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ISBN : 2859404449
Éditeur : Phébus (03/10/1996)

Note moyenne : 3.62/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Le grand écrivain iranien (on l'a comparé à Poe, à Kafka) mort à Paris en 1951 et qu'ont salué André Breton et Henry Miller est enfin à l'honneur dans les librairies de langue française : une demi-douzaine d'ouvrages de sa main ont paru en traduction ces dernières années, et l'on vient enfin à lui reconnaître publiquement la place qu'il n'a jamais cessé d'occuper en secret - au premier rang des esprits les mieux dérangeants de ce siècle. Publié en 1945, jamais tradu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Apoapo
  09 août 2019
Jusqu'à présent, j'ai connu Sadegh Hedayat comme un nouvelliste (et marginalement un romancier) caractérisé par la noirceur et le désespoir de ses créations très originales. Je découvre ici un espiègle dramaturge doublé de critique politique amer, habile dans le maniement de la satire. Si ce récit n'est pas proprement une pièce de théâtre, les dialogues et monologues y sont remarquablement plus abondants que les descriptions que le narrateur consacre au héros éponyme, lesquelles, de plus, peuvent être lues en grande partie comme des indications de mise en scène ou parfois des mises en contexte historiques et sociologiques. Mais surtout, nombreux sont les clins d'oeil que le grand auteur persan adresse au lecteur de Molière, pour créer un personnage qui unit Harpagon à Tartuffe, dans le cadre iranien de la passation de pouvoir entre le chah Rezâ Khân Pahlavi (déposé par les Alliés) et son fils Mohammad Rezâ, au début des années 40. Dans une économie de guerre et une politique de fortes ingérences britanniques et soviétiques, ce personnage affreux et abominable incarne tous les vices, toutes les duplicités, toute l'immoralité d'une société corrompue jusqu'à la moelle, et, comme on le comprend vers la fin de l'ouvrage, il encourage déjà les prémisses de ce qui sera la Révolution islamique. La satire anti-religieuse acerbe explique que cet ouvrage circule sous le manteau en Iran (tout comme l'ensemble de l'oeuvre de cet auteur que portant toute personne cultivée connaît). Par ailleurs, on apprend que l'oligarchie politico-économico-militaire, de même qu'elle a envisagé le passage du despotisme au constitutionnalisme et à la dénommée démocratie comme une simple mascarade, n'avait en 1941 aucunement renoncé à ses sympathies pour Hitler avec néanmoins une regard au loin vers les États-Unis. Comme dans les héros de Molière, le dosage est parfait entre l'indignation et le ridicule que Hâdji Aghâ inspire, de façon intemporelle. Quant aux personnages secondaires, avec une touche désuète, leurs noms sont pour la plupart traduits dans la caricature de leur fonction, tels Bannière-de-la-Foi, Stabilité-du-Ministère, le colonel de Hautessor ou M. Poigne-Fortunée. Enfin, par ultime touche de classicisme français, l'excipit du livre est en latin :
« FINIS LIBRI HADJI AGHA / DOMINO MUNIFICENTI ADJUVANTE / IN URBE TEHRANO CONFECTI / QUAM SERVATO DEUS AB ACCIDENTIBUS / IN TEMPORE ATOMICAE BOMBAE ».
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Danieljean
  15 octobre 2016
Ce livre nous dévoile un Hedayat délicieusement drôle, théâtral, railleur, à l'écriture jubilatoire. le personnage de Hâdji Aghâ, bouffon parmi les bouffons, incarne cette société dirigeante pour laquelle l'écrivain avait un profond dégoût. Écrit en quinze jours comme un cri du coeur.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
ApoapoApoapo   09 août 2019
« - La "Société" saura apprécier vos services. Cette fois, c'est peut-être un devoir plus difficile qui vous incombe. Je vous dirai clairement et sans détour que c'est seulement en répandant la superstition et en semant le trouble au nom de la religion que nous pourrons faire obstacle à ces nouveaux mouvements qui ont pris naissance chez notre voisin du nord [l'URSS] et se sont répandus chez nous. Après quoi nous leur fabriquerons un épouvantail qui leur en fera voir de toutes les couleurs, c'est notre dernière arme. […] Votre devoir est donc d'encourager les musulmans à se frapper et taillader la poitrine dans les deuils religieux, à fréquenter les fumeries d'opium, les séances d'exorcisme, les lectures du Jardin des martyrs, de multiplier les spectacles de la Passion, de pousser le clergé et ses bandes à se manifester, de faire des discours et des prêches contre le dévoilement des femmes. » (p. 161)
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ApoapoApoapo   09 août 2019
« Par ailleurs, l'activité commerciale de Hâdji s'était étendue. Il achetait des pièces d'identité de défunts, fabriquait de faux tickets de sucre, vendait ses terres et ses productions cent fois plus cher qu'elles ne lui étaient revenues. Il avait même gardé ses relations avec la police et il prélevait son tribut sur le produit des laissez-passer de nuit délivrés par le gouvernement militaire. Mais, en même temps, il s'apitoyait sur le sort des pauvres et réunissait des secours pour les femmes enceintes. À la suite de l'ébranlement de shahrivar, il avait songé à s'enfuir en Amérique et il y avait transféré une partie de son capital. Mais il revint sur sa décision quand il vit que ses amis, renonçant à la fuite, avaient repris en main toutes les affaires importantes et qu'il comprit que rien n'était changé, si ce n'est que le mot démocratie avait remplacé le mot dictature. Les confrères de Hâdji, conformément aux instructions reçues de leurs maîtres, encourageaient sans restriction le cléricalisme, la superstition, les distributions d'armes parmi les tribus, les rivalités locales, l'agitation de la populace et de la provocation. » (p. 90)
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DanieljeanDanieljean   15 octobre 2016
Il faut tenir le peuple dans la faim, le besoin, l'ignorance et la superstition afin qu'il nous obéisse (...). Notre devoir est d'entretenir la stupidité de la masse pour qu'elle s'en prenne à elle-même et qu'elle se déchire elle-même.
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DanieljeanDanieljean   15 octobre 2016
Le monde n'a pas de finalité, c'est l'homme qui y mettra fin
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