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EAN : 9782859405489
256 pages
Phébus (14/10/1998)
4.25/5   8 notes
Résumé :
Quinze histoires (l'une d'elles adopte la forme théâtrale : celle d'une farce des mieux grinçantes) empruntées pour la plupart aux recueils majeurs de Sadegh Hedâyat (1903-1951) : le grand écrivain iranien, auteur de La Chouette aveugle qu'admirèrent André Breton et Henry Miller, y dissèque à mots précis l'horreur de ce qu'on appelle communément l'existence. Quinze façons de dire l'absurdité du monde et l'inguérissable folie des hommes qui le peuplent.
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
“Tout ce qui n'est pas littérature m'ennuie et je le hais” écrivait Kafka dans son journal.
Sadegh Hedayat qui fut le traducteur de l'auteur tchèque de langue allemande en persan ne fut pas loin de penser la même chose, l'écrivaine Cécile Ladjali relève ce point commun entre l'iranien, qui se donna la mort à Paris en 1951 et le maître de l'absurde ; autre similitude, tous deux occupaient des métiers alimentaires où ils s'ennuyaient à cent sous de l'heure, souligne t-elle.

Aucun doute, c'est leur désir de vivre que tuent les personnages de ces délicates nouvelles, d'une alchimie étrange mais efficace.

L'Homme qui tua son désir, La méprise, l'Impasse, l'Ombre du Mongol, Lâleh… Ces nouvelles oscillent entre fines touches d'ironie, carte postale d'un Iran d'avant la révolution, des invasions Mongols aux bouddhistes Barmécides, influence des années françaises d'Hedayat, et tragédie silencieuse.

L'unité du style est au service d'une variété de thèmes, de la difficulté d'être, de l'hypocrisie des hommes, de la folie qui ronge, qui corrompt, de la méprise entre les hommes et leurs envies, les faux espoirs, les indicibles désirs et l'amour qui tente d'éclore, de toutes ses forces, dans un combat sans témoin, à l'instar d'une jeune pousse tentant de se frayer un chemin par-delà les neiges hostiles du mont Damavand.

Hedayat fait la preuve par l'écrit, sans jamais laisser le narrateur s'immiscer, s'interposer ou fournir un quelconque recul, le lecteur reste seul, à portée d'épiderme, avec les personnages jusqu'au tragique.

Le style d'Hedayat, beau et froid comme le marbre, finit d'enterrer la révolte et l'injustice du destin sous une mélancolie douce et résignée… Peut-être le fameux blue(s) d'Ispahan ?

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Les treize nouvelles, un court texte théâtral et une « satire pour marionnettes en trois tableaux » de Sadegh Hedâyat, le grand auteur iranien (1903-1951) du célèbre roman La Chouette aveugle, étonnent d'abord pour leur variété. Tirés de différents recueils, même s'ils remontent pour la plupart aux années 30, certains récits ont pour cadre l'Iran, intemporel ou bien apparemment contemporain à leur écriture, d'autres se déroulent ailleurs (France, Allemagne, Russie), deux enfin ont pour cadre un passé reculé : l'invasion mongole et la conquête arabe. La noirceur, voire l'horreur ou un quotidien angoissant ou désespérant caractérisent le plus grand nombre des nouvelles, dont en particulier la première, « La griffe », qui fait penser à Edgar Poe, mais un humour noir délicieux se dégage de « Le patriote » ainsi que dans la mini-pièce « Les croque-morts ». Les thèmes sont divers, et j'émets l'hypothèse que la dernière nouvelle, « L'impasse », concerne surtout, de façon à peine voilée, l'homosexualité masculine et un sentiment de culpabilité qui occulte son objet. Toutefois, l'on retrouve de nombreux textes qui touchent peu ou prou aux sujets religieux : « L'Homme qui tua son désir », longue nouvelle éponyme, avec ses nombreuses citations, est pratiquement un exposé sur le soufisme que le héros abandonne enfin, « L'adorateur du feu » met en scène l'iranologue Flandin dans un instant (très orientaliste) d'identification avec des Zoroastriens rencontrés près de Persépolis, dans « Le dernier sourire », il est question de l'islamisation de façade et de la conservation dissimulée d'une certaine foi bouddhiste chez le protagoniste Rouzbehân au Khorassan, enfin et surtout, la satire pour marionnettes qui est intitulée « La légende de la création » et est encore inédite en Iran à l'heure de la publication de ce livre, est un texte que beaucoup pourraient trouver carrément blasphématoire, avec son personnage « Léternel », « vieillard décrépit » bavant le riz au lait dont il se nourrit, qui ne sait pas pourquoi il s'attelle à la création... : tout le récit biblico-musulman, avec ses « houris et belles péris en tenue légère », ainsi que Gabriel Pacha, Mollah Azraël et Milord Satan, est intégralement tourné en dérision. Même à le lire aujourd'hui, Salman Rushdie, en comparaison, ressemble à un enfant de choeur...

Dans la forme de la nouvelle, stylistiquement parlant, on peut trouver des auteurs plus novateurs, par ex. Sait Faik Abasiyanik en Turquie, qui fut pratiquement son contemporain (lui aussi décédé prématurément), cependant je ne suis pas prêt d'oublier la force de déflagration émotionnelle de certains des textes de Hedâyat et je comprends donc très bien que les nouvellistes persans contemporains s'en inspirent et s'y réfèrent.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
“Les gens, à ses yeux, avaient l’air terne et usé des vieilles choses qui ont perdues leur éclat. Ils n’en plongeaient que plus gaillardement leurs griffes dans le ventre de la vie, et leurs craintes, leurs manies, leurs superstitions et leurs contentement de soi ne faisaient qu’augmenter.”
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Père Adam - Donne tes lèvres. Je vais t'expliquer le sens de la Création.
(Le Père Adam se penche sur Maman Eve et l'embrasse à pleine bouche. Maman Eve étend le bras pour rabattre une branche sur eux, et le feuillage les dissimule. Le rideau tombe. Le tumulte des animaux qui hurlent et glapissent s'apaise progressivement.)
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Video de Sadegh Hedayat (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Sadegh Hedayat
Cécile Ladjali est enseignante et écrivaine, deux métiers qui se nourrissent l'un l'autre. Dans son travail, par les mots et le langage, elle questionne la notion de transmission, celle des origines, des identités et de la création
Dans cette rencontre virtuelle, autour du dernier roman de Cécile Ladjali, "La Fille de personne" publié aux éditions Actes Sud, on parle de Luce Notte, Kafka et Hedayat et du pouvoir extrêmement puissant, voire inégalable, de la littérature...
Pour retrouver son livre, c'est ici : https://www.librairiedialogues.fr/livre/16461672-la-fille-de-personne-cecile-ladjali-actes-sud
Et pour nous suivre, c'est là : INSTA : https://www.instagram.com/librairiedialogues/ FACEBOOK : https://www.facebook.com/librairie.dialogues TWITTER : https://twitter.com/Dialogues
À bientôt !
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