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Brice Matthieussent (Traducteur)
EAN : 9782253113362
638 pages
Éditeur : Le Livre de Poche (24/05/2006)

Note moyenne : 4/5 (sur 174 notes)
Résumé :
Catch 22, l'Article 22, est un "attrape-nigaud" qui permet à un colonel américain d'imposer un nombre de missions sans cesse croissant à son escadrille de bombardiers basée dans une petite île de la Méditerranée pendant la Seconde Guerre mondiale. Yossaran, héros tragicomique de cette épopée burlesque, est décidé à tout tenter pour sauver sa peau : il estime que sa seule mission, quand il s'envole, consiste à atterrir vivant. Simuler la folie dans cet univers délira... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
bobfutur
  15 mars 2021
Parlons de ce grand classique — de ces livres dont la critique n'est jamais chose aisée — sorti en France en premier lieu sous le nom de "L'attrape-nigaud", avec la traduction de Pierre Singer. Je n'ai pas trouvé d'article qui la compare avec la nouvelle traduction de Brice Matthieussent (1988).
Embarquement pour l'absurde, ce livre est à première vue l'un des plus drôles jamais ouverts; certains passages m'ont littéralement fait tomber de ma chaise. L'humour — ce formidable et ô combien difficile moyen de s'interroger, de dénoncer, etc. — est ici source de répétitions, transposition à l'infini de dialogues et de scènes ubuesques, introduisant sans cesse de nouveaux personnages, représentant des archétypes d'homme en société, plus ou moins identifiables à mesure que l'histoire revient sur chacun d'entre-eux.
Au fur et à mesure du livre, alors que l'histoire s'assemble à force de va-et-viens temporels, que les chapitres se concentrent sur un personnage à la fois, que l'absurde parait, à dessein, de moins en moins drôle, l'aspect tragique — de celui qui fait serrer des dents face aux veuleries et injustices humaines — prend son envol.
La gentille folie du début devient simple noirceur, et le talent de l'auteur pour nous culbuter de l'un à l'autre est manifeste, tant l'on s'aperçoit que la bascule est artificielle, le tragi-comique n'étant pas atomisable.
La nécessaire indignation devient résignation, le rire jaune, le folie raisonnable. L'absurde comme outil pour exploser la morale.
Un classique à la hauteur de sa réputation.
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BlaueBlume
  22 juin 2011
Pourquoi un best seller aussi incontournable que Catch-22 est-il si peu connu hors du monde anglo-saxon ? Un mystère aussi épais que la disparition de Clevinger par delà des nuages…
Le premier roman de Joseph Heller est le Voyage au bout de la Nuit américain. Tout aussi subversif que l'oeuvre de Céline, il propose sur le mode de l'absurde une dénonciation de la guerre et de l'armée. Son héro, Yossarian, sorte d'anti-Achille moderne d'une épopée tragi-comique, fait partie d'une escadrille d'aviateurs basée sur l'île de Pianosa en Méditerranée. A des centaines de miles du front, c'est moins la terreur des frappes ennemies que la folie des supérieurs internes qui font craindre la mort des aviateurs. Attachés à leur camp militaire par une entourloupe administrative, l'Article 22 qui interdit le rapatriement de quiconque se trouvant assez sain d'esprit pour se faire passer pour fou afin d'éviter le combat, les soldats n'ont d'autres choix que d'effectuer des missions toujours plus nombreuses au bon vouloir d'un colonel tyrannique dont l'unique ambition est de figurer en première page du Saturday Evening Post. Dialogues et épisodes burlesques se succèdent, faisant apparaître une galerie de personnages aussi attachants qu'hauts en couleurs aux noms toujours évocateurs : Milo Minderbinder, le « veilleur » qui pour les « intérêts du syndicat » va jusqu'à bombarder son propre camps pour honorer un contrat juteux avec l'ennemi, Major Major, major de son état bien malgré lui, Nately le « bleu » si candidement amoureux d'une prostituée de la Città eterna, ou encore le lieutenant Scheisskopf, littéralement « tête de merde »… Yossarian, le principal protagoniste est le seul pour qui l'étymologie reste obscure. Peut-être parce qu'il est aussi le seul à reconnaître pleinement la fragilité du nom. Il est si facile d'en changer pour devenir faussaire, si difficile de le faire reconnaître lorsque l'administration se méprend sur son identité… Et si finalement le nom comme l'uniforme n'était qu'une façade pour dissimuler la vérité de chacun, un tas de viscères, de chair et de sang, vérité « n'éclatant » au grand jour que sous le coup des obus ? le lecteur est libre d'interpréter les succédanés de vie militaire que constitue Catch 22, sous la forme d'un immense puzzle narratif. La temporalité est aussi brouillée que l'esprit des personnages car l'auteur substitue à la linéarité une écriture du fragment et du « déjà-vu ». Les événements reviennent comme des leitmotivs sous des angles toujours différents formant ainsi une structure narrative apparemment complexe voire déroutante, mais finissant par se raccorder morceau par morceau. C'est au final l'humour et la dérision qui l'emportent sur la tragédie, trouvant leur expression la plus forte à l'hôpital, où finissent invariablement les soldats après chaque désastre militaire. Les dialogues en particulier, frisant le non sens, sont des compositions très réussies où s'affiche l'aberration de la guerre et du patriotisme triomphant.
La notation subjective et personnelle : 3.5/5. Malgré l'humour, une attention un peu relâchée vers le milieu des 638 pages, pour ensuite revenir avec exaltation dans le dernier quart. Gare à se perdre dans le foisonnement des personnages ! Mais l'expérience reste riche et plaisante. Incontestablement un grand roman.
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frmwa
  30 septembre 2019
Un livre culte pour toute une génération. Étant d'une génération un peu plus tardive, je n'en ai entendu que des échos, si bien que je me suis dispensé de le lire. Quelle erreur ! Des décennies plus tard, et à la différence de bien des livres cultes qui vieillissent, lentement ou soudainement, celui-ci conserve tout son mordant. L'absurdité, l'humour, le cocasse, le grotesque sont bien plus qu'une simple distraction ici : au fil des pages, ils créent un véritable système - impitoyable - le seul à même de rendre compte efficacement de la guerre. Il s'inscrit à ce titre dans la ligne du Voyage au bout de la nuit, mais aussi du Nazi et du barbier d'Edgar Hilsenrath. Seul ce parti pris de distance totalement déstabilisante nous maintient en éveil pour ne pas nous endormir dans des commémorations et maintenir vivace cette inquiétude que nulle raison raisonnable ne saurait apaiser. Les dialogues sont également épatants, dignes des Marx Brothers, et apportent une puissante contribution à cette mécanique redoutable. Car la réalité a bien été vécue par l'auteur dans toute sa noirceur, cela transparaît avec une grande force - dans la farce. L'enfer de Dante, le procès et le château de Kafka, comme suggéré dans la 4e de couv' avec des dialogues des Marx Brothers (évoqués je crois par le traducteur - excellent d'ailleurs et épaulé efficacement par Jean-Paul Gratias, celui entre autres de James Ellroy). Certaines scènes, notamment à Rome, rappellent également puissamment Kaputt et la Peau, de Malaparte. Un chef-d'oeuvre hors étoile.
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stcyr04
  21 juin 2015
Satire féroce et déjantée, catch 22 prend le contre pied de l’imagerie héroïque, mainte fois ressassée, du soldat américain sauveur de l’univers en péril, en maniant avec virtuosité un humour burlesque et irrévérencieux, corrosif par son absurdité.
Chronique d’une escadrille basée sur une petite île italienne, série de portraits et de narrations s’entrecroisant pour tisser une intrigue suivie, le présent roman dont le nom fait référence à un article farfelu, imparable, affirmant que “quiconque veut se faire dispenser d’aller au feu n’est pas réellement fou”, est remarquable par sa drôlerie et l’efficacité avec laquelle il démontre l’absurdité foncière de l’univers guerrier. Les hauts gradés sont des ignares infatués d’eux-mêmes, monomaniaques, passant leur temps à se tirer dans les pattes, procéduriers, se frottant les mains à l’idée d’une promotion, même si celle-ci signifie la mort préalable du précédent titulaire du poste. Les hommes de troupes et les sous-officiers n’attendent qu’une chose, l’ordre de rapatriement, qu’un colonel assoiffé de gloire à peu de frais - pour lui s’entend - repousse comme à plaisir sine die; la perspective d’être des héros étant la dernières de leur préoccupations, les véritables ennemis étant ceux qui les envoient au feu, certains mettent à mal la camaraderie militaire, d’autres n’hésitent pas à faire leur beurre avec le ravitaillement, menant le libre échange, la liberté d’entreprise, l'actionnariat, sacro-saints piliers des valeurs américaines jusqu'à ces ultimes conséquences absurdes, irresponsables, inhumaines, antinationales.
Catch 22 est un livre irrésistible de drôlerie sur un sujet qui ne l’est pas. Certaines scènes sont proprement désopilantes, à vous faire rire bêtement dans les transports en commun. Un best-seller américain dont le titre est devenu une expression désignant une situation kafkaïenne par son inextricabilité.
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PC37Shu
  12 juin 2016
J'ai adoré ce roman! de dialogues absurdes en scènes loufoques,cette critique de la guerre m'a souvent fait éclater de rire. Pourtant, la situation est loin d'être drôle: seconde guerre mondiale, des bombardiers américains basés sur une petite île de la Méditerranée enchaînent les missions avec plus ou moins de chance... Yossarian, le personnage principal essaie vainement de se faire passer pour fou en vue d'être rapatrié.
Je suis assez étonnée qu'on ne m'ait pas fait lire ce livre en secondaire parce que même si j'ai souvent ri, c'est un roman sérieux qui appelle à réflexion et pas seulement sur le sujet de la guerre Je trouve qu'il devrait figurer parmi les livres à avoir lu une fois dans sa vie.
J'ai eu un peu de mal à suivre, au début, à cause du grand nombre de personnages, mais j'ai vite pris mes repères et plongé dans l'histoire. Je me suis beaucoup attachée au sort de ces hommes, partageant leurs espoirs, leur sentiment d'injustice ou leur émotion à la perte de l'un des leurs. le livre fait plus de six cents pages et pourtant, on ne s'ennuie à aucun moment. Un très bon roman que je recommande sans hésiter.
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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
KaaliopeKaaliope   30 décembre 2015
- Tu as des mouches qui volent dans les yeux, répéta Yossarian. C'est probablement pour ça que tu ne peux pas les voir.

Appleby eut un mouvement de recul, il lança à Yossarian un regard abasourdi, haineux, et se renfrogna jusqu'à ce qu'il eût retrouvé Havermeyer dans la jeep qui les emmenait par la longue route droite à la salle de briefing, où le major Dandy, le nerveux officier d'opérations du groupe, attendait pour commencer le briefing préliminaire l'arrivée de tous les pilotes de tête , bombardiers et navigateurs. Appleby parlait à voix basse pour ne pas être entendu par le chauffeur ou le capitaine Black, qui était vautré, les yeux fermés, sur le siège avant de la jeep.

- Havermeyer, demanda-t-il avec hésitation, est-ce que j'ai des mouches dans les yeux?

Havermeyer écarquilla les yeux d'étonnement.

- Des louches?
- Non, des mouches.

Havermeyer cligna de nouveau les yeux.

- Des mouches?
- Dans mes yeux.
- Tu dois être cinglé, fit Havermeyer.
- Non je ne suis pas cinglé. C'est Yossarian le cinglé. Dis-moi franchement si j'ai, oui ou non, des mouches qui volent dans les yeux. Vas-y, je peux tout encaisser.

Havermeyer se fourra dans la bouche un autre morceau de nougat aux cacahuètes et scruta très attentivement les yeux d'Appleby.

- Je ne vois rien, annonça-t-il.

Appleby poussa un immense soupir de soulagement. Havermeyer avait des morceaux de nougats collés aux lèvres, au menton et aux joues.

- Tu as des miettes de nougat sur la figure, lui fit remarquer Appleby.
- Je préfère avoir des miettes de nougat sur la figure plutôt que des mouches dans les yeux, riposta Havermeyer.
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LisLouLisLou   11 mars 2018
Pourquoi te baladais tu avec des pommes dans les joues?!
Parce qu'elles ont une meilleure forme que les marrons, je viens de te le dire.
(...) je voulais avoir des joues comme des pommes d'api. (...) je voulais avoir des grosses joues. Et je m'y suis mis comme exactement tous les cinglés, on en a parlé, qui serrent toute la journées des balles de caoutchouc dans leurs mains pour les muscler. Je me baladais d'ailleurs toute la journée avec des balles de caoutchouc dans les mains .
Pourquoi?
Pourquoi quoi?
Pourquoi te baladais tu avec des balles de caoutchouc dans les mains?
(...)
Je faisais ça pour protéger ma réputation, au cas où quelqu'un me surprenait avec des pommes dans les joues. Avec des balles de caoutchouc dans les mains, je pouvais nier avoir des pommes sauvages dans les joues.
P41.
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IncongrueIncongrue   25 février 2013
En un moment d’intuition divine, l’aumônier avait maîtrisé la technique précieuse de rationalisation justificative et sa découverte le transportait de joie. Un véritable miracle.
Tout compte fait, c’était un jeu d’enfant de transformer le vice en vertu, la calomnie en vérité, l’impuissance en abstinence, l’arrogance en humilité, le pillage en philanthropie, l’escroquerie en altruisme, le blasphème en sagesse, la brutalité en patriotisme et le sadisme en justice. A la porté de n’importe qui.
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AunryzAunryz   14 mars 2021
L’état-major du groupe s’alarma, car qui pouvait prévoir ce que les hommes découvriraient quand ils se sentiraient libres de poser n’importe quelle question ? Le colonel Cathcart envoya le colonel Korn mettre le holà, et le colonel Korn y parvint en édictant une règle concernant les questions. La règle du colonel Korn était un coup de génie, expliqua le colonel Korn au colonel Cathcart. Aux termes de cette règle, seuls étaient habilités à poser des questions ceux qui n’en posaient jamais. Bientôt, les seules personnes à assister aux séances furent celles qui ne posaient jamais de questions, et les séances furent supprimées, vu que Clevinger, le caporal et le colonel Korn décidèrent à l’unanimité qu’il n’était ni possible ni nécessaire d’éduquer des gens qui ne posaient jamais de questions.
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IncongrueIncongrue   20 février 2013
Vers le bas de la pyramide de cet organigramme raisonné dont je représente le sommet, il y a des gens qui exécutent le travail dès qu'il leur parvient, et tout marche au quart de poil, sans trop d'effort de ma part. Je crois que c'est parce que je suis un bon organisateur.
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