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Critiques sur Dans la forêt (392)
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Souri7
  10 février 2017
Enfin ! Enfin un roman réaliste et saisissant sur la fin de notre civilisation de consommation où l'essence, l'électricité viennent à manquer… Enfin un roman ne nous proposant pas une fin du monde suite à une invasion extra-terrestre, une infection, une attaque de mutants, une météorite (ou que sais-je encore) le tout dans une époque lointaine et futuriste où le personnage central aurait pour mission de sauver le monde. Bref, une fin du monde souvent décrite comme un aléa venant de l'extérieur où l'homme serait une victime et non un acteur. Non, rien de tout cela. Un roman simple, reprenant le vécu de Nell à travers son journal. Cela parle immédiatement au lecteur qui peut de suite s'identifier à cette jeune fille et sa soeur qui au départ restent dans l'expectative en espérant un retour à la « normale » puis qui prennent leur destin en main lorsqu'elles comprennent que ce qu'elles ont connu est du passé et qu'une nouvelle ère plus proche de la nature, moins dépendante de tout ce qui est matériel s'ouvre devant elles.


Un roman magnifique qui au départ peu dérouter par sa simplicité. Effectivement, les raisons du changement sont évoquées brièvement, aucune information n'est donnée au lecteur qui se retrouve plongé dans une sorte de huis clos au milieu d'une forêt avec deux jeunes filles loin de tout, attendant et vivotant. le lecteur a envie d'en savoir plus sur les raisons, les conséquences d'un point de vue terrestre mais les seules informations sont celles que donne Nell. Très rapidement, le lecteur comprend justement que dans une situation identique, le commun des mortels serait dans la même situation ; à savoir peu informé, dépendant des rumeurs, des on-dit qui courent et se préoccupant surtout de survivre en attendant des jours meilleurs.


Un roman réaliste puisque l'auteur ne se permet pas d'édulcorer la situation et le récit ne tombe à aucun moment dans le pathos. Les deux jeunes filles se retrouvent livrées à elle-même sans mère, puis sans père. La société qu'elles ont connue se désagrège à vue d'oeil, l'homme devient égocentrique, cherchant à survivre au détriment des autres, et ce par le vol, le viol. Voir les espérances futiles (entrée à Harvard, devenir danseuse) de Nell et Eva petit à petit disparaître au profit d'une prise de conscience de la réalité et de problèmes essentiels (faim, soin, danger) et les voir réagir en faisant appel à leur instinct primal (inné) et non à leurs acquis scolaires est passionnant. Leur découverte que la forêt n'est pas seulement un lieu mais une source de richesse et pourvoyeuse de besoin est magnifiquement décrite dans ce livre.


Un roman écrit il y a plus de vingt ans et qui pourtant reste d'actualité, abordant des problématiques réalistes comme la fin des énergies fossiles, une société basée et dépendante de l'électricité, des machines, des ordinateurs où l'homme n'a qu'une place de consommateur. La perte de cet acquis permet à l'homme de se retrouver avec lui-même mais également de redécouvrir la nature qui l'entoure. Cela redonne sa véritable place à l'homme qui a tendance à se croire supérieur, invulnérable et autonome. Comme l'auteur le dit si bien dans son récit au travers d'un échange entre les deux soeurs, notre civilisation « électricité » n'existe que depuis à peine deux cents ans alors que l'homme, lui était là bien avant et sans en avoir besoin.


Comme le démontre l'histoire, des civilisations se sont créées et ont été détruites… pour permettre à l'homme à chaque fois de rebondir. Ce livre n'est pas seulement un roman « apocalyptique » mais un beau message d'espoir concernant l'homme et un retour à l'humilité de celui-ci. Un livre qui ne laissera pas indifférent dans tous les cas. 👍
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nameless
  15 octobre 2017
Sur les causes du désastre, Jean Hegland fournit peu d'informations même si elle évoque brièvement des décennies d'avertissements et de prédictions négligés, des guerres livrées au nom de la liberté de certains Etats, des crises économiques avec déficits records, la raréfaction du pétrole, le trou dans la couche d'ozone, des catastrophes écologiques comme des inondations destructrices du Mississippi ou des incendies de forêts incontrôlables, un chômage de masse et une misère galopante, des services sociaux et des administrations asphyxiés. Toute ressemblance avec un monde existant n'est donc pas purement fortuite. Quoi qu'il en soit, lorsque le roman démarre, le monde tel qu'il était n'existe plus, la société de consommation a disparu faute d'électricité et d'essence, la civilisation est en voie d'extinction.

Nell et Eva sont recluses dans la propriété qu'avait achetée leur père près de Redwood, entourée de 32 hectares de forêt secondaire à l'isolement garanti au nord de l'Etat de Californie. La première projetait d'entrer à Harvard, la seconde de devenir danseuse. Les nouvelles du monde extérieur leur parviennent assourdies et floutées, sous forme de rumeurs colportées par quelques rares passants. Il y aurait des émeutes, des épidémies, des pillages qui déciment la population. On croit qu'à l'Est la situation est meilleure, provoquant une Ruée vers l'Est de téméraires survivants. Mais les filles restent à Redwood.

Les soeurs organisent lentement et avec d'innombrables difficultés leur survie, passent au crible chaque objet de la maison dont elles pourraient tirer un quelconque profit, remerciant au passage leur père qui « ne jetait jamais rien ». Elles développent une imagination jusque là insoupçonnée pour prolonger les maigres stocks de nourriture ou des produits indispensables à l'hygiène, faire pousser quelques graines, se chauffer, se soigner, se défendre contre les animaux sauvages ou les prédateurs humains, et s'aimer au-delà de leurs différences et dissensions. Peu à peu et au gré de leurs expériences douloureuses, la forêt initialement hostile devient leur seule espérance, leur garde-manger et leur pharmacie. Avec comme unique support l'Encyclopédie qu'elle apprend par coeur et les livres de ses parents, Nell arrache un à un leurs secrets, ceux que connaissaient les indiens, aux plantes, fruits, arbres, animaux, qu'elle identifie pour explorer puis exploiter leurs bienfaits ou toxicité.

Récit initiatique, post-apocalyptique ? Personnellement, j'ai ressenti Dans la forêt comme une fable écologique dont le message clair, puissant, universel mais aussi sensible et humain, suggère au lecteur une remise en question désormais urgente et vitale : si notre monde s'écroule, faut-il perdre du temps à vouloir le rapetasser, à le maintenir sous respirateur artificiel au lieu de chercher à en construire un autre, plus respectueux, plus propre, moins vulnérable et arrogant, dans lequel force ne signifierait pas violence. Ecrit en 1996 et traduit en français en 2017, Dans la forêt frappe par sa puissance visionnaire. Les crues dévastatrices du Mississippi ont bien eu lieu, et à l'heure où je vous délivre ce modeste avis, la forêt de Redwood a peut-être disparu, puisque chaque jour, la Californie s'envole un peu plus en fumée. Alors oui, plus qu'hier et moins que demain, un autre monde est nécessaire et possible !
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marina53
  09 mai 2017
C'est un bien curieux Noël que s'apprêtent à fêter Nell et Eva puisque aujourd'hui le monde a changé. Il n'y a plus d'électricité, plus de téléphone, plus une goutte d'essence. Aucun avion dans le ciel. Les écoles, les bibliothèques et les banques sont fermées. Et c'est à quelques dizaines de kilomètres de Redwood, à l'orée de la forêt, que les deux soeurs, orphelines depuis peu, tenteront de marquer le coup. Nell recevra un cahier, retrouvé par hasard derrière une commode. Pour Eva, ce sera sa paire de chaussons de danse que sa soeur lui aura réparée. Un Noël bien loin de ce qu'elles ont connu. Une vie bien loin de ce qu'elles se sont imaginées, la danse pour l'aînée, Harvard pour la benjamine. Aujourd'hui, il faut apprendre à survivre dans ce monde, se battre, s'adapter...

Dans ce récit post-apocalyptique, le monde n'est plus ce qu'il était. Ni eau, ni électricité, ni essence, réduisant toute activité commerciale et économique presque à néant. Les gens fuient vers un ailleurs, tentent de comprendre ce qui s'est passé. Épidémie ? Guerre? Attaque chimique ? Personne ne le sait. C'est dans ce contexte de désolation que tentent de survivre Eva et Nell, deux soeurs âgées respectivement de 18 et 17 ans. Apprenant à se servir du moindre objet, cultivant chaque parcelle de leur potager, minimisant les repas, économisant sur ce qu'il leur reste d'essentiel tel que la farine ou le sucre, inventant une nouvelle vie, elles survivent tant bien que mal dans cette maison, désormais seules, leurs parents étant décédés. Nell, la narratrice, rapporte jour après jour, son quotidien qu'elle note dans le cahier offert par sa soeur. le lecteur partage avec elle ses doutes, ses angoisses, ses espoirs. Deux soeurs pour lesquelles on éprouve compassion et attachement. Jean Hegland dépeint à merveille d'une part la relation entre les deux soeurs, quasi fusionnelles, et d'autre part, cette nature environnante, foisonnante et parfois hostile, cette forêt imposante, personnage à part entière de ce roman. Elle décrit avec moult détails le quotidien d'Eva et Nell, leur vie dans cette clairière. Ce huis-clos, paru il y a 20 ans aux États-Unis, fait preuve d'une originalité et d'une richesse incomparables, d'une narration vivante et vivifiante. Un temps suspendu troublant, sensuel et puissant...
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Kittiwake
  22 février 2017
Sous des airs de science fiction, c'est plutôt une robinsonade que nous propose avec beaucoup de talent Jean Hegland. Certes, il n'y a pas la mer, mais l'environnement hostile et l'isolement total du reste des humains (s'il en reste) recrée les conditions d'une vie insulaire.

On sait que des événements graves se sont produits peu à peu, (épidémies ?, catastrophe économique, on en sait trop rien et ce n'est pas le sujet) , ruinant l'organisation, qui après coup apparaît bien précaire, de nos institutions. Fin de la distribution d'électricité, fin des communications, des sources d'énergies fossiles, fin de toute activité commerciale, Nell, Eva et leurs parents sont contraints de vivre en autarcie à l'orée d'une forêt. Quatre, trois puis deux, c'est bientôt seules qu'Eva et Nell vont gérer leur existence, pour assurer leur survie.

Frugalité, utilisation des moindres objets qu'avait amassés leur père (au cas où….), jardinage, les deux jeunes filles ne renoncent cependant pas à leurs rêves, la danse ou Harvard. Malgré les contrainte de plus en plus exigeantes, l'une étudie et l'autre s'exerce à la barre.

Le moindre objet récupéré devient une ressource, et c'est grâce à un carnet vierge que Nell utilise pour noter ses états d'âme et ses projets , autant que ses souvenirs que nous sommes conviés à partager son intimité.

C'est avec beaucoup de pudeur que l'auteur analyse la relation fusionnelle et sensuelle qui se construit entre les deux soeurs. le désir a ses exigences et s'accommode avec la réalité.

La qualité de la narration est excellente, le ton est juste, et permet une communion sans réserve avec les propos de la jeune narratrice.

Un petit bémol pour la fin (que je tais, bien sûr). Certes il n'est pas simple de se sortir de se genre de récit mais ici on sombre un peu trop dans la métaphore

Enfin, ce roman aux allures post-apocalyptique ne doit pas rebuter les anti-science-fiction. Les circonstances qui sont à l'origine de ce huis-clos tragique ne constituent qu'un prétexte, pour un magnifique récit, qui ne tombe pas dans le piège d'un message moralisateur, tout en pointant bien du doigt la précarité des artifices qui nous permettent aujourd'hui de profiter d'un environnement confortable sans effort.
Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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michemuche
  22 mai 2017
Nell et Eva s'apprêtent à célébrer noël, mais cette année la fête de la nativité a un gout amer. le premier noël sans les parents et surtout sans électricité.
Elles vivent dan la forêt depuis toujours. le désir de Nell était d'entrer à Harvard mais c'était avant le grand chamboulement.
Eva c'est la danse sa raison de vivre comme jadis sa mère, mais danser sans musique c'est comme peindre sans couleurs.
Une autre vie s'offre à elles, pas facile, cruelle, au rythme des saisons elles apprennent à survivre avec le petit espoir du retour de la fée électricité.
" Dans la forêt" de Jean Hegland est un petit bijou, ce roman écrit en 1996 n'a pas pris une ride.
" Dans la forêt" nous rappelle que l'espèce humaine est en équilibre instable, que la nature est plus forte, que nous ne pouvons lutter face à elle.
Nous, qui sommes habitués au confort , qui polluons, détruisons les ressources, la vie animale, ce roman a de quoi nous faire réfléchir. Nous entrons dans cette forêt inquiétante, l'odeur des mousses et champignons est omniprésente, les feuilles qui craquent sous les pas, le murmure d'un ruisseau qui trace son chemin, les séquoias, arbres majestueux et immortels....
Tout cela Nell et Eva vont le découvrir. Et pour finir je voulais parler de la tension psychologique palpable entre deux soeurs que tout sépare.
Un magnifique roman qui nous remet à notre place.
bonne lecture et n'oubliez pas d'éteindre la lumière en sortant.
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Ladybirdy
  08 octobre 2018
Me voilà de retour après quelques heures d'immertion totale auprès de Nell et Eva, dans la forêt, où le monde s'est quelque peu arrêté, loin de toute cette frénésie actuelle de la surconsommation.
Seules les étoiles viennent éclairer l'obscurité.
Seule la nature remplit les ventres.
Seuls l'amour et l'envie de vivre viennent envelopper nos douces héroïnes dans ce roman hyptonisant à souhait.
Dans la forêt, il y a de l'entraide, de l'amour, des peurs, des disputes, mais il y a surtout le vent de la vie.

« Pourquoi les hommes cherchent-ils à marcher sur l'eau quand il est possible de danser sur la terre ? »

Magnifique roman, bien écrit, bien traduit, bien construit. le roman débute dans la brume des souvenirs de la cohésion familiale où le pire est à craindre. La société s'effondre et emporte avec elle ces êtres au ciel en avance. Puis il y a l'après, la vie n'est pas un long fleuve tranquille, même en pleine forêt, dans une maison prête à s'effondrer elle aussi. Les deux soeurs vivront ces tumultes au gré des saisons, en autarcie. Les rêves les tiennent debout un moment, finissent par s'éteindre, la survie comme seul bagage.

Brillamment servi, Dans la forêt est un roman époustouflant sur fond apocalyptique, un portrait de deux soeurs tenaillées par la vie. Une force incroyable se dégage de ce roman. C'est certes un peu lent mais on se sent vite happé dans cet univers clos. Car les mots sont justes, les personnages sont là, on les voit, on les sent, on les devine.
Quel voyage mes amis!
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bibiouest
  04 mars 2019
Tout d'abord un grand merci à babelio et à tous ses «adeptes» sans qui je n'aurai pas lu ce livre, en effet je ne suis pas un adepte du genre «nature writing» mais certaines critiques m'ont attiré, alors pourquoi pas...

J'ai été happé par la poésie de cette histoire, c'est très bien écrit et agréable à lire.
L'auteure pose les questions sur notre rapport à la nature, sur la fin de l'opulence et sur un autre mode de vie possible. Un retour forcé à l'essentiel où l'on s'aperçoit que les habitants des campagnes s'en sortent mieux que ceux des villes, mais ce n'est pas une surprise.

Bref un roman d'anticipation qui pourrait bien devenir réalité...
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Fifrildi
  11 août 2017
Cela faisait un moment que j'avais envie de lire ce livre. Je ne vais pas parler d'un coup de coeur mais plutôt d'un coup au coeur. L'écriture est belle, intense et magnifique. L'histoire, elle, est terrifiante. Ce roman a été écrit il y a 21 ans et il faut regarder la vérité en face : cela pourrait très bien être la réalité de demain. Mieux vaut ne pas lire ce livre si on n'a pas le moral... quoi que de toute façon on l'aura perdu en le refermant.

Quelques passages m'ont vraiment perturbée pour ne citer qu'un exemple. Bref, impossible de ressortir indemne de cette lecture.

Quoi qu'il en soit, merci à Neneve de l'avoir choisi pour la pioche d'août.
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Lolokili
  12 avril 2019
C'est la panne.
Le cauchemar de tout babelionaute qui se respecte.
La panne… d'inspiration ?
Nenni, la panne d'électricité.
Plus de jus.
Plus d'ordi.
Plus d'internet.
Plus d'amis.

La mouise intégrale.

C'est la panne donc, dans cette maison familiale isolée en lisière de forêt californienne. Une famille un brin fantasque y vivait jusqu'ici en belle harmonie avec la nature environnante. Pour eux rien de très alarmant nonobstant, les réflexes autarciques permettront de subsister jusqu'au "retour à la normale", comme dirait la essaineséèf.

Faudrait juste pas que le problème persiste...

Pour connaitre la suite il te faudra pénétrer Dans la forêt, gardant en tête que si cette aventure frise la fiction post-apocalyptique, il serait injuste de la réduire à ce seul concept. Car d'apocalypse il n'est finalement question que de loin, en arrière-plan d'une singulière et palpitante chronique écolo qui nous cause d'isolement, de retour à la nature, et de liens familiaux.

L'on constatera non sans déplaisir (en tout cas moi) que dans cet ouvrage édité aux Etats-Unis en 1996 (et traduit en France il y a deux ans seulement, va savoir pourquoi), Jean Hegland évoquait déjà les fâcheuses conséquences d'une surconsommation forcenée. Mais plutôt que de s'appesantir sur les erreurs passées, son futur est espérance et son récit tout en étonnants contrastes, oppressant et néanmoins très lumineux.

Petite remarque en aparté, mon côté binaire aurait bien apprécié une suite à ces péripéties. Même vingt-ans après… pourquoi pas ?


Lien : http://minimalyks.tumblr.com/
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Kirzy
  01 juillet 2018
Un nouveau trésor que nous offre l'excellente maison d'édition Gallmeister après My Absolute darling, quel cadeau, merci !!!

Comment rendre l'Apocalypse intimiste, la faire vibrer d'une émotion ardente et laisser le lecteur pantelant de reconnaissance ?

1- Faire la part belle à l'imagination. Tout est suggéré dans ce roman d'une grande finesse. Pas de zombies, de combats, de surenchère d'action. A peine nous suggère-t-on que les Etats-Unis ( le monde peut-être ) est dévasté par une catastrophe politique non identifiée qui a plongé le pays dans le chaos, sans électricité, sans essence. le rythme du récit oscille entre lenteurs hypnotiques et accélérations emplies de suspense.

2- Recentrer l'action sur deux héroïnes adolescentes, deux soeurs qui depuis « que c'est arrivé », vivent celles, isolées en bordure d'une forêt, seul espace lieu qui traverse le récit de A à Z. Un roman du repli, de l'enfouissement, de la résistance. Ce qui est magnifique dans ce roman de la résistance, c'est la puissance émotionnelle qui se dégage de chaque victoire du quotidien, de chaque acceptation de la perte du monde d'antan. L'éveil vers une autre vie est possible uniquement à ce prix.


3- Insuffler de la poésie dans chaque page. La magie naît d'un rien, d'un sachet de thé décoloré, du souvenir d'une musique qui vous a fait dansé et que vous entendez toujours dans la tête, de l'évocation d'une belle chose du passé. Toutes les incursions de Nell et Eva dans la forêt sont d'une rare beauté. Cette forêt qui est toujours là, immuable, alors que la civilisation et la modernité disparaissent, cette nature qui nourrit, protège et sauve. La fin est bouleversante, là, la forêt prend toute sa place. L'écriture est puissante.

4- Faire confiance aux lecteurs. Jean Hegland nous livre une réflexion très subtile sur notre rapport à la nature et notre société déconnectée d'elle avec ses actes irréfléchis aux conséquences dramatiques, mais jamais cela ne passe par une dénonciation frontale lourdaude. Les survivants post-Apocalypse seront ceux qui sauront renouer avec la sagesse humble des Amérindiens du passé .

" Je n'ai jamais vraiment su combien nous consommions. C'est comme si nous ne sommes tous qu'un ventre affamé, comme si l'être humain n'est qu'un paquet de besoins qui épuisent le monde. Pas étonnant qu'il y ait des guerres, que la terre est l'eau et l'air soient pollués. Pas étonnant que l'économie se soit effondrée, s'il nous en faut autant à Eva et à moi pour rester tout bonnement en vie. je me dis, parfois, que ce serait tellement mieux si l'on devait taire nos désirs, nous débarrasser de notre besoin d'eau, d'abri et de nourriture."

5- Célébrer la force que l'on peut puiser dans la lecture. Tout au long du récit, le cheminement intérieur de la narratrice vers l'acceptation de cette nouvelle vie se fait grâce à sa précieuse encyclopédie, d'abord lue solennellement pour ne pas sombrer puis comme ressource pour survivre. Magnifique message quand la fin de la civilisation semble inéluctable.
Cela m'a fait penser au court roman de Jack London, La Peste écarlate, lu il y a peu. Là aussi, un monde post-apocalypse mais plus de 70 ans après la catastrophe, là aussi les livres comme trésor par le biais d'une grotte-bibliothèque laissée en héritage aux survivants pour leur transmettre le savoir du passé.
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