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ISBN : 2203163763
Éditeur : Casterman (21/03/2018)

Note moyenne : 3.91/5 (sur 154 notes)
Résumé :
Mila, une jeune italienne, revient sur l'île paradisiaque de son enfance, espérant y dissiper le mal-être qui l'assaille depuis un drame familial.
Très vite, d'autres voix se mêlent à la sienne. Huit voix venues de l'autre côté de la Méditerranée qui crient leur détresse, leur rage et la force de leurs espérances.
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Critiques, Analyses et Avis (67) Voir plus Ajouter une critique
Ziliz
  17 avril 2015
Lampedusa, ses paysages somptueux. Une petite île méditerranéenne de 20 km2 où une adolescente de dix-sept ans en villégiature peut s'ennuyer ferme. Mila redoute ce mois de juillet en huis clos avec ses parents, surtout que sa mère n'est pas en forme, voilà six ans qu'elle traîne sa dépression depuis le décès du petit frère.
Lampedusa, une île italienne entre Afrique et Europe. Une première étape prometteuse vers l'occident, le point à atteindre pour les Africains qui n'ont plus rien à perdre dans leur pays, victimes de pauvreté extrême, de la guerre et/ou d'une dictature.
Une dizaine de voix dans ce récit : celle de Mila, en alternance avec celles de jeunes Erythréens âgés de quatorze à vingt-deux ans, qui fuient pour un monde meilleur, forcément meilleur, ça ne peut pas être pire : « Je le sais depuis que je suis tout petit : l'Europe, c'est la promesse d'une vie meilleure. Je suis fort, courageux. La fatigue ne me fait pas peur. Là-bas, je serai discret, laborieux, je ferai les travaux dont personne ne veut. Je serai heureux de ce qu'on me donnera. Je n'irai pas pour prendre la place de qui que ce soit. J'irai parce que je suis né au mauvais endroit. J'irai parce que j'ai envie de vivre. » (p. 167)
Le parcours de ces migrants est long, dangereux, coûteux, l'arrivée incertaine, ils risquent la mort, le retour forcé et musclé au point de départ. « (...) la décision de quitter mon pays, le passage de la frontière, le camp des réfugiés, les mois de travail à Karthoum pour financer la suite du trajet, les voyages à pied, en bus, en 4x4 ou sous les bâches d'un camion, les passeurs, le sable, la chaleur, les matraques, les soldats, le froid, les coups, l'odeur des cadavres, le sexe, l'argent, l'argent, le sexe, les coups et enfin, alors que nous avions déjà survécu à la traversée du Soudan, alors que nous pensions déjà à Tripoli, les trafiquants libyens qui avaient arrêté notre véhicule, au milieu de la mer de sable du Fezzan. » (p. 146)
Superbe roman, bouleversant et révoltant, qui m'a beaucoup appris sur la situation politique en Erythrée : « (...) service militaire forcé de 17 à 47 ans, interdiction de la presse indépendante, arrestation et torture des opposants, limitation des déplacements, contrôles d'identité systématiques, giffa, camps d'enfermement... »
L'auteur trouve le bon dosage pour intéresser le lecteur adolescent, évoquant tour à tour les tourments d'une européenne (problèmes familiaux, deuil, mal-être) et le drame de jeunes africains défavorisés dont l'avenir est bouché. le sort de ces migrants clandestins est triste à hurler, surtout si l'on pense à ce qui les attend après - exemple des centres à Calais, insertion difficile une fois installés...
En (longue) conclusion, ces mots de l'auteur : « Même s'il est très difficile de produire des chiffres exacts, on estime a minima qu'en vingt ans, plus de 13 250 clandestins sont morts aux frontières de l'Europe. » Annelise Heurtier précise avoir « situé cette fiction en 2006, afin de mettre en avant le sort particulier des migrants érythréens fuyant leur pays, non pas pour "profiter" des aides sociales des pays européens mais bien pour échapper à l'intolérable répression mise en place quelques années plus tôt en Erythrée. » (p. 232-233)
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orbe
  24 avril 2015
Mila est une jeune italienne, de retour pour l'été dans la maison familiale de vacances de Lampedusa après six ans d'absence suite au décès de son tout petit frère.
Alors que ses parents tentent de se reconstruire et décident de repeindre leur habitation, l'adolescente part à la découverte de l'île. Elle cherche à échapper à la tristesse mais aussi à la culpabilité qui la ronge.

Elle rencontre Paola, une insulaire qui va lui révéler les secrets de ce lieu et les fantômes qui le hantent.
C'est par la prise de conscience de l'existence de clandestins naufragés qu'elle va accepter de voir la vie autrement...
Un roman qui entrelace la voix des clandestins africains, notamment ceux venus de l'Erythrée qui fuient une situation politique impossible, à celle de la douleur d'une adolescente emprise avec le spectre de sa vie bouleversée.

Un récit qui résonne avec l'actualité. Que faisons- nous pour ces hommes, femmes, enfants qui meurent aux frontières de l'Europe ?
Au lieu de proposer un propos moralisateur, l'auteur incite ses personnages à s'engager dans des actions à taille humaine afin de ne pas se détruire devant l'ampleur du problème.
"Faire avec l'existant. Même avec le pourri, le moche, l'injuste. Même avec la mort, la maladie, la déception. L'absence."
Ne pas fermer les yeux, agir, transmuer la souffrance, partager sont des sujets qui reviennent dans les livres d'Annelise Heurtier. Elle traite à chaque fois ces thèmes durs avec délicatesse.
La voix fluette de Mila est ce qui donne un fil au récit entrecoupé des voix meurtries, des histoires terribles des candidats obligés à l'exil. Ils sont tenus de partir coûte que coûte dans l'espoir de pouvoir vivre tout simplement.
A la manière d'une partition de musique, le texte va crescendo, à la rencontre de ces autres, marqués par la peine et la misère. S'il nous secoue, c'est intérieurement, comme un hommage à ces petites voix qui n'ont plus la force de crier. A lire !

Lien : http://www.nouveautes-jeunes..
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argali
  15 avril 2015
C'est toujours un plaisir d'apprendre qu'Annelise Heurtier a sorti un nouveau roman. On sait d'emblée qu'on sera amené à découvrir un mode de vie différent du nôtre, un quotidien moins rose et une réalité qu'on méconnait.
Après le Népal et la Mongolie, nous partons moins loin cette fois. Au sud de l'Italie, sur l'ile de Lampedusa. Un bel endroit qui fait trop souvent la Une des médias pour des raisons sordides. Alors que Mila y retourne en vacances dans la maison paternelle, espérant que ce retour aux sources sera bénéfique pour sa famille, un nouveau drame humanitaire se prépare. Loin de cette ile paradisiaque aux paysages enchanteurs qui réconforte Mila au fur et à mesure de son séjour, huit jeunes Erythréens s'apprêtent à forcer le destin au péril de leur vie. Leurs récits personnels ponctuent celui des vacances de Mila. Si l'ambiance familiale lui semble pesante, que dire de celle du quotidien de ces jeunes gens ?
Comme à son habitude, Annelise Heurtier nous propose l'histoire d'une jeune européenne à problème et la compare à celles d'adolescents d'ailleurs. Sans porter de jugement, elle pousse le lecteur à relativiser ses petits malheurs en le confrontant aux vrais problèmes du monde. Elle ne force pas le trait, elle nous présente la vie telle qu'elle est, dans un récit subtil, émouvant et fort. Son écriture très visuelle nous permet d'imaginer avec précision tant la splendeur des paysages décrits par Mila que la misère des conditions de vie des jeunes Erythréens. Loin de pousser à la culpabilité, l'auteure suscite cependant l'émotion et la réflexion à travers un récit réaliste et juste.
Mieux ficelé que « Là où naissent les nuages », plus abouti, ce roman poignant est une réussite et devrait être lu par tous les adolescents. Après sa lecture, on ne voit plus les immigrés clandestins de la même façon.
Merci beaucoup aux éditions Casterman pour cet envoi.
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murielan
  12 mai 2015
Lampedusa, 2006. Mila revient avec ses parents sur l'île pour passer des vacances après le deuil qui a touché sa famille six ans plus tôt. Pour elle, ce sera l'occasion de redécouvrir un des lieux heureux de son enfance mais surtout d'en apprendre plus sur elle-même.
Mais Lampedusa, c'est aussi, et malheureusement, un endroit aujourd'hui connu pour les migrants clandestins venus de la Corne de l'Afrique dont les embarcations de fortune viennent s'y échouer après un long voyage...
J'aime beaucoup les romans d'Annelise Heurtier : son écriture sensible lui permet d'aborder des sujets de société afin de faire réfléchir les ados actuels.
En donnant la voix à une dizaine de jeunes Erythréens qui fuient le régime totalitaire en place, on comprend mieux les raisons de cet exil et les difficultés auxquels ces migrants sont confrontés.
Un roman fort et bouleversant qui donne des pistes de réflexion face à un sujet d'actualité !
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maevedefrance
  18 avril 2015
Mila, jeune romaine de 17 ans, retourne, le temps d'un été, à Lampedusa, l'île où elle passait ses vacances enfant. Elle n'y avait pas remis les pieds depuis six ans. La maison familiale, la Pointe des Orangers, est toujours là. La famille est toujours là. Seul n'est plus là, le petit frère de Mila, mort d'une méningite alors qu'il était bébé.
La seule chose qu'elle redoute : passer quatre semaines avec ses parents, parce que juillet est depuis un mois funeste. "Depuis que Manuele était mort, c'était toujours la même chose : où qu'ils soient, Mila avait toujours l'impressionque son père cherchait à remplir le temps, de manière tellement désespérée que c'en était presque comique." La seule solution pour Mila d'échapper à l'ambiance morbide est de trouver un vélo est de partir explorer l'île. Gina, sa tante, va réaliser son voeu et lui prêter une vieille bicyclette Bianchi, d'un vert un brin kitch.
Sa mystérieuse cousine Paola, étudiante au visage de Madone, lui révèlera les secrets de Lampedusa, île paradisiaque, surnommée l'île du Salut.
Les aventures de Mila et De Paola sont entrecoupées, au fil de la lecture, par huit voix, venant de l'autre côté de la Méditerranée, d'Erythrée plus précisément. Les voix de jeunes de leur âge, qui décrivent le calvaire de leur vie dans leur pays natal et leur espoir de trouver une existence plus humaine en Europe. Prendre tous les risques, quitte à le payer de sa vie, ce sera toujours mieux que vivre en Erythrée. Ces huit voix, nous les retrouveront embarquées dans un Zodiaque pour une traversée de l'Enfer.
La narration joue sur le contraste entre la douceur de vivre qui émane de Lampedusa, avec son soleil, ses plages de rêve, le bleu du ciel, les fleurs partout, la langueur des habitants et l'horreur décrite par les Erythréens. Mila a une histoire familiale compliquée depuis la mort de son petit frère, une famille brisée et figée dans la douleur. Elle cherche en Lampedusa un refuge et un espoir d'un futur plus serein. Les migrants Erythréens portent cet espoir en eux également. le lien entre les deux histoires est de cet ordre : Lampedusa, l'île du Salut, l'île des refuges.
C'est l'énigmatique Paola à la beauté quasi mystique, qui révèlera à Mila la face cachée de cette île italienne aux confins de l'Europe : l'île des migrants clandestins, fuyant un véritable camp de travail forcé dans leur pays. Une véritable gifle pour Mila, la gifle qui l'aidera à grandir, surtout quand elle apprendra par la bouche de sa cousine qu'une loi votée en 2006 (la loi Bossi-Fini) a opéré "un durcissement des conditions d'accueil des migrants en Italie". Une loi qui a "conduit à la mise en place de poursuites judiciaires pour toute personne, notamment les pêcheurs qui, recueillant un migrant, se retrouve de fait complice d'immigration illégale".
Un roman magnifiquement écrit, qu'on ne lâche plus, sur un sujet d'actualité, comme souvent avec Annelise Heurtier. On se laisse porter facilement par la poésie de Lampedusa, on est tenu en haleine par les voix des migrants et horrifié par leur condition. Une lecture où l'on ne s'ennuie pas une minute et où l'on finit outré par la loi votée par le gouvernement Berlusconi de l'époque. Heureusement, un livre qui porte l'espoir dans les dernières pages.
Une lecture que j'ai apprécié même si mon horizon d'attente était un peu différent : je m'attendais à un récit davantage centré sur les conditions de vie des migrants survivants à Lampedusa, sur l'accueil réservé, le récit d'une rencontre, ce genre de choses-là.
En tout cas, un roman qui a le mérite de rappeler l'horrible réalité des migrants fuyant leur pays : s'ils fuient, c'est pour tenter de sauver leur vie, pas pour ""profiter" des aides sociales des pays européens", comme le dit très bien l'auteur à la fin du livre. Annelise Heurtier rappelle également que la loi Bossi-Fini "entre en contradiction avec plusieurs textes internationaux tels que la Convention des Nations unies sur les réfugiés", entre autres.
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Citations et extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
_Justine__Justine_   07 octobre 2015
p.83

Au bout du sentier qui menait à la maison, Mila posa le pied à terre. Droite ou gauche ? Ruelles pavées ou falaises giflées par le sirocco ? Elle réfléchit quelques instants sur la direction à privilégier.
La veille, elle avait roulé le long de la côte sud, qui alternait les promontoires dentelés et les criques profondes, jusqu’à atteindre la plage des lapins. On la disait être une des plus belles du monde, et Mila était d’avis que la réputation n’était pas usurpée. Il s’agissait d’une petite plage à laquelle on ne pouvait accéder qu’après un quart d’heure de marche, et en dépassant les cohortes de vacanciers dont les visages luisaient sous le soleil, Mila s’était à nouveau félicitée d’avoir pu obtenir un vélo, même celui-là.
La plage était étonnement fréquentée, bien plus que dans le souvenir qu’elle en avait gardé.
Tous les vacanciers semblaient s’y être rassemblés : des familles, des couples enlacés, des enfants couverts de sable de la tête aux pieds. Mila avait louvoyé entre les parasols publicitaires et les crocodiles gonflables, admirant le paysage tout en se brûlant délicieusement la plante des pieds.
A quelques centaines de mètres se dressait le fameux îlot qui donnait son nom à la plage, immense rocher comme posé au milieu du turquoise de la mer pour la seule distraction des plaisanciers.

[…] Mila se remit en selle. Pas de plage surpeuplée cette fois-ci. Elle opta pour la direction opposée. Aujourd’hui, elle longerait la falaise de la côte nord, qu’elle savait plus farouches, plus tourmentées.
La chaussée goudronnée serpentait au milieu d’un plateau de calcaire recouvert de touffes de végétation rase. L’ambiance était différente de celle qui régnait au sud. On disait cette côte désertique. A l’inverse, Mila trouvait qu’elle était pleine de vie. Elle s’arrêta, posa son vélo à terre et s’accroupit pour mieux observer le sol. Les buissons épineux qui, à travers la pierre, trouvaient à se hisser vers la lumière. Les disparitions furtives des lézards dérangés par son arrivée. Les fuchsias, les orangés des fleurs qui s’épanouissaient sur les aréoles de certains cactus, délicates étoiles comme déposées par erreur au milieu des épines. L’odeur du vent. La texture de la terre qu’elle écrasa entre ses doigts. Le cri des mouettes, qui annonçaient qu’au-delà des falaises commençait le règne de la mer.
Mila se releva, grisée par l’intensité de ses sensations.
Elle plissa les yeux : au loin, elle distinguait les voiles claires des bateaux de plaisance qui gravitaient autour de la côte. D’où venaient-ils ? Certains avaient peut-être déjà fait escale dans les ports d’Asie ou d’Afrique avant d’atteindre Lampedusa.
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ZilizZiliz   17 avril 2015
[Erythrée - Saafiya, 19 ans]
Alors, comme beaucoup d'autres, j'ai abandonné l'idée de m'inscrire à l'université. De toute façon, à quoi des études m'auraient-elles servi ? J'avais compris que je ne serais jamais libre de choisir mon métier, puisque c'est le gouvernement qui allait en décider. Mener des études brillantes m'aurait propulsée tout droit dans les bureaux du parti, voire au Cabinet du Président. Obtenir des résultats médiocres m'aurait conduite dans des emplois subalternes ou difficiles, sur des chantiers de construction, dans des ports ou à faire des ménages, voire sous le ventre des soldats. (p. 47)
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orbeorbe   25 avril 2015
Je me demandais d'où il était parti, ce qui l'avait conduit ici. Avait-il fait le chemin tout seul ? Avec un frère, un ami ? Qu'est-ce qu'il fuyait ? La famine, la guerre, la dictature, la torture ? Où rêvait-il simplement d'une vie meilleure . On était avant tout des hommes et des femmes, avec des histoires, des parcours de vie différents. Qui tentaient de construire leur futur sur les ruines de leur passé. Et qui avaient des capacités d'espoir démesurées.
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NadaelNadael   24 juin 2015
« Pour aller vivre ailleurs, il m'aurait fallu devenir l'une de ces clandestins dont les cadavres desséchés jonchent le Sahara. La mort allait me guetter, me traquer, depuis les zones interdites de la frontière érythréenne jusqu'au Soudan, en Lybie et sur la mer Méditerranée. J'allais subir l'attente, la peur, la faim, le froid. (…) J'allais devenir une ombre. Alors j'ai utilisé les moyens qui étaient à ma portée. J'ai voulu tomber enceinte. Les mères allaitantes étaient dispensées d'effectuer leur service, et je me disais que par la suite, avec une ribambelle d'enfants à les côtés, on finirait par m'oublier. »
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NadaelNadael   24 juin 2015
« Dans le désert, tu pries. C'est tout ce qu'il te reste. Il n'y a plus de jours plus de nuits. Plus d'avant, plus d'après. Plus de pays. Au Soudan ou en Lybie, le Sahara reste le même. Que tu viennes d'Erythrée, de Somalie ou d'Ethiopie, que tu aies douze ou quarante ans, ta réalité se limite désormais à ces trois mètres carrés dans lesquels tu t'entasses avec trente autres migrants. L'arrière d'un Land Cruiser cabossé. Tu le connais par coeur, cet univers. Les trous sur la banquette de velours élimé, dans lesquels tu peux glisser ton doigt pour sentir la mousse qui se délite. La cabine a été enlevée, pour gagner un peu d'espace sur les côtés. Les petites gravures ça et là, sur le plastique ou sur la tôle, comme des traces laissées par ceux qui ont tenté leur chance avant toi. La peau des autres contre tes bras. Leur souffle chaud, les plaintes ou les mots âcres qu'ils lâchent parfois. Le clapotis de l'eau qui se brise contre les parois du jerrican, petite mer agitée – une mer coupée d'essence, pour que personne ne soit tentée d'en boire trop. L'odeur aigre, poisseuse, animale, dont tu ne sais plus si elle t'appartient ou pas et qui ne te dérange plus depuis longtemps. »
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