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Roger Lescot (Traducteur)
ISBN : 271430253X
Éditeur : José Corti (30/11/-1)

Note moyenne : 4.03/5 (sur 58 notes)
Résumé :
Petit-fils du célèbre poète et critique Reza Qouli Khan, Hedayat Sadegh naquit à Téhéran le 17 février 1903. Il n’y a que peu à dire de sa vie extérieure. Son indépendance intellectuelle, sa modestie, sa pureté d’âme lui ont fait choisir en effet l’existence effacée et les souffrances d’un être d’élite qui se refuse aux compromis. Sa grande douceur de cœur, un esprit toujours prompt à saisir le ridicule des choses, son indulgence aussi pour ceux qu’il aimait, temp... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
batlamb
  01 avril 2019
Lautréamont l'a dit, il n'est pas bon que certains livres soient lus par tout le monde. Cette Chouette aveugle fait partie des fruits amers pour gourmets avertis. Car elle procède de la vision d'un esprit malade, qui s'est rendu étranger à la vie, en se laissant porter par des rêveries morbides imprégnées d'opium. Dans cette autofiction pas si éloignée de son existence tourmentée (qui le ballota entre la France et son Iran natal, en passant par l'Inde), Sadegh Hedayat, observe la mort avec une douleur mêlée d'admiration, comme en attente de découvrir ce nouvel horizon.
De fait, le roman possède une tonalité doloriste, qui ressort bien dans cet extrait où le narrateur tente de renouer les fils de sa vie : « Fils composant ma destinée sombre, triste, terrible et délicieuse — lieux où la vie se mêle à la mort et où naissent des images déformées, lieux où d'antiques refoulements, des désirs confus, réprimés, ressuscitent en criant vengeance. »
La souffrance du narrateur l'isole d'un monde mauvais, rempli de « canaille », et elle devient donc en cela une vertu à ses yeux. L'avatar d'Hedayat constitue un « être-pour-la-mort », qui a cessé de se faire toute illusion sur la vie et ne veut plus avancer en elle. Ainsi, il fait du surplace, il ressasse les mêmes souvenirs confus, les mêmes visions hallucinées, qui constituent les leitmotivs de ce roman. Un éternel retour.
Tout s'articule autour de deux personnages : une femme inaccessible et un vieillard au rire horrible, susceptible de personnifier la mort. Le titre du roman s'établit en opposition avec les yeux de la femme, deux grands yeux captivant le narrateur et l'entraînant à sacraliser cette figure féminine :
« Je voulus parler, mais je craignis que le son de ma voix ne blessât ses oreilles, ses oreilles si délicates, habituées sans doute à quelque musique céleste, lointaine et suave. »
Ce passage est symptomatique du mal qui gangrène le narrateur et sans doute Hedayat lui-même : une crainte obsessionnelle de souiller un idéal qui n'existe que dans son esprit. Il s'abandonne à ses fantasmes tel un Des Esseintes, et rejette la réalité de la vie, en n'en conservant qu'un moignon, impropre à subsister de lui-même.
« Ma vie, pour tes yeux, lentement s'empoisonne », disait Apollinaire dans un poème intitulé « Les colchiques ». Or, les colchiques font partie des leitmotivs secondaires de la Chouette Aveugle. Coïncidence ? Je doute qu'un auteur porté aux nues par ses confrères surréalistes (Breton en tête) ait pu ignorer le père spirituel de ce courant.
Quoi qu'il en soit, les deux figures principales, la femme et l'homme, glisseront malgré tout vers la réalité honnie d'un Iran imprécis et d'une vie misérable. Ils s'incarnent alors dans des personnages plus concrets, qui n'en restent pas moins potentiellement des fantasmes.
L'éternel retour est donc tempéré par des changements subtils, du moins aux yeux du lecteur. Les signifiants demeurent invariables, mais leurs signifiés se multiplient au fur et à mesure que le récit avance, si bien que le roman, qui m'a d'abord laissé dubitatif, a fini par me happer. Il y a là le même effet hypnotique que chez David Lynch, qui construit ses univers glauques d'une manière analogue.
Ce ressassement des figures féminines et masculines établit inévitablement une confusion œdipienne entre la mère et l'épouse. Mais aussi entre le père et le fils, qui est condamné à reproduire les fautes de son géniteur, et à se rapprocher de la mort. Ce à quoi le narrateur se résigne dans son apathie. La mort, qui est la même pour tous, entretient la confusion entre lui et les autres. Elle abolit la division entre les hommes, jusqu'à ne plus les distinguer. « L'ombre » pour laquelle le narrateur dit qu'il écrit n'est plus la sienne propre. Il se projette dans une vie multiple, et la pulsion de mort retrouve ainsi son indissociable pulsion de vie. Jusque à ce que les vers aient fini de ronger les cadavres unis dans une étreinte ambigüe.
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Apoapo
  24 janvier 2019
Trad. Roger Lescot. Oeuvre datée 1936, 1ère éd. française (posthume) 1953. cette éd.-ci : 1985.
Je comprends très bien que cette oeuvre soit considérée le chef-d'oeuvre de Hedayat et qu'elle ait provoqué l'enthousiasme de grands noms de la littérature française lors de sa très belle traduction et publication. Un roman ? Personnellement je penche plutôt pour parler de deux longues nouvelles (pp. 1-77 et 78-191), dont les narrateurs à la première personne sont deux hommes différents, mais tout aussi proches l'un que l'autre de la folie, du désespoir, du crime et du suicide. Cependant, les nouvelles sont construites et reliées par une multiplicités de renvois réciproques : objets et images qui se transforment instantanément en emblèmes dont on devine la polysémie qui pourtant nous échappe : le vase antique, la bouteille de vin mélangé au venin de naja, le couteau à manche d'os, le vieillard au rire tonitruant, le goût âpre du trognon de concombre. La chute, qui n'est pas un vrai final et qui fait penser qu'elle l'ouvrage était inachevé, est abrupte et banale : elle suggère que l'un des deux récits soit un rêve du protagoniste de l'autre.
Les deux nouvelles, par contre, ont une cohérence interne et une structure magnifiques, leurs trames se déroulent sur des histoires terribles et fascinantes. En effet, les récits sont constitués, en parts comparables, de l'angoisse existentielle la plus radicale du narrateur, contée avec un réalisme obsédant, du fantastique de ses visions oniriques et de ses cauchemars, du symbolisme des objets qui l'entourent et des images culturelles qu'il convoque – relatives à la Perse et à l'Inde – qui confèrent au récit un certain goût de conte. de ces éléments se dégage un mélange d'horreur et de fascination fantasmagorique.
Mon attention a été retenue surtout par les descriptions introspectives de l'angoisse. J'ai noté aussi des pages assez radicalement anti-religieuses (dont une cit.). Mais ce choix est totalement subjectif et arbitraire.
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mdhennin
  02 janvier 2016
Chef d'oeuvre poétique, cette Chouette Aveugle nous glace le sang par les images vénéneuses, incestueuses et morbides qu'elles suscitent. le narrateur ne va pas bien, ses souvenirs se mêlent à ses cauchemars et quand il prend de l'opium pour calmer sa mélancolie, les niveaux narratifs se troublent encore davantage.
Si le roman est ancré dans une Perse sans âge, il nous parle sans difficulté par son universalité et la puissance des images qu'il parvient à créer.
Longtemps après, nous restent des images de vieillard ricanant, de maisons aux toits pointus et aux petites lucarnes éclairées, de rivières bordées de cyprès et de violettes. Et toutes ces images gardent les mystères qu'elles recèlent, pour ne les distiller que la nuit venue... dans nos rêves.
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JeanPierreV
  11 novembre 2016
Roman salué par les surréalistes en 1953, année de sa parution, "La chouette aveugle" est un texte aux allures fantastiques. le livre d'un auteur resté dans l'ombre qui a choisi de partir en 1951.
Monologue d'un homme, hanté par des hallucinations sordides dues à l'opium, confondant ses visions et la réalité, déroutant souvent le lecteur, qui comme lui est parfois un peu perdu. Livre difficile.
Un homme malade, dépressif, qui manifestement ne connaît pas le bonheur, vit seul, à une époque ancienne, en Perse, dans la cité de Rhagès, dans sa chambre .Il vit pauvrement en décorant des cuirs d'écritoires. ll est marié mais son épouse, qui est également sa cousine germaine n'a jamais voulu se donner à lui, ni même l'embrasser. Une épouse qui le trompe
Personne ne trouve grâce à ses yeux il vit dans un monde de "canailles", représenté par le boucher armé de son "couteau à manche d'os" ou le vieux brocanteur. le seul personnage féminin ayant grâce à ses yeux est sa vieille nourrice. Aucune issue à sa détresse, la seule solution est la mort...une idée obsédante, qu'il soit ou non sous l'emprise de l'opium. Une atmosphère lourde et pesante
Ce roman n'a pu être écrit que par un homme lui-même torturé, souffrant d'un mal moral, d'un mal-être, hanté par des idées noires, par l'existence de Dieu, par la religion.
"En de telles conjonctures, chacun cherche refuge dans une habitude solidement enracinée, une manie: le buveur boit, l'écrivain écrit, le sculpteur sculpte, bref, chacun a recours, pour mettre fin à son tourment, au mobile le plus puissant de sa vie, et c'est alors qu'un véritable artiste peut tirer de lui-même des chefs-d'oeuvre. Mais moi, moi qui n'avais aucun talent, moi, misérable décorateur de cuirs d'écritoires, que pouvais-je faire?"
Il nous en apprend beaucoup, en tout cas c'est comme cela que je l'ai reçu, sur les drames, sur cette perception de soi et des autres qui peuvent pousser un homme à vouloir quitter notre monde, sur cette détresse visible, mais souvent incompréhensible devant laquelle on se découvre impuissant. "La mort fredonnait doucement sa chanson, comme un bègue qui se reprend à chaque mot, et qui, à peine arrivé à la fin d'un vers, doit recommencer."
C'est cette détresse d'un proche, à laquelle chacun peut être confronté, qui m'a touché, détresse qui peut être causée par la drogue

Lien : https://mesbelleslectures.co..
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bgbg
  27 avril 2016
La chouette aveugle, par Sadegh Hedayat. Un livre magnifique, mais éprouvant, qui n'est pas sans rappeler « Les carnets du sous-sol » de Dostoievski, encore que plus oppressant, plus désespéré, plus proche d'une réalité vécue par l'auteur. Ce dernier s'est suicidé à 47 ans, en 1950.
Il s'agit du monologue d'un homme qui se dit malade, dépressif, qui se vautre dans la négation de tout et l'autodestruction, un opiomane qui ne fait plus la différence entre ses divagations hallucinées et la réalité, toutes aussi sordides l'une que l'autre pour lui, et qui s'interpénètrent au point que le lecteur lui-même s'y perd parfois. Mais peu importe, il vaut mieux se laisser aller au fil du récit, rêves glauques ou situations sinistres, pensées paranoïaques ou intrusions désespérées dans le monde palpable, allées et venues incessantes entre les douleurs permanentes de la vie et l'idée obsédante de la mort. Après les visions surnaturelles et artificielles qui laisseraient un peu d'espace à l'espoir ou à la pureté, c'est le retour à la laideur et à la pourriture du monde.
Dans l'ancienne cité de Rhagès, en Perse, dans des temps reculés, peut-être moyenâgeux, le narrateur vit reclus dans sa chambre, à décorer des cuirs d'écritoire, à boire et fumer de l'opium. Veillé par sa nourrice, il assiste à la licence et aux turpitudes de sa femme qui n'a jamais voulu se donner à lui, pas même pour un baiser. Il semble que là, cet homme, si pessimiste, devient sensible à la beauté, à l'amour, au mythe fusionnel de la mandragore et s'ouvre à la jalousie. Ce désir contrarié est-il à l'origine de son mal être ? Ce n'est pas ce qu'il dit, mais on peut le penser. Il craint le monde qui l'entoure, la “canaille“ comme il dit, qu'il vit comme absurde et brutal, notamment le boucher au “couteau à manche d'os“, “misérable“ qui “découpe voluptueusement la viande“, le vieux brocanteur au “cache-nez crasseux“ et “aux pensées imbéciles“. qui ne vend jamais rien mais “apparaît dans tous ses cauchemars“ et qui possèdera sa femme, malgré “ses dents jaunes et rares“.
Dans ce roman où la poésie est à la fois foisonnante et parsemée, dans cette diatribe étrange et envoûtante, lourde de ses ombres et de ses rancoeurs, une fois les barrières de la réalité refermées sur elle-même, et le fantastique muselé, il reste une tentative (inconsciente ?) de l'auteur d'indiscipliner les esprits, de dissiper l'ordre des pensées, de militer pour la mécréance, et d'offrir une vision de la Perse à la fois traditionnelle et parfois superstitieuse, et moderne avec ce portrait paradoxal.
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Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
SeshetaSesheta   06 janvier 2013
Je n’ai qu’une crainte, mourir demain, avant de m’être connu moi-même. En effet, la pratique de la vie m’a révélé le gouffre abyssal qui me sépare des autres : j’ai compris que je dois, autant que possible, me taire et garder pour moi ce que je pense. Si, maintenant, je me suis décidé à écrire, c’est uniquement pour me faire connaître de mon ombre –mon ombre qui se penche sur le mur, et qui semble dévorer les lignes que je trace. C’est pour elle que je veux tenter cette expérience, pour voir si nous pouvons mieux nous connaître l’un l’autre.
[…]
Je n’écris que pour mon ombre projetée par la lampe sur le mur; il faut que je me fasse connaître d’elle.

(p.25-26)
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SeshetaSesheta   11 janvier 2013
Elle était tombée là, insensible, immobile. Ses muscles détendus, ses nerfs, ses os, s’apprêtaient à pourrir et à offrir une pâture succulente aux vers et aux rats des entrailles de la terre. Et moi, il me faudrait passer une nuit longue, obscure, froide, sans fin en compagnie d’un cadavre, de son cadavre, dans cette chambre de pauvre, emplie de misère, dans cette chambre pareille à un tombeau, parmi les ténèbres éternelles qui m’entouraient et qui s’étaient infiltrées jusque dans les murs. Alors il me sembla que, dès le principe du monde, depuis que j’existais moi-même, j’avais eu pour compagnon, dans la chambre ténébreuse, un cadavre –un cadavre inerte et glacé.

(p.49)
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SeshetaSesheta   12 janvier 2013
En de telles conjonctures, chacun cherche refuge dans une habitude solidement enracinée, une manie: le buveur boit, l’écrivain écrit, le sculpteur sculpte, bref, chacun a recours, pour mettre fin à son tourment, au mobile le plus puissant de sa vie, et c’est alors qu’un véritable artiste peut tirer de lui-même des chefs-d’œuvre. Mais moi, moi qui n’avais aucun talent, moi, misérable décorateur de cuirs d’écritoires, que pouvais-je faire?

(p.50-51)
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SeshetaSesheta   18 juin 2008
Pénétrera-t-on un jour le mystère de ces accidents métaphysiques, de ces reflets de l’ombre de l’âme, perceptibles seulement dans l’hébétude qui sépare le sommeil de l’état de veille ?

(p.23-24)
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SeshetaSesheta   12 janvier 2013
Je voulais dessiner tranquillement, d’après nature, ce visage condamné à se décomposer très doucement et à se résorber dans le néant, ce visage qui semblait immobile et immuable, en fixer sur le papier les lignes essentielles, choisir ceux de ses traits qui m’avaient frappé. Un croquis, si sobre soit-il, doit éveiller une impression, avoir une âme. Moi qui m’étais accoutumé à exécuter des dessins de série sur des cuirs d’écritoire, je me voyais contraint de mettre mon intelligence en œuvre pour exprimer mon idéal, c’est-à-dire pour rendre ce que mon imagination prêtait d’obsédant à sa physionomie.

(p.52)
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