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Critique de TheWasteLander


Bah! Je n'ai jamais cru au mythe du chef-d'oeuvre inconnu, mais je constate qu'il fait toujours vendre. Curieusement, ou non, le lectorat séduit, ou qui prétend l'être, est essentiellement composé de personnes - voyez comme je suis prudent - précisément hermétiques en général aux véritables chefs-d'oeuvre de la science fiction ou de la grande littérature métaphorique (de Lovecraft à Kafka). Peut-être ces personnes ont-elles été surtout séduites par un certain commentateur dont les épanchements verbeux éblouissent les illettrés?

Quoi qu'il en soit, l'intrigue - fine comme du papier à cigarettes, spectrale - a pu me laisser, à moi aussi, espérer vaguement une bonne surprise, quelque chose dans le genre de la Peste, mais venant de la droite plutôt que de la gauche. le sujet, en effet, donnait l'occasion - moyennant un certain génie - de présenter comme une funeste course à l'abîme le "Progrès", théodicée laïcisée par la révolution industrielle, opium des masses modernes asservies au bénéfice d'une poignée de financiers égoïstes, de condamner l'illimitation prométhéenne du capitalisme triomphant qui transforme le monde à son image - inhumaine, inorganique, désespérante.

L'idée d'une maladie du métal, symbole de la production industrielle contre nature, si elle était techniquement stupide, recelait un potentiel métaphorique extraordinaire: l'inorganique pouvait aussi mourir de maladie. le "Progrès" était secrètement travaillé par un vice mortel dont l'expression accidentelle pouvait entraîner l'effondrement brutal et total d'une "civilisation occidentale" devenue matérialiste, donc potentiellement suicidaire (puisque nihiliste).

Eh bien ce livre, dont j'ai vaguement, en réalité sans beaucoup d'illusion, espéré la lecture, reste à écrire: ce n'est pas la Mort du Fer. En réalité, ce qu'évoque ce livre est l'inverse exactement. Si l'Académie l'a couronné, et elle ne s'y est pas trompée, c'est parce que cette année-là, comme l'explique le secrétaire perpétuel René Doumic dans son Rapport sur les concours de l'année 1932 (disponible en ligne), il s'agissait de récompenser des ouvrages attirant l'attention de la bourgeoisie d'argent parisienne sur "la question inquiétante de la "classe dangereuse" (c'est-à-dire les pauvres), qui ne fabrique plus assez de chair à canon et cultive la "haine" des capitalistes" (S. Hanukkaev)

De façon tout de même prémonitoire, quoique involontairement - mais cette observation très intéressante me dédommage un peu de mes 20 euros (20 euros!) - ce que SS Held présente implicitement comme une "solution" évoque furieusement Timothy Leary, c'est-à-dire, en définitive, la "philosophie" psychédélique des gauchistes californiens de San Francisco qui est la pensée officielle, aujourd'hui, de la Silicon Valley - et des papy-boomers, soixante-huitards mitterrando-macroniens de gauche caviar. Donc, en fait, un AUTRE prométhéisme, qui n'est que la mutation du premier, la logique faustienne de deuxième génération. Held a bien anticipé quelque chose: cette nécessaire mutation du capitalisme qui, en France, s'est produite en mai 68 et que Michel Clouscard a parfaitement décrite (le "libéralisme libertaire").

Pour cette raison, cette raison seulement, mais elle est importante du point de vue de l'histoire sociale, je garderai dans ma bibliothèque ce livre qui, littérairement, ne vaut rien.
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