refuse, il n'est pas juste de l'en blâmer. Se proposer l'union, insister pour l'obtenir, travailler à accorder les caractères, à étendre la complicité au temps de l'absence comme à celui de la présence, de fidélité dans tout cela, point. Car c'est sa propre fortune qu'on cherche, c'est à sa propre joie qu'on s'efforce, c'est pour soi qu'on ramasse ce bois. L'amour appelle sur ses traces, et pousse en avant qu'on le veuille ou non. En vérité, on ne peut se louer d'être fidèle quand on est incapable de ne pas l'être.
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