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Gérard Mairet (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070752259
Éditeur : Gallimard (29/11/2000)

Note moyenne : 3.93/5 (sur 50 notes)
Résumé :
Monstre issu du bestiaire biblique, le Léviathan est le visage hideux que Hobbes veut donner à l'État pour qu'il intimide ses sujets et les dissuade de désobéir. Conception brutale du pouvoir soutenue pourtant avec intelligence et finesse. Pourquoi le despotisme est-il nécessaire ? Les hommes, en totale liberté, représentent une menace les uns pour les autres. La meilleure défense étant l'attaque, leur raison le... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Tiephaine
  13 mai 2013
Suite à l'invitation quelque peu péremptoire d'un précédent commentateur, je me suis décidé à livrer une véritable critique de ce Leviathan, ne consistant pas en un monoligne à la gloire d'un livre que bien peu de gens (voire personne) lisent jusqu'au bout et que bien moins encore comprennent.
Avant d'aborder la lecture du Leviathan de Thomas Hobbes, il est utile de préciser deux-trois choses;
1°) C'est un ouvrage qui ne s'aborde pas à la légère. Ecrit par un érudit à destination d'érudits, il vous faudra savoir au minimum à quoi renvoient les notions de Droit Naturel, de Souveraineté, de Peuple, de propriété, de Bien Commun et d'Etat, et de contrat/pacte. Sans ces bases, et leur contexte historique, c'est à dire que vous sachiez qui sont Grotius, Machiavel, Plotin, Thomas d'Aquin, etc... vous ne passerez pas les dix premières pages de l'ouvrage.
2°) La lecture du de Cive (Du Citoyen, en version française) du même auteur est presque impérative avant d'aborder Leviathan: il s'agit autant d'une introduction que d'une approche et d'une base à cette oeuvre majeure de science juridique et politique.
3°) Croire que l'on peut critiquer Hobbes parce que l'on a lu Rousseau (et en particulier son du Contrat Social, lorsqu'on oublie l'incontournable Discours sur l'Origine et le Fondement des Inégalités Parmi les Hommes!), c'est faire l'aveu d'une malhonnêteté intellectuelle crasse. Rousseau s'est indéniablement "inspiré" de Hobbes (c'est à dire qu'il n'a pas hésité à lui pomper ses idées pour les prétendre siennes), sans pour autant parvenir à atteindre l'ampleur de l'oeuvre de Hobbes. Disons, au mieux, que Rousseau était français et voulait écrire pour un système français, quand Hobbes était anglais et destinait son ouvrage à l'Angleterre.
Ces précisions passées, il est temps d'aborder enfin le Leviathan de Hobbes.
Divisé en quatre grandes parties consacrées tour à tour à l'Homme (Nature humaine, Etat de Nature, Droit Naturel), au Bien Commun (ou Commonwealth, c'est à dire la forme que prend l'Etat), au Bien Commun Chrétien (il s'agit là de débattre sur la Bible et les pères de l'Eglise, et leur apport à l'organisation d'une société humaine prenant la forme d'un Etat), et au Royaume des Ténèbres (consacrée aux menteurs, aux manipulateurs, à l'ignorance...).
Chacune de ces 4 parties fait appel à des connaissances qu'il n'est plus forcément aisé d'avoir aujourd'hui, car notre société et celle de Hobbes n'ont plus les mêmes préoccupation. Cela donne un texte forcément daté, et qui n'a donc rien d'incontournable pour quiconque étudie les Sciences Politiques (une note de lecture fait parfaitement l'affaire, sauf s'il s'agit de faire de l'Histoire des Sciences Politiques...Désolé pour mes camarades, vous devrez passer par là), dès lors qu'on a étudié un minimum Rawls, David Gauthier, Philip Pettit, Emmanuel Todd etc...
Dans la première partie, Hobbes commence par aller à l'encontre de la théorie de Grotius, en postulant une absence de société, et donc une absence de droits naturels, où égoïsme, violence, méchanceté et anarchie règnent en maîtres (la "Guerre de tous contre tous", tirée du de Cive). C'est parce que les hommes ont le désir d'assurer leur sécurité qu'ils se regroupent et forment des sociétés qui sont plus à même de les défendre. de ces proto-sociétés naissent les premiers droits, "naturels", mais uniquement parce que l'homme renonce à certains comportements et modère donc sa liberté (abandon du "droit" de tuer autrui, d'exercer une contrainte...). le Pacte social naît donc de cette recherche de la sécurité, et induit l'apparition d'une autorité supérieure à l'individu, que l'on peut assimiler à un Gouvernement, décrit dans la deuxième partie, qu'il aborde non sans avoir décrit les Lois Naturelles (au nombre de 17).
Cette deuxième partie, consacrée au Bien-Commun (Folio a choisi de traduire "Common Wealth" par "Etat". Je ne partage pas ce raccourci qui ôte toute sa nuance au propos de Hobbes) en identifie trois types: aristocratie, démocratie, et monarchie, et donne les règles de succession (c'est à dire de désignation du gouvernant/souverain suivant) qui y sont afférentes, puis pose douze grandes règles générales de Gouvernement (pas de rébellion, abandon de la souveraineté individuelle au profit de la souveraineté générale (ou Bien Commun), les minorités doivent accepter la volonté de la majorité, etc.). Comme Montesquieu, Hobbes rejette la séparation des pouvoirs (oui, Montesquieu rejetait celle-ci, et ne l'a décrite que pour mieux la descendre en flammes), et surtout, Hobbes milite ici en faveur de la Censure de la Presse (contrairement à ce que fera John Milton) et en faveur de la limitation de la Liberté d'Expression.
C'est notamment par ce genre de prises de positions que l'on comprend que Hobbes N'EST PAS incontournable dans l'étude des sciences politiques actuelles, même si son oeuvre n'est pas sans rappeler une certaine conception néo-conservatrice de la société et des rôles des citoyens (beaucoup plus inspirée par Carl Schmitt, Huntington, Kissinger et autres).
La troisième partie se consacre à l'étude du Bien Commun Chrétien (là encore, Folio a préféré l'emploi du raccourci "Etat Chrétien", que je déplore pour les raisons déjà citées). Il s'agit surtout ici de préciser pourquoi le Pouvoir Spirituel doit être inféodé au Pouvoir Temporel, et pourquoi la Bible ne peut en aucun cas être supérieure au Droit Civil. En particulier, Hobbes explique qu'il suffirait à n'importe quel individu de prétendre avoir eu une Révélation pour contester la souveraineté et remettre ainsi en question le Bien Commun (c'est à dire, d'aboutir à un véritable Chaos), si l'on considère que les Ecritures sont supérieures à la Loi. Il décrit ensuite les mécanismes d'intégration de l'un dans l'autre, et les rapports de sujétion qu'il se doivent d'entretenir.
Cette partie est tout simplement incompréhensible si elle n'est pas replacée dans le contexte historique qui agitait l'Angleterre d'alors. Les temps sont à la remise en question de l'autorité divine et surtout à la Guerre Civile, et les délires religieux sont fréquents (les puritains sont les plus connus, même s'il y a énormément de fantasmes à leur sujet).
Enfin, la quatrième partie, la plus brève de toutes, s'emploie à dénoncer les mécanismes obscurantistes que Hobbes perçoit à son époque. Les Ténèbres de Hobbes désignent ce qui va à l'encontre du Bien Commun, comme la manipulation des masses à des fins personnelles (que cela soit sur des bases religieuses (Islamisme radical), des bases historiques (Extrême Droite et Fascismes), des philosophies erronées (Bolchévisme, Stalinisme, Soviétisme, Capitalisme d'accumulation, Ultra-libéralisme économique...), ou la volonté de maintenir les populations dans l'ignorance (totalitarismes), etc.

Si globalement, l'ouvrage reste pertinent à notre époque, certaines parties et conceptions sont datées et désormais totalement hors de propos, voire dangereuses pour nos démocraties. La pensée de Thomas Hobbes a très certainement largement influencé la politique étatique anglo-saxonne, et par ricochet (grâce ou à cause de Rousseau et de certains autres révolutionnaires), la politique française. Les conceptions napoléoniennes de l'Etat ne sont pas sans rappeler, dans une certaine mesure, ce que présente Hobbes, de même que certains aspects de la IIIe République.
Pourtant, 350 ans plus tard, force est de constater que l'héritage de Hobbes (et de Locke, de Rousseau, de Montesquieu...) n'est pas aussi important ni prégnant qu'on pourrait le penser, au vu du mythe que peut représenter cet ouvrage.
D'abord, sa lecture est longue et rébarbative (911 pages sur l'édition Folio Essais, auxquelles s'ajoutent encore une introduction de 50 pages, et une petite trentaine de pages d'annexes historiques, bibliographiques et biographiques), et fait appel à des notions qui ne sont guère plus usitées aujourd'hui (exit le Droit Naturel, que l'on a remplacé par les Libertés Fondamentales, par exemple).
Ensuite, et surtout, Hobbes est un précurseur, dans la lignée de Grotius (et Jean Bodin, en ce qui concerne la France), c'est à dire que sa pensée a été mise à l'épreuve et corrigée par d'autres philosophes après lui. A ce titre, et pour rester dans le thème juridique, cet ouvrage a autant de pertinence pour l'étude des sciences politiques que l'étude du Code Justinien pour l'étude du Droit Civil: on peut totalement s'en passer. Elle reste intéressante (et pertinente) dans le cadre d'une perspective historique de la discipline, mais ne saurait en aucun cas dispenser de l'étude des ouvrages contemporains, beaucoup plus en phase avec notre époque que ne peut l'être Thomas Hobbes, même si la problématique de l'articulation Droits Individuels / Sécurité reste très présente au coeur de nos démocraties occidentales et n'est toujours pas résolue...
Leviathan fait donc partie de ces classiques que tout le monde fait semblant d'avoir lu, dont tout le monde prétend que sa lecture est "indispensable", mais dont la "magie" ne résiste pas à l'étude ni à la critique.
Et s'il était utile de le préciser, Leviathan n'a aucun intérêt si l'on ne prend pas la peine de lire auparavant le de Cive (Du Citoyen) du même auteur, et si l'on n'étudie pas de façon universitaire les sciences politiques.
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candlemas
  23 juillet 2017
Le Léviathan, ou Traité de la matière, de la forme et du pouvoir d'une république ecclésiastique et civile, reste d'une belle actualité en ce début de XXIème siècle, puisqu'il fonde traditionnellement le principe de contrainte légitime et donne son assise à l'Etat moderne.
Refuge laïc à réhabiliter, à l'heure où cet Etat semble en crise, face aux montées de la peur de l'autre et du repli identitaire, et face à un marché libéral capitaliste qui ne semble guère avoir beaucoup à envier à l'état initial de guerre de tous contre tous décrit par Hobbes ?
Monstre à combattre au contraire, si l'on songe comme Tocqueville aux dangers totalitaires que l'aliénation des libertés au profit d'un pouvoir promettant plus de sécurité fait courir aux hommes ?
Dans le Léviathan, un siècle avant la réflexion, plus optimiste, de JJ Rousseau sur le contrat social, Hobbes rompt radicalement avec Aristote : non, l'homme n'est pas, pour lui, un animal social : les hommes s'assemblent par crainte et par intérêt personnel.
Il développe ce faisant une approche anthropologique, réaliste et très moderne, face aux penseurs grecs ou chrétiens, comme base à sa réflexion politique. Décrivant l'homme comme un être doté du langage, il voit dans cette capacité l'origine de la capacité de conceptualisation des hommes, et aussi de la concurrence entre les hommes, poussés par leurs désirs. Il est proche à ce titre de Machiavel et Grotius. La justice, dans cette tradition, qui perdurera dans les siècles suivants comme alternative à la théorie du droit naturel, est une construction politique,
il rompt aussi avec la conception d'un pouvoir de droit divin, et pose le principe de souveraineté moderne : considérant l'état naturel initial des hommes comme un état de guerre de tous contre tous, il en conclut que ceux-ci, usant de leur liberté, mais conscients que cet état les place dans une insécurité permanente, décident de limiter volontairement celle-ci, de la placer entre les mains d'un tiers : le Léviathan.
Le Léviathan, possédant le privilège de la contrainte légitime, vient alors garantir le contrat entre les hommes, la sécurité de leur personne et de leurs biens. Ce principe sera l'un des fondements, dans nos "démocraties" modernes, du développement de l'Etat, en tant que personne morale transcendant les individus, de l'administration et de son droit exorbitant du droit commun. Ce monstre chimérique qu'est le Léviathan symbolise ainsi un pouvoir unique et tutélaire, compatible avec une monarchie autoritaire, mais il n'empêche que le contrat posé par Hobbes fonde, ab initio, l'Etat de droit sur la souveraineté du peuple.
Même si l'ouvrage de Hobbes, datant de 1651, est loin de prôner une démocratie égalitaire et participative, et même si Locke développe à la même époque une critique plus libérale, il est probable que Hobbes contribua et annonça le Bill of Rights britannique de 1689, et donc la première "constitution" moderne garantissant les libertés individuelles, et servit en tous cas de modèles aux critiques de la monarchie absolue et de l'arbitraire dans le siècle qui suivit.
Un ouvrage de philosophie politique incontournable. Même sans l'avoir lu in extenso, comme ce fut mon cas, il me semble qu'il continue de stimuler vigoureusement la réflexion citoyenne.
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Enroute
  20 février 2018
Ecrit pendant la guerre civile en France, où deux étrangers, Anne d'Autriche et Mazarin, tentent de maintenir la monarchie, et en Angleterre, où elle a été abolie, Hobbes, qui a rencontré à Paris les plus grands savants, comme Mersenne, Gassendi et Descartes, publie, trois ans après la signature du Traité de Westphalie, qui met fin à une guerre qui a impliqué tous les états européens ou presque, le Léviathan. Il y décrit la forme de l'Etat chrétien et civil capable de répondre, non aux besoins d'une population spécifiquement, mais à l'anarchie de l'état de nature du genre humain, ni plus ni moins. Magré cet environnement très international et théorique, on ne lit pas un paragraphe sur le soucis que l'organisation politique proposée garantisse la paix pour autrui que les sujets de sa Majesté. L'universalité de la pensée en prend un coup. Et on ne saura donc pas comment comment le citoyen qui, pour être protégé de l'anarchie de l'état de guerre au sein de l'Etat civil, a délibérément choisi un souverain, verra sa sécurité garantie puisque rien n'empêche les volontés de l'Etat voisin et de son souverain de faire la guerre au sien. Bref, la pensée de Hobbes est réduite à l'île britannique et son texte ne résout rien.
Le texte débute par ailleurs sur trois images : celle du crocodile de la Bible, celle de ce prince brandissant un glaive et composé d'une myriades de petits bonhommes sur la couverture et celle de l'introduction qui propose que l'Etat, oeuvre humaine, est l'imitation de la nature, oeuvre divine. La réflexion repose donc sur des images ; tandis qu'il est écrit dans les pages qui suivent que les métaphores "étant à l'évidence destinées à tromper, ce serait manifestement de la sottise que d'y recourir pour donner des conseils ou pour raisonner".
Enfin, Hobbes, qui indique se méfier des livres à plusieurs reprises dans le texte, précise sa critique dans les toutes dernières pages : cela ne vaut rien que "ce qui est acquis par raisonnement à partir de l'autorité d'un livre". On ne saurait paraphraser en comprenant le véritable sens du texte (il ne faut pas répéter ce qu'on lit et chacun doit se faire sa propre réflexion) car les fondements de la philosophie de Hobbes - tel qu'il l'écrit en début d'ouvrage -, est la précision des définitions, puisque toute vérité n'est que convention et que les mots ne sont que des choses. Pris à la lettre, Hobbes refuse donc que l'on raisonne sur son livre.
Une réflexion biaisée sous couvert d'universalité, une tentative d'influencer le lecteur par des images impressionnantes, des discours qui n'ont pas la précision que l'auteur reproche aux autres de ne pas avoir : voilà trois bonnes raisons pour ceux qui veulent s'épargner la lecture du texte de ne pas tourner la couverture.
Mais pourquoi ce texte alors ? Sans doute pour faire peur (Léviathan, image, ton corrosif...) ; faire peur aux Anglais, aider le rétablissement de la monarchie, favoriser les aristocrates ; car le protecteur de Hobbes - les temps sont durs - vient d'être décapité ; honorer un prochain prince éclairé (les voeux sont explicitement formulés) qui "honorerait" Hobbes, c'est-à-dire le paierait bien... il y a des places à prendre sans doute... ce qui justifierait un texte obséquieux au détriment de la réflexion... Le texte répondrait à des besoins personnels (on ne lui en voudrait pas), mais n'afficherait pas de perspectives absolues. Ceci étant cohérent avec le propos général d'une vérité conventionnelle décidée par un seul (éventuellement sur les bases d'une majorité prévisible), d'une organisation sociale fondée sur l'influence (l'honneur) - si le texte de Hobbes est accepté, il deviendra vrai.
Comment expliquer sinon que l'anarchie règne dans l'état de nature, que l'homme y soit comme les bêtes brutes, incontinent et incapable de raison ? La réflexion pour lui est le calcul, la mise bout à bout d'images et de mots afin d'améliorer son seul intérêt personnel, pour la puissance, la richesse et l'honneur. Incapable de morale, d'authenticité (le mot n'existe pas dans le Léviathan), tout est permis dans l'état de nature (le mot esclave s'y trouve en revanche) ; fraternité, humilité, bonté, voire pitié, cela n'existe pas. Les hommes sont incapables de se gouverner tout seul et c'est pour cela qu'ils contractent entre eux l'abandon de leur gouvernement d'eux-mêmes au profit d'un tiers (le souverain) qui, lui, ne doit rien à personne et, pour des raisons inconnues, sait se gouverner (peut-être n'est-il pas homme ?). Les modalités de l'"élection" ne sont pas indiquées bien entendu. Une fois la nomination volontairement et délibérément actée, le souverain est indéboulonnable et aurait bien tort (on le comprend) de changer son gouvernement. Les sujets, eux, sont libres, puisqu'ils ont choisi leur dominateur. de toute façon la liberté, chez Hobbes, consiste en mouvements causés par la mécanique des corps. Nécessité et liberté s'accordent bien puisqu'ils sont synonymes.
Le souverain règne donc par la peur car les hommes ne respectent rien s'ils n'ont pas peur. Les paroles et les promesses ? du vent. On n'agit que sous la menace du glaive du souverain, qui le brandit pour faire la guerre. Où l'on se demande qui fera peur au souverain pour occasionner ses actions. Ce monde a besoin d'un Dieu quoique Hobbes en dise, d'un être au-dessus des autres, inatteignable et non criticable. Outre la peur, c'est donc la force qui oeuvre. Les sujets doivent obéir et le souverain décide de toutes choses en son royaume pour le bien public : les lois, la vérité, la propriété, les croyances. La religion est utile car elle fait peur (la mort, l'enfer - qui est d'ailleurs quelque part là-haut dans le ciel, très haut). Tout n'est que convention, puisque c'est le souverain qui décide et que les sujets n'ont aucune capacité d'analyse, de compréhension. La majorité décide. Sans souverain, on aurait tort de signer des contrats : c'est se jeter dans la gueule du loup. Seul une autorité suprême garantit l'exécution des contrats (que valent alors les traités internationaux ?). Les sujets doivent opiner, mais peuvent, s'ils le veulent, penser (tout est relatif) différemment. Sacrée hypocrisie que le Léviathan. Idem pour la religion : elle doit être civile donc sous l'autorité du souverain, mais personne ne vous demande de croire, il suffit de dire que vous croyez. De toute façon, l'infini n'existant pas, vous n'êtes pas capable de croire en Dieu et si vous le dites, vous vous trompez, non pas que vous ayez tort de croire en Dieu mais parce que vous prétendez y croire alors que vous ne le pouvez tout simplement pas. Libre à vous, mais gardez-le pour vous. Le but est l'ordre social.
L'autre principe, c'est d'honorer, c'est-à-dire faire des petits cadeaux (corrompre ? influencer ?) ou plus grands, selon la protection que l'on souhaite s'acquérir, comme dans le système féodal en somme, du clientélisme. Hobbes, qui reprend par ailleurs les théories linguistiques nominalistes du Moyen-Âge, fait décidément preuve d'une grande modernité. La valeur de l'humain, c'est la somme qu'autrui est prêt à dépenser pour vos services. Le libre-échange s'adapte très bien au vivant. Un bel "état" en quelque sorte, on a hâte d'y être. Ce qui manque, peut-être dans ce monde, c'est quelque chose qui serait "connaissance", "raison" (la raison de Hobbes n'est que du calcul sur des images et du réel pour son bien personnel), un peu de distance, cette idée que, si, quoi qu'il en dise, il est possible de penser au-delà de soi, de concevoir des modèles abstraits et de leur trouver un intérêt, que l'égocentrisme exacerbé n'est pas nécessairement la règle absolue, que des "choses" peuvent être partagées sans engager de séparation de soi. Mais Hobbes refuse l'existence des idées, tout n'est que matière, mes idées sont donc "ma matière" et ne peuvent être partagées (sauf si je donne un morceau de mon cerveau, si Hobbes m'en accorde un).
Donc pour résumer tout cela est fondamentalement royaliste, aristocratique, inégalitariste, matérialiste, très daté, ne répondant qu' à une situation de crise politique précise, suppure de ce fait les paradoxes et est tordu au possible, Hobbes devant bien se compter parmi les être humains tout de même, ces êtres incapables de penser et de raisonner, qui seront donc soumis à la possibilité de la privation de toute propriété si le souverain le décide. Mais Hobbes cherche du travail et si un puissant est séduit par ces éloges à sa toute-puissance, peut-être l'embauchera-t-il. On comprend que cela vaille mieux que l'exil ou la décapitation. Mais pour nous, qui n'avons pas de travail à offrir, le texte nous ennuie. Un roman noir peut-être, sans intrigue et avec des longueurs. En tous les cas, un texte très laid. On note encore des analogies entre l'image du souverains plein de bonshommes et le nominalisme de Hobbes : n'y voit-on pas le lien entre les termes généraux et les singuliers ? Où la théorie du langage, passant par le matérialisme, mène à la théorie politique ?
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mesnil
  07 juin 2015
Le premier roman de Sachs, " le Nouveau Colosse", retrace toutes les contradictions de la société américaine. Pour lui l'Amérique a perdu le Nord. Il l'a écrit en prison, étant objecteur de conscience et ayant refusé de participer à la guerre du Vietnam. Il y a là des références à H.D.David Thoreau, philosophe et poète américain du XIXème siècle qui prônait une vie simple menée loin de la société, dans les bois (La Désobéissance civile (1849)) est considéré comme l'origine du concept contemporain de non-violence.
Finalement ce roman nous montre une Amérique déboussolée qui a rejeté ses valeurs fondatrices, qui a perdu son idéal, Auster parlant d'« hypocrisie totale » d'une société ayant finalement pour fondement le racisme et l'esclavage.
Le Narrateur nous apprend que c'était le titre qu'avait choisi Benjamin pour le nouveau roman qu'il n'a jamais pu écrire, et ce sera finalement le titre du texte rédigé par Peter pour le FBI.

Le Léviathan est un monstre marin évoqué dans la Bible, mais c'est surtout le titre d'une oeuvre de Thomas Hobbes qui présente l'Etat pourtant absolu et despotique, comme seul « garant d'une vraie société civile ». Nietzche appelait aussi l'État « un monstre froid ».
Cette histoire, c'est l'opposition, le combat de Sachs contre un État qu'il juge totalitaire, mais Léviathan, c'est surtout cette grande bouche qui engloutit l'écrivain et le transforme en terroriste martyr, tombant finalement dans le chaos.
Ce roman est un mélange de genres, une enquête policière, une biographie au gré des pensées du narrateur. L'écriture est simple mais efficace, le rythme soutenu.
Plaisir dans l'étude sociologique, élégance dans l'écriture, un bon livre une belle réussite.
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Cularo
  10 mai 2013
C'est un livre incontournable car il donne le premier contrat social qui inspirera Rousseau,sur lequel les sociétés modernes vont se fonder.Il met en lumière la pensée de Hobbes qui affirme que l'homme doit sortir de l'état primitif et fonder un état artificiel sur les bases de la raison.
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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
ThyuigThyuig   25 avril 2012
Et il en est des humains comme des autres choses, ce n'est pas le vendeur mais l'acheteur qui fixe le prix. En effet, un humain (comme le font la plupart d'entre eux) est libre de s'attribuer la valeur la plus élevée qu'il peut, il reste que sa véritable valeur ne se situe pas plus haut que celle à laquelle les autres l'estiment.
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AnaisFrxAnaisFrx   10 octobre 2011
« Une convention où je m’engage à ne pas me défendre de la violence par la violence est toujours nulle. (…) En effet, encore qu’un homme puisse stipuler dans une convention : Si je ne fais pas ceci ou cela, tue-moi, il ne saurait stipuler : si je ne fais pas cela je ne résisterai pas quand tu viendras me tuer. Car l’homme choisit naturellement le moindre des deux maux, c’est-à-dire le risque de mourir au cas où il résisterait, de préférence au plus grand, qui est la mort certaine et immédiate s’il ne résistait pas. La vérité de tout cela est concédée par tous les hommes, en ce qu’ils font mener les criminels au supplice ou à la prison par des hommes armés, nonobstant le fait que ces criminels aient accepté la loi qui les condamne. »
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CularoCularo   17 mai 2013
De sorte que c'est dans la définition correcte des dénominations que repose le premier usage de la parole,qui est l'acquisition de la science,et c'est sur les définitions inexactes,ou sur l'absence de définitions que repose le premier abus,dont procèdent toutes les opinions fausses et insensées qui font que ces hommes qui reçoivent leur instruction de l'autorité des livres,et non de leur propre méditation,se trouvent autant au-dessous de la condition des hommes ignorants,que les hommes qui possèdent la vraie science se trouvent au-dessus.[CH 4 De la parole]
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ThyuigThyuig   25 avril 2012
(...)l'objet du désir d'un humain n'est pas de jouir une fois seulement, et pendant un instant, mais de ménager pour toujours la voie de son désir futur. Et donc, les actions volontaires et les penchants de tous les humains ne visent pas seulement à procurer une vie heureuse, mais encore à la garantir ; et ils différent seulement dans la voie qu'ils suivent.
Léviathan. 11. Des moeurs.
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Pirouette0001Pirouette0001   18 août 2018
Et il en est des humains comme des autres choses, ce n'est pas le vendeur mais l'acheteur qui fixe le prix. En effet, un humain (comme le font la plupart d'entre eux) est libre de s'attribuer la valeur la plus élevée qu'il peut, il reste que sa véritable valeur ne se situe pas plus haut que celle à laquelle les autres l'estiment.
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>Sciences sociales>Science politique>Science politique (politique et gouvernement) (698)
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