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ISBN : 2743639318
Éditeur : Payot et Rivages (15/03/2017)

Note moyenne : 4.75/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Une romancière est invitée à un festival littéraire dans le sud de la France. Elle parcourt l'arrière-pays de Cahors et présente ses livres dans des campings. Après un séjour étrange dans une maison isolée en pleine campagne, elle finit par rencontrer un personnage important de la région : le maire de la ville de Marnas, Vincent Charnot. Plus qu'un maire, Charnot est une sorte de gourou, un illuminé qui voudrait marquer son époque avec des projets culturels transgre... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (3) Ajouter une critique
ninachevalier
28 avril 2017
Stéphanie Hochet L'animal et son biographe Rivages février 2017
( 191 pages 18€)
Les organisateurs de rencontres littéraires ne manquent pas d'imagination. L'été, ce sont les nocturnes littéraires, festivals, écrivains en bord de mer, lectures sous l'arbre.
La narratrice, double de Stéphanie Hochet, est conviée à l'animation culturelle de campings : «  littérature en tongs » dans le Lot.
Rencontrer un public, c'est toujours une inconnue. Ne redoute-t-elle pas d' « être une curiosité » ?Encore plus quand il s'agit de vacanciers. Parfois c'est l 'hébergement qui est inattendu.
le séjour de la narratrice s'avère ponctué de surprises sur ces deux plans.
Elle constate que la salle devant la recevoir pour sa première conférence n'a pas été préparée, et se retrouve laissée en plan par le bibliothécaire.Occasion pour l'écrivaine de deviser sur ce type de vacances en camping 4 étoiles.Nouvelle source d'angoisse : le public clairsemé.
On se souvient des «  lectrices procureures » avec lesquelles L'écrivain national de Serge Joncour doit composer.L'auteure, elle aussi ,a droit à se faire épingler par une lectrice agressive, virulente, se réclamant de Dolto.
Les échanges avec le bibliothécaire, puis avec le libraire mettent en lumière la façon dont leur catalogue est contrôlé, ne cachant pas d' éventuelles censures ou pressions pour ne pas mettre tel ouvrage sur un étal. Et de découvrir qu'elle-même a été boycottée dépasse son entendement et la laisse perplexe, révoltée.
Au terme du deuxième soir, l'auteure/autrice se retrouve hébergée chez un étrange couple, dans une maison isolée, «  dans une campagne tordue ». Si le paysage extérieur l'aimante, ses découvertes dans une des pièces l'intriguent. Même si elle ne souffre pas de nomophobie, une peur insidieuse s'installe qui va aller crescendo, quand elle réalise qu'elle ne peut joindre personne, qu'elle ne pourra pas assurer la suite de son contrat. Mais comment se fait-il que l'on ne s'inquiète pas de son absence ? Sa tentative de rallier Cahors à vélo est un fiasco.
Très vite la figure du maire de Marnas devient omniprésente. L'écrivain national nous a familiarisé avec les coulisses du métier d'écrivain, dont les discours du maire à subir. Ici Vincent Charnot, dynamique, impliqué,dévoile ses multiples facettes.
Il devient l'homme providentiel quand la narratrice est en perdition en pleine campagne.
Toutefois, l' épisode des mensurations intrigue. le maire voudrait-il lui offrir un T.shirt avec en effigie le totem du bourg : « la bête sublime devenue spirituelle » ?
On peut s'interroger sur son rapport à la lecture, puisqu'il n' achète que les livres primés, « recouverts du prestigieux bandeau rouge », pour les cadeaux de Noël.

Stéphanie Hochet analyse avec maestria son art de la manipulation, de la séduction, son charisme, son appétence pour le pouvoir, son besoin de briller, d 'avoir un projet culturel inédit, innovant, mirobolant, mais machiavélique pour celle qui va être prise à son piège. Ainsi, il pourra se targuer d'avoir réintroduit l'aurochs.
Il rappelle étrangement un autre politique quand la narratrice souligne son souci de l'apparence, d'où l'achat de «  costumes bien coupés, hors de prix » !
A son actif, Charnot a offert à sa ville cet exceptionnel Musée des Espèces, d'une richesse rare, inspiré par le Musée de la Chasse de Paris. Fier de ce patrimoine, il le fait visiter à ses convives, une nuit, après un repas bien arrosé. L'accès par des ruelles sombres, décor idéal pour Simenon, fait craindre les mauvaises rencontres, mais l'auteure «  rassurée d'être entourée, se sent « en confiance ».
Toutefois, mieux vaut ne pas être claustrophobe, certaines salles n'ayant qu' un éclairage tamisé.Le malaise s'empare de la narratrice qui cherche à s'échapper en vain, après avoir été choquée par ce qu'elle a vu. Grosse frayeur et scène hallucinante quand elle se retrouve questionnée par une voix anonyme, au milieu d' « hommes plastinés ». Depuis,on la sent sur le qui vive, redoutant de subir le même sort qu'eux.
Mais quelle est cette idée audacieuse,gardée sous le manteau, à laquelle tous les administrés adhérent déjà ? Va-t-elle faire une émule de plus, à savoir l'auteure en résidence ? le lecteur a une longueur d'avance, car, lui,il sait ce que Charnot attend de son écrivaine pour immortaliser l'aurochs que des éleveurs réintroduisent  !
Stéphanie Hochet décline une magnifique apologie de l'aurochs, ce «  dieu-animal » vénéré par nos ancêtres et relève avec panache et lyrisme le défi littéraire imposé.
Celle-ci n'oppose plus de résistance quand il la convie à la partie de chasse, ayant toujours en mémoire la possibilité d'une «  punition » au cas où elle se défilerait.
Elle décrypte avec lucidité son manque de répartie : « Parfois l'écriture vous déconnecte de la réalité ». Elle montre comment on peut être vampirisé, hanté nuit et jour par un tel exaltant sujet. L'écriture , comme un combat terre à terre.
Voilà notre héroïne, Diane chasseresse, prédatrice, comme soumise aux désirs de ce «  duce », qui prend goût à leurs sorties dominicales. Elle s'étonne d'être mue par un « plaisir suspect », une allégresse, « une excitation inconnue » , loin de « l'empathie douloureuse des premières fois ».
Stéphanie Hochet, à travers la narratrice met en exergue la part animale, cette «  licence de sauvagerie » qui dort en chacun de nous.
Son «  background d'angliciste » se retrouve dans sa référence à Lady Macbeth, quand elle se rend compte que ses mains sont souillées par le sang de l'animal.
On le retrouve avec les références au Loch Ness.
En filigrane, l'auteure aborde le droit d'auteur, l'usurpation de la propriété littéraire.
Elle traduit avec subtilité les sentiments éprouvés au moment où on est dépossédé de son manuscrit.Comment ne pas être indignée d 'entendre le maire lire son Testament de l'aurochs, de le voir s'approprier « ce manifeste de la divinité animale » et récolter les applaudissements, sans citer l'auteure, pourtant remarquable chantre de l'aurochs. Scène comique, car le texte est si puissant qu'à la lecture, le maire, en phase avec le sujet, est en passe de se métamorphoser en aurochs : «  Son buste se meut d'avant en arrière », « sa voix animale ensorcelle » par son « jeu d'acteur prodigieux ».
La narratrice, consciente d'avoir été abusée, prépare sa vengeance.Ses sentiments pour le maire oscille d'un extrême à l'autre selon les circonstances. Elle ne manque pas de lui renvoyer «  que les oeuvres d'art appartiennent à ceux qui s'en saisissent ». Stéphanie Hochet ne vise-t-elle pas à dénoncer toutes ces sommités qui pondent des livres, commis par un nègre ?
A-t-elle, comme elle le pense, «  trouvé le moyen de sortir du labyrinthe où sévit le Minotaure » ? Va-t-elle réussir à se libérer de «  ce bourbier », de son emprise ?
La peur de se voir liquidée, trucidée la tenaille. le suspense, à son paroxysme, nous tient en haleine jusqu'à l'épilogue.
L'auteure livre un dénouement époustouflant, qui rappelle cette réflexion d'Amélie Nothomb : «  écrire est dangereux et on y risque sa vie ».
le lecteur sort secoué, et on serait tenté d'affirmer que Charnot a en effet « mis sur les rails son meilleur roman ».
L'écriture cinématographique déroule une multitude d'images saisissantes. Travelling sur les routes rehaussant la beauté des paysages, pour les parties de chasse. Gros plans sur l'héroïne qui traduisent toutes ses émotions : en larmes, pétrifiée, déboussolée,en colère, inquiète,estomaquée, médusée,consternée, exaspérée, fascinée, ébahie de voir un aurochs «  en chair et os ». Panoramique au musée.
Focus sur la romancière, soit rivée à sa table, en pleine création, soit arpentant « les chemins pierreux, longeant les bocages ». Zoom sur cette «  créature incarnant la puissance »,la virilité, « quasi méphistophélique », redevenue un mythe.
Récit scandé par les battements du coeur, les galops, les cabrioles, les coups de feu, les hurlements de douleur, la course éperdue de la bête traquée, la chute du corps, « les bruits terrorisants » de la forêt, le timbre rauque du maire .
Dans ce roman sidérant, Stéphanie Hochet montre comment la fiction permet d'endosser une identité à l'opposé de ses convictions. On connaît son engagement militant pour la cause animale alors que c'est une Diane chasseresse que l'on croise dans la forêt, qui sait manier une arme comme dans Pétronille !
Si certains lecteurs, conquis par Stéphanie Hochet, veulent acheter d'autres ouvrages, ne demandez pas à votre libraire : L'éloge du ragondin mais L'éloge du chat !
L'anagramme que Perry Salkow a forgée pour le Minotaure : « Mérita un olé »,
convient parfaitement pour l'aurochs qui inspira Stéphanie Hochet. En effet ce roman, un tantinet autobiographique pour la première partie, se déguste comme un thriller.
Vous aimez ces animaux préhistoriques immortalisés par les peintures rupestres de Lascaux, vous aimez les frissons, alors aventurez-vous dans le dédale de ce «  roman dérangeant » qu'Amélie Nothomb qualifie de pépite et Christine Ferniot de «  bestiaire hitchcockien ».
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LiliGalipette
13 mars 2017
Une jeune auteure est invitée à présenter ses livres lors d'un festival littéraire dans le sud de la France. « Je comprends que je ne suis qu'une curiosité supplémentaire sur un lieu de vacances où les gens prennent du bon temps. » (p. 16) Sa rencontre avec le maire de Marnas bouleverse le tranquille programme de son été. L'édile est fasciné par l'aurochs et pour le célébrer, il demande à l'écrivain d'écrire une biographie de cette bête préhistorique disparue. Loin de la grande ville où elle a ses repères, l'auteure se découvre une nature violente et carnassière. À son tour fascinée par l'aurochs, elle s'investit pleinement dans l'écriture d'un panégyrique de cette créature aux allures de divinité. Au fil de sa plume renaît l'animal qui court fièrement sur les murs des grottes. S'abandonnant totalement à son projet d'écriture, elle se découvre une nouvelle vitalité créatrice. Mais tout cela s'accompagne d'un retrait du réel : sans s'en rendre compte, l'écrivain met les pieds sur un terrain dangereux où elle est davantage proie que chasseur.
Incarnation vivante du Minotaure, le maire de Marnas est un être puissant et inquiétant : son apparition dans le récit fait basculer l'intrigue dans l'irréel, voire dans l'inconscient. Ce qui se joue dans son musée des espèces est un retour à la terreur primitive. Aurochs de Heck, corps plastinés et animaux empaillés constituent une sombre galerie des horreurs. « Il fallait coincer l'auteur. Si ce n'est avec de l'argent, du moins avec un sentiment qui annihilerait ses réactions de défense : l'effroi. » (p. 119) L'atmosphère légère du début du roman vire rapidement à l'angoisse. On n'est pas très loin de Délivrance, mais si l'air devient pesant, le récit n'en reste pas moins follement onirique ! L'aurochs est de ces créatures qui habitent les rêves et l'imagination : l'en faire sortir pour lui faire prendre pied dans la réalité n'est certainement pas une bonne idée. « Même si on ne la voit pas, la bête vit alentour, cachée dans les sous-bois où elle mène sa vie indomptée ; ainsi dissimulée, elle demeure pour l'homme un mystère. Pour certains, l'animal doit être visible, accessible tel un objet. » (p. 52) Et comme Icare s'est brûlé les ailes en voulant échapper au labyrinthe et au Minotaure, la jeune auteure peut bien courir, elle a raté le départ de course. Les sabots du bovin mythique sont déjà sur ses talons !
Une fois encore, Stéphanie Hochet interroge avec intelligence et talent la relation entre l'homme et l'animal. Lisez son Éloge du chat pour vous en convaincre. « Nous sommes réunis ici pour évoquer par le biais de la littérature notre parenté avec l'animal. » (p. 91) L'animal et son biographe flirte avec le réalisme magique et l'épouvante. C'est un récit cosmogonique et une fable écologique. Je l'ai dévoré en quelques heures et je le recommande sans aucune réserve !
+ Lire la suite
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denisarnoud
19 mars 2017
Les vacances d'été arrivent. Pour la narratrice, jeune écrivain en manque de notoriété, le programme est déjà établi. Elle est ravie d'accepter l'invitation d'un festival littéraire dans le Lot. Les organisateurs lui ont prévu diverses interventions dans des campings où elle présentera son dernier roman et participera à des séances de dédicaces. Deux semaines au vert, tous frais payés avec en plus un chèque à la clé, ça ne se refuse pas.
« Les jeunes auteurs et les écrivains plus anciens mais dont la notoriété demeure modeste ont en commun d'être invités à des conférences estivales dont personne n'a eu vent, à l'exception des vacanciers des campings participant à l'animation « littérature en tongs », une parenthèse culturelle parfois perçue comme une activité parmi d'autres, un passe-temps simplement moins fatigant que le ski nautique ou les matchs de ping-pong. »
La suite de la chronique, sur le blog. Lien ci-desous
Lien : http://leslecturesduhibou.bl..
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Les critiques presse (2)
Telerama19 avril 2017
On avance dans un dédale, mais il n'est jamais question de fermer ce bestiaire hitchcockien avant la toute dernière ligne.
Lire la critique sur le site : Telerama
LeMonde14 avril 2017
Une subtile fable politique.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations & extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
ninachevalierninachevalier03 mai 2017
Il faut reprendre mes esprits,il est prudent de retourner sur mes pas, cette route ne mène nulle part - j'aurai agi plus tôt si ce type ne m'avait pas inquiétée.J'avance en priant, invoquant le ciel de me guider. Si je ne peux rejoindre Marnas aujourd'hui, j'espère au moins que j'aurai mémorisé le chemin qui mène à la maison d'Edwige et de Cédric, l'enchevêtrement des chemins de terre sans panneau de signalisation. Mon ventre se creuse, je vais tourner de l'oeil, me reprends, des crampes saisissent dans leur étau plusieurs muscles à la fois, m'imposant des arrêts, et ma bouche est sèche comme du bois. Je halète. L'air me brûle les poumons. Le soleil s'est couché, j'écarquille les yeux, il ne faut pas se perdre.
Enfin un croisement que je distingue à sa couleur, c'est le premier chemin vers la maison, je progresse prudemment. A la deuxième intersection, je me mets à douter de la direction, prends à gauche, sans conviction. Au bout d'un kilomètre environ, la sensation que je me suis trompée de direction m'impose un demi-tour. A mon corps de tenir.Eviter de penser, repousser l'inquiétude. Juste l'effort, le bon rythme qu'accompagne un bon souffle.
Miraculeusement, la fatigue s'oublie, j'emprunte alors le chemin de droite.
[...]
Mon corps continue sans moi, sans que j'ai vraiment conscience de fournir un effort. Soudain surgissant comme un Sphinx, une autre bifurcation me force à choisir entre le chemin de droite et celui de gauche. Aucun souvenir, mon corps flanche, la terre m'attire à elle. Je tombe. Trou noir.
+ Lire la suite
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ninachevalierninachevalier02 mai 2017
Ils n'ont laissé aucun mot, je n'aurai pas droit à une explication. [...]
Je referme la porte et, exaspérée, me décide à quitter cet endroit.Par mes propres moyens.Après une dernière vérification de mon téléphone - toujours sans réseau-, je prends mes affaires et me sauve. Est-ce bien raisonnable?
Tant pis. Je suis une vagabonde qui ne doit rien à personne.
A quelques pas de la maison, un local à outils dont la porte est entrouverte. Contre le mur, un vélo, un VTT en assez bon état dont je règle la selle. Plus d'hésitation, j'enfourche la bicyclette après avoir attaché mon sac en bandoulière et emprunte le premier chemin de terre. ça descend, tourne, puis ça monte. Je pédale à bonne allure. Entre plusieurs chemins, je choisis le plus "large" ou le plus central, une déduction qui porte ses fruits puisque j'arrive alors sur une route goudronnée. Mon coeur s'emballe. Cette route doit mener à un bourg, un village ou une ville. J'accélère.[...]
La route goudronnée s'étend sans fin en ondulant. Encore quelques kilomètres, endurer et se taire. Non, ce n'est pas vrai, ce n'est plus possible, ça ne peut pas continuer sans signalisation comme ça, dans les montagnes. Et les villages! Où sont les villages?
L'idée que je n'arrive nulle part m'étreint soudain. Absurde mais crédible. Je m'arrête, m'assois au bord de la route, éclate en sanglots. Je suis seule. Perdue.
+ Lire la suite
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ninachevalierninachevalier02 mai 2017
Il faut reprendre mes esprits,il est prudent de retourner sur mes pas, cette route ne mène nulle part - j'aurai agi plus tôt si ce type ne m'avait pas inquiétée.J'avance en priant, invoquant le ciel de me guider. Si je ne peux rejoindre Marnas aujourd'hui, j'espère au moins que j'aurai mémorisé le chemin qui mène à la maison d'Edwige et de Cédric, l'enchevêtrement des chemins de terre sans panneau de signalisation. Mon ventre se creuse, je vais tourner de l'oeil, me reprends, des crampes saisissent dans leur étau plusieurs muscles à la fois, m'imposant des arrêts, et ma bouche est sèche comme du bois. Je halète. L'air me brûle les poumons. Le soleil s'est couché, j'écarquille les yeux, il ne faut pas se perdre.
Enfin un croisement que je distingue à sa couleur, c'est le premier chemin vers la maison, je progresse prudemment. A la deuxième intersection, je me mets à douter de la direction, prends à gauche, sans conviction. Au bout d'un kilomètre environ, la sensation que je me suis trompée de direction m'impose un demi-tour. A mon corps de tenir.Eviter de penser, repousser l'inquiétude. Juste l'effort, le bon rythme qu'accompagne un bon souffle.
Miraculeusement, la fatigue s'oublie, j'emprunte alors le chemin de droite.
[...]
Mon corps continue sans moi, sans que j'ai vraiment conscience de fournir un effort. Soudain surgissant comme un Sphinx, une autre bifurcation me force à choisir entre le chemin de droite et celui de gauche. Aucun souvenir, mon corps flanche, la terre m'attire à elle. Je tombe. Trou noir.
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ninachevalierninachevalier26 avril 2017
Ma voix voyage loin.J'appelle encore. "Y a-t-il quelqu'un?" Personne ne répond.
Je vérifie à nouveau la messagerie de mon téléphone portable. Toujours rien. Et quel que soit l'endroit où je me déplace autour et à l'intérieur de la maison: pas de réseau. Je ne peux pas être contactée, je ne sais pas si Brigitte a tenté de m'appeler.
[...]
La maison est vide mais les gens vont sûrement revenir. En attendant, je rentre chercher un téléphone fixe, jette un oeil partout. Pas de téléphone. J'ouvre des armoires dans l'espoir de tomber sur un ordinateur et une connexion internet qui me permettrait d'envoyer un mail aux organisateurs. Quête à nouveau inutile. Puisque personne ne peut répondre à mes questions, je me donne l'autorisation de fouiller. La maison est réellement habitée car les objets semblent avoir été utilisés et rangés depuis peu. Mais pas d'ordinateur et toujours pas de téléphone.Les habitants communiquent sans doute avec un portable dont l'opérateur, plus efficace que le mien, capte un maigre réseau. A moins qu'ils n'en soient réduits à utiliser des talkies-walkies ou des signaux de fumée. Je vais attendre que la dame de ce matin ou l'homme à la casquette rentre - car cette maison est certainement leur domicile.
+ Lire la suite
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ninachevalierninachevalier24 avril 2017
Aujourd'hui mes proches sont Edwige et Cédric, Charnot et les chasseurs. Tous sont radicalement différents des gens que j'ai connus mais rien n'est plus stimulant pour un romancier que l'exploration d'univers contrastés. Le véritable écrivain s'aventure dans les jungles sociales, voyage dans les pays les moins touristiques et conquiert les topographies de l'esprit humain. L'immobilisme de la pensée, le repli sur son ego sont les ennemis du créateur.
En écriture, en peinture ou en musique, c'est à l'artiste d'être au service de son oeuvre; peu importe sa vie mais s'il doit faire le deuil d'une existence ou d'une autre du jour au lendemain au nom de sa création, il n'a pas le droit d'hésiter. Comme je n'ai jamais aussi bien écrit que depuis ma présence dans ce lieu, je dis au revoir à mon existence passée.
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