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Gilbert Lazard (Traducteur)Farrokh Gaffary (Traducteur)
EAN : 9782859400989
192 pages
Éditeur : Phébus (01/08/1991)

Note moyenne : 4.13/5 (sur 26 notes)
Résumé :
Un homme, fasciné par la sauvagerie des chats et torturé par une faute obscure, cède peu à peu à la folie... Un autre choisit la même issue pour rejoindre une femme morte dont l'absence le hante... Un chien errant crève au fond d'un fossé, et se trouve par là-même délivré d'un monde voué à la seule cruauté... Une femme en proie à une jalousie morbide assassine des bambins encore au berceau -et reçoit l'absolution des mollahs... Une jeune fille épouse un rustre qui l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
Sachenka
  16 octobre 2020
Il y a quelques années, j'ai lu deux bouquins de l'auteur iranien Sadegh Hedayat (dont son populaire La chouette aveugle, que, moi, j'avais trouvé correct, sans plus. Mais j'étais encore curieux de la littérature persane et disposé à donner une autre chance à cet auteur. Et heureusement. Son recueil de nouvelles Trois gouttes de sang m'a énormément plu. La première nouvelle donne le ton. le narrateur, un homme reclus, un peu trouble, raconte son histoire. Son vieil ami Siavosh lui rend visite, et cela lui rappelle une autre époque où c'est lui-même qui rendait visite à cet ami d'enfance, alors que ce dernier souffrait d'un déséquilibre nerveux. de folie. Mais cette histoire, étrange d'abord, se révèle superbement bien construite. Elle va de rebondissement en rebondissement. Cette nouvelle et les autres qui constituent ce recueil sont faites sur le même modèle. Brèves, allant à l'essentiel, marquant l'évolution des personnages dans un beau crescendo. Poussés au paroxysme de la folie, rejetés, isolés, abandonnés, ils se révèlent toujours intéressants.
Certaines nouvelles sont d'un registre plus anecdotique, comme celle de ce chien qui erre dans la ville. Ou bien celle de cette femme qui part à la recherche du père de sa fille. Ou encore la soeur aînée laide, qui vit dans l'ombre de sa cadette si jolie, la « Favorite ». Ces histoires paraissaient plus simples, proches de la vie ordinaire, mais elles étaient d'autant plus poignantes.
D'autres nouvelles penchaient vers le fantastique. Par exemple, Les nuits de Varâmine. On y retrouve le jeune Fereydoun, à la santé fragile, qui hérite du domaine familial. Malheureusement, sa belle épouse se meurt. « Sensible et affectueux comme il était, Fereydoun ne se remit pas de ce coup. » (p. 43). Quand des événements étranges se produisent, on peut se demander si le jeune homme ne les imagine pas. « Il respirait à peine, des ombres fantastiques dansaient devant ses yeux. » (p. 46). La progression lente et inévitable de ses troubles nerveux, l'impression d'un drame imminent, tout contribue à créer une atmosphère réussie. J'en ai presque ressenti des frissons. Puis, un soir, il croit entendre de la musique dans le pavillon fermé…. Je ne dévoile pas la fin, elle est inattendue. Toutefois, elle fonctionne à merveille. Un autre exemple de nouvelle plonge dans le fantastique est le trône d'Abou Nasr, dans laquelle des archéologues américains font des fouilles près de Chiraz, découvrent un tombeau avec des squelettes vieux de quelques millénaires, l'occasion de raconter leur histoire et de les laisser reprendre vie.
Bon, vous comprenez un peu, je ne vais pas raconter chacune des nouvelles. Il suffit de rappeler que je les ai toutes appréciées, sans exception. Elles se recoupent par certains thèmes (la folie, l'étrange, la détermination et la souffrance, les entreprises vouées à l'échec, etc.) mais elles sont suffisamment originales, divergent assez pour que le lecteur ne sente pas la redite. Bref, une sorte de mosaïque qui renvoie une certaine image de l'Iran de la première moitié du XXe siècle. Je ne peux que recommander la lecture de ce recueil fort intéressant.
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Apoapo
  12 juillet 2019
De nouveau, me voilà conquis par les nouvelles de ce géant de la littérature persane contemporaine que fut Sadeq Hedâyat. Cette parution toute récente aux éditions Zulma est la réédition de celle de chez Phébus (1989) mais, de toute manière, même les recueils précédents publiés depuis déjà quelques décennies majoritairement chez José Corti, de même que son roman inachevé, La Chouette aveugle (1941-1953), sont hélas demeurés assez confidentiels. Elle contient aussi « Le chien errant », qui est sans doute la première nouvelle publiée par l'auteur, de son vivant, en 1941.
Il n'y a pas d'unité thématique dans ces dix nouvelles, dont la première et éponyme me semble s'imposer sur les autres autant par l'audace de sa construction que par la hardiesse avec laquelle est représenté la folie. S'alternent, de plus, des écritures différentes, tantôt caractérisées par le réalisme, tantôt frôlant le fantastique, tantôt inspirées par la critique de certains aspects du traditionalisme de la société iranienne que l'auteur devait sans doute trouver détestables : les superstitions, la bigoterie de certaines pratiques de l'islam chiite (ex. les pèlerinages), les violences domestiques. Néanmoins, surtout dans les six dernières nouvelles, un fil conducteur peut être repéré : l'ambivalence des rôles féminins dans la conjugalité, dans une dialectique de domination et de souffrance où la femme n'est pas systématiquement la victime ni ne saurait refléter les images stéréotypées attendues.
D'un point de vue technique, je commence à reconnaître les empreintes qui caractérisent Hedâyat et qu'il a laissées à la postérité de la nouvelle persane : au niveau des incipit et des excipit, chutes des récits, de l'insertion de passages en vers dans la prose, des « répétitions structurantes » - cf., en particulier dans la première nouvelle, les mots qui en constituent le titre : « Trois gouttes de sang ».
Deux traducteurs sont nommés : Gilbert Lazard, qui est désormais le traducteur « attitré » de Hedâyat, et Farrokh Gaffary, qui a signé ici « La quête d'absolution » uniquement. Il me paraît remarquable et appréciable que les deux sont parvenus à une telle syntonie qu'on ne distingue pas de différence stylistique. de plus, si je compare leur langue avec celle de Roger Lescot, traducteur de la Chouette aveugle en 1953, je constate que le choix de la continuité a été fait, malgré les six décennies qui se sont écoulées et les nouvelles tendances traductologiques survenues depuis : mais en l'occurrence, j'estime que ce choix est absolument juste, compte tenu autant de la personnalité de l'auteur que de sa diffusion encore restreinte.
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Olivia-A
  09 juillet 2019
A travers dix petites nouvelles, Sadeq Hedâyat nous emmène en voyage dans son pays d'origine, l'Iran. Au travers de petits contes, il nous enivre de parfum d'Orient, de barbes teintées au henné, de plats exotiques et de cette tradition orale d'où sortent les meilleures histoires. C'est un voyage des sens et de l'imagination, une plongée dans l'Iran d'hier et d'aujourd'hui, une échappée loin de notre vie de tous les jours.
Dans ces dix nouvelles, Sadeq Hedâyat explore de nombreux thèmes associés à la société iranienne, aussi bien la religion que les superstitions, la place des femmes que leur ascendant sur leurs maris, le multiculturalisme du pays et le racisme latent envers les Arabes installés en Iran. Il nous donne à voir les multiples facettes d'un pays méconnu, souvent mal jugé de nos jours. La religion est un des thèmes prédominants de ses écrits, avec de nombreuses références au pèlerinage à Kerbela et à l'absolution qu'il est supposé donner aux croyants – quitte à les absoudre carrément de meurtres sans pitié. En Iran, la religion musulmane semble intimement liée aux superstitions et aux présages, régulièrement utilisés par les personnages pour prendre des décisions, guider des choix. Se sont surtout les femmes, chez Hedâyat, qui guettent les présages, et s'en servent pour en faire voir de toutes les couleurs à leurs maris ! Elles ont beau être voilées et couvertes du traditionnel tchador, elles n'en restent pas moins toutes puissantes dans la prose de l'auteur, capables d'un simple regard d'aliéner le coeur des hommes, des les ruiner d'une seule exigence, de les manipuler d'une seule faveur.
Sadeq Hedâyat livre ici une succession de petites pépites littéraires, contes atypiques aux leçons décalées, teintés des couleurs d'un Orient immémorial.
Lien : https://theunamedbookshelf.c..
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Acerola13
  11 avril 2020
Recueil d'une dizaine de nouvelles, Trois gouttes de sang correspond en tout point à ce que l'on pouvait s'attendre de son écrivain opiomane et suicidaire : glaçant, fascinant, parfois fantastique.
Chaque nouvelle distille sa dose de frisson ; la mort plane sans cesse, et les personnages, qu'ils soient humains ou animaux, courent inéluctablement à leur perte.
Au-delà de l'aspect fantastique et morbide, ces nouvelles interrogent sur ce qui peut mener un être humain à sombrer dans la folie, sur la recherche de la douleur donnée par un être aimé, mais portent aussi un regard désabusé sur la société iranienne de l'époque, entre bigoterie et hypocrisie des hommes et place de la femme dans une société où l'on cherche à tout prix à les confier à un mari, quel que soit leur âge.
Profondément dérangeant mais à l'écriture très belle, Trois gouttes de sang est à la mesure des autres ouvrages que j'ai pu lire d'Hedayat.
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chocoladdict
  28 septembre 2019
Connaissez-vous Sadeq Hedayat? Je lis très peu de nouvelles et c'était probablement la première fois que je lisais de la littérature perse alors je me suis sentie un peu paumée par rapport à mes repères habituels avec Trois gouttes de sang.
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Au vu de l'atmosphère et des thèmes qui reviennent , ce livre évoque pour moi à la fois l'univers des contes des mille et une nuits et le Horla de Guy de Maupassant (ou du tout moins les souvenirs lointains que j'en ais).
La folie y rôde, la mort est toujours présente, les sensations (chaleur écrasante, odeur de riz au lait, souffle du vent..) sont omniprésentes. ▪️
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J'ai été frappée particulièrement par la seconde nouvelle de Trois gouttes de sang. Sadeq Hedayat décrit si justement ce que ressent un chien errant que je suis devenue ce chien errant et que j'ai eu l'impression de me sentir moi aussi abandonnée, désoeuvrée, désespérée.
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La nouvelle "La femme qui avait perdu son mari" m'a déconcerté. Il y est question de Zarrine-Kolah, jeune fille maltraitée par sa mère, qui, du jour où elle voit pour la première fois, son futur mari, ne peut imaginer sa vie sans lui, une seule seconde. Elle est totalement dépendante à lui et confie même éprouver du plaisir dans les coups qu'il lui donne, concluant "Pouvait-on en fin de compte trouver meilleur mari ?". Même si la nouvelle a été écrite dans les années 30 (très loin de #metoo), je me suis demandée quel regard l'auteur portait sur cette femme. Se moque-t-il d'elle ou dénonce t-il une société dans laquelle un homme peut répudier sa femme quand il n'en veut plus pour se marier avec une plus jeune ? ▪️
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Grinçant, irréel, cruel, voilà les 3 mots qui me sont venus à l'esprit en refermant trois gouttes de sang. ▪️
Lien : https://www.instagram.com/p/..
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
Olivia-AOlivia-A   06 juillet 2019
On vit bientôt apparaître un imposant dôme doré, encadré de beaux minarets, et en symétrie, une autre coupole, bleue celle-là, qui tranchait comme la pièce neuve d'un vêtement abusivement raccommodé sur le fond des maisons de torchis. Le soleil allait se coucher quand la caravane s'engagea dans une avenue bordée de murs en ruine et de petites boutiques. Il y avait là un grand rassemblement de toutes sortes de gens : des Arabes coiffés du fez arboraient des mines où l'idiotie le disputait à la roublardise ; plus loin, de louches individus aux allures d'escrocs, la tête enturbannée, la barbe et les ongles passés au henné, le crâne rasé, égrenaient des chapelets et se promenaient en sandales, vêtus en tout et pour tout de caleçons longs et de sandales. Certains parlaient persan, d'autres jacassaient en turc, d'autres encore lançaient des mots en arabe qui roulaient dans l'air après être sortis du fond de la gorge et jusque des entrailles.
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ApoapoApoapo   12 juillet 2019
Cit. : incipit de la première nouvelle :

« C'est hier qu'on m'a mis dans une chambre à part. Serait-ce que je suis complètement guéri, comme l'a assuré le surveillant, et que je serai libéré la semaine prochaine ? Ai-je donc été malade ? Un an, pendant un an entier j'ai imploré en vain qu'on me donne une plume et du papier. Que de choses ne me promettais-je pas d'écrire dès que j'en aurais le moyen ! »
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rkhettaouirkhettaoui   26 décembre 2017
Le dîner ! Toujours la même pitance : soupe au yaourt, riz au lait, pilaf, pain et fromage – juste de quoi ne pas crever de faim ! Hassan, tout ce qu’il désire, c’est une marmite de soupe à l’oignon avec quatre pains longs. Quand on le libérera, lui, ce n’est pas une plume et du papier qu’il lui faudra, mais une marmite de soupe. Il est de ceux qui sont heureux ici. Sa taille courtaude, son rire idiot, sa nuque épaisse, son crâne chauve, ses mains calleuses faites pour gâcher le plâtre, son regard stupide, toutes les molécules de son corps proclament qu’il est tout juste bon à servir d’homme de peine.
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rkhettaouirkhettaoui   26 décembre 2017
Son seul plaisir était la compagnie de Farenguis, sa femme, qui l’aidait et s’occupait de tout à la maison. Du matin au soir elle n’arrêtait pas une minute. Il est rare peut-être que deux époux soient à ce point attachés l’un à l’autre. Pas une fois ils ne s’étaient querellés, jamais ils ne s’étaient causé l’un à l’autre la moindre peine. Pourtant ils vivaient très isolés : hormis sa demi-sœur Golnâz et Farenguis, Fereydoun n’avait ni parent ni ami, et tous trois menaient dans cette campagne une vie toute simple et tranquille.
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rkhettaouirkhettaoui   26 décembre 2017
L’univers tout entier plonge dans la nuit sombre.
C’est le temps du repos pour des êtres sans nombre.
Moi, ma douleur grandit lorsque le soir descend.
 
De ce monde cruel n’attends nul réconfort.
À ma peine il n’est point d’autre fin que la mort.
Mais là-bas, sous le pin, que me veulent encore
Sur la terre obstinée ces trois gouttes de sang ?
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Vidéo de Sadegh Hedayat
Cécile Ladjali est enseignante et écrivaine, deux métiers qui se nourrissent l'un l'autre. Dans son travail, par les mots et le langage, elle questionne la notion de transmission, celle des origines, des identités et de la création
Dans cette rencontre virtuelle, autour du dernier roman de Cécile Ladjali, "La Fille de personne" publié aux éditions Actes Sud, on parle de Luce Notte, Kafka et Hedayat et du pouvoir extrêmement puissant, voire inégalable, de la littérature...
Pour retrouver son livre, c'est ici : https://www.librairiedialogues.fr/livre/16461672-la-fille-de-personne-cecile-ladjali-actes-sud
Et pour nous suivre, c'est là : INSTA : https://www.instagram.com/librairiedialogues/ FACEBOOK : https://www.facebook.com/librairie.dialogues TWITTER : https://twitter.com/Dialogues
À bientôt !
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