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EAN : 9782707143310
128 pages
La Découverte (12/05/2004)
3.5/5   9 notes
Résumé :

La sociologie de l'art est une discipline aux contours flous, prise entre des traditions intellectuelles hétérogènes : histoire culturelle, esthétique, histoire de l'art, psychologie sociale, sociologie d'enquête. Pour en restituer les différentes logiques, ce livre croise à la fois les générations temporelles, les traditions disciplinaires, les positions conceptuelles et, surtout, les méthodes.
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
On ne sait pas très bien expliquer à quoi sert l'art, on se demande même très souvent ce qui est de l'art et ce qui n'en est pas. Ce livre pose la question d'aborder l'art par la société.

Si la sociologie a un mérite, c'est d'avoir fait tomber l'art de son piédestal. de montrer que l'art ne se réduit pas à l'étude de la beauté, d'une part, et qu'il n'est pas non plus un idéal, une valeur absolue indiscutable. Sans être totalement le "produit" d'une société, il semble clairement que la production artistique ne peut être totalement hors de l'influence, des conditions de vie de la société qui l'héberge. Un seul exemple donné est éclairant: Norbert Elias expliquant que le style gothique pouvait trouver sa source non dans un symbole d'élévation spirituelle, mais tout simplement comme le résultat de la concurrence entre cités et États pour construire plus haut que les autres.

L'auteur aborde le sujet en nous brossant le tableau des différentes approches de l'art par des sociologues. On en retient qu'il y eut plusieurs périodes: tout d'abord centrée sur les oeuvres, on est passé à l'étude critique des institutions - par exemple les musées, les académies, et le mécénat, dont on sait le rôle majeur qu'il joue aujourd'hui; puis enfin, par des enquêtes, à l'étude de la réception des oeuvres d'art par le public.

On me pardonnera cette simplification outrageuse, qu'il est sans doute utile d'éclairer par un exemple. À cet effet, Nathalie Heinich analyse la question de l'authenticité des oeuvres, notion incontournable dans notre rapport à l'art. Dans la première approche, nous dit-elle, il s'agit d'établir en quoi un produit est authentique. Dans une approche critique, on mettra en lumière que cette notion d'authenticité est une construction sociale, l'expression d'une violence symbolique imposant une légitimité sur le public et les acteurs du monde de l'art, qui nous amène à y croire (on est presque dans le fétichisme religieux). Enfin, dans la troisième approche, pragmatique, on étudie les processus concrets d'authentification, les compétences requises pour être un expert, d'une part, et d'autre part, on essaiera d'analyser les émotions, les effets sur les personnes, d'une oeuvre d'art présentée comme authentique.

Parfois un peu savant, le livre reste accessible à tout public. Comme d'habitude dans cette collection, il fait appel à une synthèse des théories des nombreux penseurs de la question, de Benjamin à Bourdieu. Synthèse qui se double d'une analyse critique de ces mêmes théories, dont on retient qu'aucune n'est parfaite.

Parmi les éléments intéressants, on trouvera notamment quelques réflexions sur la position des artistes. On apprend ainsi que les artistes viennent de milieux sociaux très divers, mais qu'ils épousent souvent une femme (car la majorité sont des hommes) d'un niveau supérieur. Qu'ils se déclarent fréquemment autodidactes, alors qu'ils ont fait des études supérieures. La question de l'inspiration est également évoquée, certains artistes eux-mêmes insistant pour la déconstruire, affirmant que la création est un travail comme un autre.

Si ce petit bouquin est également fort utile, c'est aussi parce qu'il se demande à quoi peut servir la sociologie. On peut essayer d'y répondre par une boutade. L'art ne sert à rien, mais la vie sans art serait bien moins passionnante. Je crois qu'on peut en dire autant de la sociologie?
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
Table des matières

Introduction - Sociologie des sociologues de l'art - La spécification de la sociologie - La spécification de l'art - Première partie :Histoire de la discipline - I. De la préhistoire à l'histoire - Le faible apport de la sociologie - La tradition de l'histoire culturelle - Encadré :La perspective d'Erwin Panofksy - Trois générations - II. Première génération : esthétique sociologique - La tradition marxiste - Encadré : Le Dieu caché de Lucien Goldmann - L'école de Francfort - Encadré : L'aura de Walter Benjamin - La sociologie de Pierre Francastel - Encadré : Francastel, de l'art au social - Un stade présociologique - III. Deuxième génération : histoire sociale - Mécénat - Institutions - Contextualisation - Encadré : La culture visuelle de Michael Baxandall - Amateurs - Encadré : Les redécouvertes de Francis Haskell - Encadré : L'esthétique selon Philippe Junod - Producteurs - Encadré : Les artistes selon R. et M. Wittkower - IV. Troisième génération : sociologie d'enquête - La sociologie de l'art a une histoire - Encadré : Un précurseur : Roger Bastide - Encadré : Quelques bilans - Deuxième partie :Résultats - V. Réception - La morphologie des publics - Sociologie du goût - Encadré : La Distinction - Pratiques culturelles - Encadré : L'essor des expositions - Perception esthétique - Encadré : Un art moyen - Admiration artistique - Encadré : La Gloire de Van Gogh - VI. Médiation - Les personnes - Encadré : Du commissaire à l'auteur d'expositions - Les institutions - Encadré : Les dilemmes de l'action culturelle -Les mots et les choses - Encadré : L'art et l'argent - Théories de la médiation - Encadré : Sociologie de la médiation - Encadré : Sociologie des champs - Encadré : Sociologie de la reconnaissance - Une hiérarchie spécifique - Encadré : La fragilité des institutions - VII. Production - Morphologie sociale - Encadré : Le critère de visibilité - Sociologie de la domination - Encadré : Œuvre, champ, habitus - Sociologie interactionniste - Encadré : Becker et Bourdieu - Sociologie de l'identité - Encadré : Le Mozart de Norbert Elias - Encadré : Le mot « artiste » - VIII. La question des œuvres - L'injonction de parler des œuvres - Encadré : Œuvre, objet, personne - Évaluer : la question du relativisme - Encadré : Les frontières de l'art - Interpréter : la question de la spécificité -Encadré : Disciplines interprétatives - Observer : pour une sociologie pragmatique - Encadré : Pragmatique d'une installation - Conclusion :Un défi à la sociologie - Autonomiser la discipline - Échapper au sociologisme - Sortir de la critique - Encadré : L'ambivalence de la généralisation - Du normatif au descriptif - Encadré : Art et politique - De l'explication à la compréhension - Encadré : Art et singularité - Vers une quatrième génération ? - Repères bibliographiques.
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Une œuvre d'art ne trouve sa place en tant que telle que grâce à la coopération d'un réseau complexe d'acteurs: faute de marchands pour la négocier, de collectionneurs pour l'acheter, de critiques pour la commenter, d'experts pour l'identifier, de commissaires-priseurs pour la mettre aux enchères, de conservateurs pour la transmettre à la postérité, de restaurateurs pour la nettoyer, de commissaires d'exposition pour la montrer, d'historiens d'art pour la décrire et l'interpréter, elle ne trouvera pas, ou guère, de spectateurs pour la regarder. [...] Une telle perspective permet de dégager à la fois ce qui est commun à l'art et à d'autre domaines - intérêts financiers, professionnalisme, calculs - et ce qui lui est spécifique: notamment le rôle joué par la postérité, qui est une dimension fondamentale de la réussite artistique, ou encore l'importance accordée à la notion de rareté.
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Vidéo de Nathalie Heinich
utter contre les discriminations ? Si elles sont souvent réelles, parfois fantasmées, nous voilà aujourd'hui sommés d'adopter un idiome artificiel jugé conforme aux droits des uns et des autres. Pourquoi ? Afin de manifester notre adhésion sans réserve à la cause sacrée de l'« inclusion ». Or, la langue inclusive cristallise tensions et incompréhensions. Seulement, qui oserait la contester tant elle apparaît relever du progrès ?
Les systèmes autoritaires ont toujours voulu contrôler la parole et l'écriture. L'actualité montre qu'il est urgent de protéger la langue française des assauts qu'elle subit. C'est la conviction des douze écrivains et penseurs de premier plan et de tous bords que réunit ce livre. Ils y analysent et combattent ce phénomène de société paradoxal, défendant ensemble l'universalisme républicain. Un ouvrage salutaire.
Préfacé par Annie Genevard, dirigé par Sami Biasoni, cet ouvrage réunit Mathieu Bock-Côté, Jean-François Braunstein, Jean-Michel Delacomptée, Yana Grinshpun, Nathalie Heinich, Anne-Marie le Pourhiet, Bérénice Levet, Mazarine M. Pingeot, François Rastier, Xavier-Laurent Salvador, Boualem Sansal et Jean Szlamowicz.
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