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Critique de CaroleBouchut


CaroleBouchut
  28 septembre 2016
Mais qu'est-ce que je peux être naïve, tout de même !!! Comment ai-je pu imaginer que je pourrais lire ce livre sereinement ? Et pourtant, à la lecture des premières pages, j'y ai cru. Vraiment.

Commençons par le début. À réception, hier au soir en rentrant du boulot, de Carnet d'un imposteur, un mélange de surprise (déjà là?!), de joie (merci Babelio et les éditions L'Iconoclaste) et d'impatience m'a fourmillé au bout des doigts. Mais ma journée était loin d'être finie. Et j'étais déjà totalement épuisée. Malgré tout, le soir, dans mon lit, les paupières déjà à moitié fermées, je n'ai pu m'empêcher de manipuler dans tous les sens le livre, de le parcourir du bout des yeux et à pleines mains.
Le format, d'abord. Surprenant. À la fois petit et grand, pas tout à fait un format de poche ni une taille standard. La couverture : amusante de contraste des matières, des couleurs, des styles... Je l'aime beaucoup.
Le contenu... Non ! Je dois dormir, je n'en peux plus...
… bon, aller, juste quelques minutes.
Qui se sont transformées en plus d'une demi-heure.
Page 7 : dédicace simple et poétique. Bonne entrée en matière. Toujours sereine, je tourne la page.
Page 9, je ne connais pas ; je me dis qu'il me faudra aller voir ça de plus près à l'occasion. Première interrogation avant-même le début du texte à proprement parlé. Prometteur. Je continue.
Page 11, MANIPULATION. Mais comment, par qui (pas forcément celui qui se présente comme tel) et jusqu'où ? Un peu énervée et titillée, je passe directement à la page 15 puisque je voyais en transparence que la 13 ne comportait qu'un mot-titre.
Les deux premières phrases : très déçue. Une impression de déjà vu. Ça m'apprendra à regarder une ou deux émissions promotionnelles avant de lire un livre ! Donc énervée, franchement, mais contre moi.
La fatigue tire dans tout mon corps, mais je ne renonce pas, intriguée d'être fâchée mais pas blessée. Je me suis arrêtée, vaincue par l'épuisement, à la fin du premier chapitre. Mes premières impressions sont mitigées. Je ne suis pas sûre d'aimer cette rediffusion de ce qui a déjà tant été dit. Et surtout, je n'aime pas penser cela. Mais, je me rends compte que, peut-être, ce qui m'a tant mis les chairs à vif dans L'Empereur c'est moi, n'était peut-être pas l'histoire personnelle de l'auteur, comme je voulais le penser jusque là. Ces choses informes et invisibles qui se sont réveillées en moi semblent être beaucoup plus personnelles. Je m'endors avec presque un besoin d'enfin retourner vers l'Empereur. Presque. Manque encore de forces.

Réflexions de la nuit :
Le choix de l'effacement de soi semble avoir été fait relativement tard, par l'auteur. Cela peut peut-être expliquer cette sorte d'aisance publique, de force qui semble l'accompagner.
Mais quand cet effacement de soi, devenu négation de soi au fil des années, est choisi et entrepris depuis la plus tendre enfance, alors il arrive forcément un jour où il ne reste plus rien de soi. Absolument rien. À chaque victoire de dissimulation, on meurt encore un peu plus. Et on se rend soudain compte qu'on n'a plus la moindre énergie pour continuer à faire semblant, qu'on n'a plus la moindre force pour continuer à vivre. Qu'on n'est qu'une chimère immonde. Qu'on est ce monstre, justement, qu'on a mis tant d'année à vouloir camoufler, museler, nier... Et plus rien d'autre. Toute cette souffrance de chaque instant (et que c'est long une vie!) que l'on s'est soi-même infligée, par une choix conscient et réfléchi, malgré le jeune âge où il a été entrepris pour la première fois, pour se protéger de cette souffrance qui vous rongeait de l'extérieur (éviter à tout prix le regard au mieux attristé et plein de compassion (de condescendance) au pire dégoûté et craintif qu'on porte sur vous), et bien, cette souffrance vous ronge maintenant de toutes parts. Elle a puisé dans vos forces les plus vitales et les a sucées jusqu'à la moelle. C'est décidé, je vais me servir de la force que partage ici Hugo Horiot pour regarder le monstre droit dans les yeux, sans ciller : je vais relire L'empereur c'est moi.

Aujourd'hui. Pas de date. Inutile. Quelques heures ont suffi pour bouleverser mes structures internes. Pour me redonner l'illusion de forces que je n'ai plus. Une journée mi-figue mi-raisin m'attend : une moitié calme que je compte bien mettre a profit pour lire d'une traite ce qui me reste de ce livre, une moitié plus éprouvante à tenter de jouer mon rôle de maman. Dans la réalité, les 2 moitiés sont quelque peu entrelacées : je me retrouve à lire en même temps que j'installe l'antivirus sur l'ordinateur, compose ce texte au fur et à mesure de ma lecture et de mes pensées hors lecture, cuisine un repas qui sera certainement encore boudé, par moi la première comme souvent, programme des rendez-vous... Mais à midi, tout était fini. Enfin, presque : il me reste les saucisses pour mes morpions gloutons à faire cuire et à mettre la table et à attendre qu'ils rentrent du collège pour remettre le masque. Il me reste très peu de temps pour finir d'écrire cette critique au propre et la poster ici, et ailleurs. Donc, les saucisses, la table et ce texte. Aller-retours entre la cuisine et l'ordinateur. Les citations qui me brûlent les doigts attendront.

Cette reprise de lecture après une nuit de sommeil porteuse de rêves a été bien plus percutante que je ne l'avais imaginée. Percutante. Oui, ça doit être le mot qui s'approche le plus de l'effet que les mots de Monsieur Horiot, dès la deuxième partie, ont eu sur moi. Bien moins douloureux qu'avec l'Empereur, mais pas indolore. Les petits chapitres et leur titres si bien sentis se sont insinués en moi, au compte goutte, mais aussi au jet fulgurant. Certains d'entre eux (Les témoins, par exemple) sont un pur mélange de poésie et de réalité crue. C'est idiot, mais par moments, certains chapitres m'ont fait instantanément penser à Rimbaud (pas seulement le poète public). Et encore plus idiot : je suis incapable de mettre le doigt sur ce qui amène cette image dans ma tête. Ainsi en est-il, par exemple, de La joueuse.
Et que dire encore de L'aiglon ! Rien. Je vous laisse lire ce livre. N'ayez pas peur : il se lit très vite et vous laisse une empreinte telle que vous en aurez pour des jours et des jours de réflexions.

C'est un texte à bout de souffle. Le cri d'un acteur. Le jeu d'un comédien. Un texte touchant. Drôle. Dérangeant. Impertinent. Sensible. Un texte dans lequel certaines de mes connaissances y retrouveront des propos que j'ai pu dire et qui les ont choquées. Un texte plein de courage.

Pour moi, l'imposture ne se trouvait pas où elle était attendue. À chacun de se faire son idée, ses idées, mouvantes et changeantes... le dernier chapitre va bien dans ce sens, à mon avis.

Je m'arrête là, et vous laisse entre de bonnes pages. Mes saucisses sont presque cuites. Les enfants vont arriver. Il me reste la table à mettre. Je fais un copier-coller de ce texte sur Babelio et je me sauve.

Bonne lecture et bon appétit.
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