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ISBN : 1091887160
Éditeur : Inculte éditions (21/08/2013)

Note moyenne : 3.67/5 (sur 12 notes)
Résumé :
Un professeur de droit à la retraite rend des services dans son voisinage. Un jour, deux policiers l'embarquent. Il est placé en garde à vue. Le service gratuit, aider les autres sans contrepartie financière, est désormais un délit passible d'une peine de prison et d'une forte amende. Au ministère de l'Intérieur, deux hauts fonctionnaires ont préparé le terrain en rédigeant un rapport visant à traquer tout ce qui, dans le secteur non lucratif, peut fausser la libre ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
MarianneL
  03 septembre 2013
Qui n'a pas un jour prononcé la phrase « tu es gentil » avec un peu de pitié ou de condescendance ? Voici une lecture utile, pour se rendre compte qu'il faut chérir la gentillesse, et ses acolytes désintéressés, l'envie de donner ou bien d'aider l'autre, comme ça, juste pour rien.
Dans un futur très proche - si proche -, en 2015, deux fonctionnaires du ministère de l'intérieur rédigent le rapport W, visant à mettre en place un nouvel arsenal législatif et répressif pour éradiquer toutes les actions individuelles sous forme d'une aide, d'un don ou d'un service désintéressé : donner un vêtement à un SDF, arroser les plantes ou nourrir le chat du voisin, garder ses petits-enfants chaque semaine … toutes ces activités non rémunérées qui échappent ainsi au secteur marchand, et sont présentées par les autorités comme le fait d'individus irresponsables et malfaisants.
Emmanuelle Heidsieck ourle la fiction de faits et discours réels, et dévoile ainsi tout le potentiel de violence et de destruction des relations humaines que porte en elle la marchandisation de toutes les sphères de la vie - représentée par la haine entre A et B, les deux fonctionnaires rédacteurs du rapport. Ceux qui gênent le développement de la marchandisation sont dépeints comme de vrais déviants, et la répression cible bien sûr en premier les plus faibles, les individus isolés plutôt que les associations. Toute ressemblance avec des faits réels est intentionnelle, et ce court roman, simple et efficace, fait bien froid dans le dos.
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Charybde2
  18 juillet 2013
Bannir l'entraide gratuite pour dégager de l'espace marchand : beau roman soigneusement terrifiant.
Publié en août 2013 chez Inculte, dans la collection LaureLi qu'y anime désormais Laure Limongi, le quatrième roman d'Emmanuelle Heidsieck poursuit le travail d'imagination qui est désormais quelque peu sa marque de fabrique, à savoir l'exploration romanesque aussi près du terrain que possible (terrain qu'elle connaît particulièrement bien en tant que journaliste) des abîmes humains et sociaux que préparent, volontairement et involontairement, les politiques guidées par les idéologies du tout-économique et de la marchandisation à outrance.
L'astuce narrative utilisée - les détails fort peu anodins en réalité, de la confection, dans un climat d'arrivisme ministériel et de résignation administrative subtilement rendu, d'un rapport officiel, travail de l'ombre confronté durant son élaboration à des faits divers qui le nourrissent et le font résonner - fonctionne remarquablement bien, et produit cet effet glaçant que le romanesque aux allures de document bureaucratique ou politique brut, lorsqu'il est réussi, crée au plus profond du lecteur, surtout bien entendu, lorsque le cheminement futur évoqué est minutieusement accompagné de mesures DÉJÀ prises depuis une dizaine d'années, parfaitement authentiques, elles (que l'on songe par exemple - ô nostalgie - aux magnifiques nouvelles de Serge Lehman qui précédaient sa trilogie "f.a.u.s.t.")..
Un roman bref (140 pages) mais d'une force dévastatrice pour aider à ressentir dans sa chair intellectuelle la signification profonde d'un terme tel que "concurrence déloyale vis-à-vis de services marchands légitimes", amenant donc, fort logiquement, à proscrire sous peine d'amendes et de peines de prison, le coup de main, l'entraide, le don, la gratuité, en dehors du (très) strict cercle familial et d'un bénévolat de charité sociale (très) étroitement encadré, afin de dégager et baliser de nouveaux espaces de marché où trouver la croissance du profit dont on a si désespérément besoin le système économique actuel...
Une belle réussite, soigneusement terrifiante.
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melina1965
  25 septembre 2013
2015 n'est pas si loin...
On est en 2015, tout commence par l'arrestation d'un professeur de droit à la retraite qui a aidé un de ses voisins. Il fait partie de ce petit nombre de personnes qui résiste à la loi du tout profit : des amis rendent service, des grands-parents gardent encore leurs petits-enfants, des voisins surveillent des chats,...
Mais A et B sont là pour veiller à ce que cela cesse. Ils sont chargés par le Ministère de l'Intérieur de rédiger un rapport pour en finir avec« l'ADS » - Aide Don Service-, insoutenable concurrence faite aux entreprises d'aide à domicile, de services à la personne,... On a demandé à ces deux fonctionnaires que tout sépare -A, le jeune quadra aux dents longues, et B, cinquantenaire parachuté de Bercy, encore attaché à l'ancien monde- de définir une politique de lutte contre tous les comportements non lucratifs afin que triomphe l'économie marchande : il s'agit non seulement de fixer un cadre mais aussi d'organiser un système de détection et de répression avec des sanctions pénales. Les recherches documentaires sont confiées à un jeune stagiaire qui s'occupe de constituer les études de cas qui étayeront le rapport en particulier dans sa partie la plus délicate, celle consacrée à l'entraide familiale. Quant à B, il compose en complément un lexique d'expressions qui seront à bannir de toute conversation.
L'infime décalage de deux ans plonge le lecteur dans un monde au futur si proche qu'il semble déjà presque présent d'autant que l'auteure cite des directives de la Commission Européenne et les circulaires françaises qui ont préparé le terrain dans les années 2000. Il y a aussi les annexes du rapport ; elles présentent les différentes auditions effectuées et lui permettent d'analyser comment on est passé « de la charité à la solidarité » puis à l'Etat providence via la philosophie des Lumières, de s'interroger sur le nouvel essor du troc et les monnaies locales, sur les réseaux sociaux,…
Une dystopie, à l'écriture scénaristique et rythmée, qui amène à réfléchir sur ce qu'est l'aide dans nos sociétés et sur ce vers quoi peut conduire le discours du tout profit.
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mediatheque_pasdecalais
  10 décembre 2013
Vous avez certainement aidé votre cousin ou votre voisin à déménager ; spontanément vous avez porté le sac de commissions de la vieille dame qui avait des difficultés à traverser la rue. Vous donnez la pièce au SDF qui est en bas de chez vous....bref, vous faites preuve d'un peu d'humanité, gratuitement sans rien en attendre en retour. Savez-vous que ces actions gratuites sont passibles d'une amende et même d'un emprisonnement ?
Suite au rapport W établi par A et B, respectivement directeur et directeur adjoint de la Direction « Aide Don Service », une loi a été votée afin de punir ceux qui entravent l'économie liée à l'aide à la personne.

Lien : http://mediatheque.pasdecala..
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critiques presse (2)
LesEchos   31 octobre 2013
Véritable dystopie (ou contre-utopie) à la Orwell, le récit d’Emmanuelle Heidsieck fait réfléchir sur les frontières de plus en plus floues entre les sphères du « lucratif » et du « non-lucratif ». Spécialiste du secteur social, l’auteur y voit une satire de l’aboutissement (ou de la dégénérescence) du libéralisme sauvage, où l’on voit parfois poindre une critique sociale implacable.
Lire la critique sur le site : LesEchos
Lhumanite   02 septembre 2013
Continuant son exploration des rapports sociaux à l’heure du libéralisme, Emmanuelle Heidsieck déploie dans ce qui demeure (pour combien de temps ?) une fiction sa finesse d’analyse et sa douceur impitoyable.
Lire la critique sur le site : Lhumanite
Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   18 juillet 2013
La direction de l'ADS a été créée au début de l'année par décret en Conseil des ministres. Il s'agit de la direction "Aide Don Service". Le directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur, P, a tout de suite pensé à A, ils sont de la même promo, les autres candidatures étaient de pure forme. Voilà donc A, affublé de ce B, chargé de faire un rapport de la plus haute importance délimitant les délits d'aide, de don et de service. Les pouvoirs publics ont pensé dans un premier temps rattacher cette direction au ministère de l'Économie et des Finances puisqu'il s'agit de traquer tout ce qui, dans le non-lucratif, peut fausser la libre concurrence. Mais la structure démographique de Bercy, une majorité de quinquas, posait problème. Il faut du sang neuf, des esprits purs, sans souvenirs, sans passé. C'est ainsi qu'il fut décidé que ce serait une direction interministérielle, sous la houlette de l'Intérieur qui, avec le délit d'aide aux sans-papiers, a une certaine expertise dans la définition du délit d'aide et la recherche de citoyens ordinaires, sans casier.
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MarianneLMarianneL   03 septembre 2013
Ce qui était intolérable pour les dirigeants, en revanche, c’est quand ces activités bénévoles concurrençaient des entreprises ou quand il s’agissait d’actes purement individuels, spontanés, impulsifs, sournois, comme, par exemple, dans l’affaire D. Il fallait en finir avec ceux qui n’en faisaient qu’à leur tête. C’était ce qu’on appelait couramment «le coup du verre d’eau» en référence à la canicule de 2003 et au fait que certaines personnes âgées avaient été sauvées simplement parce qu’un voisin les avait fait boire. Sans ce geste, on aurait largement dépassé les 15 000 morts de plus de 75 ans enregistrés cet été-là. Fort de cette expérience, il était évident qu’il y avait un marché à conquérir. Quiconque l’entraverait se verrait condamné.
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melina1965melina1965   24 septembre 2013
Le mieux, bien sûr, c'est le cadeau de Noël, tout le monde en même temps, le marché fonctionnait à plein régime. On constatait, d'année en année, le succès grandissant de cet exutoire collectif, les gens achetaient des montagnes de cadeaux, s'y prenaient à l'avance, de plus en plus à l'avance [...] Pour le pouvoir, tout était sous contrôle, tout était canalisé, c'était inespéré.
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melina1965melina1965   24 septembre 2013
"le fait que, d'année en année, de plus en plus de gens revendent leurs cadeaux sur eBay constitue un indice majeur qui confirme la raison d'être de ce rapport : les gens ne veulent rien recevoir d'autrui, ne pas être encombrés par autrui, refuse le flou relationnel intrinsèque à toute forme de générosité."
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melina1965melina1965   24 septembre 2013
Dans une société qui a perdu toute forme de cohésion sociale, où les inégalités se sont lourdement creusées et où les gens sont harassés [...], il y a une aspiration à ce que le temps libre soit sans complications.
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Videos de Emmanuelle Heidsieck (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Emmanuelle Heidsieck
Emmanuelle Heidsieck - A l'aide ou Le rapport W .Emmanuelle Heidsieck vous présente son ouvrage "A l'aide ou Le rapport W". Parution le 28 août 2013 aux éditions Inculte. Rentrée littéraire 2013. Notes de Musique : Thomas Stronen - Iain Ballamy Mercurial Balm -5- Astral
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