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Critique de Melisende


Melisende
  02 mai 2014
Les contes de fées n'ont pas une ride. Depuis quelques années, réalisateurs (Blanche-Neige, La Belle et la Bête, la série Once upon a time…) et écrivains (Cinder, Sortilège, Poison…) ont un regain d'intérêt et puisent dans cette matière première pour nous offrir réécritures, modernisations ou suites en tout genre. Les contes de notre enfance inspirent, pour le meilleur et parfois pour le pire.
La Belle au bois dormant n'est pas celui que je préfère mais, il y a quelques années (quasiment à l'ouverture du blog donc en 2006 ou 2007), j'avais découvert avec grand plaisir la réécriture proposée par Orson Scott Card sous le titre Enchantement et j'étais curieuse de redécouvrir ce conte sous un autre jour, pour un autre public. J'avoue qu'en voyant la couverture proposée par Flammarion et signée François Roca, j'ai été séduite. J'y retrouve comme une touche de préraphaélisme, mouvement pictural anglais (que j'adore) mettant généralement en scène des femmes au physique particulier, un peu « inhumain »… sorte d'enchanteresses que nous autres, simples mortels, avons du mal à comprendre. Et je trouve que ce choix sied bien au personnage de Carabosse, notamment dans la première partie.
Avant d'aller plus loin et pour être claire et concise : j'ai aimé. Beaucoup même !

Argument bien futile mais qui a son importance chez la plupart des lecteurs : l'objet-livre est sublime. Outre l'illustration de couverture qui me plait particulièrement, mais je n'y reviendrai pas ; Flammarion offre un ouvrage à la texture hyper agréable et aux détails visuels très travaillés : carte en première page, en-têtes de chaque chapitre stylisés… c'est beau, tout simplement.
Et si je m'attarde aussi longuement sur le contenant ce n'est pas pour masquer un contenu pauvre et inintéressant. Non, bien au contraire ; le fond est à la hauteur de la forme !

Tout le monde connait l'histoire de la Belle au bois dormant mais avant l'apparition de la fée maléfique qui lance la malédiction, savez-vous ce qui a bien pu se passer au Royaume de Bois Dormant ? C'est ce que nous propose de nous raconter Michel Honaker dans la première partie.
Deux soeurs aussi différentes l'une que l'autre, vivent avec leur père dans un vieux manoir au sommet d'une montagne. L'aînée - Cara -, brune et bossue, fricote avec la magie ; la benjamine - Léonore -, blonde comme les blés, semble tomber du ciel. Lorsque le nouveau roi de Vaudémont, le territoire annexe, se hisse au sommet du manoir à la poursuite d'ennemis sauvages, il tombe fou amoureux de Léonore, ignorant bien indélicatement les sentiments naissants de Cara. Jalouse, envahie par la passion et la haine, la jeune femme a la rancune tenace : elle fera tout pour détruire le bonheur du couple et profite de la naissance de leur fille - Aurore - pour resserrer son étau. Cette première partie s'achève sur la déclaration de la malédiction au dessus du berceau.
La seconde moitié du texte commence après une ellipse de 18 ans. Aurore, fêtera bientôt son entrée dans le monde des adultes et la fin de l'épée de Damoclès au dessus de sa tête, par la même occasion. Protégée par son entourage, elle n'en trouve pas moins le moyen de s'enfuir… et de se faire piquer par le fuseau ! La suite, on la connait… ou presque ! Lilas, la bonne fée qui avait réussi à contrer le mauvais sort au dessus du berceau, doit maintenant partir à la recherche du prince qui lèvera la malédiction, mais rien n'est simple car, quasiment une centaine d'années plus tard, Cara (devenue depuis longtemps Carabosse) et son armée veillent et les princes de sang ne sont plus aussi nombreux…

Voilà un long paragraphe de résumé, ce que je fais assez peu habituellement mais je trouve intéressant de pouvoir vous expliquer ce qui diffère, ou non, du conte qu'on a l'habitude d'entendre (ou de voir, notamment grâce à Walt Disney). Quelques éléments m'ont semblé se rapprocher d'autres légendes (je pense notamment au triangle arthurien Guenièvre-Léonore/Arthur-roi Florestan/Morgane-Cara et à la naissance d'un enfant hors mariage qui voudrait ensuite éliminer son père…), d'autres points varient plus ou moins de ce qu'on connait, par exemple l'identité de la « méchante ». Maléfice chez Disney, Carabosse ici. Je ne me souviens plus du conte d'origine donc ne pourrai dire « qui a raison » mais peu importe, l'insertion de Carabosse dans cette histoire et surtout son développement, est le point le plus intéressant, à mon avis.
Et je trouve que Michel Honaker a fait un très beau travail sur ce personnage qu'on devrait haïr car après tout, elle est à l'origine de tous les malheurs du Royaume de Bois Dormant et pourtant, je n'ai pas pu m'empêcher de trouver la jeune fille touchante. Complexée par sa bosse, elle n'a qu'une envie, s'en débarrasser. Pas foncièrement mauvaise à la base, je l'ai plus vue comme une jeune femme solitaire, peu sûre d'elle (malgré sa grande beauté) et cherchant simplement à avoir le corps de n'importe quelle autre jeune femme. Les circonstances et son intérêt pour la magie font qu'elle passe du mauvais côté et ne s'en sortira plus… Mais malgré tout, malgré tout le mal qu'elle fait autour d'elle, le lecteur ne peut la haïr foncièrement et elle nous touche à nouveau, dans les dernières pages.
Les autres personnages, nombreux entre la première et la deuxième partie, sont plus classiques, plus souvent rencontrés dans les contes de fées : le roi et la reine purs et amoureux fous, la jeune princesse parfaite quoiqu'un peu trop curieuse, le bellâtre à la sauce Flynn Rider (dans Raiponce)… malgré leur côté un peu lisse et attendu, je les ai appréciés parce qu'ils sont exactement comme ils doivent être dans une telle histoire. Les codes du conte de fées sont donc respectés et c'est un plaisir de s'y plonger.

J'ai cru voir que certains lecteurs avaient trouvé ce texte un peu trop « littéraire » pour le public visé. Je ne suis pas tout à fait d'accord avec cette idée. J'en ai un peu marre que la plupart des gens soient persuadés que, qui dit public jeunesse, dit forcément textes simples (voire simplistes), bourrés de dialogues et évitant les schémas narratifs un peu trop complexes. Stop ! Les enfants et les adolescents sont capables de lire et d'apprécier des textes riches et bien construits ! Quand j'étais gamine, je lisais les contes de Grimm, Perrault et Andersen, il y avait des mots compliqués, c'était au passé simple, les passages étaient plutôt descriptifs… et j'adorais ça ! Je ne comprenais pas tout mais ça m'embarquait dans un univers bien particulier et surtout, ça me faisait un peu réfléchir ! Inutile de tout servir sur un plateau d'argent, les jeunes lecteurs sont parfaitement capables de mettre leurs neurones en marche pour se concentrer sur un texte un peu « littéraire ». A force de dire à des gamins, « non, ça c'est trop classique, tu n'aimeras pas, c'est trop compliqué », le jeune lecteur n'ose même plus essayer parce qu'il est persuadé qu'il n'y arrivera pas… Stop !

Michel Honaker offre certes de nombreuses descriptions (il y en a plus que les dialogues, c'est évident) mais il le fait bien. J'ai été embarquée dans le conte de fées dès la première page et n'en suis sortie qu'en lisant la toute dernière ligne. Pour raconter une telle histoire, il faut mettre en place une atmosphère bien particulière, un monde imaginaire avec des codes bien précis et ça ne peut pas se faire avec uniquement des dialogues. Les descriptions sont nécessaires et elles sont magnifiques alors pourquoi se priver ?

Je suis complètement tombée sous le charme de ce petit roman, tout m'a plu dans ce texte : la réécriture d'un conte de fées connu, le traitement des personnages (surtout la grande méchante), la plume… Bref, une vraie réussite ! Je lirai autre chose de Michel Honaker, c'est sûr !
Lien : http://bazardelalitterature...
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