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Anne Bouvier Cavoret (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070322084
371 pages
Gallimard (08/12/1981)
3.96/5   96 notes
Résumé :
Recueil unique de poésies de José Maria de Hérédia.
Extrait:
L’OUBLI
Le temple est en ruine au haut du promontoire.
Et la Mort a mêlé, dans ce fauve terrain,
Les Déesses de marbre et les Héros d’airain
Dont l’herbe solitaire ensevelit la gloire.
Seul, parfois, un bouvier menant ses buffles boire,
De sa conque où soupire un antique refrain
Emplissant le ciel calme et l’horizon marin,
Sur l’azur inf... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
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Ces Trophées occupaient, depuis quelques temps, un tout petit espace de ma bibliothèque numérique.
Comme beaucoup de collégiens du vingtième siècle, j'avais le souvenir prégnant de ces Conquistadors dont nous apprenions par coeur le premier chant
J'étais donc "octet" (je sais, c'est faible, mais c'est lundi-matin, fin du diverticule et de la parenthèse) pour entrer dans la belle poésie formelle, épique et puissante de José-Maria de Heredia.
Les vers de José Maria de Heredia vibrent et s'harmonisent en grande et belle musique, et c'est ainsi qu'ils restent éternels par delà les modes et les ans. Il y a un souffle, qui jamais ne semble devoir s'épuiser.
Les rimes De Herédia n'ont pas finis de tourner dans ma tête!
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Je viens de rencontrer José Maria de Heredia.
Le voici en son heureuse jeunesse, lorsque ses premiers sonnets parurent dans le "Parnasse contemporain" d'Alphonse Lemerre et le firent immédiatement célèbre.
Il venait d'épouser Louise Despaigne qui fut la compagne de toute sa vie. Comme lui elle était d'origine espagnole par son père et française par sa mère. Celle de José-Maria vivait encore, revenue avec lui en France où il avait été élevé au collège de Senlis depuis l'âge de neuf ans, ne retournant à Cuba qu'à seize et ne quittant définitivement l'île natale pour se fixer en France qu'en 1861.
Imaginez-le dans sa demeure, rue Balzac, avec sa femme et ses trois filles qu'il appelait "ses plus beaux sonnets".
Voyez-le fumant sa pipe ou ses cigares dans son cabinet de travail toujours enfumé et encombré de bibliothèques, orné de dessins, de gravures et de petits tableaux. Là il méditait longuement, récitant les vers du sonnet, le parachevant, le modifiant, hésitant entre des images, des rimes et des variantes aussi précieuses les unes que les autres.
Dans ce même cabinet de travail il recevait ses amis, poètes ou pas.
On y voyait arriver quelques jeunes hommes de grands talents ou bien quelques timides imitateurs. Il eut, ce soi-disant parnassien, la plus grande influence sur la nouvelle école étiquetée symboliste, tout autant par la clarté lumineuse de sa syntaxe que la vigueur de son don d'évocation.
Retrouvons-le chez son ami l'éditeur Alphonse Lemerre parlant avec chaleur de littérature et de poésie ou boulevard Saint-Michel, chez son maître Leconte de Lisle, écoutant avec respect le grand vieillard.
Voyez-le, rentrant chez lui, au soir de la journée mémorable de la parution de ses "Trophées" - si vos pas vous conduisent à la Bibliothèque Nationale vous y trouverez l'unique manuscrit - où les volumes s'enlevaient sans arrêt, où la queue des acheteurs impatients s'allongeait passage Choiseul.
Voyez-le, aussi candidement satisfait, sans l'ombre d'une vanité, le jour de sa réception à l'académie Française. Sa joie s'attriste de ne pas voir là son cher Leconte de Lisle, mort quelques années auparavant.
Prononcera-t-il bien son discours ? S'il fait l'éloge de son prédécesseur Charles de Mazade comme il est de coutume, il parle davantage des personnages étudiés que de la qualité littéraire des ouvrages. Qu'importe ! Il le lut sans doute superbement puisque Maurice Barrès rapporte : "il fit courir dans Paris une rumeur d'admiration...".
Barrès, celui-là même qui prendra sa place, en 1906, douze années plus tard dans le fauteuil 4.
Pauvre José-Maria ! Après avoir été nommé conservateur de la bibliothèque de l'arsenal la mort vint le chercher de bonne heure en octobre 1905 au château de Bourdonné où il passait, déjà malade, de longs séjours d'été et d'automne, cherchant sa jeunesse perdu dans les eaux dormantes du lac reflétant le château rose, sur lesquelles il guettait l'éclair azuréen du martin-pêcheur.
Prenez le temps de lire quelques diamants de cet ouvrage afin de pas laisser mourir une seconde fois ce grand poète. Cela lui aurait fait plaisir...
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Il plane sur Heredia une beauté et un calme sans égale. Chaque sonnet semble avoir été arrangé avec soin et patience, chaque mot choisit de manière à aboutir à un idéal d'harmonie. L'équilibre est parfait, presque miraculeux ; rien ne semble laborieux. La forme est rigoureuse, et pourtant l'auteur ne semble jamais y avoir sacrifié le fond.

Nombre d'entre nous ont appris ‘Les conquérants' à l'école, et parfois s'en souviennent encore. C'est un joli petit poème plein de lumière. Impossible de rester indifférent face aux rêves de ce conquistador rêvant de gloire en contemplant des constellations inconnues monter à l'horizon.

À l'intersection des anciens et des modernes, Heredia s'inspire aussi bien de thèmes tirés de l'antiquité gréco-romaine que d'éléments contemporains. Dans la première catégorie, on notera l'originalité des poèmes des centaures : leur fuite devant Héraclès, la jalousie de Nessus, le désespoir des centauresses voyant leurs époux leurs préférer les humaines...

Présente à chaque strophe, la nature est également célébrée dans ses propres poèmes, des récifs de corail aux couchés de soleil. Et il nous fait voyager de l'Amérique au Japon, de l'Égypte antique aux rivages de Bretagne.

Certains écrivains sont prolixes. Heredia, lui, choisit de consacrer sa vie à la rédaction de ces cent dix-huit sonnets. Et pour moi, il toucha du doigt la perfection.
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Parus en 1893, « Les Trophées » constituent la quasi intégralité, avec quelques poèmes de jeunesse ou d'occasion, de l'oeuvre poétique de José-Maria de Hérédia. (1842-1905). Curieux destin que celui de ce Cubain d'origine, mais par sa mère descendant d'une grande famille française cultivée. A Paris il se rapproche de Leconte de Lisle, Sully -Prudhomme et les tenants du Parnasse.
Stop ! Séquence info : le Parnasse, en littérature, est un mouvement qui en réaction contre le romantisme, jugé trop lyrique, trop sentimental, trop personnel, prône une poésie qui proclame l'art pour l'art, et la recherche de la perfection formelle. Ses instigateurs sont Théophile Gautier et Théodore de Banville (les deux Théo). Ses principaux représentants sont Leconte de Lisle, Sully-Prudhomme, Catulle Mendès, François Coppée, Léon Dierx… D'autres poètes, et non des moindres, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Mallarmé et les « poètes maudits » (dont Tristan Corbière) ont pu par certains côtés, se rapprocher de ces thèses.
« Les Trophées » sont un ensemble de 118 sonnets et quatre poèmes qui répondent aux grandes recommandations parnassiennes : l'excellence formelle, le culte de la beauté (s'appuyant entre autres sur une solide érudition et une maîtrise technique sans faille) et bien entendu, l'absence de lyrisme, d'interprétation personnelle, d'émotion. Cette exigence demande un formidable travail d'artisan, d'artiste, de « ciseleur », d'orfèvre » qui se traduit par un immense effort de concentration. Il existe un danger, évidemment : le résultat peut être beau mais froid. Or la poésie, (mais peut-être me trompe-je) a justement pour raison d'être et pour but de communiquer émotion et chaleur. le poète a donc intérêt à présenter une oeuvre idéalement parfaite, dont la beauté constitue l'unique – mais définitive- caractéristique.
Les sonnets De Hérédia sont parfaits : il maîtrise à la fois le vocabulaire (son érudition fabuleuse y pourvoit largement), manie la couleur comme un véritable peintre, joue avec les rythmes, et reconstitue de véritables tableaux : ses descriptions de batailles romaines sortent tout droit des meilleurs peplums, et sa vision épique donne une force descriptive d'une réelle efficacité. le top du top du sonnet chez Hérédia, figure dans l'apothéose du dernier vers :
Et sur elle courbé, l'ardent Imperator
Vit dans ses larges yeux étoilés de points d'or
Toute une mer immense où fuyaient des galères.
(Antoine et Cléopâtre)

Tous anxieux de voir surgir, au dos vermeil
Des monts Sabins où luit l'oeil sanglant du soleil,
Le Chef borgne monté sur l'éléphant Gétule.
(Après Cannes)
Ou penchés à l'avant des blanches caravelles,
Ils regardaient monter en un ciel ignoré
Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles.
(Les Conquérants)
Hérédia sacrifie un peu à une mode du temps (et pas seulement de son époque) : l'attrait du clinquant, du bibelot, du « pompier ». Il est très éloigné de ces maîtres du sonnet qu'étaient avant lui Du Bellay et Ronsard, Hugo, Musset et surtout Nerval, mais la facture de son travail le place au niveau des plus grands (Baudelaire, Verlaine et Rimbaud), mais à part : il manque cette pointe d'émotion qui caractérise les génies.
Mais pour les amateurs de poésie bien léchée, alliant la maîtrise technique avec le souci du vrai et du beau, votez Hérédia, vous ne serez pas déçus.
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Simplement magnifique.... avec un style à la foie épique et descriptif comme dans les poèmes de J.R.R. Tolkien ( dont vous trouerez des traditions sur le site de l'association Tolkiendyl!) même si les sources ne sont pas les mêmes pour l'un c''est la mythologie nordique et les légendes arthuriennes qui lui ont fait créé un monde et pour l'autre c'est les mythes grecs et l'histoire... Heredia a une écriture aussi épique que Tolkien même si chacun à son style... ce qui n'est pas le cas de Gerard de Nerval mais qui nous emporte bien autrement bien dans le mythe, mais surtout le mystérieux... quand à Lamartine, il nous fait médité par ses descriptions émouvantes, de paysages, de thème abstraits (religion ou philosophie!)... On se dit qu'il serait bien dommage à se limiter à un seul poète.... et dans lire plusieurs... et pour des sujets plus terre à terre, on préféra l'illustre Rimbaud... qui n'a réussi à éditer un seul livre... et qui a échoué dans bien des projets terre à terre rattrapé par le matérialisme absurde de sa société!
Et si nous avons parfois des souvenir difficiles avec l'apprentissage par coeur du Coureur... en 4e, mal préparé à cette débauche de vocabulaire poétique... pourtant que c'est beau... et que, à l'âge adulte, cela donne envie d'écrire!

Pour les enfants
On pourra les intéresser à la poésie grâce aux fables De La Fontaine, mais pas seulement on eut taper aussi dans les chansons de Brassens, qui n'a pas fait que des chansons aux allusions paillardes, mais a reprit des poèmes en chanson, notamment le petit cheval! Ou bien encore cette autre chanson générique d'un film avec Fernandel : Heureux qui comme Ulysse, du fameux Joaquim du Bellay

Les adultes trouveront leurs bonheurs dans les trophées de José Maria de Hérédia, les Chimères et la traduction en vers du second Faust de Goethe de Gérard de Nerval, Poème de Rimbaud et Méditations poétiquesDe Lamartine.... et la langue française n'en déplaise à ses détracteurs, est belle et riche... et surpasse bien souvent le simple français courant qu'ils ont appris... comme toute langue humaine !
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Citations et extraits (146) Voir plus Ajouter une citation
La Trebbia

L'aube d'un jour sinistre a blanchi les hauteurs.
Le camp s'éveille. En bas roule et gronde le fleuve
Où l'escadron léger des Numides s'abreuve.
Partout sonne l'appel clair des buccinateurs.

Car malgré Scipion, les augures menteurs,
La Trebbia débordée, et qu'il vente et qu'il pleuve,
Sempronius Consul, fier de sa gloire neuve,
A fait lever la hache et marcher les licteurs.

Rougissant le ciel noir de flamboîments lugubres,
A l'horizon, brûlaient les villages Insubres ;
On entendait au loin barrir un éléphant.

Et là-bas, sous le pont, adossé contre une arche,
Hannibal écoutait, pensif et triomphant,
Le piétinement sourd des légions en marche.
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SOIR DE BATAILLE

Le choc avait été très rude. Les tribuns
Et les centurions, ralliant les cohortes,
Humaient encor dans l'air où vibraient leurs voix fortes
La chaleur du carnage et ses âcres parfums.

D'un oeil morne, comptant leurs compagnons défunts,
Les soldats regardaient, comme des feuilles mortes,
Au loin, tourbillonner les archers de Phraortes ;
Et la sueur coulait de leurs visages bruns.

C'est alors qu'apparut, tout hérissé de flèches,
Rouge du flux vermeil de ses blessures fraîches,
Sous la pourpre flottante et l'airain rutilant,

Au fracas des buccins qui sonnaient leur fanfare,
Superbe, maîtrisant son cheval qui s'effare,
Sur le ciel enflammé, l'Imperator sanglant.

Deuxième poème du triptyque Antoine et Cléopâtre
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Le réveil d'un dieu

La chevelure éparse et la gorge meurtrie,
Irritant par les pleurs l'ivresse de leurs sens,
Les femmes de Byblos, en lugubres accents,
Mènent la funéraire et lente théorie.

Car sur le lit jonché d'anémone fleurie
Où la Mort avait clos ses longs yeux languissants,
Repose, parfumé d'aromate et d'encens,
Le jeune homme adoré des vierges de Syrie.

Jusqu'à l'aurore ainsi le chœur s'est lamenté,
Mais voici qu'il s'éveille à l'appel d'Astarté,
L'Epoux mystérieux que le cinname arrose.

Il est ressuscité, l'antique adolescent !
Et le ciel tout en fleur semble une immense rose
Qu'un Adonis céleste a teinté de son sang.
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Le lit

Qu'il soit encourtiné de brocart ou de serge,
Triste comme une tombe ou joyeux comme un nid,
C'est là que l'homme naît, se repose et s'unit,
Enfant, époux, vieillard, aïeule, femme ou vierge.

Funèbre ou nuptial, que l'eau sainte l'asperge
Sous le noir crucifix ou le rameau bénit,
C'est là que tout commence et là que tout finit,
De la première aurore au feu du dernier cierge.

Humble, rustique et clos, ou fier du pavillon
Triomphalement peint d'or et de vermillon,
Qu'il soit de chêne brut, de cyprès ou d'érable ;

Heureux qui peut dormir sans peur et sans remords
Dans le lit paternel, massif et vénérable,
Où tous les siens sont nés aussi bien qu'ils sont morts.
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LE CYDNUS

Sous l'azur triomphal, au soleil qui flamboie,
La trirème d'argent blanchit le fleuve noir
Et son sillage y laisse un parfum d'encensoir
Avec des sons de flûte et des frissons de soie.

A la proue éclatante où l'épervier s'éploie,
Hors de son dais royal se penchant pour mieux voir,
Cléopâtre debout en la splendeur du soir
Semble un grand oiseau d'or qui guette au loin sa proie.

Voici Tarse, où l'attend le guerrier désarmé ;
Et la brune Lagide ouvre dans l'air charmé
Ses bras d'ambre où la pourpre a mis des reflets roses.

Et ses yeux n'ont pas vu, présage de son sort,
Auprès d'elle, effeuillant sur l'eau sombre des roses,
Les deux enfants divins, le Désir et la Mort.


Premier poème du triptyque Antoine et Cleopâtre
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Videos de José-Maria de Heredia (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de José-Maria de Heredia
D'abord érigé à des fins militaires, le bâtiment de la Bibliothèque de l'Arsenal a basculé dès la seconde moitié du XVIIIe siècle dans le champ de la sociabilité savante et mondaine, sous l'égide du marquis de Paulmy qui y constitua une remarquable collection encylopédique à partir de 1756. À sa suite, d'autres hommes et femmes s'illustrèrent à l'Arsenal comme passeurs pédagogiques et culturels, à l'instar de Madame de Genlis, Charles Nodier ou José Maria de Heredia.
Anne-Bérangère Rothenburger, conservatrice à la Bibliothèque de l'Arsenal, vous invite sur les pas de ces illustres, à travers une promenade dans les représentations iconographiques variées (gravures, statues, peintures, photographies…) conservées dans les collections de la BnF.
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