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EAN : 9782070146338
416 pages
Éditeur : Gallimard (01/10/2015)
3.95/5   65 notes
Résumé :
Quand Stefan Hertmans entreprend la lecture des centaines de pages de notes laissées par son grand-père, il comprend que cette vie-là vaut la peine d’être racontée. Une enfance très pauvre à Gand, le rêve de devenir peintre, puis l’horreur de la Grande Guerre dans les tranchées de Flandre sont les étapes d’une existence emblématique de tout un siècle. Mais l’histoire de cet homme nommé Urbain Martien ne se réduit pas à ce traumatisme et, grâce à son talent de conteu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (23) Voir plus Ajouter une critique
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mariech
  22 septembre 2016
Guerre et térébenthine c'est un roman de l'écrivain belge néerlandophone Stefan Hertmans qui rend hommage à son grand -père né en 1891 et mort en 1981 , pas trop mal comme dates non ?
Le grand - père Urbain Martien , prononcer Martine comme l'équivalent de Martin en français répète à plusieurs reprises l'aïeul , va léguer trois cahiers à son unique petit fils , cahiers qui évoquent surtout La grande guerre à laquelle le soldat Urbain Martien a survécu .
Térébenthine , le deuxiéme mot du titre du roman évoque la passion pour la peinture de ce grand - père issu d'un monde disparu , désuet à nos yeux . Grand - père dont le père était peintre , une grande partie du récit raconte la vie de ce père décédé bien trop jeune .
Stefan Hertmans a laissé traîner les trois cahiers , ne se décidant pas à les ouvrir et a finalement publié ce roman lors de la célébration du centenaire de la guerre 14 - 18 , celle qui devait être la dernière .
Bien entendu de tels récits il y a en beaucoup mais celui - ci a une flagrance spéciale , ce sont les souvenirs d'un ancien combattant qui écrit ses souvenirs pour son petit fils .
Je retiens spécialement de ce récit de première main , les ordres de combat qui étaient adressés aux soldats belges uniquement en français , ce qui a conduit à des situations dramatiques , à un sentiment d'humiliation qui a fait devenir un grand nombre de flamands révoltés flamingants , c'est à dire pour les lecteurs français qu'ils ont commencé à défendre leur langue , leur singularité flamande , ce qui a provoqué beaucoup de méfiance , d'incompréhension entre ces deux parties du pays si proches et si différentes à la fois .
Il y a des anecdotes touchantes comme celle où le jeune Stefan reçoit la montre ayant appartenu au père de son grand - père pour son douzième anniversaire et qui l'a fait tomber , il ne pourra jamais se pardonner ce geste maladroit .
L'évocation d'un monde définitivement disparu avec la première guerre , le sort de ses soldats confrontés pour la première fois de l'histoire à une guerre , une boucherie qui les dépasse , où les valeurs sont bafouées , où est le sens de l'honneur lors d'une attaque au gaz moutarde , aux représailles sur les civils , que peut faire l'amour de la patrie lorsque un obus éclate et fait de nombreux morts , des cadavres atrocement mutilés ?
Martien Urbain reste fidèle à son époque , toute sa vie , il porte un costume avec une grande lavallière , même quand il va à Ostende avec son petit fils , homme droit , le pur produit d'une époque révolue .
Un beau témoignage émouvant , une très belle écriture
Je vous recommande chaleureusement cette lecture , encore un bel exemple de litterature belge du nord du pays .
Un grand merci aux editions Gallimard pour ce gracieux envoi .
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LoloKiLi
  21 octobre 2016
Des années que Stefan Hertmans détenait ces cahiers. Six-cent pages de souvenirs consignés sur le tard par Urbain Martien, son grand-père maternel.
Romancier, poète et essayiste flamand, Stefan Hertmans s'est décidé, tardivement lui aussi, à relater le parcours de son grand-père dans une oeuvre entrelaçant les témoignages écrits dont il disposait et ses propres réminiscences quant à cet aïeul discret qu'il aura côtoyé pendant près de trente ans.

Ce portrait tout en mélancolie gracile dévoile un personnage humble et digne, artiste peintre dans l'âme, aussi réservé en paroles que prolixe à l'écrit ou en peinture. Il aura traversé la presque totalité du vingtième siècle, marqué par une enfance démunie, une mère adorée, un unique amour irrémédiablement perdu et deux guerres dont il évoquera essentiellement la première, la Grande, meurtrissure fondamentale de son existence comme de toute une époque.
Ce récit à multiples sources se lit ainsi à différents niveaux, journal intime, fresque familiale et chronique historique, interpellant chaque lecteur selon sa sensibilité.
Pour ma part j'ai été touchée par le destin et la douleur silencieuse de ce personnage d'un autre temps, et captivée par ses déchirants mémoires de guerre. J'avoue en revanche m'être ennuyée parfois dans la longueur de souvenirs très personnels, comme si appréhender l'intimité de cette famille impliquait également de subir certains détails qui n'ont finalement d'intérêt que pour elle seule.
Guerre et Térébenthine (Guerre parce que 14-18, Térébenthine rapport à la peinture… ça c'est pour ceux qui auraient sauté directement à la fin de ce commentaire pour savoir de quoi ça cause en gros), Guerre et Térébenthine donc n'en reste pas moins un témoignage très émouvant et superbement écrit, couronné à sa sortie aux Pays-Bas par le prix du meilleur livre de l'année 2014 et traduit dans dix-sept langues à ce jour, c'est quand même pas rien.

Lien : http://minimalyks.tumblr.com/
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Mimeko
  18 septembre 2020
Urbain Martien, le grand père de l'auteur naît en 1891 dans une famille aimante, dans la région flamande de Gand, une région pauvre. Son père, un peintre fresquiste qui travaille dans la rénovation d'oeuvres dans les églises a épousé Céline, d'une famille plus élevée socialement mais leur amour a été immédiat et romantique. le jeune Urbain grandit et travaille dans une fonderie puis après son service militaire reste dans l'armée. Son père, qu'il admire lui donne la vocation de l'art et fort de ses cours de dessin et de peinture s'oriente dans la même carrière...C'est sans compter avec la guerre qui éclate et qui va annihiler l'homme et ses idéaux.
Stefan Hertmans avec Guerre et térébenthine, témoigne de son amour et de son admiration pour ce grand père qu'il a connu et qu'il redécouvre en lisant ses carnets. Dans la première partie de la vie d'Urbain, avant la première guerre mondiale, le récit décrit une enfance pauvre mais riche de sentiments notamment entre ses parents, un père dont il admire le talent de peintre, au point de vouloir marcher dans ses pas. le jeune Urbain se paye avec son salaire durement gagné, des cours de peinture et de dessin amorçant sa vocation. Cette première partie du roman m'a le plus intéressée, on y découvre les paysages flamands, la "ségrégation" par la langue française imposée dans les administrations et l'enseignement, reléguant le flamand dans la sphère privée, la pauvreté, les conditions de vie et de travail difficile. Dans la deuxième partie, nous suivons le destin héroïque d'Urbain, trois fois blessé, qui reviendra sombre et taciturne, abandonnant ses ambitions artistiques, .
Un roman intime, et une prose magnifique, un style fluide, une traduction remarquable qui font de ce récit une belle découverte.
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PJN
  25 novembre 2017
L'auteur nous emmène à la découverte de son grand-père Martien. On découvre sa ville, Gand à la fin du XIXe siècle, vieille ville flamande, avec sa bourgeoisie francophone, ses ouvriers car l'industrie se développe. Martien naît dans un milieu petit-bourgeois, son père est peintre d'église, un homme asthmatique et rêveur. le jeune Martien travaille à la forge mais il veut peindre et apprend en autodidacte. Vient août 1914 et la guerre (deuxième partie du triptyque romanesque), et là le récit de guerre est à la première personne, les combats de la petite armée belge contre l'adversaire allemand sans pitié, l'héroïsme chevaleresque balayé par les mitrailleuses, Martien est blessé plusieurs fois sur le front de l'Yser où l'armée belge décimée en août 1914 s'est retranchée. La troisième partie évoque le retour, l'amour trouvé puis fauché par la grippe espagnole, encore une épreuve à laquelle Martien survit grâce à la peinture, même s'il connaît des périodes sombres. Ma belgitude a été sensible à ce roman où le terreau du mouvement flamand est évoqué : une domination culturelle francophone mal vécue, le mépris des officiers francophones pour les soldats flamands sur le front, le pacifisme flamand né de cette boucherie qui aboutit au pèlerinage de l'Yser dans l'entre-deux-guerres auquel Martien participe...Même si on oublie ici que le soldat francophone qui s'exprimait dans son patois wallon devait connaître le même sentiment d'humiliation linguistique de la part de l'officier issu de la bourgeoisie, même si la langue flamande a gagné ses lettres de noblesse, et ce roman en est une nouvelle preuve, et même si la Flandre est aujourd'hui une des régions les plus prospères d'Europe, le ressentiment est profond et le compromis difficile entre francophones et néerlandophones reste au coeur de la politique belge...Bel hommage en tout cas rendu à Martien qui se prononce "Martine", artiste sensible et soldat courageux.
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lafilledepassage
  25 mars 2019
Nostalgie et émotion dans ce récit de Stefan Hertmans, personnage jovial et passionné de la littérature belge que j'ai eu le bonheur de rencontrer à la bibliothèque de ma commune.
Hertmans rend un bel hommage à son grand-père, le héros de son enfance. On y retrouve une Flandre aujourd'hui disparue, extrêmement pauvre, industrieuse et sans cesse humiliée par la bourgeoisie.
Le roman est composé de trois parties, avant-pendant-après la Première Guerre Mondiale, et je dois avouer un certain ennui pour la seconde partie, assez riche en faits de guerre et en batailles. La troisième partie évoque avec beaucoup de pudeur la vie sentimentale du grand-père. La première partie est, selon moi, la plus réussie : Hertmans dépeint de très beaux tableaux, colorés, olfactifs et vivants, de la vie ouvrière au début du XXème siècle, comme celui de la forge, ou celui de la fonderie, sans oublier le mémorable (en tout cas je m'en souviendrai longtemps) épisode de la visite à l'usine de gélatine …
Cet épisode sera tellement marquant qu'il révèlera au grand-père de sa vocation, la peinture, cet art qu'il aura pratiquée toute sa vie sans vraiment devenir l'artiste qu'il aurait pu être … du coup, on ne peut qu'être interpellé par l'affirmation qu'il fait à son petit-fils « Tu peux tout faire, du moment que tu en as envie ». Douloureux mensonge ? Non, je crois plutôt que ces mots sont ceux de l'espoir fou, et totalement compréhensible, de voir nos enfants s'épanouir et réaliser leurs rêves, là où nous avons dû abandonner les nôtres…
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critiques presse (2)
LaLibreBelgique   27 février 2017
C’est un des grands romans de la littérature flamande contemporaine qui est enfin traduit en français.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Telerama   18 novembre 2015
Hertmans ne se livre pas à un simple exercice de piété familiale. Il exhausse le genre, en inscrivant cette vie minuscule dans le temps et en en faisant le socle d'une méditation sur la fausse atonie des existences ordinaires.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (49) Voir plus Ajouter une citation
SachenkaSachenka   19 mai 2017
[Mon grand-père] avait consigné ses souvenirs ; il me les a donnés quelques mois avant sa mort en 1981. Il avait alors quatre-vingt-dix ans. Il était né en 1891, sa vie semblait se résumer à l'inversion de ces deux chiffres dans une date. Entre ces deux dates étaient survenues deux guerres, de lamentables massacres à grande échelle, le siècle le plus impitoyable de toute l'histoire de l'humanité, la naissance et le déclin de l'art moderne, l'expansion mondiale de l'industrie automobile, la guerre froide, l'apparition et la chute des grandes idéologies, la découverte de la bakélite, du téléphone et du saxophone, l'industrialisation, l'industrie cinématographique, le plastique, le jazz, l'industrie aéronautique, l'atterrissage sur la Lune, l'extinction d'innombrables espèces animales, les premières grandes catastrophes écologiques, le développement de la pénicilline et des antibiotiques, Mai 68, le premier rapport du Club de Rome, la musique pop, la découverte de la pilule, l'émancipation des femmes, l'avènement de la télévision, des premiers ordinateurs - et s'était écoulée sa longue vie de héros oublié de la guerre. C'est sa vie qu'il me demandait de décrire en me confiant ces cahiers. Une vie se déroulant sur près d'un siècle et commençant dans un autre monde.
+ Lire la suite
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SachenkaSachenka   18 mai 2017
Les lieux ne sont pas qu'un espace, ils sont aussi associés à une époque. Je regarde la ville différemment depuis que je porte en moi ses souvenirs. Mes pensées ne cessent de vagabonder autour de la place d'Armes, que je connais moi aussi depuis mon enfance comme un lieu festif, un lieu lié aux dimanches matin, à l'odeur des fleurs coupées qu'achetaient mes parents, à la fanfare désuète dans le kiosque à musique parfaitement restauré. Mais à présent, je cherche dans le langage fermé des façades l'endroit où a dû se dresser l'immeuble dans lequel mon grand-père a passé quelques mois à travailler comme apprenti [...].
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LoloKiLiLoloKiLi   21 octobre 2016
Il y a dans l’ethos disparu du soldat à l’ancienne quelque chose qui, pour nous, contemporains d’attentats terroristes de de jeux vidéo violents, est encore à peine concevable. Dans l’éthique de la violence est intervenue une rupture de style. La génération de soldats belges qui fut conduite dans la gueule monstrueuse des mitrailleuses allemandes au cours de la première année de guerre avait encore grandi selon l’éthique exaltée du dix-neuvième siècle, avec un sentiment de fierté, un sens de l’honneur et des idéaux naïfs. Leur morale de guerre tenait pour vertus essentielles : le courage, la maîtrise de soi, l’amour des longues marches, le respect de la nature et de son prochain, l’honnêteté, le sens du devoir, la volonté de se battre, si nécessaire, d’homme à homme. […]
Toutes ces vertus d’une autre époque furent réduites en cendres dans l’enfer des tranchées de la Première Guerre mondiale.
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SachenkaSachenka   02 mai 2017
[...] il m'arrive plus d'une fois de me demander quelle est la nature de ce lien ambivalent qui nous lie à nos grands-parents. Est-ce l'absence de ce conflit générationnel que nous avons avec nos parents? Dans le fossé béant entre eux et nous réside la lutte pour affirmer ce que nous imaginons être notre individualité, et la distance qui nous sépare dans le temps nous donne l'illusion qu'il se cache là une vérité plus profonde que dans ce que nous savons de nos propres parents. C'est une grande, une extraordinaire naïveté qui nous incite à vouloir savoir.
+ Lire la suite
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fanfanouche24fanfanouche24   03 mai 2020
Et quand je recherche des traces de sa vie, la plupart du temps en ne pouvant compter que sur moi-même car presque tout a disparu, il m'arrive plus d'une fois de me demander quelle est la nature de ce lien ambivalent qui nous lie à nos grands-parents. Est-ce l'absence de ce conflit générationnel que nous avons avec nos parents ? Dans le fossé béant entre eux et nous réside la lutte pour affirmer ce que nous imaginons être notre individualité, et la distance qui nous sépare dans le temps nous donne l'illusion qu'il se cache là une vérité plus profonde que dans ce que nous savons de nos propres parents. C'est une grande, une extraordinaire naïveté qui nous incite à vouloir savoir. (p. 36)
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