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Marie-Claude Elsen (Traducteur)Frank Straschitz (Traducteur)
EAN : 9782847344318
617 pages
Tallandier (05/04/2007)
4.16/5   40 notes
Résumé :
Dans les années 1880, le roi Léopold II de Belgique s'empare à titre personnel de l'immense bassin du fleuve Congo, afin de faire main basse sur ses prodigieuses richesses. Réduite en esclavage, la population est soumise au travail forcé, subit tortures et mutilations, au point qu'on estime à dix millions le nombre de victimes africaines du monarque et de ses serviteurs. Au début du XXe siècle, des voix s'élèvent contre ces atrocités. Edmund Dene Morel et à sa suite... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Les Fantômes du roi Léopold, Adam Hochschild

Le Congo belge est une de mes obsessions et ce pour deux raisons. Premièrement parce qu'il évoque une époque très peu flatteuse de mon pays. Deuxièmement, parce qu'avec ses dix millions de morts parmi les populations congolaises, je ne comprends toujours pas pourquoi il n'y a pas davantage de connaissance des faits et d'indignation.
Il s'agit ici d'un livre de tout premier ordre sur ce sujet. En quelques mots, le roi Léopold II charge l'explorateur anglo-américain Stanley de prospecter le sol africain afin de lui trouver une colonie. le roi la souhaite car le Portugal, la France, les Pays-bas, l'Allemagne ont déjà fermement posé les pieds sur le sol africain et non sans appât du gain.
En 1885, Stanley lui offre un énorme territoire que bizarrement, personne ne réclame ni ne revendique. Léopold fait reconnaître sa prise de possession, à titre personnelle, par la Conférence de Berlin de 1884 et par les Etats -Unis. Ce territoire devient l'Etat Indépendant du Congo, dont Léopold II sera le seul propriétaire jusqu'en 1908. Il ne se privera pas d'exploiter les ressources de cet imense territoire, toujours à son bénéfice strictement personnel.
Il tient le territoire par une main de fer, matérialisée par la Force Publique, organisation militaire composée de mercenaires et de soldats ratés et marginaux ayant quitté le sol belge. La raison officielle est présentée et perçue comme une mission doublement vertueuse. 1) arracher les Congolais aux esclavagistes arabes venant de l'ouest 2) éduquer par l'évangélisation ceux qu'on qualifie ouvertement de “sauvages”. Et ça passe! Léopold est encensé et soutenu par la communauté internationale. Il entreprend de moderniser le pays, notamment en construisant des lignes de chemin de fer. Aménagement pour lesquels il emprunte des dizaines de millions de francs belges à la Belgique...
Vient 1887 et la découverte de “l'arbre qui pleure”, j'ai nommé le hévéa et le caoutchouc. Double don du ciel pour Léo. Il y a du caoutchouc à profusion et simultanément, l'industrie automobile, bien sûr gourmande de la matière pour la confection de pneus, prend son envol en Europe et en Amérique. La demande est exponentielle, y répondre est d'une importance capitale. Pour acheminer ces quantités colossales de caoutchouc vers les ports de l'Atlantique, les Belges obligent les Congolais à tout porter le long du fleuve Congo. Beaucoup de ces malheureux y laisseront leur vie, leurs proches et leur dignité. L'esclavage que Léopold II prétendait combattre dans les salons dorés européens devient la règle au Congo et cela sous sa forme la plus dévastatrice et meurtrière.
Le roi amasse des fortunes, omet bien volontairement de rembourser l'Etat belge mais constelle la capitale, Bruxelles, de palais et d'édifices prestigieux, mais en réalité inutiles et pompeux. Ils sont toujours bien debout aujourd'hui.
Je vous épargne l'abjection de cette gestion du Congo, de son caoutchouc, de son ivoire et plus tard, quand le Congo sera devenu une colonie appartenant à l'Etat belge, de l'or, de l'uranium, du cuivre.
L'Etat Indépendant du Congo devient un état totalitaire dont les mains coupées et la chicotte deviennent le symbole. Initialement, afin d'empêcher les garde chiourmes belges d'utiliser des munitions à des fins ludiques, chaque balle tirée devait être justifiée par une main coupée sur le cadavre (c'est vous dire la folie de l'entreprise..). Evidemment, la situation dégénère et les mains furent coupées sur des personnes bien vivantes car ces colons lâchés dans la nature avec un pouvoir local incontrôlé et débridé ont rapidement libre cours aux pires de leurs perversions... Joseph Conrad a écrit “Au coeur des ténèbres” en partant de ce postulat. Des postes de production locaux échappant à toute autorité et accédant petit à petit à la folie et à l'horreur (remember Kurtz, repris par Coppola dans Apocalypse Now).
En 1908, la communauté internationale, sous l'impulsion de la campagne anti-Léopold de notamment Edmund Morel et de Roger Casement (bien connu par ceux qui ont lu le “Rêve du Celte” de Vargas Llosa), se retourne diamétralement contre Léopold. Les mains coupées présentées dans les journaux ont fait leur effet. Léopold se voit contraint d'abandonner son cher Congo et de le rétrocéder à la Belgique, aussi pour rembourse les prêts consentis. le Congo Belge est né et subsistera jusqu'en 1960. Mais ça, c'est une autre histoire, à peine plus vertueuse.
Je vous livre la phrase qui résume le mieux cette histoire atroce: “Le Congo de Léopold n'est qu'un silence de l'Histoire parmi tant d'autres”.
Livre magistral, écrit dans un langage simple et qui se lit comme une fiction... sauf que l'horreur y décrite fut bien réelle. Pour ceux parmi vous qui connaissent un peu Bruxelles, passer sous les arcs du Cinquantenaire me donne d'effroyables évocations...
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Un document qui a fait du bruit à sa sortie. du bruit, mais pas assez et surtout pas suffisamment longtemps, d'après-moi.

Partant de lectures contemporaines que j'ai eues au sujet du racisme structurel et de l'esclavage, j'ai souhaité en savoir plus sur l'histoire de la Belgique, dont certaines périodes restent bien planquées sous la moquette. Exemple: les crimes provoqués par Léopold II au Congo.

Les colonies ont toutes des horreurs à raconter, (parfois inspirées du “système” instauré par Léopold II, d'ailleurs).
Mais l'auteur, intrigué par l'engagement de Mark Twain pour les droits humains au Congo, s'est concentré sur cette colonie.

L'histoire et l'ampleur de l'holocauste Congolais est largement minimisé.
Ce livre, très documenté, donne la nausée et pose de nombreuses questions, y compris sur la société contemporaine.

Publié en 1998, le document pourrait être complété et souffre parfois d'un style de l'époque dans son écriture, mais l'essentiel y est. L'ensemble est appuyé d'un chapitre complet de sources et documents photographiques fiables.

Adam H. a trouvé l'impulsion de son travail en bibliothèque. C'est également en bibliothèque que vous trouverez ce livre,
Les fantômes du roi Léopold ne semble plus réédité.
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Ouvrage lu lors de sa parution donc qq peu oublié.
L exploitation ,l avilissement ,la réduction à néant del homme par l homme,tout cela est malheureusement( et bien naturellement sans doute) toujours d actualité
À lire comme un documentaire choc et certainement pas pour le style...

belge,c est un des premiers livres lus lorsque je me suis interessee au passé colonial de mon pays...une petite critique avait attire mon attention ds un quotidien et j ai voulu en savoir plus à ce sujet.
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Une vérité cachée triste à pleurer. Excellente chronique historique pour découvrir un très grand pays assez méconnu en Europe. Des dessous de l'histoire passionnants. Ce livre m'a ouvert les yeux sur une partie de l'histoire coloniale.
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Ce livre est un classique s'il s'agit d'étudier l'histoire coloniale de l'Etat Indépendant du Congo, avant que celui-ci devienne le Congo Belge en 1908. Très bien documenté, précis et qui reste accessible, s'il ne devait y avoir qu'un livre sur ce sujet, ce serait lui.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
Je ne connaissais pratiquement rien de l'histoire du Congo il y a encore quelques années, jusqu'au jour où je suis tombé sur une note, au cours d'une de mes lectures.Souvent, lorsqu'on lit quelque chose de particulièrement frappant, on se souvient du moment et de l'endroit où cela se passait. En l'occurence, il était fort tard et j'étais installé, las et courbaturé, à l'arrière d'un avion survolant les Etats-Unis d'est en ouest.
La note en question se référait à une citation de Mark Twain, écrite, était-il précisé, à l'époque où il était engagé dans le mouvement mondial contre l'esclavage au Congo, système qui avait fauché cinq à huit millions de vies.
Mouvement mondial ? Cinq à huit millions de vies ? Je fus abasourdi.
Les statistiques relatives aux crimes de masse sont souvent difficiles à corroborer. Pourtant je me fis la réflexion que même si ces chiffres étaient surestimés de moitié, le Congo avait été le théâtre d'un des plus importants massacres de notre époque. Pour quelle raison n'était-il pas fait état de ces morts dans la litanie habituelle des horreurs de notre siècle ? Et pourquoi n'en avais-je encore jamais entendu parler ? Pourtant, j'écrivais sur les droits de l'homme depuis des années, et au fil d'une demi-douzaine de voyages en Afrique j'étais même allé au Congo.
Ce voyage datait de 1961. Dans un appartement de Léopoldville, j'avais entendu un membre de la CIA légèrement ivre relater avec complaisance où et commentPatrice Lumumba, le Premier ministre du pays qui venait d'obtenir son indépendance, avait été assassiné quelques mois plus tôt.
Il tenait pour acquis que tout américain, y compris un étudiant en visite tel que moi, devait à l'instar se sentir soulagé par le meurtre d'un homme considéré comme un dangereux fauteur de troubles gauchiste par le gouvernement américain. Un ou deux jours plus tard, j'avais traversé le fleuve Congo à l'aube pour quitter le pays. Le soleil se levait sur les vagues, l'eau noire, lisse et huileuse clapotait contre la coque du ferry, mais dans ma tête cette conversation résonnait encore.
Plusieurs dizaines d'années s'écoulèrent avant que je tombe sur cette note et que je constate, par la même occasion mon ignorance des débuts de l'histoire du Congo. Puis me vint à l'esprit que comme beaucoup de monde, j'avais en réalité déjà lu quelque chose à propos de cette période et de ce lieu : Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad. Cependant, mes notes de lecture d'étudiant n'étaient que griboullis évoquant connotations freudiennes, échos mythiques et vision intérieure. J'avais donc classé mentalement ce livre dans la catégorie des ouvrages de fiction et non dans celle des documents. J'entrepris de lire davantage sur le sujet. Plus j'avançai dans mes lectures, plus j'acquis la conviction que le nombre de morts ayant décimé le Congo au siècle dernier était comparable à celui de l'Holocauste. Dans le même temps, de manière inattendue, je fus fasciné par les personnages extraordinaires qui avaient peuplé cette page d'histoire. Bien qu'Edmund Dene Morel eût déclenché un mouvement, il n'était pas le premier à avoir vu le Congo du roi Léopold sous son vrai jour et à avoir essayé d'attirer l'attention du monde entier dessus. Ce rôle revint à George Washington Williams, un journaliste et historien américain noir, qui fut le premier à interroger les Africains sur leur expérience de la domination blanche. C'est à un autre américain, William Sheppard, que nous devons le récit d'une scène dont il fut témoin dans la forêt tropicale congolaise et qui allait s'imprimer dans la conscience universelle comme un symbole de la brutalité coloniale. Il y eut également d'autres héros, dont un des plus courageux finit son existence sur une potence londonienne. Et bien évidemment, au coeur même de cette histoire figurait Joseph Conrad, ce jeune capitaine de marine escomptant trouver l'Afrique exotique de ses rêves d'enfant et qui à la place découvrit ce qu'il allait qualifier de "plus infâme ruée sur un butin ayant jamais défiguré l'histoire de la conscience humaine". Au dessus de tous ces personnages planait enfin le roi Léopold II, homme cupide et rusé, mélange de duplicité et de charme, comme nombre des traitres les plus complexes de Shakespeare.
Au fur et à mesure que je suivais les existences entrecroisées de ces hommes, la terreur au Congo et la controverse qui l'entoura me firent réaliser autre chose : les atrocités commises dans ce pays avaient soulevé le premier scandale de dimension internationale de l'ère du télégraphe et de la photographie. Scandale au parfum étonnamment plus proche de notre époque qu'il n'y paraît, car s'y mêlent bains de sang à échelle industrielle, royauté, sexe, pouvoir de la célébrité, rivalités entre groupes de pression et campagne de presse déchainées dans une demi douzaine de pays des deux côtés de l'Atlantique. De plus contrairement à de nombreux autres grands prédateurs de l'histoire, de Gengis Khan aux conquistadores espagnols, le roi Léopold II ne vit jamais une goutte de sang versée sous l'empire de la fureur. Il ne mit même jamais les pieds au Congo. Ce détail présente également un aspects très moderne, comparable à la situation du pilote de bombardier dans la stratosphère. Par delà les nuages, il n'entend jamais les cris, pas davantage qu'il ne voit les maisons en ruine ou les chairs lacérées.Bien que l'Europe d'aujourd'hui ait depuis longtemps oublié les victimes du Congo de Léopold, j'ai pu travailler à la reconstruction de leur destin à partir d'une grande quantité de sources : Mémoires d'explorateurs, de capitaines de bateaux à vapeur, de militaires en poste au Congo; comptes rendus de missions ; comptes rendu d'enquêtes gouvernementales; et ces phénomènes spécifiquement victoriens, les journaux de gentlemen "voyageurs" (et parfois de voyageuses). L'époque victorienne fut un âge d'or pour les lettres et les journaux à tel point qu'on en arrive souvent à se demander si tous ceux qui ont visité le Congo ou qui y ont travaillé n'ont pas tenu des journaux lumineux et passé toutes leurs soirées, assis au bord du fleuve, à écrire des lettres chez eux.
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Vidéo de Adam Hochschild
Adam Hochschild, Professor at the UC Berkeley Graduate School of Journalism, speaks on covering human rights issues in the Congo. This session, held on November 2, 2010, was the third in the Human Rights Methodology Workshop series at UC Berkeley.
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