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EAN : 978B07YVGVXQF
Éditeur : Gallimard (15/10/2019)

Note moyenne : 3.49/5 (sur 2477 notes)
Résumé :
L'un est un scientifique de renom, l'autre est anonyme ; l'un a choisi une solitude absolue, l'autre ne l'a pas choisie mais la subit quand même ; l'un et l'autre sont frères et n'ont rien en commun, sinon cette propension au malheur. Ou plutôt au "non-bonheur": bonheur dont les auraient privés les débordements libertaires des années soixante-dix.

Chacun de leur côté, en se traînant de fiasco en désastre, et de retraite en désert, ils vont faire de l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (164) Voir plus Ajouter une critique
lecassin
  09 mars 2013
« Les particules élémentaires » : beaucoup de bruit pour rien…
Une intrigue bien faible, qui nous présente deux demi-frères, Michel et Bruno, tous deux chercheurs : l'un est chercheur en biologie, l'autre en recherche du nirvana sexuel, donc d'une partenaire à la hauteur de ses fantasmes…
Une escapade, en fait, en plein consumérisme exacerbé. Si l'on peut admettre que parfois l'écrivain est le reflet à peine exagéré de la société dans laquelle il vit, j'ose espérer que Michel Houellebecq a grossi le trait jusqu'à la caricature… Ou alors…
Quant au coté sexe, comment ne pas voir là un produit d'appel, additionné à un « anti-religions » primaire – « Je sais bien que l'Islam – de loin la plus bête, la plus fausse et la plus obscurantistes de toutes les religions – semble actuellement gagner du terrain… » –, produit d'appel là aussi…
Bref, et je pense qu'on l'aura compris, Michel Houellebecq n'apparaît pas dans mes lectures favorites. Malgré tout, il faut de tout pour faire un monde…et si certains aiment, ils ont sans doute raison.

Il reste un ouvrage bien faible à mon goût, truffé de provocations faciles et d'accroches perverses destinées à créer le « buzz » pour assurer le tirage : une triste opération mercantile dont la littérature se serait bien passée.
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Hugo
  18 septembre 2017
Un jour j'ai lu "Twilight" et j'ai pleurniché d'amour, coincé dans un corps d'homme, il me fallait assumer cette passion pour la variété littéraire, argumentant un amour pour la lecture, reléguant la culture à ma triste condition d'homme viril(e) qui un jour de troisième fut reconnu inapte à la poursuite de ma carrière d'astronaute… le chemin était encore long, et les maths une science occulte dont l'éducation nationale se faisait fort d'un recrutement on ne peut plus rigoureux, à la mesure de ma compréhension qui s'échappait dans les méandres de mes pensées lubriques, peuplées de cul et de visages juvéniles dont mes "camaradettes" de classe s'amusaient.
Après le temps passe, la maturité te lisse le crâne, le blanc se marginalise très bien avec la couleur de tes trois, quatre derniers cheveux… tu ne pleures plus d'amour, tu pleures tes rides et ton bide grassouillet, ta jeunesse t'échappe, il est loin le temps de l'insouciance, de l'innocence, la mort te susurre avec douceur la fatalité de toute vie, et tu y prendras peur, parfois fugace, longue, ou douloureuse, elle se love confortablement dans tes pensées dont l'immortalité se fable aux premières lueurs "maladiesques"…
Alors Houellebecq c'est le cynisme à l'état pur, sans ornement de douceur, sans les violons, il crache son hédonisme Nietzschéen sur le papier… la vie se résume à pas grand-chose, si ce n'est naitre, grandir, vieillir puis mourir, mélange des corps déjà flétris par le temps qui s'agace de cette jeunesse insouciante et solitaire dont ta peau douce se fane aux années qui passent… le cul brut de bite qui s'a fesse et des seins qui s'étendent, le cul aux effluves « Bukosliesques »… L'espoir du désespoir, critique du matérialisme, apologie de l'ennui qui s'essouffle, Houellebecq « glauquifie » la vie qui se meurt inlassablement, ignore le bonheur des joies éphémères, hormis la branlette qui trouve son salut dans l'orgasme des instants fugaces d'une putain partie de baise…
Nous ne sommes que des particules, des plus élémentaires comme le dirait le titre, mélange hasardeux de l'évolution, nous inventons l'illusion de l'immortalité, alors que notre déchéance se nourrit insatiablement de nos espoirs perdus d'avance, imparfaits et mortels, épuisés par cette quête vaine de la vie éternelle, du bonheur éternelle, nous cheminons avec fatalité les yeux bandés vers le noir le plus obscur, incapables de nous projeter dans notre salut commun, apaisés de nos souffrances qui font de nous ce que nous étions, mais que nous ne serons plus un jour ou l'autre, mais je préfère l'autre…
Alors oui Houellebecq se rapproche de la pensée Nietzschéenne, sans pouvoir parvenir à oublier le passé, et à faite abstraction du futur, nous naviguons dans la superficialité de toute vie, pour combler le temps qui nous manque, on voudrait être des Dieux alors que nous sommes que des hommes…
Il y a encore quelques années, ce style de lecture m'aurait fait pleurer d'ennui, je me serai complexé aux premières pages, ne saisissant que les mots mais pas leur sens, je me serai dit : « ouais OK, le mec déprime, complexe sur un physique au laisser aller flagrant, raconte une histoire dont je me fou complètement, sans saisir l'essence même du bouquin, qui fait réfléchir, et qui fait du bien malgré tout, je ne suis pas fan de l'auteur, bien que son style respire le talent c'est indéniable…mais il manque cette pointe d'ironie et de dérision qui donne quand même un peu de poésie à notre vie, le cul reste pour moi comme pour lui un échange des plus bandants, mais j'y ajoute toujours un coeur ou deux, histoire de rendre grâce à l'orgasme qui me donne l'envie de vivre pleinement avec le sourire et les rires…

A plus les copains
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jcnb68
  25 juin 2012
Ah, mes aïeux ! Quel pied que cette lecture.
Je n'avais jamais rien lu de Houellebecq.
C'est maintenant, par le plus banal des hasards, chose faite.
Les lectures imprévues, improbables, sont toujours les meilleures.
Lecture profonde, riche et légère tout à la fois.
Je n'ai peut-être pas tout compris.
Mais en était-il vraiment besoin ?
En revanche, l'auteur semble vouloir nous convaincre en « substance , » et je suis en total accord avec lui, du fait que les hommes, les hommes et pas les femmes, ne sont qu'un amas, plus ou moins difforme et incohérent, de branleurs.
Et oui, si telle est notre condition, autant y aller de bon coeur.
Ce livre aurait bien pu se traduire par : « Hommes, bite à la main »
Je ne veux plus rien dire de chef-d'oeuvre, par peur de "l'éclabousser."
Toute femme et tout homme, devraient simplement le lire.
Oui, tout simplement.
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ahasverus
  18 avril 2013
C'est pas pour dire du mal, mais il faut bien le reconnaître : Michel Houellebecq n'est pas exactement le genre de type que j'inviterais à la communion du dernier pour raconter des blagues en attendant le dessert. Les vrais tranches de rigolade sont plutôt rares dans les 316 pages de ses Parti(cul)es Élémentaires qui nous racontent la vie de Michel, le scientifique, et de son demi-frère Bruno le branleur.
Ils sont très différents, Michel et Bruno : Michel est aussi introverti que Bruno est profiteur, tendance éjaculateur compulsif, ce qu' il démontrera tout au long du roman.
Ils avancent ensemble vers la fin d' un monde sans joie et hanté par des post soixante-nuitards désabusés et cancéreux à la sexualité mourante mais débridée.
J'ai éprouvé parfois un peu d'ennui dans ce livre dont j'ai sauté quelques pages, mais soyons honnêtes : il est dense, son écriture est plaisante, et ses chemins sont imprévisibles malgré qu'ils soient pavés des ingrédients habituels (cynisme, sexe, descriptions wikipédiesques, personnages réels, poèmes fruités, etc) qui nous rappellent sans doute possible qu'on est bien chez Houellebecq.
A lire éloigné du bord de la falaise.
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Levant
  14 août 2019
Une petite bouffée d'optimisme version Houellebecq pour commencer ?
"Dans les cimetières du monde entier, les humains récemment décédés continuèrent à pourrir dans leurs tombes, à se transformer peu à peu en squelette." Page 244 édition Folio.
Le ton est donné. Bonne lecture à vous.
Mais, hauts les coeurs, il faut rebondir comme on dit de nos jours. Regonfler les troupes et tenter avec notre sémillant auteur frigorifié d'identifier quels remèdes peuvent être prescrits contre l'angoisse de la mort. Puisqu'il s'agit encore et toujours de cela. On n'en connaissait traditionnellement que deux : la religion et la philosophie. Michel Houellebecq nous en fera-t-il découvrir d'autres ?
La première a prévu tous les scénarios pour expliquer à la créature intelligente d'où elle vient et où elle va. Lui garantissant en prime l'éternité. Le problème c'est que sa version de l'éternité passe par le trépas. Mais son service communication est très efficace. La conviction c'est son rayon, la félicité est à la clé. Malgré cela on imagine bien qu'il puisse subsister quelques sceptiques. Les indécrottables athées et autres agnostiques pour qui la religion n'est d'aucun secours puisque force est de constater que les preuves font défaut. Même s'ils reconnaissent avec Houellebecq que le monde ne saurait être sans religion. Il n'en reste pas moins qu'il y a de la concurrence sur le créneau et qu'en pareille circonstance la démarche commerciale pour appâter le chaland aura pu se faire à grands coups de bûcher, lapidation et autre autodafé. Celles qui prônent l'amour de son prochain, les trois grandes monothéistes se revendiquant du Livre, ont des pratiques concurrentielles agressives et ne sont en effet pas tendres avec les brebis égarées. En observateur éclairé, Michel Houellebecq serait plus porté vers une ferveur alternative réputée plus douce : le bouddhisme. Elle est peut être de nature à apaiser le pénitent mais à toutefois des chances de rebuter le jouisseur des temps modernes pour qui le bol de riz gluant est un tantinet frugal.
La philosophie, dont Montaigne nous ressasse qu'elle est recette pour apprendre à mourir, serait donc aussi un remède, non contre la mort, mais contre l'angoisse qui va avec. Là aussi, depuis que l'écriture a laissé des traces de leurs travaux, on constate que les précepteurs en la matière sont légion. Mais force est de convenir que les chemins de l'apprentissage sont obscurs et tortueux et on va bien l'avouer peu accessibles à la multitude ignorante. Toutes les théories en "isme" cheminant parfois aux confins du mystique, en se gardant bien de franchir la ligne, concoctées et relayées par ce qu'il convient bien d'appeler des penseurs à nous convaincre de l'absurdité de la vie, condescendent fort peu à la vulgarisation et ont de fortes chances de laisser sur le bord du chemin beaucoup d'âmes en peine avec leur lot d'angoisse sur les bras.
Quelle échappatoire alors à ces remèdes qui ont, il faut en convenir un fort taux d'échecs ? Houellebecq nous en propose deux autres : le sexe et la science.
Sexothérapie donc pour le permier. Discipline qui pour le coup ne traiterait pas des maladies sexuelles, mais soulagerait de l'angoisse de la mort par le sexe. Cette thérapie présente toutefois l'inconvénient de nécessiter d'une part l'intervention d'un ou plusieurs partenaires consentants de préférence, identiquement angoissés ou non. Sauf à tomber dans le satanisme pervers dont Houellebecq nous offre de bonnes tranches dans son ouvrage. Thérapie qui a en sa défaveur le grand inconvénient de perdre en efficacité au moment où on en a le plus besoin puisque les capacités à se distraire de la mort par le sexe s'amenuisent au fur et à mesure qu'on s'en approche (de la mort, pas du sexe). C'est une hantise chez notre auteur à la prose sans allégorie. le grand travers de cette pratique étant que les praticiens les plus efficaces, les corps jeunes, se désintéressent des patients les plus à la demande, les corps sur le déclin. Au final, ça tourne à l'obsession chez ces derniers et a de grande chance de les conduire vers des établissements spécialisés pour calmer les fiévreux. C'est ce qui arrive à Bruno, l'un des deux protagonistes des Particules élémentaires. Il faut dire qu'il avait des circonstances atténuantes, à rechercher comme souvent dans une enfance quelque peu violentée.
Reste la science. Elle nous a jusqu'alors pas habitués à être le remède ultime. Mais avec un soupçon d'anticipation, nous arrivons en des temps où l'espoir pointe à l'horizon. Michel, le frère de Bruno, fonde beaucoup d'espoir dans cette voie. En particulier dans ce qu'elle serait à même d'identifier les causes du vieillissement et d'en venir à bout. Philosophie, religion, sexe, tout cela le laisse de marbre. A force de mettre les spirales d'ADN en algorithmes, il s'est auto auréolé du nimbe de clarté qui témoigne de la jonction des deux infinis. Il en arrive à imaginer une forme d'idéal dans lequel la sexualité serait déconnectée de la procréation. Pas de risque d'encombrement par une progéniture rebelle ou par trop dissipée. Et cerise sur le gâteau, excusez du peu, l'être nouveau serait doté de cellules de Krauze, - dont on nous dit qu'elles sont les récepteurs sensibles des organes sexuels tant masculins que féminins - sur l'ensemble de la surface de la peau. Autrement dit notre corps ne serait plus qu'orgasme au moindre effleurement, de la moindre poignée de main du matin par exemple. Elle ne serait pas belle la vie ?
Science sans jouissance n'est que ruine de l'homme. A moins que l'homme ait une âme, ce qui reste à prouver, et une relation avec le monde ce qui semble séparer Houellebecq de Pantagruel.
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Citations et extraits (220) Voir plus Ajouter une citation
michdesolmichdesol   16 mai 2020
Trente ans plus tard, il ne pouvait une fois de plus qu'aboutir à la même conclusion : décidément, les femmes étaient meilleures que le hommes. Elles étaient plus caressantes, plus aimantes, plus compatissantes et plus douces ; moins portées à la violence, à l'égoïsme, à l'affirmation de soi, à la cruauté. Elles étaient en outre plus raisonnables, plus intelligentes et plus travailleuses.
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michdesolmichdesol   16 mai 2020
Á l'inverse une extrême beauté, une beauté qui dépasse de trop loin l'habituelle fraîcheur des adolescentes, produit un effet surnaturel, et semble invariablement présager un destin tragique. Á l'âge de quinze ans Annabelle faisait partie de ces très rares jeunes filles sur lesquelles tous les hommes s'arrêtent, sans distinction d'âge ni d'état ; de ces jeunes filles dont le simple passage, le long de la rue commerçante d'une ville d'importance moyenne, accélère le rythme cardiaque des jeunes gens et des hommes d'âge mûr, fait pousser des grognements de regret aux vieillards.
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michdesolmichdesol   16 mai 2020
Michel alluma une cigarette pour réfléchir. « C'est une drôle d'idée... dit-il entre ses dents. Une drôle d'idée de se reproduire, quand on n'aime pas la vie. »
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michdesolmichdesol   16 mai 2020
« Voilà, conclut-il, vous allez maintenant travailler à deux. Circulez, rencontrez-vous dans l'espace ; prenez le temps de vous rencontrer. » Hypnotisé par la scène précédente Bruno réagit avec retard, alors que c'est là que tout se jouait. Il s'agissait de s'approcher tranquillement de la partenaire convoitée, de s'arrêter devant elle en souriant et de lui demander avec calme : « Tu veux travailler avec moi ? » Les autres avaient l'air de connaître la musique, et en trente secondes tout était emballé. Bruno jeta un regard affolé autour de lui et se retrouva face à un homme, un petit râblé, velu, au sexe épais. Il ne s'en était pas rendu compte, mais il n'y avait que cinq filles pour sept mecs.
Dieu merci, l'autre n'avait pas l'air pédé.
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lanardlanard   12 août 2010
A propos de Le meilleur des mondes d'A. Huxley (p. 194)
Bruno : « J’ai toujours été frappé, commença-t-il avant même de s’être assis, par l'extraordinaire justesse des prédictions faites par Aldous Huxley dans Le Meilleur des mondes. Quand on pense que ce livre a été écrit en 1932, c’est hallucinant. Depuis, la société occidentale a constamment tenté de se rapprocher de ce modèle. Contrôle de plus en plus précis de la procréation, qui finira bien un ou l’autre par aboutir à sa dissociation totale d’avec le sexe, et à la reproduction de l’espèce humaine en laboratoire dans des conditions de sécurité et de fiabilité génétique totales. Disparition par conséquent des rapports familiaux, de notion de paternité et de filiation. Élimination, grâce aux progrès pharmaceutiques, de la distinction entre les âges de la vie. Dans le monde décrit par Huxley les hommes soixante ans ont les même activités, la même apparence physique, les même désirs qu’un jeune homme de vingt ans. Puis, quand il n’est plus possible de lutter contre le vieillissement, on disparaît par euthanasie librement consentie ; très discrètement, très vite, sans drames. Les société décrite par Brave New World est une société heureuse, dont ont disparu la tragédie et les sentiments extrêmes. La liberté sexuelle y est totale, plus rien n’y fait obstacle à l’épanouissement et au plaisir. Il demeure de petits moments de dépression, de tristesse et de doute ; mais ils sont facilement traités par voie médicamenteuse, la chimie des antidépresseurs et des anxiolytiques a fait des progrès considérables. « Avec un centicube [sic], guéris dix sentiments. » C’est exactement le monde dans lequel aujourd’hui, nous souhaiterions vivre.
Je sais bien, continua Bruno avec un mouvement de la main comme pour balayer une objection que Michel n’avait pas faite, qu’on décrit en général l’univers d’Huxley comme une cauchemar totalitaire, qu’on essaie de faire passer ce livre pour une dénonciation virulente ; c’est une hypocrisie pure et simple. Sur les points – contrôle génétique, liberté sexuelle, lutte contre le vieillissement, civilisation des loisirs, Brave New World est pour nous un paradis, c’est en fait exactement le monde que nous essayons, jusqu’à présent d’atteindre. Il n’y a qu’une seule chose aujourd’hui qui heurte une notre système de valeurs égalitaire – ou plus exactement méritocratique – c’est la division de la société en castes, affectées à des travaux différents suivant leur nature génétique. Mais justement, c’est le seul point sur lequel Huxley se soit montré mauvais prophète ; c’est justement le seul point qui, avec le développement de la robotisation et du machinisme, soit devenu à peu près inutile. Aldous Huxley est sans nul doute un très mauvais écrivain, ses phrases sont lourdes et dénuées de grâce, ses personnages insipides et mécaniques. Mais il a eu cette intuition – fondamentale – que l’évolution des sociétés humaines était depuis plusieurs siècles, et serait de plus en plus, exclusivement pilotée par l’évolution scientifique et technologique. Il a pu par ailleurs manquer de finesse, de psychologie, de style ; tout cela pèse peu en regard de la justesse de intuition de départ. Et, le premier parmi les écrivains, y compris les écrivains de science-fiction, il a compris qu’après la physique c’était maintenant la biologie qui allait jouer un rôle moteur. »

( p. 197)
Michel : « Huxley appartenait à une grande famille de biologistes anglais. Son grand-père était un ami de Darwin, il a beaucoup écrit pour défendre les thèses évolutionnistes. Son père et son frère Julian étaient également des biologistes de renom. C’est une tradition anglaise, d’intellectuels pragmatiques, libéraux et sceptiques ; très différents du Siècle des Lumières en France, beaucoup plus basé sur l’observation, sur la méthode expérimentale. Pendant toute sa jeunesse Huxley a eu l’occasion de voir les économistes, les juristes, et surtout les scientifiques que son père invitait à la maison. Parmi les écrivains de sa génération, il était certainement le seul capable de pressentir les progrès qu’allait faire biologie. Mais tout cela serait allé beaucoup plus vite sans le nazisme. L’idéologie nazie a beaucoup contribué à discréditer les idées d’eugénisme et d’amélioration de la race ; il a fallu plusieurs décennies pour y revenir. » Michel se leva, sortit de sa bibliothèque un volume intitulé Ce que j’ose penser. « Il a été écrit par Julian Huxley, le frère aîné d’Aldous, et publié dès 1931, un an avant le Meilleur des mondes. On y trouve suggérées toutes les idées sur le contrôle génétique et l’amélioration des espèces, y compris de l’espèce humaine, qui sont mises en pratiques par son frère dans le roman. Tout cela y est présenté, sans ambiguïté, comme un but souhaitable, vers lequel il faut tendre. »
(…) »Après la guerre, en 1946, Julian Huxley a été nommé directeur général de l’Unesco, qui venait d’être créé. La même année son frère a publié Retour sur le Meilleur des mondes, dans lequel il essaie de présenter son premier livre comme une dénonciation, une satire. Quelques années plus tard, Aldous Huxley est devenu une caution théorique majeure de l’expérience hippie. Il avait toujours été partisan d’un entière liberté sexuelle, et avait joué un rôle de pionnier dans l’utilisation des drogues psychédéliques. Tous les fondateurs d’Esalen le connaissaient, et avaient été influencés par sa pensée. Le New Age, par la suite, a repris intégralement à son compte les thèmes fondateurs d’Esalen. Aldous Huxley, en réalité, est un des penseurs les plus influents du siècle. »
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