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ISBN : 2266097830
Éditeur : Pocket (16/09/1999)

Note moyenne : 3.98/5 (sur 217 notes)
Résumé :
"Trop pauvre que je suis pour posséder un autre animal, du moins 'le Cheval d'Orgueil' aura-t-il toujours une stalle dans mon écurie."

Ainsi parlait à l'auteur son petit-fils, l'humble paysan Alain Le Goff qui n'avait d'autre terre que celle' qu'il emportait malgré lui aux semelles de ses sabots de bois.

"Quand on est pauvre, mon fils, il faut avoir de l'honneur. Les riches n'en ont pas besoin." Et l’honneur consiste à tenir et à fair... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
Zebra
  05 septembre 2012
Le Cheval d'Orgueil de Pierre-Jakez Hélias est un témoignage extrêmement détaillé de la façon dont vivaient les paysans dans certains villages du pays bigouden dans les années 1910 – 1930. Dans cet oeuvre, il n'est nullement question de la vie des marins, ni de celle des citadins, il est question du monde rural : le lecteur découvre des paysans qui ne sont pas encore devenus agriculteurs. Dans cet oeuvre, Pierre-Jakez Hélias n'ambitionne pas de dresser un panorama de ce qu'était toute la Bretagne de cette époque : il nous présente la vie de quelques villages situés entre la baie d'Audierne et la ville de Quimper. Il n'est enfin pas question pour l'auteur de mener une analyse économique ou politique de la vie de ces paysans, ou de proposer une thèse ou d'énoncer quelque revendication que ce soit.
Ce « ciblage » délibéré a parfois été interprété comme un manque évident d'analyse de la part de Pierre-Jakez Hélias. L'auteur s'est expliqué sur cette posture à la fin de son ouvrage : citant Montaigne, Pierre-Jakez Hélias souligne le fait qu'il n'était pas question pour lui d'enseigner mais de raconter. Ce manque d'analyse, qui n'est que très partiel car il faut reconnaître que les dimensions sociale et humaine de cette vie paysanne en pays bigouden prennent une place très significative dans le Cheval d'Orgueil , a été notamment remarqué par Mannaïg Thomas : pour elle, le Cheval d'Orgueil est une oeuvre largement autobiographique, construite comme un tableau et offerte au regard. En fait de peinture, le tableau -"peint" en langue bretonne-, est celui d'un monde presque totalement disparu et oublié aujourd'hui, longtemps marginalisé par les sociologues et les historiens : cette marginalisation ne s'explique qu'en partie par l'éloignement géographique.
D'aucuns ont considéré que le Cheval d'Orgueil donnait une image trop passéiste de la Bretagne. Mais peut-on reprocher à un breton de témoigner de ce qu'était la vie de ses ancêtres ? Peut-on lutter contre le temps, contre la modernisation de la société, contre l'évolution de la langue et des comportements ? Pierre-Jakez Hélias nous montre des bretons, et plus précisément des paysans bigoudens, fiers de leurs traditions et de cette société qui les a nourri, société qui fonctionnait selon un code strictement établi. Cette fierté, ils la gardent au fond d'eux-mêmes quand bien même ils auraient été déracinés (il y a des bigoudens dans certains HLM de la région parisienne) ou tout perdu (les paysans bigoudens ne vivent pas tous dans l'opulence) : cette fierté, nous dit Pierre-Jakez Hélias, se transmet de génération en génération et constitue leur cheval d'orgueil.
Pour écrire le Cheval d'Orgueil , Pierre-Jakez Hélias a adopté une posture de collecteur : il nous a restitué dans le moindre détail et avec un réalisme saisissant -en ayant rassemblé ses propres souvenirs et collecté pendant trente ans les témoignages de ses proches-, ce qu'était cette vie quotidienne, une vie basée sur trois principes fondamentaux, à savoir l'alimentation, la paysannerie et le respect de la hiérarchie, à commencer par la hiérarchie familiale. Pierre-Jakez Hélias ne fait pas preuve ici d'une grande originalité : de nombreux auteurs avaient, avant lui et en arpentant la même région, déjà réussi à tirer profit des pratiques paysannes en pays bigouden pour illustrer leurs oeuvres, à commencer par Charles Emile Souvestre (1806-1854) avec Les derniers Bretons, Théodore Hersart, vicomte de la Villemarqué (1815-1895), François-Marie Luzel (1821-1895) et Anatole le Braz (1859-1926) avec La légende de la mort chez les Bretons Armoricains. Mais fallait-il que Pierre-Jakez Hélias soit original ? Était-ce son but ? Aucunement : il souhaitait témoigner, en toute simplicité et en toute honnêteté.
La Bretagne de Pierre-Jakez Hélias ressemble à un décor, à une toile de fond devant laquelle des acteurs évolueraient mais sans effet sur l'intrigue, si tant est qu'il y est une intrigue dans le Cheval d'Orgueil. Dans cette oeuvre de 552 pages, il n'y a pas d'autres héros que des héros très ordinaires, à savoir les paysans bigoudens d'alors, et il n'y a pas d'épisodes à proprement parler : les faits s'enchaînent les uns après les autres, sans datation explicite et sans que le lecteur éprouve des difficultés à découvrir les faits, les personnes impliquées et les responsabilités. Il n'y a ni meurtres, ni coupables: bref, ça n'est pas un roman. L'oeuvre fourmille de petites histoires et d'anecdotes de la vie quotidienne, parfois traversée par des événements inattendus voire exceptionnels. L'oeuvre est émaillée de coutumes, de traditions et de légendes ayant forgé le peuple bigouden. Lorsque Pierre-Jakez Hélias utilise des termes bretons, c'est toujours en regard de leur traduction en français, dans un souci de vérité et de précision, et dans le but de nous faire toucher du doigt les fondements de la culture et de la psychologie d'hommes et de femmes qu'il respecte, qu'il adore et dont il fait partie.
En observateur et conteur légitime et éclairé, Pierre-Jakez Hélias confie à « sa Bretagne » un vrai rôle d'acteur en ce sens que c'est à la fois elle qui répond aux questions que se posent les personnages du Cheval d'Orgueil , mais c'est aussi elle qui permet au Breton d'hier et d'aujourd'hui de se définir une place dans un monde en mouvement, en s'appuyant toujours sur la sagesse de ses ancêtres.
Écrit en 1975, soit moins de trois ans après la mort de la mère de Pierre-Jakez Hélias, le Cheval d'Orgueil témoigne de la déférence et du respect filial de l'auteur envers ses parents. L'oeuvre marque l'aboutissement d'un processus et de convictions personnelles de l'auteur : pour lui, si la langue bretonne a changé, si la Bretagne traditionnelle a disparu, il n'en demeure pas moins vrai que les bigoudens doivent être et demeurer fiers de leurs racines et faire en sorte que leurs valeurs soient continuellement et solidement défendues. Ce tableau d'un luxe de détails incroyable, attachant, empreint d'un brin de nostalgie mais éloigné de toutes considérations militantes, plaira au plus grand nombre.
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sandrine57
  19 janvier 2012
C'est un ami, qui a grandi à Pouldreuzic, qui m'a conseillé ce livre dont je connaissais l'existence surtout par le film que Claude CHABROL en a tiré. C'est donc à Pouldreuzic, petit village du pays bigouden, que Pierre-Jackez HELIAS naît en 1914. Issu d'une famille d'ouvriers agricoles pauvres, il va grandir auprès de son grand-père et s'imprégner des traditions bretonnes. Plus tard, il partira pour quimper et Rennes afin d'y faire ses études. Devenu professeur de lettres, il oeuvrera pour la pérennité de la culture bretonne.
Dans ce livre, largement autobiographique, il nous livre des chroniques de la vie dans son village depuis le début du XXème siècle. C'est une immersion totale dans la Bretagne de jadis. La vie était simple, dure mais honnête. le travail des champs se faisaient au rythme des saisons. Les relations sociales étaient codifiées par des règles très sérieuses. La religion catholique était omniprésente, même chez "les rouges".
A travers de petites histoires, des anecdotes de la vie quotidienne, HELIAS nous parle des coutumes, traditions et légendes qui ont forgé le peuple breton. Et puis il y a aussi la langue bretonne, celle qu'on apprend dès le berceau et qui est la seule, la vraie, celle qu'on utilise à la maison, dans la rue mais qui est interdite à l'école et dans la cour de récréation sous peine de punition.
Et puis il y a les meubles, l'armoire, souvent unique possession de la famille et qui contient la vaisselle précieuse, les photos, les papiers importants, le lit fermé où l'on s'enferme la nuit mais qui garde toujours une ouverture pour voir ce qui se passe dans la pièce commune.
Et puis, il y a les crêpes et galettes, réservées aux jours de fête et que l'on ne peut manger que lorsque toute la pâte a été utilisée, le pain au café qui attend bien au chaud sur un coin du poêle.
Et puis il y a la fameuse coiffe bigoudène que les filles portent dès leur plus jeune âge. C'est tout un art de la faire tenir bien droite sur la tête et de la garder bien blanche.
Et puis il y le temps qui passe, le siècle qui avance avec son lot de modernité. L'instruction se généralise. La république impose le français. Les jeunes quittent le village pour le lycée de Quimper. Les machines commencent à envahir les champs, remplaçant les hommes. Les touristes de la capitale viennent pour les plages qui jusque là étaient réservées à la pêche à pieds.
La fin d'une époque?Oui parce qu'on ne lutte pas indéfiniment contre le temps, contre le modernisme. Mais non,parce que les bretons, fiers et orgueilleux, sauront encore une fois faire face à l'adversité en intégrant la modernité sans se départir de leurs traditions.
Un livre très riche, empreint de nostalgie mais parsemé de touches d'humour, écrit par un amoureux de sa région qui a vu s'éteindre une époque, celle de la vie simple, de la solidarité mais qui a réussi à éviter l'écueil du "c'était mieux avant".
Je l'ai beaucoup aimé et même sans être bretonne, j'y ai reconnu des manières de voir, de penser et d'agir, des faits, des us et coutumes que ma grand-mère alsacienne évoquait quand elle parlait de son enfance.
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kanarmor
  13 août 2014
Je viens de terminer la relecture de ce Cheval d'orgueil -découvert adolescent- alors que partout en Bretagne des fêtes estivales, à Quimper, Lorient et dans de nombreuses autres villes célèbrent la culture bretonne. Une lecture qui prend tout son sens, tant Pierre-Jakez Hélias était un fervent défenseur de la langue et de la culture bretonne.
Il avait à coeur de préserver des racines fortes et profondes -son travail de collectage pour conserver la mémoire le prouve- tout en s'ouvrant vers l'extérieur.
Ce livre est un témoignage humaniste, sincère, humble sur un monde qui était en voie de disparition. Une société avec des codes sociaux très affirmés, des valeurs humaines pouvant être difficiles à comprendre pour des gens extérieurs.
Pas de misérabilisme, ni de nostalgie dans son regard, juste un témoignage avec un regard d'ethnologue, qui justifiait pleinement sa publication dans la collection Terre Humaine.
Ce livre est un véritable trésor pour ceux qui veulent connaître un peu de "l'âme bretonne" et comprendre la Bretagne d'aujourd'hui.
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karenbzh
  09 juin 2016
Per-Jakez Hélias (1914-1995), était un journaliste et auteur breton. Professeur de Lettres Classiques à l'Ecole Normale de Quimper, il était également poète, romancier, dramaturge, animateur de radio et folkloriste. le Cheval d'orgueil, texte qui l'a propulsé sur la scène internationale n'est plus à présenter et reste un des classiques de la littérature bretonne.
Publié en 1975 aux Editions Plon dans la collection Terre Humaine, le Cheval d'Orgueil, sous-titré Mémoires d'un Breton du pays Bigouden a d'abord été écrit en breton avant d'être traduit en français par l'auteur. La version française est ponctuée de nombreux mots et expressions en breton.
Texte hybride, c'est à la fois un récit de vie et une étude sociologique et ethnologique sur la vie quotidienne des paysans du début du XXème siècle.
Son texte, brut, est un témoignage sans jugement, Per-Jakez Hélias se contente de nous livrer ses souvenirs d'enfance en décrivant la vie quotidienne de sa famille, de ses voisins, de son village avec l'oeil du petit garçon qu'il était alors.
Par son récit d'enfance, il parvient à peindre toute une génération de paysans dépassant de loin les frontières de la Bretagne.
C'est un témoignage du monde rural à travers ses aspects culturels, linguistiques, religieux, il y décrit les vieux métiers, les remèdes traditionnels, il parle d'un monde dans lequel les valeurs priment.
Dans ce texte, Per-Jakez Hélias réhabilite le monde rural et notamment celui du paysan breton.
Per-Jakez Hélias raconte son enfance paysanne au pays Bigouden peu après la première guerre mondiale.
Il nous décrit sa vie quotidienne, ses jeux d'enfant, ses rapports avec les adultes, notamment ses grands-pères qui assurent sa première éducation, sa condition d'enfant de la République et d'élève à l'école du « Diable » dans une Bretagne où les villages étaient divisés en deux camps : celui des Rouges et celui des Blancs.
Bretonnant, il y raconte sa rencontre avec la langue française dans l'école de la République.
Il revient également sur les vexations subies par les élèves Bretonnants avec l'utilisation du symbole par l'institution républicaine par des instituteurs souvent Bretonnants eux-mêmes.
L'argument fort de ce texte est sans contexte la fierté de ces paysans, qui, malgré les aléas d'une vie souvent rude veillent à toujours rester dignes et à ne jamais laisser transparaître leurs faiblesses.
L'épigraphe de l'ouvrage est une citation de son grand-père Alain le Goff et résume bien cette fierté paysanne :
« Trop pauvre que je suis pour acheter un autre cheval, du moins le Cheval d'Orgueil aura-t-il toujours une stalle dans mon écurie ».
Sa famille paysanne et Bretonnante lui a appris à aimer la terre mais ils lui ont également fait prendre conscience de l'utilité de la langue française. Pour eux, seul le français permet l'élévation sociale, Le Breton ne permettant que les travaux de la ferme. le jeune Per-Jakez suivra sagement ces conseils en devenant un excellent élève. Il réussit son transfuge de classe en devenant professeur, puis un écrivain reconnu.
Bien que se déroulant en pays Bigouden, toute une génération, bien au-delà des frontières de la Bigoudénie, s'est retrouvée dans ce texte.
Le Cheval d'Orgueil a connu un succès international et s'est vendu à plus de 500 000 exemplaires et traduit en 18 langues. En 1980, il sera même adapté au cinéma par Claude Chabrol.
Ouvrage à succès, il sera aussi sujet à polémique avec la publication du Cheval couché par Xavier Grall en 1977, texte pamphlétaire, dans lequel Xavier Grall reproche à Per-Jakez Hélias sa vision passéiste et folklorique de la Bretagne, à une époque où la Bretagne se tourne vers l'avenir, il lui reproche également de ne parler que du pays Bigouden et de faire abstraction du reste de la Bretagne.
Les deux hommes se sont d'ailleurs confrontés sur le plateau d'Apostrophes en 1977.
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chartel
  01 septembre 2012
En bon touriste qui se respecte, j'ai passé quelques journées estivales sous le capricieux ciel du pays bigouden avec "Le Cheval d'orgueil" comme livre de chevet. Bien qu'impressionné par le remarquable travail d'enquête de Pierre-Jakez Hélias, j'ai été déçu par le manque de densité narrative de ce récit autobiographique qui se contente de décrire et discourir sur la culture, les coutumes et la vie en pays bigouden, à la manière d'un documentaire. Certains passages sont particulièrement lassants à lire, je pense notamment à la longue description de tous les objets, meubles et ustensiles présents dans les maisons paysannes. Cela devient autrement plus intéressant quand Pierre-Jakez Hélias questionne, dans les cent dernières pages, le devenir de la civilisation bretonne. Je fus parfois irrité par des remarques trop catégoriques et quelques accents mystiques un peu naïfs, mais cette réflexion finale permet de porter un regard critique sur la marche en avant mondialisée de notre modèle de civilisation tourné unanimement vers le productivisme à outrance.
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critiques presse (2)
BDGest   26 janvier 2016
Adaptation réussie ce Cheval d'Orgueil revêt, par moments, des allures de fable (...) Un bel hommage des auteurs à l'écrivain mort il y a vingt ans.
Lire la critique sur le site : BDGest
Sceneario   12 janvier 2016
C’est une vraie leçon de vie que nous condense Bertrand Galic.
Lire la critique sur le site : Sceneario
Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
ZebraZebra   01 septembre 2012
page 90

Un jour, Alain Le Goff me demande : "Seriez-vous capable de me trouver avant ce soir deux bâtons qui n'ont qu'un seul bout chacun ? J'en ai grand besoin et le temps me manque pour les chercher moi-même. Vous aurez une pièce de deux sous pour votre peine."
Je ne réponds pas tout de suite. [...]. Avec ses deux bâtons à un seul bout chacun il me prend de si court que je suis sur le point de me tirer d'affaire en inventant quelque prétexte sur le chaud. Si je ne le fais pas, c'est parce que j'appréhende de voir les yeux bleus du grand-père se détourner de moi pendant qu'il dira en soupirant : "Alors, il faudra que je donne mes deux sous à quelqu'un d'autre."
Jamais de la vie ! Les deux sous, je m'en moque, mais le quelqu'un d'autre je ne veux pas en entendre parler. [...].
- Alors, dit Alain Le Goff en tirant sur sa pipe, je ne peux pas vous faire confiance ?
- Deux bâtons à un seul bout chacun, c'est difficile à trouver. Mais peut-être, si vous pouviez vous contenter d'un seul ...
- Ils vont toujours deux par deux, c'est tout ce que je sais. Si vous mettez la main sur l'un, vous tenez l'autre en même temps.
- Et de quel côté sont-ils les plus nombreux ?
De tous les côtés, dit Alain Le Goff.
- Mais comment reconnaît-on qu'un bâton n'a qu'un seul bout ?
- Comment ? Vous ne savez pas ? C'est quand l'autre bout n'est pas là ! [...]
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JcequejelisJcequejelis   27 novembre 2011
Au Pays Bigouden, la misère était encore le lot de bien des gens au début du siècle. C'était une calamité comme une autre et contre laquelle on ne pouvait pas grand-chose. Le moindre coup du destin suffisait à y faire tomber ceux qui étaient déjà en prise au diable sans le loger dans leur bourse ni le tirer par la queue, comme on dit en français. Le naufrage, l'invalidité, la maladie sur les hommes ou sur les bêtes, le feu dans la paille, une mauvaise récolte, un maître trop dur ou simplement les sept malchances quotidiennes vous jetaient pour un temps sur les routes, vous obligeaient à tendre la main au seuil des portes, la prière entre les dents et les yeux fermés sur votre humiliation. Quelquefois, les hommes choisissaient de se pendre et il y avait toujours, dans l'appentis, une corde qui ne demandait que cela. Les femmes préféraient se noyer et il se trouvait toujours un puits dans leur cour ou un lavoir au bas de leur champ.

133 – [Terre humaine/Pocket n° 3000, p. 29-30]
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emdicannaemdicanna   13 janvier 2019
En Bretagne et ailleurs aussi, la chasse aux "langues secondes" :

Les instituteurs ne parlent que le français bien que la plupart d'entre eux aient parlé le breton quand ils avaient notre âge et le parlent encore quand ils rentrent chez eux. D'après mes parents, ils ont des ordres pour faire comme ils font. Des ordres de qui ? Des "gars" du gouvernement. Qui sont ceux-là ? Ceux qui sont à la tête de la République. Mais alors, c'est la République qui ne veut pas du breton ? Elle n'en veut pas pour notre bien. Mais vous, mes parents, vous ne parlez jamais français. Personne dans le bourg ni à la campagne ne parle français... Nous n'avons pas besoin de le faire, disent les parents, mais vous, vous en aurez besoin. (...) Qu'est-ce qui s'est passé, alors ? C'est le monde qui change d'une génération à l'autre. Et qu'est-ce que je vais faire de mon breton ? Ce que vous faites maintenant avec ceux qui le savent, mais il y en aura de moins en moins. Mais pourquoi... ?
A l'école, il est interdit de parler breton. Il faut tout de suite se mettre au français, quelle misère ! (...) Nous nous mettons bientôt à la torture, bourrés de bonne volonté, pour fabriquer de petites phrases en français. Est-ce de notre faute si des mots bretons se glissent dedans ? D'ailleurs, le maître est le seul à s'en apercevoir. Quand il assène un coup de règle sur la table, nous savons que nous avons failli. (...)
Lorsque l'un d'entre nous est puni pour avoir fait entendre sa langue maternelle dans l'enceinte réservée au français, (...), une autre punition l'attend à la maison. Immanquablement. Le père ou la mère, qui quelquefois n'entend pas un mot de français, après lui avoir appliqué une sévère correction, lui reproche amèrement d'être la honte de la famille, assurant qu'il ne sera jamais bon qu'à garder les vaches, ce qui passe déjà pour infamant, par le temps qui court, auprès de ceux-là même dont une part du travail est de s'occuper des vaches.
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TagrawlaTagrawla   30 mai 2014
De midi à trois heures, on fera un énorme fricot. On fera connaissance d'une famille à l'autre, on échangera des nourritures et des propos de bon sens. (...) Et tous les reliefs seront ramassés, rien ne traîner, au besoin on creusera un trou pour y mettre les petits débris inutilisables et l'on rebouchera soigneusement. Il ne faut pas salir ce qui n'est pas à vous. Pauvres, sans doute, mais civilisés. (...)
Et nous les enfants, déchaussés, nous partons dans les champs d'écueils à la recherche des crabes verts et des petits poissons à grosse tête qui pullulent dans les trous d'eau. Mais on nous a bien recommandé, à chaque fois que nous retournons un caillou, de le remettre à sa place.
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JcequejelisJcequejelis   04 mars 2012
Cependant, mon père put fréquenter l’école communale de Plozévet jusqu'à l’âge de onze ans. Le sabotier aurait voulu que tous ses enfants eussent de l’instruction. Lui-même lisait dans les livres et c’était assez rare, à l’époque, pour un homme de sa condition. Il lisait en breton et en français, de préférence à haute voix. Quelqu'un m’a dit l’avoir entendu déclamer dans son champ un livre à la main, en guise de récréation. Moi, je l’ai vu manier mes livres de classe comme un prêtre les évangiles. Un tel homme, ne pouvait qu’ambitionner de l’instruction pour ses enfants.

320 - [Terre humaine/Pocket n° 3000, p. 15-16)
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Video de Pierre-Jakez Hélias (14) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pierre-Jakez Hélias
Retour sur la résidence d?auteur et les actions des bibliothèques en faveur des publics éloignés de l?écrit en Pays de Morlaix dans le cadre du Pacte d?Avenir 2014 pour la Bretagne.
Diffusion de quelques extraits du film À la lettre de Marianne Bressy
- Hélène Fouéré, directrice de la Médiathèque Per-Jakez-Hélias de Landerneau ; - Sébastien Portier, responsable Culture Animation au Centre Hospitalier de Lanmeur ; - Frédérique Niobey, écrivain. - Christelle Kerebel, Jeanine Kervella, Dominique Pestel, articipantes aux ateliers d?écriture menés à la Médiathèque de Lesneven
Table ronde du vendredi 21 novembre 2014 - à l'occasion des Rencontres "Le livre, la lecture et la littérature demain?..." organisées par Livre et lecture en Bretagne et la Bibliothèque des Champs Libres à Rennes.
Plus d'infos sur http://lalecturedemain.wordpress.com
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