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ISBN : 2213638454
Éditeur : Fayard (07/01/2009)

Note moyenne : 3.59/5 (sur 16 notes)
Résumé :
Si ce roman se passe au début du XXème siècle, dans le sud des Etats-Unis, époque et territoire qui me sont étrangers, c’est parce que cette histoire de coureur de dot ne pouvait avoir lieu que là, sur ces terres puritaines hantées par l’idée du péché. Mon personnage est un aventurier de l’amour, et l’Amérique convient à son sens de l’aventure.
Né d’une fille-mère, le jeune Marie est contraint de découvrir que l’amour peut nourrir son homme. L’amour et l’arge... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
lethee
  10 janvier 2009
Marie est un jeune garçon qui vit seul avec sa mère. Celle-ci cherche l'amour à tout prix, la sécurité, le double dans lequel elle pourra se réfugier avec ses décisions, qu'elle pourra par là même se dispenser d'émettre. Ce « petit gars » (il s'appelle Marie Shortfellow) suit sa mère au fil de ses pérégrinations amoureuses, d'un homme à l'autre, déménageant au gré des déceptions de celle-ci. Tels deux oiseaux, ils volent de ville en ville jusqu'au jour où ils rencontrent le révérend Splutter et ses deux enfants. Au lieu d'être un foyer secourable à cette petite famille errante, les trois Splutter seront précisément ce « crépitement », qui marquera le début du combat et la fin de cette camaraderie fusionnelle entre Lula, la mère, et son fils Marie. Crime de l'âme et crime du corps se joueront en duo, autour de Heather (1), qui telle la vénus Erycine, régit les passions amoureuses : mais des deux crimes c'est le premier qu'on punira au nom du second. Quelle ironie quand le héros avoue volontiers ceci « incapable de simuler j'apprenais l'hypocrisie » : incapable de faire semblant par le corps, on ment avec des mots.
De la trahison maternelle débute alors une quête intense, avec le « refrain des rencontres », et son lot de portes à franchir, comme autant d'étapes décisives dessinant un chemin nécessaire : abandon, pauvreté, opulence, oisiveté, passion… et reddition. Ainsi Marie rencontre son épouse May (2), joli mois de mai de sa vie durant lequel, dit-on, il ne faut pas se marier, sous peine d'épouser une femme stérile. Rencontre stérile donc, qui sort pourtant le narrateur de son marais. L'opulence n'est pas une chose « naturelle » dit-il, mais une chose à laquelle on s'habitue pourtant. L'argent est pour Marie à la fois le manque, la peur, le méprisable, ce qui rassure quand il est gagné, déculpabilise lorsqu'il est volé… Démuni on se drogue de la faim, gavé de fric on se drogue de le perdre, comme pour se pousser sur le fil dangereux du risque permanent : une arête au dessus d'un précipice proposant à la fois les nuages et le néant, l'humain et l'animal. C'est l'ivresse du jeu, qui soigne à la fois de l'amour et de la faim.
Vient cette Aphrodite (April(3)), déesse du plaisir et de la débauche, qui n'hésite pas à prostituer ceux qui refusent de l'honorer. Avec elle une période très sexuée, et affamée aussi, alternance dans laquelle l'un semble combler l'autre. Momentanément du moins car…à mesure que l'appétit grandit, on reconnaît l'enfant chez l'autre, ou bien.. l'aime-t-on parce qu'on se reconnaît enfant chez lui ? C'est peut-être l'être aimé à qui l'on finit par dire Tu as faim donc je t'aime. Mais j'ai faim, donc je te déteste. La faim donne des idées lubriques, mais la nudité donne faim… combat incessant durant lequel rien n'est jamais comblé, le manque toujours présent, qui fait poursuivre encore et encore la quête d'un assouvissement inaccessible. N'existe-t-il donc rien au monde qui puisse apaiser tout à la fois ? Seule la soif est inhumaine contrairement à la faim, qu'il tente de fuir alors qu'elle fait partie de lui. Lorsqu'il voit la faim d'April, il reconnaît la sienne. Marie a trouvé sa « soeur affamée », mais une soeur ne suffit pas.
Il faut aller au coeur, à l'essentiel, se séparer du superflu, lâcher du leste pour avancer et retrouver le goût du fauve et du jasmin, le rouge sang, et toutes ces autres couleurs qui méritent bien qu'on se batte : ce sera June (4). La nature bat son plein à présent, et il sera bientôt l'heure de recommencer, retourner. June, telle une Junon déesse du mariage, de la fécondité, à la fois soeur et épouse de Jupiter, procurera malgré elle les clés du manque perdu. Elle fera ce double don que l'on peut à la fois abandonner et posséder, la trahison et la conscience.
Pour Marie, les coups portés sonnent toujours « creux », comme un écho au vide qui l'habite, à celui qui l'entoure, et aucun de ces deux vides ne peut être comblé tant que Marie n'a pas retrouvé l'objet de sa quête. Alors précisément, on se dit que ce qu'il cherche, à travers toutes ces femmes représentant toutes un désir, toutes ces femmes ne sont peut-être que des passages, des rites, des étapes d'un parcours initiatique. Et cette tentation de toujours rester, dans le désir, ou sur le fil, n'est peut-être que le reflet d'un désir plus profond encore : celui de se retrouver dans les limbes, à l'heure du jugement dernier, dans cet endroit fécond où tout se décide, mais où tout a une fin. C'est l'envie de retourner dans les « limbes » de la mère, dans l'utérus, sans plus en ressortir. Et la mère de dire « Puisque tu es dedans, il faut bien que tu sortes ».
Lula n'aura finalement chassé que pour mieux posséder, car à éloigner trop tôt on crée le manque, on empêche le sevrage. Marie lui appartient d'autant plus qu'il devient Lula par le manque de Lula. Rejeté, il ne sait plus crier que « j'ai faim », nourris-moi, nourris-moi de toi. Nul tableau, nulle comptabilité, trop carrés, nulle prison, nul vagin ne peuvent remplacer le doux cocon nourricier de l'utérus. Et toute cette quête n'est rien d'autre qu'un long retour en arrière, une ode au « reviens » crié par la mère.
Voilà donc un bien bel ouvrage, hautement littéraire. Et pour qui apprécie le jeu des symboles et l'art de la fable pour adultes, cette lecture de Combat de l'amour et de la faim sera la découverte d'un joyau, à placer au premier plan de la bibliothèque.
Stéphanie Hochet crée ici de toute pièce un personnage qui ne sait vivre que pour et par la mère, et ne peut donc mener d'autre quête que celle du retournement de soi : la quête de l'éternelle dévoration du vide.
© Léthée Hurtebise – Après une lecture compulsive – le jeudi 11 décembre 2008

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Heather = bruyère. Symbole de la vénus Erycine, régissant les passions amoureuses.
May = mai. Les romains nommèrent ce mois en l'honneur de la déesse Maïa, déesse de la croissance, personnalisation féminine du principe créateur. le mois de mai est aussi le mois de Marie. C'est aussi le mois où une superstition préconise de ne pas se marier, au risque d'infertilité.
April = avril. Les romains nommèrent ce mois en l'honneur de la déesse Aphrodite.
June = Juin. Les romains nommèrent ce mois en l'honneur de la déesse Junon.
Illustration : L'énigme du désir : ma mère, ma mère, ma mère, par Salvador Dali
Lien : http://lethee.over-blog.com
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markko31
  22 décembre 2014
Premier contact avec l'univers de Stéphanie Hochet, suite au portrait qu'Amélie Nothomb avait dressé de l'auteur dans Pétronille. Et, après la lecture de ce roman, je me demande bien pourquoi on parle si peu de la demoiselle Hochet.
Marie Shortfellow est un garçon bringuebalé de meublés en hôtels minables par sa mère (une fille-mère dans le Sud des Etats-Unis en 1900-1910, position peu enviable s'il en est). Après des années de débrouille (ils connaissent sans cesse la faim, le manque d'argent, les espoirs sentimentaux déçus), Lula, la mère, réussit à trouver le bon parti pour les mettre en sécurité. Malheureusement, Marie sera accusé à tort d'un crime terrible et chassé de ce foyer pervers et moisi de religiosité. Commenceront alors des années d'errance et de fuite au gré des forfaits de cet abuseur sentimental.
Intrigue bien tenue et romanesque, personnages tournés avec précision bien que n'habitant parfois que quelques pages du roman, prose consistante, étoffée, parfois poétique. Les qualités de ce roman ne manquent pas. J'ai fait (sans doute à tort, mais sans pouvoir l'empêcher) tout au long de la lecture la comparaison avec Amélie Nothomb et, si la fantaisie est absente, la maîtrise d'un sujet retors voire tordu est plus complète et, Dieu merci, la fin n'est pas bâclée (cf la moitié de l'oeuvre de Nothomb).
Mais le coeur de ce roman oedipien, le vrai sujet, est entièrement contenu dans le titre. Marie court après la mère perdue et toute sa vie est conditionnée par la tentative de réconciliation (impossible) des besoins primaires que sont la Faim et l'Amour. Ce titre et ce "héros", sont marqués par la nostalgie des origines, ces deux besoins ne pouvant être satisfaits qu'à travers la figure maternelle.
Dernier détail, mais qui a son importance : ne craignez aucun misérabilisme, aucun apitoiement. Ce livre est alerte et cinglant.
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myloubook
  05 juin 2009
Raconté à la première personne, ce récit s'attache au parcours de Marie, héros dont on ne sait rien si ce n'est que sa tête est mise à prix. Vol ? Meurtre ? Viol ? Certes non, mais son crime n'est pas moins répréhensible en ce début de XXe siècle aux Etats-Unis, dans un Vieux Sud pour le moins traditionaliste. Recherché pour avoir souillé l'honneur d'une femme, Marie s'interroge. D'April, de May ou de June, qui a choisi de le dénoncer ?
Difficile de résumer ce livre aux thématiques variées. Ce qui m'a frappée d'emblée, c'est la remarquable maîtrise dans la construction du récit. Des nombreuses péripéties ressort un texte dépouillé, sobre qui, à défaut d'être tout à fait linéaire, va droit au but. Et que dire de ces protagonistes variés qui marquent à la lecture, charismatiques malgré une intervention en général assez courte au sein du roman ?
On ne peut que constater la formidable noirceur de ces personnages, dont on ne s'aperçoit peut-être pas immédiatement tant la poésie des premières scènes détourne l'attention. Enfant, frère et soeur, mère, amant ou maîtresse, employeur, comparse du moment : la trahison est omniprésente, sans doute guidée par un formidable instinct de survie, égoïsme imprévisible qui rattrape fatalement chacun au cours de cette histoire. Marie a d'ailleurs perdu ses illusions depuis longtemps ; abandonné par une mère trop heureuse de s'être mariée pour contrarier son pasteur d'époux, le narrateur a été chassé de leur nouvelle maison pour avoir violé sa demi-soeur. En réalité abusée par son propre frère, cette alliée des débuts s'est aussi détournée de lui.
Outre l'aspect psychologique très bien développé et la narration qui ne s'essouffle pas un instant, le cadre est particulièrement soigné. Dans ce monde dur, impitoyable, il est sans doute plus facile de comprendre les motivations du héros et de son entourage mais plus encore, l'environnement ajoute à l'histoire personnelle une dimension historique et socio-culturelle passionnante. Soyons clairs : le sujet principal de ce roman n'est pas le Vieux Sud. Pourtant, quelques années après la Sécession, cet endroit reste fascinant et, sans alourdir le récit, Stéphanie Hochet a su y glisser d' habiles allusions au contexte dans lequel Marie évolue. On retrouve une région splendide, sauvage mais dure, peu transformée par la Guerre de Sécession, fondamentalement raciste, sexiste, noyée sous les dogmes religieux et des codes moraux souvent discutables.
Un livre subtil, amis lecteurs, à ne certainement pas bouder !

Lien : http://www.myloubook.com/arc..
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chadik
  19 juillet 2018
Comme beaucoup, j'ai lu ce roman pour connaitre l'autrice dont parlait Amélie Nothomb dans Pétronille.
J'ai découvert un récit très structuré, et une intrigue maîtrisée. Avec une plume qui n'est pas sans rappeler son illustre consoeur, l'autrice nous raconte dans ce court roman la quête et les pérégrinations d'un jeune homme tiraillé par une faim insatiable.
Ce roman oedipien m'a parfois fait penser aux promesses de l'aube, l'autrice s'interroge sur l'éternelle recherche qu'entreprend l'Homme pour retrouver la figure maternelle qui comblera sa faim et ses besoins d'amour.
Le décors des Etats Unis en temps de grande crise ajoute une dose d'exotisme à ce récit.
Ce récit est digne d'un Nothomb, et j'ajouterai même, d'un "bon" Nothomb, quel dommage que l'autrice ne soit pas plus connue.
Un court roman, intelligent et subtile qui plaira aux adeptes d'Amelie.
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yv1
  23 mars 2012
Roman très structuré. Stépahnie Hochet maîtrise ses personnages, Marie en particulier. On progresse de l'enfance à l'âge adulte par bonds dans le temps.
Belle écriture permettant de suivre et comprendre les pensées, le cheminement et les complexités de Marie. Dans ce livre -écrit par une femme- celles-ci n'ont que des rôles secondaires, mais tellement importants, puisque toute la vie du héros tourne et se construit autour d'elles. Elles sont puritaines, prostituées, modernes, chacune lui apportant de quoi se détruire et de quoi se construire.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
markko31markko31   19 décembre 2014
J'aurais des enfants avec June, on ne peut pas vieillir sans enfant. Je l'enroberais de tendresse quand elle serait enceinte et j'étoufferais en moi-même l'angoisse et la frustration de l'homme qui n'accepte pas d'être tenu à distance de la réalité organique, de ne pas prendre part aux souffrances de la maternité, de n'y rien comprendre.[...] Les enfants, c'est un petit capital vivant. Tout le monde capitalise.
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markko31markko31   19 décembre 2014
Maintenant, chaque fois que je me regarde dans le miroir, je constate que la jeunesse a quitté mon visage. Je n'en éprouve ni tristesse ni aigreur. Il me semble que quelque chose s'assèche en moi; peut-être pour le meilleur.
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