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Critique de JeanPierreV


JeanPierreV
  17 janvier 2019
Comment, quand on est passionné par la lecture, ne pas être intrigué et forcément intéressé, fortement titillé par cette couverture insolite, et par ce titre ?
Surtout quand on découvre sur la 4 ème de couverture qu'il ne s'agit pas d'un roman, mais d'une enquête d'une journaliste américaine.
Double voyage donc dans le monde du livre et dans le monde de cette Amérique, dans ce monde un peu (beaucoup) fou des Américains...Pas les américains lecteurs, comme vous et moi, non les américains collectionneurs, investisseurs, fascinés par une vieille couverture, par une édition limitée, par un autographe, fascinés par la possession, la collection, les dollars.
Qu'importe le texte du livre !
La journaliste Allison Hoover Bartlett rencontre en prison John Gilkey, emprisonné pour la nième fois pour vol de livres.
Avec lui, on apprend qu'il ne faut pas confondre livre et lecture, ce sont deux mondes différents. La lecture, chacun de nous sait ce que c'est. le livre est essentiellement pour nous, le support de nos lectures, de nos évasions de nos découvertes.
Mais pour John Gilkey, c'est un objet qui a une autre valeur, un objet qu'on peut acheter quelques cents à un libraire proposant des ouvrages anciens, et revendre quelques semaines après dans une salle des ventes plusieurs milliers de $....parce que le libraire ne savait pas ce qu'il avait dans ses rayons...Le livre devient fascinant, devient un objet pour lequel on traversera le pays, quand il est rare, quand il est dédicacé, quand vous avez entre les mains la première édition y compris d'ouvrages qui ont fait notre jeunesse, comme les premiers Harry Potter...ou nos premiers livres illustrés que nous déchirions parfois quand nous avions 3-4 ans...pourvu que leur jaquette papier soit en bon état, et bien sûr d'origine, pas falsifiée. Nous avons eu de l'or en main.
Ce sont ces livres que Gilkey et d'autres comme lui, débusquent sur Internet, dérobent dans les rayons, amassent dans leurs appartements, ces livres pour lesquels ils sont prêts à tout, pour lesquels ils montent des arnaques, quitte à passer des mois de prison. Alors ils écument les librairies anciennes, les salons professionnels, les salles des ventes, et utilisent tous les stratagèmes possibles pour arriver à leur fin.
Face à eux, des libraires, également passionnés, presque aussi fous qu'eux. Certains connaissent la valeur des ouvrages dans leurs rayons. D'autres beaucoup moins. Certains sont méfiants, d'autres moins. Les plus méfiants s'organisent. L'auteure rencontrera Ken Sanders, Libraire à Salt Lake City et Délégué général de ALAA : Association des libraires de livres anciens d'Amérique...Il organise en utilisant Internet, la chasse des voleurs, la chasse des collectionneurs indélicats, leur identification, permet les échanges d'informations entre eux.
Certains de ces collectionneurs fous accumulent les livres sans les lire...Allison l'auteure, nous raconte que l'un des ces collectionneurs fous, fut découvert, mort, dans son appartement au milieu de 90 tonnes de livres mettant en jeu la structure du bâtiment. Celui-ci pouvait s'écrouler sous ce poids.
D'autres utilisent pour leur trafic ebay "le plus grand receleur de l'univers." ,"... devenu la plus grande entité de revente d'objets volés du monde"... selon l'auteure et Ken Sanders . J'y regarderai à deux fois avant d'y acheter, si je le fais un jour.
Amis lecteurs et voyageurs qui vous rendez aux Etats-Unis, vous aurez forcément des sueurs froides si vous avez acheté une babiole souvenir avec votre carte de crédit...Je ne vous en dis pas plus. Vous apprendrez comment, facilement, on peut utiliser les données de cette carte, à votre insu, anonymement. Ne vous étonnez pas si votre compte est débité frauduleusement plusieurs mois, après votre retour de plusieurs milliers de $, sans possibilité d'identifier votre voleur. En long et en large l'auteure nous l'explique.
Une enquête passionnante et fascinante, dès les premières pages, dans lesquelles nous faisons connaissance avec le "Kräutterbuch" (Herbier) de Hieronymus Bock estimé entre 3 à 5000 $, pesant 6kg, dont la couverture est en chêne recouvert de cuir de porc.
On pense "Oui, mais c'est les Etats-Unis, c'est loin, c'est un autre monde...." et l'auteure nous apprend qu'un français bien sous tous rapports, avec un CV long comme le bras se vit confier en 1841 la mission d'inventaire des manuscrits anciens possédés par les bibliothèques publiques françaises. Jour et nuit il pouvait entrer librement dans ces bibliothèque...il les pilla ! Plus récemment, en 2011 un voleur de livres anciens fut arrêté au Havre en possession de plus de 2000 ouvrages anciens dérobé dans des bibliothèques...Il avait mis 20 ans pour acquérir ces livres..
"L'homme qui aimait...." Non! Ce sont "Les hommes qui aiment.." Ils sont des centaines, tous aussi fous de livres, aussi collectionneurs, autant passionnés par la possession, ou par le fric.
"Partir à l'affût, me documenter, écrire donne un sens à ma vie de la même manière que la traque, la compilation, le référencement donne un sens à celle du collectionneur de livres." écrira l'auteure.
Cette enquête journalistique fouillée et érudite nous ouvre les yeux et nous offre une lecture instructive.
Oui ! le livre ancien est un investissement dont la valeur croît plus rapidement que bien d'autres placements! Alors gardez-les
Lien : https://mesbelleslectures.co..
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