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ISBN : 2020863790
Éditeur : Seuil (12/10/2006)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 6 notes)
Résumé :
Ce livre est parti d'un constat: la prison est devenue un asile psychiatrique. Un prisonnier sur cinq souffrirait de troubles mentaux.
Catherine Herszberg a donc choisi d'aller enquêter là où échouent ceux qui n'ont plus de place nulle part, ni à l'hôpital ni ailleurs. De décembre 2005 à avril 2006, elle a accompagné l'équipe psychiatrique de la prison de Fresnes.
Introduite et guidée par Christiane de Beaurepaire, chef du service, elle a suivi les pr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Bruno_Cm
  13 juin 2016
Je travaille comme psychologue dans le secteur carcéral, enfin du côté de ceux qui ne sont pas payés par la justice. Et qui n'ont pas le côté évaluateur-sanctionnateur. Bref : le beau rôle.
Je connais bien ce sujet, j'ai eu l'occasion de rentrer bien des fois dans les annexes psychiatriques en Belgique et de côtoyer tant des détenus que toutes les professions qui gravitent tout autour et dont il est question ici dans ce livre.
Livre choc qui dépeint avec réalisme et sans pudeur tout un univers complètement malade, sale, puant, insalubre et qui prétendrait soigner, ou sécuriser tant les personnes elles-mêmes que la société.
De fait, c'est l'échec sur tous les tableaux. Ce système ne fonctionne pas, est atrocement compliqué, tout est compliqué, et tout est anormal, c'est la norme. Donc effectivement, où on s'y habitue et oublie tout espoir d'amélioration ou on en souffre, on en crève et on arrête en fin de compte assez vite, pour ne pas sombrer soi-même.
La justice et la santé sont-elles compatibles ? La réponse jusqu'ici est non.
La santé et la sécurité sont-elles compatibles ? La réponse est oui, mais pas ici !
La responsabilité de ses actes, c'est quoi, quel degré suffit pour être condamné "normalement" alors qu'on n'est pas normal, quelle identité et dignité pour la personne qui n'est pas condamnée "normalement" mais doit purger une peine où les soins adéquats ne seront jamais donnés.
Comment on normalise ou soigne quelqu'un en l'enfermant en permanence, réponse foireuse : en allongeant les peines.
L'obligation des soins, non, mais une piqûre si la personne se rebelle...
Si la personne se rebelle trop vite, c'est mort ?
Non, en fait, il n'y a rien de sérieux dans tout ça, rien que du malade, du fou...
Tous les témoignages sont édifiants, et crèvent de sincérité et d'authenticité.
Je pense que toutes ces personnes, tous ces intervenants, font ce qu'elles/ils peuvent, sont courageuses, ou sombrent dans une déshumanité dont elles peuvent avoir peur.
Je tiens quand même à dire qu'on parle de Fresnes, qui est comme encore l'une ou l'autre, une prison horriblement vétuste et mal conçue (ou conçue avec des idées d'une époque qui n'est plus du tout la nôtre). La majeure partie des prisons sont plus récentes et au moins elles ne sont plus si insalubres et compliquées, il y a déjà tout cet aspect qui n'est pas des moindres, qu'on doit moins subir ailleurs, dans ces autres prisons. Mais tout de même, ce manque criant de soins et de personnel qualifié et volontaire est criant, et ça n'est pas prêt de changer.
Mais c'est tout le système carcéro-judiciaire et dans le prolongement tout le psychiatrique qu'il convient de penser - allez, disons de repenser - en profondeur pour enfin prendre un peu de hauteur, traiter l'être humain pour ce qu'il est, ou plutôt pour ce qu'on veut qu'il soit.
Une merde incurable dont on ne sait plus que faire et dont trop de gens doivent jouer les mouches à merde OU un être au potentiel rarement complètement détruit et qui peut toujours progresser.
Bon, cette critique est décousue, mais je vais répéter l'essentiel : ce livre est un livre important, un peu comme les cris de Primo Levi ou de la maison des morts de Dostoïevski ou d'un Soljenitsyne...
Et grand courage aux gens concernés.
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Prudence
  19 juillet 2016
Fresnes, histoires de fous c'est aussi une histoire de fou: de nombreux prisonniers n'ont rien à faire en prison, ils devraient être soignés en hôpital psychiatrique mais le système marche sur la tête, et l'administration (comme le narraient Uderzo et Goscinny) c'est la maison des fous.
"plus de 35% des prisonniers sont du point de vue mental "manifestement malades, gravement malades, voire parmi les patients les plus malades"."
Des populations fragilisées, malades, qui se retrouvent enfermées dans des bâtiments délabrés, dans le froid glacial en hiver (des prisonniers ont eu des engelures), la saleté, les odeurs, et les bruits incessants... et les décompensations. La violence des lieux, des personnes, des troubles, des maladies et des conditions de détention. Un système pervers dans lequel des soignants essayent de faire au mieux avec les moyens du bord et alors que tout est à repenser.
Un livre à faire lire à ceux qui savent tout sur la prison, sur ce qu'il faut faire, sur ce que méritent ceux qui...
Un livre à lire parce que la situation est complexe, très complexe.
Une lecture à compléter. Il y a quelques années mon attention avait été attirée par le Blog de Bruno des Baumettes, il y a aussi de nombreux articles et rapports sur la situation infernale du monde carcéral en France.
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celdadou
  05 juillet 2015
Il m'est difficile de critiquer ce livre car je suis citée dedans ...en effet j'ai aidé de part mon métier à lui parlé ou même faire rencontrer sous accord du psychiatre chef nos patients.
Cet ouvrage est bien fait car il retrace que ça plaise ou non les malades mentaux en prison et la difficulté de la prise en charge.Et le plus dur les conditions de détention pour des malades qui peuvent être dangereux pour eux et pour les autres.
Vous pourrez vous rendre compte dans toutes ces petites histoires , le rôle du soignant qui doit se contrôler et qui a un rôle de réassurance face à l'angoisse des psychotique.
Vous avez un étayage de toutes sortes de pathologie ce qui peut être enrichissant si vous intéressés aux pathologies mentales
Depuis la sortie de ce livre il y en a eu d'autre et le travail est de plus en plus prenant , manque de temps , surpopulation et plus de place en institution psychiatrique .
Ce livre est à lire si vous voulez avoir une idée de la psychiatrie en milieu fermé et carcéral.
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FleurDuBien
  26 janvier 2017
Je l'ai lu il y a fort longtemps. Sorti et lu en 2006.
A rapprocher de l'excellente étude sociologique parue dernièrement, "Prisons de France", uniquement la partie sur les détenus malades psy. Voir ma critique sur cet ouvrage si vous le désirez.
On y rencontre toutes les pathologies, de la dépression bien sûr, jusqu'à des pathologies plus lourdes comme la schizophrenie à tendance paranoïaque, les plus dangereux si ils ne prennent pas des neuroleptiques puissants (Haldol, Loxapac et compagnie) qui font fuir leur(s) délires, ils peuvent passer à l'acte..
Les trois quarts des détenus n'ont rien à faire en prison leur place étant plutôt dans un HP, voire une UMD pour les plus violents et les plus ingérables.
Les exemples sont fréquents et intéressants. L'auteur n'y va pas par quatre chemins : oui la prison favorise les maladies psychiatriques et oui elle aggravé des troubles déjà existants à la base. Elle agit comme un révélateur, et la décompensation n'est jamais bien loin.Et puis elle soulève le problème des médicaments qui manquent cruellement.
Comme quoi, la prison semble bien malade, de ses malades mentaux en grande souffrance pour certains.
Dans le livre que j'ai cité au début, paru dernièrement, l'auteur, sociologue, parle de déshumanisation dans les prisons.
Prison inhumaine en 2006, déshumanisation en 2016.....
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Galirad
  30 janvier 2015
Noir c'est noir, tel est le pitoyable constat qu'est amené à tirer Catherine Herszberg après avoir enquêté pendant plus de quatre mois à la prison de Fresnes.
La conclusion qu'elle ne peut s'empêcher de rédiger est, que la prison, notamment en France, s'est transformée en un véritable hôpital psychiatrique. Presque un quart de la population carcérale souffrirait de troubles mentaux !
Tout au long de ses 185 pages, elle nous bringuebale dans ces murs qui transpirent la misère affective, morale et intellectuelle. C'est déprimant au possible mais combien réel et facile à occulter puisque tout semble parfaitement dissimulé derrière d'innombrables grilles et de solides barreaux.
En se penchant sur le sujet, cette journaliste tire une sonnette d'alarme mais n'apporte guère de solutions à ce préoccupant problème que pose l'aliénation galopante des détenus. Si le thème traité apparaît clairement au lecteur, il n'en va pas toujours de même avec les termes et sigles employés par l'auteur malgré les renvois faits au glossaire en fin de livre. le décryptage de ces multiples abréviations rend la narration fastidieuse à suivre pour un non-spécialiste de la question carcérale.
Hormis cet obstacle formel, le sujet traité par madame Herszberg ne fait pas que nous interpeller brutalement, il nous demande implicitement aussi de réagir afin d'éviter une catastrophe prévisible à plus ou moins courte échéance.
Cependant, je le rappelle, ce qu'elle oublie de proposer, ce sont des pistes de remédiation permettant d'endiguer ce mal insidieux mais néanmoins patent.
Ainsi s'il s'avère aisé de faire des constats, il est beaucoup plus laborieux de proposer des solutions pour trouver une issue à ce déplorable état que présentent les prisonniers enfermés actuellement dans nos prisons. La démarche engagée par cette journaliste est estimable mais trop timide encore pour rencontrer une efficacité concrète sur le terrain.
Espérons que ce cri n'aura pas été poussé en vain et qu'il résonnera bientôt dans les oreilles de ceux qui élaborent nos lois et assurent la perpétuation de notre société !
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Citations et extraits (87) Voir plus Ajouter une citation
mickkellymickkelly   04 octobre 2013
Depuis quelques temps, Château-Thierry reçoit des détenus venus directement du CNO (centre national d'observation ndlr). Ça n'arrivait jamais, assure la psychiatre, c'est de plus en plus fréquent. "On nous envoie les longues peines qui sont au-delà de la tolérance des autres prisons, et ça va de la chose la plus conne à la plus insensée." La plus conne, ce pourrait être ce psychotique qui fait des impositions de mains et jette des sorts aux surveillants qui prennent peur. La plus insensée, c'est cet homme qui entre dans le bureau de Sylvie Aigrot, se précipite sur le radiateur comme s'il s'agissait d'un téléphone, entame une conversation la tête dans le radiateur avant d'envoyer des satellites dans l'espace. Le psychiatre, elle, l'a envoyée direct en HO (hospitalisation d'office ndlr). Quelques temps plus tard, l'hôpital psychiatrique l'a rappelée. Certes l'homme est fou, a dit le médecin hospitalier, il est même si fou qu'on ne peut rien pour lui, alors on vous le renvoie. "Ça met en colère d'y repenser, s'énerve Sylvie Aigrot, je ne veux pas voir cet homme en prison, je n'ai jamais vu un homme aussi fou que celui-là!" Trop fou pour être hospitalisé; il risque d'immobiliser un lit pendant des années. "C'est pour ça qu'on voit peu de psychotiques aussi délirants à l'hôpital, une bonne partie d'entre eux est en prison...!"
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Bruno_CmBruno_Cm   08 juin 2016
… le directeur

- Nous sommes dans un système de condamnation à la mort sociale. D’abord par l’exclusion économique et après par l’exclusion totale. Le mec fou, quand il est condamné, il faut bien le mettre quelque part. On est dans l’industrialisation de la peine, mais on ne peut pas rallumer les fours crématoires.

… le soignant

- Je vais sans doute vous choquer, je choque tout le monde en disant cela, mais au rythme où ça va, on finira par rouvrir les chambres à gaz.

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Bruno_CmBruno_Cm   08 juin 2016
[Concernant l’article 122-1]

La démence, c’était absolu, brut d’acception, trop brut même, au point que l’identité du sujet s’y abîmait tout entière. En cette fin du XXe siècle, la perception de la folie modifiée par les connaissances acquises sur les maladies mentales impose d’en finir avec la démence du début du XIXe siècle. Le discernement, c’est en effet beaucoup plus subtil. Tellement subtil qu’on ne sait trop s’il s’agit d’une notion morale ?... philosophique ?... clinique ?... En outre, déterminer si ce concept – dont on ne peut attester avec certitude de quel champ de la pensée ni du savoir il relève – est aboli ou seulement altéré impose parfois aux experts psychiatres des acrobaties cérébrales.
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Bruno_CmBruno_Cm   08 juin 2016
… les rets pervers dans lesquels sont désormais pris les psychiatres en détention. Passés derrière les murs pour soulager une souffrance psychique extrême, leur présence en prison retire désormais aux juges tout scrupule quand ils y expédient des hommes et des femmes dans une souffrance psychique extrême ! Qu’importe la taule pour ces malades ; ils y trouveront des psychiatres pour soulager leurs maux.
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Bruno_CmBruno_Cm   02 juin 2016
Je n'ai pas fait de commentaire, mais songé aux effets pervers d'un univers hors-norme - tout est hors norme en prison, la violence, la réclusion, le bruit, l'arbitraire, la misère, la perversité... et même la folie. C'est même d'une telle démesure que pour la supporter il faut nécessairement la réduire en la rabattant sur un ordre plus familier. Dès lors le quotidien peut devenir acceptable et c'est sans doute l'une des conditions qui permettent de travailler en détention. Au risque de passer la limite sans même s'en apercevoir et commencer doucement à tolérer l'intolérable. Là où le "hors normes" devient la règle commune, comment préserver intacte une capacité d'indignation ? Comment songer encore à s'émouvoir ? La question, pourtant cruciale, n'a de réponse qu'au singulier.
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Video de Catherine Herszberg (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Catherine Herszberg
Chaque année, l'Insee chiffre le nombre de pauvres en France (8, 2 millions en 2011) sans jamais proposer toutefois de lecture sur l'organisation politique qui génère cette pauvreté. Les pauvres surgissent ainsi sur la scène sociale comme une masse importante que l'on va aider ou punir, selon les mérites ou les défauts de chacun, mais rarement comme le symptôme d'une défaite sociale. Tandis que la fraction la plus riche de la population ne cesse de s'enrichir, la pauvreté n'est plus un phénomène qui relève d'une responsabilité collective. C'est pourquoi Catherine Herszberg est allée demander à des inconnus non pauvres, selon le critère européen, pourquoi les pauvres sont pauvres. Cette démarche s'inscrit dans la continuité de celle qui l'a déjà poussée à observer le sort réservé aux fous emprisonnés (Fresnes, une histoire de fou, 2007). A nouveau, il est question d'hommes mis à l'écart de la société, qu'on est soulagé de ne plus voir, leur vie n'intéressant à peu près personne. Cette enquête pointe ainsi comment le phénomène de la pauvreté s'est détaché du politique, et de notions comme la justice ou l'égalité, pour relever au mieux d'un discours compassionnel, voire charitable. Ce divorce conduit à l'acceptation de ce fait social comme une fatalité, voire une nécessité. Acceptation renforcée par la certitude que le capitalisme mondialisé produit un surplus d'êtres humains 'inutiles', surplus appelé à croître dans les années à venir. 'Dès lors, la seule question qui se pose est celle-ci : qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire de ces hommes en trop ?'
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