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Critique de nameless


nameless
  15 octobre 2017
Sur les causes du désastre, Jean Hegland fournit peu d'informations même si elle évoque brièvement des décennies d'avertissements et de prédictions négligés, des guerres livrées au nom de la liberté de certains Etats, des crises économiques avec déficits records, la raréfaction du pétrole, le trou dans la couche d'ozone, des catastrophes écologiques comme des inondations destructrices du Mississippi ou des incendies de forêts incontrôlables, un chômage de masse et une misère galopante, des services sociaux et des administrations asphyxiés. Toute ressemblance avec un monde existant n'est donc pas purement fortuite. Quoi qu'il en soit, lorsque le roman démarre, le monde tel qu'il était n'existe plus, la société de consommation a disparu faute d'électricité et d'essence, la civilisation est en voie d'extinction.

Nell et Eva sont recluses dans la propriété qu'avait achetée leur père près de Redwood, entourée de 32 hectares de forêt secondaire à l'isolement garanti au nord de l'Etat de Californie. La première projetait d'entrer à Harvard, la seconde de devenir danseuse. Les nouvelles du monde extérieur leur parviennent assourdies et floutées, sous forme de rumeurs colportées par quelques rares passants. Il y aurait des émeutes, des épidémies, des pillages qui déciment la population. On croit qu'à l'Est la situation est meilleure, provoquant une Ruée vers l'Est de téméraires survivants. Mais les filles restent à Redwood.

Les soeurs organisent lentement et avec d'innombrables difficultés leur survie, passent au crible chaque objet de la maison dont elles pourraient tirer un quelconque profit, remerciant au passage leur père qui « ne jetait jamais rien ». Elles développent une imagination jusque là insoupçonnée pour prolonger les maigres stocks de nourriture ou des produits indispensables à l'hygiène, faire pousser quelques graines, se chauffer, se soigner, se défendre contre les animaux sauvages ou les prédateurs humains, et s'aimer au-delà de leurs différences et dissensions. Peu à peu et au gré de leurs expériences douloureuses, la forêt initialement hostile devient leur seule espérance, leur garde-manger et leur pharmacie. Avec comme unique support l'Encyclopédie qu'elle apprend par coeur et les livres de ses parents, Nell arrache un à un leurs secrets, ceux que connaissaient les indiens, aux plantes, fruits, arbres, animaux, qu'elle identifie pour explorer puis exploiter leurs bienfaits ou toxicité.

Récit initiatique, post-apocalyptique ? Personnellement, j'ai ressenti Dans la forêt comme une fable écologique dont le message clair, puissant, universel mais aussi sensible et humain, suggère au lecteur une remise en question désormais urgente et vitale : si notre monde s'écroule, faut-il perdre du temps à vouloir le rapetasser, à le maintenir sous respirateur artificiel au lieu de chercher à en construire un autre, plus respectueux, plus propre, moins vulnérable et arrogant, dans lequel force ne signifierait pas violence. Ecrit en 1996 et traduit en français en 2017, Dans la forêt frappe par sa puissance visionnaire. Les crues dévastatrices du Mississippi ont bien eu lieu, et à l'heure où je vous délivre ce modeste avis, la forêt de Redwood a peut-être disparu, puisque chaque jour, la Californie s'envole un peu plus en fumée. Alors oui, plus qu'hier et moins que demain, un autre monde est nécessaire et possible !
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