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EAN : 9782330074265
688 pages
Éditeur : Actes Sud (04/01/2017)
3.33/5   6 notes
Résumé :
Alors que la pratique de la danse avait apaisé le traumatisme de son enfance, Else, devenue une danseuse renommée, depuis l'Opéra Garnier jusqu'au Wuppertal Tanztheatrer de Pina Bausch, se voit soudain entravée par le sentiment qu'un regard l'épie depuis une lucarne située non loin de chez elle, face à la salle de verre où s'enracine son art. S'agit-il d'une rechute, d'une angoisse liée au passé ou d'une menace réelle ? Qu'adviendra-t-il de cette danseuse pourtant à... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Nadael
  11 février 2017
De la lucarne d'en face, un oeil observe Else, dans son appartement de la rue Malher donnant sur les toits de Paris, une sombre présence la frôle, une pesanteur, une puissance, le passé qui resurgit. Danseuse à l'Opéra Garnier, quitté avant l'étoile, danseuse au Tanztheater Wuppertal de Pina Bausch, laissé après la mort de Lila – sa grand-mère, sa seule famille -, danseuse aujourd'hui à la compagnie des Kachinas, connue pour ses danses rituelles spirituelles, il lui est désormais impossible d'arpenter de ses pointes l'immense pièce inondée de lumière. La salle de danse privée aux larges baies vitrées, aménagée par Lila, est devenue un lieu impénétrable, froid et obscur.
Son corps de ballerine qui chaque jour s'élance, s'élève, s'étire, se tord, s'enroule, semble ployer maintenant sous le poids de la peur. Angoisse de la folie qui rôde. Ce même corps qui, un temps, s'était figé, changé en pierre, quand petite fille son père avait été mortellement fauché par une voiture, sous ses yeux. Un choc d'une violence extrême qui bloqua alors son corps, en catatonie, et son esprit, en amnésie. le visage du chauffard vu distinctement, ainsi qu'une silhouette sur sa gauche sont immédiatement rayés de sa mémoire Sa mère, éplorée et hystérique, la tient pour responsable, et se met à la haïr.
Lila, sa grand-mère paternelle, ancienne danseuse et professeure de danse, la prend sous son aile et lui réapprend à se mouvoir. La danse comme psychothérapie, esquive et délivrance. Ainsi, en dansant, Else tente de transcender le traumatisme de l'enfance. L'atteindre, le percer, le confondre. Danser pour se purifier, se conjurer, dénouer ses instants d'amnésie. Lever le voile sur un passé qui l'encombre.
Aujourd'hui, elle habite avec Charles son mari, dans l'appartement de sa grand-mère disparue. La vie suivait son cours jusqu'à ce jour où un oeil maléfique lui apparaît derrière la lucarne d'en face et des ombres la tourmentent. Charles, Lucas – le chorégraphe des Kachinas – et Irve d'Hastings , un ancien danseur, ami de Lila et philosophe – tentent de l'extirper de la folie qui semble s'être emparée d'elle.
Roman sur le corps dansant ; le mouvement, l'élan, le geste, la chair, le muscle, l'articulation, la force, la pesanteur, le soubresaut, l'envolée, la répétition, la chute, l'intention, la délivrance… La danse comme actes de langage. Roman sur le monde sensible de la danse dans lequel réalité, fantastique et imaginaire s'enchevêtrent, personnages de fiction et grands noms de la danse – Mary Wigman, Pina Bausch, Carolyn Carlson, Tero Saarinen, Vaslav Nijinski, Maurice Béjart entre autres – ont chacun leur place, les ballets et solos vont bien au-delà des représentations.
Une lecture exigeante mais prenante, une plongée psychologique et philosophique dans la mécanique de la danse, une atmosphère tendue, inquiétante et fascinante. Malgré une fin décevante, convenue et faible au regard de l'intensité du reste du texte, La danse sorcière demeure un livre puissant et prégnant.
Lien : https://lesmotsdelafin.wordp..
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
NadaelNadael   11 février 2017
« Sur demi-pointes, Else ne s’arrête plus, propulsée, le regard projeté en avant d’elle avant chaque fin de tour comme un grappin que l’on jette à travers l’espace… Jusqu’aux baies, seize tours sont possibles, pas un de plus, elle le sait, mais ne sait plus où elle en est, l’élan est trop vif, et l’ivresse, elle ne peut retenir le tour prochain qui arrive et c’est le choc : front contre vitre… Assommée, Else ne relève pas tout de suite la tête, expulse la douleur dans les expirs jusqu’à ce moment où elle revient à elle, se redresse et se fige : en face, la lucarne, derrière le tissu, il y a eu cet éclair, un halo lumineux d’une infime durée mais dont demeure une tache au cœur de quelque chose persiste, un orbe, un orbe luisant, un œil !… Oui! C’est un œil qui la fixe, la foudroie! Else, les paumes écrasées contre la paroi de verre, le froid, la vision, le poignard de la vision dans les yeux, Else ne bouge plus, sidérée, elle ne vit plus, pétrifiée, se rétracte, se replie comme un oiseau piégé, seul le cœur bat dans la gorge, dans les yeux qu’elle ferme puis rouvre sur cela : des toits, une lucarne, une vitre et, derrière, un simple rideau qui se balance. »
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NadaelNadael   11 février 2017
« Else le savait, qu’on sorte de scène ou de la salle, avait lieu le même prodige : on était devenu un peu plus soi-même, avec les autres en dedans… Oui, c’était cela qu’entrer dans la danse de Mme Bausch, on se laissait danser comme agi par l’élan d’une vision, et soudain danser revenait à attraper la vie au col, la montrer, la voir sous tous les angles, puis la remettre à terre et la laisser courir, s’envoler… Ou bien était-ce comme lorsqu’on soulève une pierre sur un chemin de terre et qu’on découvre, au-dessous, cette vie qui grouille, oui, c’était cela que faisait Mme Bausch, elle soulevait des pierres, parfois même des rochers, pour nous laisser entrevoir la richesse ignorée et évidente à ne pas piétiner, puis reposait sans rien écraser. »
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AngelineBailleulAngelineBailleul   25 avril 2018
"A la manière dont elle a cherché à remonter le fil de son rêve, peut-on sonder les mots au-delà de leur définition première, au-delà de leur livraison sonore immédiate, familière ? Peut-on déchiffrer les mots comme les songes ? Comme si le langage s'était composé au cours d'un long rêve fait par l'humanité et à travers lequel celle-ci chercha à se signifier à elle-même certains de ses mystères qu'il reste maintenant à l'Homme de redécouvrir en explorant, fouillant les racines étymologiques, sondant les fonds et souterrains sémantiques afin de décrypter les sens dérobés, les implicites et non-dits, déterrer le vaste refoulé de notre humanité."
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AngelineBailleulAngelineBailleul   25 avril 2018
"Il existe autant de réels que d'individus percevant le monde. Qui pourrait jurer avoir vu le "monde" en dehors de lui-même, de son regard ? Qui pourrait affirmer que le monde est bleu ou jaune ? Car, déjà, en le disant, le choix du mot dénature l'essence de le chose décrite. Aucun mot ne peut épuiser la totalité de la moindre parcelle de réel, du moindre de ses atomes."
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AngelineBailleulAngelineBailleul   25 avril 2018
"Danser pour réduire la béance entre corps senti et corps sentant.
Faire ce pari que, pour certains mouvements dansés, l’Être peut s'extraire suffisamment du langage de la pensée pour connaître ce point de rencontre entre le Soi et le Moi, entre l'en-Soi et le hors-Soi de mon corps au monde."
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